S E M I N A I R E

Le progressisme de Marx et la politique athée

mardi 25 septembre 2007 par Christian LAVAL

Quatre rapports possibles à Marx

À l’égard de Marx, je crois qu’il faut refuser trois attitudes qui sont simultanément présentes à gauche : celle de la liquidation, celle de la répétition, celle de l’ignorance feinte. Il s’agit de frayer une quatrième voie, la critique du progressisme de Marx dans l’exigence maintenue d’une politique athée d’émancipation.

1-La liquidation l’emporte aujourd’hui très largement. A partir de l’effondrement consommé du « communisme réel » du XXe siècle, on en déduit que le communisme est à jamais une idée morte et que Marx n’a plus rien à nous dire. La formule de la liquidation est : « Marx est mort », titre d’un livre d’un « nouveau philosophe » français aujourd’hui bien oublié. C’ets désormais une grande partie de la gauche qui entonne le vieux refrain de la droite : il faut se passer de Marx. Ce qui signifie pratiquement que l’économie de marché est à jamais l’horizon de l’humanité et ce qui veut dire bien sûr que la « gauche » n’est plus, au mieux, que la gauche de la droite, qu’elle n’offre plus aucune voie alternative. Il s’agit en somme de se débarrasser de Marx pour faire définitivement de la gauche le lieu de l’absence d’alternative au capitalisme.

2-La répétition est la tentation symétrique. Pour rester à gauche, pour refaire la gauche, il faudrait « actualiser Marx », c’est-à-dire le mettre à l’heure des formes nouvelles du capitalisme. Cette refondation ou cette révision ressemble bien souvent à une répétition du fait de l’acceptation non interrogée des prémisses de ce que l’on prétend réviser. La formule de la répétition est : « Marx est actuel ». La tâche pratique correspondante est double : elle consiste à défendre Marx contre les attaques, tout en cherchant à faire un « autre marxisme ». Ce qui peut conduire à diviser Marx et le marxisme en un bon et un mauvais côté, à minimiser certains aspects de Marx, à prétendre que Marx n’est pas celui qu’on croit, qu’il y a un vrai Marx en dessous, à côté, au-delà du faux Marx ou du Marx orthodoxe Il s’agit en bref de changer le marxisme pour mieux sauver Marx.

3-La troisième position, celle de l’ignorance feinte, aujourd’hui assez courante dans les courants « antilibéraux » consiste à ne pas poser la question de Marx, à faire du moins comme si elle ne se posait pas. Il s’agit de faire la critique des excès du capitalisme ou même de ses formes contemporaines et de ses effets sans plus interroger Marx, le marxisme ou le communisme. Attitude très insatisfaisante théoriquement et pratiquement qui témoigne d’une volonté de ne pas affronter la question de Marx et les difficultés que pose sa pensée. Cette position intermédiaire permet tous les flottements entre la liquidation et la répétition.

4- La mise en question de Marx est la quatrième voie. Il ne s’agit pas de refaire la critique du « communisme dit réel », il ne s’agit pas non plus de traiter du destin du marxisme, de ses formes, de ses réalisations, de ses modes d’organisation, il s’agit de faire la critique de la pensée de Marx du point de vue de la politique d’émancipation. Il s’agit de mettre en question Marx en maintenant l’exigence d’une politique d’émancipation.

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Christian LAVAL
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