S E M I N A I R E
machine de guerre révolutionnaire

LE CAPITAL DÉTESTE TOUT LE MONDE

FASCIME OU RÉVOLUTION

jeudi 9 avril 2020 par Léo

Dans le magma des événements du monde, une alternative politique se dessine : fascisme ou révolution.

LE CAPITAL DÉTESTE TOUT LE MONDE - FASCISME OU RÉVOLUTION

Éditions Amsterdam

Nous vivons des temps apocalyptiques. Dans le magma des événements du monde, une alternative politique se dessine : fascisme ou révolution. Le fascisme, c’est ce vers quoi nous entraîne le cours de démocraties de moins en moins libérales, de plus en plus soumises à la loi du capital.

Depuis les années 1970, celui-ci est entré dans une logique de guerre. Ainsi est-il devenu, par la puissance que lui confère la financiarisation, une force politique vouée à la destruction des liens sociaux, des individus, des ressources et des espèces.

Cette offensive fut rendue possible par la fin du cycle des révolutions. Mais tandis qu’elle s’opérait, les pensées critiques annonçaient la pacification des relations sociales et l’avènement d’un nouveau capitalisme, plus doux, plus attentif au confort des travailleurs.

Aujourd’hui, des prophètes de la technologie nous vantent même une résolution de la crise climatique ou une sortie du capitalisme par les moyens du capital. Contre ces consolations illusoires et face au fascisme qui s’installe, il est urgent de retrouver le sens des affrontements stratégiques, de reconstruire une machine de guerre révolutionnaire. Puisque le capital déteste tout le monde, tout le monde doit détester le capital.

Voici un extrait du texte de Giorgio Griziotti sur l’ouvrage de Lazzarato paru sur Effimera en Italien.

L’un des arguments les plus significatifs de la riche deuxième partie du livre, "Machine technique et machine de guerre", conduit à la défaite continue du neurocapitalisme. Lazzarato a tout à fait raison lorsqu’il affirme que "les entreprises de la Silicon Valley ont largement contribué à la situation qui a permis à Trump de prendre le pouvoir" et que "la distribution horizontale du pouvoir promise par la miniaturisation des ordinateurs a conduit à son contraire, des monopoles qui ont largement dépassé ceux de l’ère industrielle".

L’énorme déploiement effectué par les plateformes mondiales qui, au cours des deux dernières décennies, a fait de la biohypermedia[4] une sphère subsumée par le capitalisme avait pour objectif premier la création de subjectivités soumises compatibles avec l’idéologie néolibérale. Nous pouvons maintenant constater que cet objectif a largement échoué.

Les explosions de plus en plus répandues et intenses contre les conditions de vie imposées par le néolibéralisme dans les pays du Sud : Equateur, Chili, Venezuela, Bolivie, Haïti, Algérie, Irak, Liban, Soudan ou Honk Kong pour ne citer que les plus récentes et les victoires du fascisme 2.0 surtout au Nord (Trump, Johnson, Bolsonaro, Orban etc.) le montrent au moins :

La rébellion qui éclate au Sud et la montée électorale du fascisme 2.0 au Nord constituent une véritable dichotomie même si elles ont en commun une cause principale, le néolibéralisme et une origine, la crise non résolue de 2008.

Lazzarato rappelle que dans les années 1960, le problème était déjà posé par Hans-Jürgen Krahl : "s’il est vrai qu’"il n’y a pas d’exemple de révolution victorieuse dans les pays hautement développés", il est également vrai que les révolutions ne s’arrêtent pas dans le "tiers monde" ... mais la révolution dans les colonies "n’a pas de caractère paradigmatique pour les pays capitalistes", parce qu’en Occident "la domination et l’oppression ne s’exercent pas sur la base de la misère matérielle et de l’oppression physique".

Cela reste d’actualité, même si la brutalité de la répression des Gilets Jaunes en France a produit quelques dizaines de mutilés, comment peut-on la comparer à celle des révoltes du Sud avec les dizaines de morts au Chili ou les centaines au Soudan ou dans les pays arabes ?

Krahl avait déjà expliqué à l’époque que seul le dépassement de cette dichotomie entre le Nord et le Sud permettrait de jeter les bases de la révolution mondiale.

Les mégamachines du neuro-capitalisme, c’est-à-dire les plates-formes mondiales, n’ont pas réussi à atteindre leur objectif de soumettre définitivement la subjectivité à la logique néolibérale de mise en concurrence de tous, même au niveau des populations. Au contraire, ils ont contribué à une "dévastation sociale et psychique" illimitée. Dans le livre, les plateformes sont même appelées "Tigres de papier" [5] avec la métaphore utilisée par Mao pour dénigrer la puissance militaire américaine dans les années 60.

Des tigres de papier d’une énorme puissance neuronale mais peut-être éphémères devant "les rafales de vent et les rugissements de la pluie"[6] de l’effondrement actuel car inutiles étaient les dents atomiques des USA, qui ont perdu toutes les guerres depuis 1945. Une hypothèse que je mettrais en relation avec la critique de Lazzarato sur le concept de biopolitique foucaldienne, auquel Zuckerberg, Brin[7] et compagnie ont profondément cru et croient encore.

S’il est vrai que le smartphone que nous transportons est l’appareil de réseau biopolitique par excellence, il semble maintenant évident que ce régime réticulaire néo-libéral ne peut imposer une subsomption vitale généralisée (uniquement) par le biais de ces outils. Au Nord, le fascisme 2.0 progresse pour la même raison que l’atout gagne : non pas parce qu’il a pu utiliser les technologies des médias sociaux mieux que d’autres, mais "parce qu’il a pu exprimer et construire des subjectivités politiquement néo-fascistes, racistes, sexistes".

Il a réussi en tirant parti "de l’anéantissement produit par quarante ans de politiques économiques qui ont systématiquement appauvri ces subjectivités et par des politiques de l’information qui les ont méprisées comme étant "bonnes à rien", réticentes à toute modernisation".

Cette opération est rendue possible par la mort de la gauche mondiale du XXe siècle sous toutes ses formes : de l’intégration de la social-démocratie dans le néolibéralisme à l’abandon de toute perspective révolutionnaire de la pensée post-68 "qui a montré que lorsque la révolution sociale se sépare de la révolution politique, elle peut être intégrée, sans aucune difficulté, dans la machine capitaliste comme nouvelle ressource pour l’accumulation du capital".


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