S E M I N A I R E

La planification urbaine au XXIe siècle

dimanche 4 décembre 2005 par Bernard Guibert

Selon les travaux de Thomas Picketty sur les revenus des 30 000 foyers les plus riches en France sur une période d’un siècle on verrait se reconstituer à partir des années 80 une classe de "rentiers" richissimes, ces oisifs qui avaient disparu avec la guerre de 14-18 et dont les revenus seraient en moyenne de l’ordre de 1 à 500 par rapport au SMIC.

Je m’inspire des théories de Walter Benjamin en appliquant son procédé de la caméra obscura suivant lequel notre microcosme est isomorphe à notre macrocosme, désormais "l’empire-monde-archipel". Cet "escamotage" de toute matérialité pour la médiation se traduit non seulement par de nouvelles formes de crise, des bulles spéculatives qui gonflent et explosent, qu’elles soient dans les nouvelles technologies ou dans l’immobilier, mais également en régime de croisière, — à supposer qu’il puisse s’en établir un —, par une création monétaire qui est dans un facteur de l’ordre de 1 à 100 par rapport aux besoins de monnaie pour les transactions réelles commerciales courantes. D’où un "équivalent-stock" de monnaie thésaurisée colossal qui cherche des valeurs refuges.

D’où un retour de balancier historique vers une économie de rentiers près de trois quarts de siècle après leur quasi-disparition. Keynes avait un peu prématurément pensé que l’État-providence allait fatalement les euthanasier. Selon les travaux de Thomas Picketty sur les revenus des 30 000 foyers les plus riches en France sur une période d’un siècle on verrait se reconstituer à partir des années 80 une classe de "rentiers" richissimes, ces oisifs qui avaient disparu avec la guerre de 14-18 et dont les revenus seraient en moyenne de l’ordre de 1 à 500 par rapport au SMIC. Les mécanismes de cet "enrichissement sans cause", — en dormant comme disait François Mitterrand —, sont bien connus : stock options, frais de fonction etc.. La cartographie de cette nouvelle rente généralisée (rente foncière, rente d’innovation technologique, rente de monopole sur la brevetabilité du vivant et de la cervelle etc.) épouse la topologie de l’empire-monde-archipel.

Il y a donc une résurrection de la rente au sens le plus ordinaire du mot, évidente lorsqu’on voit la spéculation immobilière, notamment dans les grandes villes comme Paris. Mais en même temps que ce retour massivement quantitatif de la rente on voit qu’il existe une métamorphose qualitative des rapports sociaux qui consolident les privilèges des néo-rentiers. Mais en même temps la pseudo-marchandise Terre ne peut pas être produite spontanément par le marché. Il faut donc pilier une production politique de cette pseudo-marchandise. C’est ce qu’on appelait autrefois la planification. Et on comprend bien, pour filer la métaphore de Marx, qu’il faut bien une coordination dans un couple pour que sa danse reste harmonieuse. De la même manière il faut qu’il y ait une planification des rapports entre les différentes catégories de propriétaires. Pour interpréter cette métamorphose qualitative je me sers donc de la méthode que Walter Benjamin a utilisée pour comprendre la morphologie de l’urbanisme de Paris au 19e siècle.

Pour résumer mon propos, je reprendrai la célèbre allégorie de Marx dans le chapitre intitulé la "formule trinitaire du capital" à la fin du Capital : Monsieur le Capital entraîne Madame la Terre dans un "ballet fantastique". Madame la Terre est l’allégorie de la propriété foncière, c’est-à-dire le troisième rapport de distribution, le rapport social de rente. Je transpose cette allégorie du 19e siècle au XXIe siècle en jouant sur le double sens, en français, du mot Terre dont le "t" majuscule peut aussi bien désigner l’allégorie de la propriété foncière que l’allégorie de la planète Terre, c’est-à-dire à notre époque, l’allégorie de la "mondialisation libérale" : "le Monde n’est pas une marchandise"... Ce jeu de mot est d’autant plus légitime que le "ballet fantastique", suggéré par Marx concerne également le vaisseau spatial de la planète Terre désormais. Ma transposition consiste simplement à postuler que désormais la partenaire de Monsieur le Capital dans son ballet fantastique, Madame la planète Terre, n’est plus terrestre mais virtuelle. Tel le filet de Hagen de l’anneau des Nibelungen la "toile" "délocalise" la mondialisation libérale, "déterritorialise Madame la Terre".

Mais en stylisant ainsi mon propos je le caricature. En effet le découplage entre le monde des représentations fétichisées et les corps réels ne peut pas être total. Comment cette tendance à la déterritorialisation de la Terre qui n’est qu’un avatar de la dématérialisation de la monnaie capitaliste imprime en retour son sceau spécifique sur l’organisation territoriale dès mégapoles du XXIe siècle ?. Telle est ma question, "constructiviste", de savoir quels sont désormais nos schèmes a priori de construction de nos espaces urbains.

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Bernard Guibert
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