S E M I N A I R E

Le commun infini de la multitude

mercredi 7 décembre 2005 par Bernard Guibert

Lorsqu’il y a une vingtaine d’années j’ai travaillé dans l’administration de l’État-providence, en particulier au moment de la création du RMI, j’ai mesuré les limites du calcul auquel s’est heurté la doctrine de la fin du 19e siècle qui est à la base de l’État-providence.

L’hypothèse de travail dont je veux vous convaincre du bien-fondé en faisant appel à votre intuition est la suivante : le commun de la multitude est doublement infini ; il n’a ni terme dans le temps ; ni frontière dans l’espace public. Ni dans sa chronologie. Ni dans sa topologie. Je partirai pour cela du titre du papier que j’avais diffusé pour préparer le séminaire d’aujourd’hui : "Générations de tous les temps unisson nous". Et j’explore les trois types d’apories auquel ce slogan se heurte quand on le compare au célèbre "Prolétaire de tous les pays unissez-vous", à partir de trois moments de mon expérience professionnelle.

1) Lorsqu’il y a une vingtaine d’années j’ai travaillé dans l’administration de l’État-providence, en particulier au moment de la création du RMI, j’ai mesuré les limites du calcul auquel s’est heurté la doctrine de la fin du 19e siècle qui est à la base de l’État-providence, le solidarisme de Bourgeois, de Duguit et Durkheim : l’individualisme méthodologique est incapable de penser la solidarité intergénérationnelle. Le commun, ce n’est ni le tout, ni l’addition des individus. 2) J’ai exploré le second ensemble de limites auxquelles se heurte la solidarité intergénérationnelle lorsqu’au sein du ministère de l’environnement j’ai réfléchi à l’articulation entre ce qui est devenu le mot valise du développement durable et le principe de précaution. Ce sont aussi les limites du calcul.

Bref il y a une part du commun irréductible au cognitif. Par provocation on pourrait donner à cette différenciation interne du commun le nom de baptême de "capital incognitif". J’en viens ainsi à proposer d’instaurer une cérémonie annuelle commémorative à la mémoire du "capital inconnu", auquel les générations futures seront tenues d’être éternellement reconnaissantes. 3) Ma troisième expérience est moins professionnelle que politique : en affinité avec mon militantisme chez les Verts, j’ai été conduit à organiser avec un ami, économiste comme moi également, Serge Latouche, deux colloques qui ont fini par aborder la question de la compatibilité entre l’approfondissement de la démocratie et la rupture avec le productivisme, rupture qui prend la forme provocatrice du slogan de la "décroissance". La solidarité avec les générations futures bute alors sur le défi d’une accumulation primitive à l’envers que j’ai baptisée au colloque Marx IV de septembre dernier (2004) "exploitation minière des générations futures".

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Bernard Guibert
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