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	<title>S E M I N A I R E</title>
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	<description>S&#233;minaires Universit&#233; Nomade, Chantiers en Cours et Laboratoire d'Id&#233;es. Explorez les chantiers en cours des S&#233;minaires Universit&#233; Nomade : articles, micro-vid&#233;os, archives et r&#233;flexions collectives autour de Toni Negri. V&#233;ritable laboratoire d'id&#233;es, S E M I N A I R E rassemblait chercheurs, artistes, intellectuels, associations, militants et collectifs de luttes. Seminaire.Samizdat.Net constituait un lieu de r&#233;flexions partag&#233;es et de d&#233;bats ouverts, nourris par la diversit&#233; des approches.</description>
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		<title>S E M I N A I R E</title>
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		<title>La naissance litt&#233;raire de la biopolitique</title>
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		<dc:creator>Judith Revel</dc:creator>


		<dc:subject>Judith Revel, biopolitique,Foucault, transgression, g&#233;n&#233;alogie,pouvoir</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le concept foucaldien de biopolitique&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://seminaire.samizdat.net/local/cache-vignettes/L100xH100/arton91-6cce3.png?1757104655' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Naissance litt&#233;raire de la biopolitique, donc : un enracinement langagier et stylistique pour ce qui demeure encore aujourd'hui l'un des concepts foucaldiens les plus complexes&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est sans doute assez paradoxal de vouloir ancrer le concept foucaldien de biopolitique - dont on sait qu'il appara&#238;t relativement tard chez Foucault, dans la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 70 - au coeur des &#233;crits &#8220; litt&#233;raires &#8221; et linguistiques de la d&#233;cennie pr&#233;c&#233;dente ; ou, &#224; l'envers, de faire de l'int&#233;r&#234;t pour le langage, la parole et l'&#233;criture, qui caract&#233;rise en grande partie les travaux de Foucault dans les ann&#233;es 60 le v&#233;ritable terrain de culture de ce qui allait &#233;merger dix ans plus tard, au creux d'une formidable analytique des pouvoirs, comme une nouvelle probl&#233;matisation des rapports de la subjectivit&#233;, du pouvoir et des pratiques de libert&#233;. Paradoxal, parce qu'il faut affronter deux difficult&#233;s r&#233;elles : d&#233;fier la division traditionnelle que l'on fait en g&#233;n&#233;ral subir &#224; l'oeuvre de Foucault et qui s&#233;pare nettement les p&#233;riodes et les th&#232;mes de la recherche pour tenter au contraire de dessiner la figure difficile d'une interrogation complexe mais coh&#233;rente jusque dans ses apparentes discontinuit&#233;s - en somme, lier le &#8220; litt&#233;raire &#8221; au &#8220; politique &#8221; ; mais aussi sauver Foucault d'une r&#233;duction trop facile &#224; &#8220; l'air du temps &#8221; philosophique qui veut que, quel que soit leur domaine d'appartenance disciplinaire, tous les penseurs fran&#231;ais aient peu ou prou eu affaire avec la question du langage dans les ann&#233;es 60, et avec la question du pouvoir dans les ann&#233;es 70.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier cas, il s'agit donc de rep&#233;rer chez Foucault non pas l'ombre d'un syst&#232;me, d'un projet unitaire et t&#233;l&#233;ologique ou un dessein secret perceptible depuis l'origine - concepts dont on sait &#224; quel point Foucault &#233;tait lointain - mais au contraire l'&#233;cho d'un travail continu et sans cesse relanc&#233;, et dont le mouvement rend pr&#233;cis&#233;ment n&#233;cessaires les changements de paradigmes m&#233;thodologiques, d'outillage conceptuel et de champs d'enqu&#234;te : une coh&#233;rence qui ne pr&#233;tend donc nullement gommer les discontinuit&#233;s, les revirements et les changements - qui sont, &#224; l'&#233;vidence, nombreux et importants -, mais veut les lire comme les &#233;tapes d'un raisonnement proc&#233;dant par reformulations et d&#233;placements successifs, ou plus exactement comme les r&#233;volutions toujours plus larges d'une spirale s'enroulant sur elle-m&#234;me en m&#234;me temps qu'elle avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le deuxi&#232;me, il s'agit de penser ce que la pens&#233;e de Foucault peur avoir eu de singulier ind&#233;pendamment de l'identification &#8220; g&#233;n&#233;rationnelle &#8221; avec un certain &#8220; milieu &#8221; (des revues comme &lt;i&gt;Critique&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Tel Quel&lt;/i&gt;, des institutions comme l'universit&#233; de Vincennes ou le Coll&#232;ge de France, des collectifs comme le G.I.P, etc.) ou avec un certain temps (l'avant-68, le structuralisme, les &#233;v&#233;nements de Mai, le militantisme des ann&#233;es 70, etc). Entendons bien : rien ne serait moins foucaldien qu'une lecture de Foucault ind&#233;pendante des conditions historiques et mat&#233;rielles de sa production, et faire de Foucault un auteur &#8220; hors de son temps &#8221; fr&#244;le un ridicule que seuls certains commentaires hagiographiques acceptent de courir sans retenue. Mais il est vrai &#233;galement que l'on ne saurait r&#233;duire Foucault &#224; &#234;tre le simple &#233;piph&#233;nom&#232;ne d'une s&#233;rie de courants plus g&#233;n&#233;raux qui furent parfois largement tributaires des modes intellectuelles - que l'on pense &#224; cet &#233;trange second tournant linguistique qui a travers&#233; la France &#224; partir du milieu des ann&#233;es 50, ou bien encore &#224; la politisation progressive du discours intellectuel - et plus g&#233;n&#233;ralement du travail de la pens&#233;e - dans les dix ans qui ont suivi 1968, avec son cort&#232;ge de d&#233;bats sur les rapports entre la th&#233;orie et la pratique, sur les formes de l'engagement et sur le r&#244;le des intellectuels dans les luttes en acte ou &#224; venir. Si Foucault fut jamais un penseur &#224; la mode - et il l'a sans nul doute &#233;t&#233; -, il serait pourtant injuste de ne le consid&#233;rer que comme un ph&#233;nom&#232;ne de mode ; il n'y a rien d'ignominieux dans la reconnaissance publique si ce n'est le risque de l'immobilisme et de la r&#233;p&#233;tition de soi &#224; l'infini, et nous savons que Foucault fut tut sauf cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naissance litt&#233;raire de la biopolitique, donc : un enracinement langagier et stylistique pour ce qui demeure encore aujourd'hui l'un des concepts foucaldiens les plus complexes, puisque la biopolitique joue un r&#244;le de charni&#232;re entre l'analytique du pouvoir et un certain nombre de th&#232;mes qui caract&#233;risent les derni&#232;res ann&#233;es de travail de Foucault : celui de la production de subjectivit&#233; et de l'invention de soi, celui de l'&#233;thique et de l'esth&#233;tique, celui du rapport au corps et plus g&#233;n&#233;ralement celui du rapport &#224; la vie. Avant de nous aventurer dans cette br&#232;ve g&#233;n&#233;alogie de la biopolitique, il est cependant n&#233;cessaire de revenir un instant en arri&#232;re afin de pr&#233;ciser ce que fut v&#233;ritablement l'int&#233;r&#234;t de Foucault pour le discours, et dans quelle mesure la litt&#233;rature en est &#224; la fois une sous-cat&#233;gorie et l'&#233;trange point aveugle. Parler d'une naissance &lt;i&gt;litt&#233;raire&lt;/i&gt; de la biopolitique, ce n'est pr&#233;cis&#233;ment pas parler d'une naissance linguistique ou discursive, et c'est &#224; cette distinction que nous aimerions nous arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a chez Foucault deux diff&#233;rents statuts du langage. Le premier, qui a largement nourri l'identification - tout d'abord soigneusement entretenue puis d&#233;nonc&#233;e de mani&#232;re tout aussi nette par l'int&#233;ress&#233; - au structuralisme, est en r&#233;alit&#233; le produit d'un double d&#233;placement : du cot&#233; de la mat&#233;rialit&#233; du signe (c'est-&#224;-dire contre une h&#233;g&#233;monie du sens alors identifi&#233;e comme &#233;tant essentiellement de matrice ph&#233;nom&#233;nologique) ; et du cot&#233; de l'historicisation des structures m&#234;mes des discours du savoir. Dans le premier cas, cela porte Foucault &#224; s'int&#233;resser de tr&#232;s pr&#232;s &#224; la linguistique, &#224; la grammaire g&#233;n&#233;rale et plus largement &#224; un certain nombre de recherches formelles sur le fonctionnement du langage ; dans le second, cela le pousse en direction d'une lecture arch&#233;ologique des discours. Tr&#232;s rapidement, la notion de discours d&#233;signe par cons&#233;quent chez Foucault un ensemble d'&#233;nonc&#233;s pouvant certes appartenir &#224; des champs diff&#233;rents mais qui ob&#233;issent malgr&#233; tout &#224; des r&#232;gles de fonctionnement communes - r&#232;gles qui sont non seulement linguistiques ou formelles, mais qui reproduisent un certain nombre de partages historiquement d&#233;termin&#233;s (par exemple le grand partage raison/d&#233;raison mis en &#233;vidence &#224; propos de la folie &#224; l'&#226;ge classique). L'&#8220; ordre du discours &#8221; propre &#224; une p&#233;riode donn&#233;e devient d&#232;s la publication des &lt;i&gt;Mots et les Choses&lt;/i&gt;, en 1966, un quasi synonyme de ce que Foucault entend &#224; la m&#234;me &#233;poque par &lt;i&gt;epist&#233;m&#232;&lt;/i&gt; : un syst&#232;me de r&#233;manences dont les diff&#233;rences, les variations, les h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;s et les singularit&#233;s forment malgr&#233; tout un grand isomorphisme, dou&#233; d'une fonction normative et r&#233;gl&#233;e, et produisant des m&#233;canismes d'organisation du r&#233;el &#224; travers la production de savoirs et l'induction de strat&#233;gies et de pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d&#232;s lors pour Foucault d'analyser les traces discursives en cherchant &#224; en isoler les lois de fonctionnement ind&#233;pendamment de la nature et des conditions d'&#233;nonciation de celles-ci : comme il l'explique clairement, &#8220; il &#233;tait original et important de dire que ce qui &#233;tait fait avec le langage - po&#233;sie, litt&#233;rature, philosophie, discours en g&#233;n&#233;ral - ob&#233;issait &#224; un certain nombre de lois ou de r&#233;gularit&#233;s internes : les lois et les r&#233;gularit&#233;s du langage. Le caract&#232;re linguistique des faits de langage a &#233;t&#233; une d&#233;couverte qui a eu de l'importance &#8221; ; mais en m&#234;me temps, il s'agit aussi de d&#233;crire la transformation de la typologie des discours entre le XVIIe et le XVIIIe si&#232;cle, c'est-&#224;-dire d'historiciser les proc&#233;dures d'identification et de classification propres &#224; la p&#233;riode &#233;tudi&#233;e - d'autant plus, sans doute, qu'il s'agit d'une configuration &#224; laquelle nous appartenons encore : en ce sens, l'arch&#233;ologie foucaldienne est une analyse linguistique r&#233;investie au sein d'une interrogation plus vaste sur les conditions d'&#233;mergence de certains dispositifs discursifs dont il arrive parfois qu'ils soutiennent des pratiques (comme dans &lt;i&gt;Histoire de la Folie&lt;/i&gt;) ou qu'ils les engendrent (comme dans &lt;i&gt;Les Mots et les Choses&lt;/i&gt; ou dans &lt;i&gt;L'Arch&#233;ologie du Savoir&lt;/i&gt;). C'est dans ce contexte que Foucault se livre donc tout &#224; la fois &#224; l'analyse de ce qu'il appelle la &#8220; masse discursive &#8221; et &#224; une arch&#233;ologie des sciences humaines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il y a &#233;galement un autre statut du langage, celui que Foucault d&#233;signe parfois comme un v&#233;ritable &#8220; &#233;sot&#233;risme structural &#8221; et dont il enregistre tout particuli&#232;rement l'existence lors du travail sur Raymond Roussel , avant que le mod&#232;le roussellien ne soit &#224; son tour plus g&#233;n&#233;ralement appliqu&#233; &#224; un certain nombre d'&#233;crivains - ou plut&#244;t : de gestes d'&#233;criture - dans les ann&#233;es qui suivent. Cette litt&#233;rature &#233;sot&#233;rique, c'est, au contraire de la premi&#232;re configuration envisag&#233;e, une pratique de la langue qui semble se refuser &#224; la fois &#224; l'analyse linguistique et &#224; l'arch&#233;ologie : une exp&#233;rience de parole qui, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle est &lt;i&gt;parole&lt;/i&gt;, signale le &#8220; dehors &#8221; de tout langage et en d&#233;nonce tout &#224; la fois l'&#233;conomie interne et les partages fondateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or &#224; la fin des ann&#233;es 40, Foucault avait suivi &#224; l'&#201;cole Normale Sup&#233;rieure les cours que Maurice Merleau-Ponty avait consacr&#233; &#224; la linguistique saussurienne . On se souvient sans doute que chez Saussure, la langue est l'objet de la linguistique, tandis que la parole, &#233;tant enti&#232;rement investie par la dimension subjective du locuteur, est au contraire un &lt;i&gt;objet&lt;/i&gt; de description g&#233;n&#233;rale impossible : en somme, si la linguistique, dans la mesure o&#249; elle est la science du fonctionnement du langage, est aussi celle des langues historiques, la parole n'est quant &#224; elle l'objet d'aucune science. La parole, c'est donc le dehors de toute approche linguistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve dans les travaux de Foucault, quinze ans plus tard, un &#233;cho important de cette division ; si ce n'est qu'en ce d&#233;but des ann&#233;es 60, Foucault substitue &#224; la traditionnelle distinction saussurienne langue/parole deux oppositions qu'il fait jouer alternativement : le couple discours/langage, o&#249; le discours est paradoxalement ce qui est r&#233;tif &#224; l'ordre du langage en g&#233;n&#233;ral - c'est-&#224;-dire ce qui semble ne pas se plier &#224; une analyse strictement linguistique (c'est par exemple le cas de la production de Raymond Roussel) - ; et le couple discours/parole, o&#249; le discours devient au contraire l'&#233;cho linguistique de l'articulation entre savoirs et pouvoirs telle qu'elle est d&#233;crite &#224; travers les m&#233;canismes d'identification, de distribution et de taxinomisation, et o&#249; la parole, en tant que subjective, semble au contraire incarner une pratique de r&#233;sistance face &#224; la grande objectivation rigoureusement ordonn&#233;e et codifi&#233;e de la mise en discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un cas comme dans l'autre, il est &#233;tonnant que sous l'appellation &#8220; discours &#8221; puis sous celle de &#8220; parole &#8221;, Foucault ait repris &#224; Saussure l'id&#233;e d'une limite de l'analyse linguistique. Et m&#234;me si Foucault abandonnera rapidement l'identification discours/parole pour faire passer d&#233;finitivement le discours du cot&#233; du langage - sa le&#231;on inaugurale au Coll&#232;ge de France &lt;i&gt;L'Ordre du Discours&lt;/i&gt;, en 1971 en est l'exemple le plus patent : le discours est d&#233;sormais devenu un espace d'ordre par excellence -, il n'en reste pas moins que cette &lt;i&gt;limite&lt;/i&gt;, ce &lt;i&gt;dehors&lt;/i&gt;, cet &lt;i&gt;objet impossible&lt;/i&gt; sont trois figures qui se retrouvent au m&#234;me moment chez Foucault dans un certain nombre de textes sur la litt&#233;rature et les litt&#233;rateurs. Tout se passe donc comme si la &lt;i&gt;parole&lt;/i&gt; saussurienne avait &#233;t&#233; cristallis&#233;e par Foucault autour de cette &#233;criture sp&#233;cifique qu'est la litt&#233;rature - ou plut&#244;t : &#224; propos d'une certaine litt&#233;rature qui m&#234;le indistinctement des auteurs du pass&#233; (Rousseau, Sade, H&#246;lderlin, Nerval, Flaubert, Mallarm&#233;, Roussel etc.) et des &#233;crivains contemporains (Artaud, Bataille, Blanchot, de nombreux &#233;crivains li&#233;s &#224; la r&#233;daction de la revue &lt;i&gt;Tel Quel&lt;/i&gt; dont Foucault est tr&#232;s proche au tout d&#233;but des ann&#233;es 60, Klossowski etc.), et qui les regroupe pr&#233;cis&#233;ment sur la base de cette &#8220; ext&#233;riorit&#233; &#8221; au langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut par cons&#233;quent revenir sur les trois grandes matrices de cette &#8220; ext&#233;riorit&#233; &#8221; qui apparaissent chez Foucault entre 1962 et 1966 - &#8220; limite &#8221;, &#8220; dehors &#8221;, &#8220; objet impossible &#8221; - ; de m&#234;me qu'il faut comprendre &#224; quel point les analyses de Foucault pr&#233;sentent alors une situation absolument paradoxale, puisque si les livres de la m&#234;me &#233;poque affirment l'impossibilit&#233; absolue d'une ext&#233;riorit&#233; &#224; l'&lt;i&gt;&#233;pist&#233;m&#232;&lt;/i&gt; d'une &#233;poque donn&#233;e - parce que l'on est jamais &lt;i&gt;hors de son propre temps&lt;/i&gt;, et qu'il faut par cons&#233;quent se r&#233;soudre &#224; en subir les d&#233;terminations -, les nombreux textes &#8220; p&#233;riph&#233;riques &#8221; sur la litt&#233;rature - publi&#233;s en g&#233;n&#233;ral dans des revues, sous la forme de comptes-rendus de lecture ou de critiques - et aujourd'hui repris dans le volume I des &lt;i&gt;Dits et &#201;crits&lt;/i&gt; soulignent au contraire cette ext&#233;riorit&#233; &#224; la description linguistique et en recherchent le mod&#232;le et la clef.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re grande matrice de l'ext&#233;riorit&#233; appara&#238;t chez Foucault, en un hommage &#233;vident &#224; Bataille, dans un formidable texte de 1963 qui lui est consacr&#233; , c'est-&#224;-dire pr&#233;cis&#233;ment au moment o&#249; il &#233;crit sur Raymond Roussel : c'est le mod&#232;le de la transgression. Le fonctionnement en est simple : il n'y a pas de limite qui n'appelle la transgression, ce qui signifie qu'il n'y a pas d'espace qui ne soit aussi, imm&#233;diatement, d&#233;signation de sa propre ext&#233;riorit&#233;. Parce qu'une limite est toujours un acte de partage, celle-ci esquisse, au rebours de sa propre fonction de contention, la possibilit&#233; du geste qui la nie : elle est donc tout &#224; la fois ce qui refuse le &#8220; passage &#224; la limite &#8221; et ce qui le fonde. Et si malgr&#233; tout la notion de transgression est assez rapidement abandonn&#233;e par Foucault, ce n'est parce que le lien dialectique qui semble unir la limite &#224; sa propre transgression peut aussi &#234;tre lu dans l'autre sens : la transgression, c'est aussi, toujours, la r&#233;affirmation in&#233;luctable d'une limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde matrice intervient alors : elle se place &#224; son tour sous l'ombre tut&#233;laire d'une figure protectrice - celle de Maurice Blanchot - &#224; l'occasion d'une texte qui est encore une fois un hommage , et cherche &#224; penser l'ext&#233;riorit&#233; sans tomber dans le pi&#232;ge dialectique. Or cette ext&#233;riorit&#233; n'est pas une entit&#233; m&#233;taphysique, c'est une &lt;i&gt;exp&#233;rience&lt;/i&gt; ; et elle fait intervenir un th&#232;me qui est &#224; l'&#233;poque central pour Foucault, celui du sujet, ou plut&#244;t celui de sa disparition . Foucault d&#233;finit en effet ce qu'est l'&#8220; exp&#233;rience du dehors &#8221; comme la dissociation du &#8220; je pense &#8221; et du &#8220; je parle &#8221;, dans la mesure o&#249; le langage doit affronter la disparition du sujet qui parle et enregistrer son lieu vide comme source de son propre &#233;panchement ind&#233;fini. Le langage &#233;chappe alors &#8220; au mode d'&#234;tre du discours, c'est-&#224;-dire &#224; la dynastie de la repr&#233;sentation, et la parole litt&#233;raire se d&#233;veloppe &#224; partir d'elle-m&#234;me, formant un r&#233;seau dont chaque point, distinct des autres, &#224; distance m&#234;me des plus voisins, est situ&#233; par rapport &#224; tous dans un espace qui &#224; la fois les loge et les s&#233;pare &#8221; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	On comprend alors tout &#224; la fois ce qui lie Foucault &#224; Saussure - l'id&#233;e qu'une certaine exp&#233;rience du langage se refuse &#224; l'analyse linguistique, c'est-&#224;-dire au discours objectivant - et ce qui l'en s&#233;pare radicalement, puisque l&#224; o&#249; l'investissement subjectif de la parole &#233;tait pour Saussure le crit&#232;re de son exclusion du champ de l'analyse scientifique, c'est pr&#233;cis&#233;ment la disparition du sujet qui marque au contraire pour Foucault la sp&#233;cificit&#233; de l'exp&#233;rience d'une ext&#233;riorit&#233; &#224; l'ordre discursif. L'ordre du discours et d&#233;sordre de la parole sont donc &#224; la fois oppos&#233;s et rendus sym&#233;triques par ce parti pris absolu de penser le langage comme structure sans r&#233;f&#233;rence aucune &#224; celui qui le met en oeuvre. Cela explique alors pourquoi Foucault cherche malgr&#233; tout &#224; rendre compte de cette ext&#233;riorit&#233; au langage en termes linguistiques - parler d'un &#8220; &#233;sot&#233;risme structural &#8221; n'est pas le moindre des paradoxes, puisque cela revient &#224; tenter la description du dehors des structures linguistiques ... en termes de structure - ; cela explique sans doute moins l'&#233;vidente fascination qu'il &#233;prouve pour les figures qui incarnent ce dehors : car Foucault a beau dire qu'il n'est pas int&#233;ress&#233; par le personnage Raymond Roussel , il n'en reste pas moins que tout son travail est impr&#233;gn&#233; par son &#233;tranget&#233;, de m&#234;me que, bien des ann&#233;es plus tard, Foucault avouera avoir &#233;t&#233; r&#233;duit au silence par le personnage de Pierre Rivi&#232;re, &#8220; le parricide aux yeux roux &#8221; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier cas, la recherche d'une structure de ce qui &#233;chappe paradoxalement aux structures linguistiques doit peut-&#234;tre plus qu'on ne le croit aux travaux de Lacan - dans la mesure o&#249; affirmer, comme le fait Lacan, que l'inconscient est &lt;i&gt;structur&#233; comme un langage&lt;/i&gt;, c'est &#224; la fois admettre le principe d'une description structurale de l'inconscient, et affirmer qu'il n'y a pas &lt;i&gt;le langage&lt;/i&gt; mais &lt;i&gt;des langages&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire faire exploser le principe d'une unit&#233; du champ linguistique. La le&#231;on de Lacan, dont Foucault a encore une fois &#233;t&#233; peut-&#234;tre largement b&#233;n&#233;ficiaire, c'est par cons&#233;quent que l&#224; o&#249; la linguistique fonctionnait &#224; partir du double pr&#233;suppos&#233; de l'unit&#233; du langage et de la diff&#233;renciation des langues historiques, la psychanalyse doit d&#233;sormais penser l'&#233;clatement structural de l'unit&#233; du langage, c'est-&#224;-dire la diff&#233;rence radicale comme fondement. En somme, il faut penser la diff&#233;rence - l'ext&#233;riorit&#233;, l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; - &#224; la base m&#234;me de l'analyse structurale : non pas un seul mais plusieurs syst&#232;mes structuraux, plusieurs r&#233;gimes de signes, plusieurs ordres. Chez Foucault, l'opposition entre l'ordre du discours et le d&#233;sordre de la parole est par cons&#233;quent moins la d&#233;couverte de la puissance du d&#233;sordre subjectif (&#224; la mani&#232;re de la &lt;i&gt;parole&lt;/i&gt; de Saussure) que l'affirmation qu'il existe plusieurs ordres, et qu'ils sont incommensurables. Nulle possibilit&#233;, donc, de reconduire diff&#233;rents ordres &#224; un seul, h&#233;g&#233;monique ou fondateur - &#224; la mani&#232;re dont la raison reconduisait &#224; soi la d&#233;raison et r&#233;absorbait l'autre sous la rassurante figure du m&#234;me ; nulle possibilit&#233; de penser l'inconscient &#224; partir de la conscience (Lacan) ; nulle possibilit&#233; d'int&#233;grer &#8220; l'&#233;sot&#233;risme &#8221; structural sous autre chose que les structures qu'il se donne &#224; lui-m&#234;me (Foucault).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces autres structures qu'il s'agit alors de d&#233;couvrir, c'est-&#224;-dire une pens&#233;e dont &#8220; il faudra bien un jour essayer de d&#233;finir les formes et les cat&#233;gories fondamentales &#8221;, et dont Foucault rep&#232;re tr&#232;s rapidement une sorte de lignage dans les marges de la culture occidentale, de Sade &#224; H&#246;lderlin, de Nietzsche &#224; Mallarm&#233;, d'Artaud &#224; Bataille et &#224; Klossowski. Partout, il s'agit de comprendre le fonctionnement de l'exp&#233;rience du dehors, c'est-&#224;-dire &#224; la fois l'&#233;clatement de l'exp&#233;rience de l'int&#233;riorit&#233; et le d&#233;centrement du langage vers sa propre limite : en ce sens, selon Foucault, Blanchot, qui en demeure l'embl&#232;me, semble en effet avoir r&#233;ussi &#224; d&#233;loger du langage la r&#233;flexivit&#233; de la conscience et transform&#233; la fiction en une dissolution de la narration qui fait valoir ce qui &#233;tait jusqu'&#224; pr&#233;sent vou&#233; &#224; l'invisible : &#8220; l'interstice des images &#8221;. Le paradoxe de cette parole sans racine et sans socle, qui se r&#233;v&#232;le comme suintement et comme murmure, comme &#233;cart et comme dispersion, c'est qu'elle repr&#233;sente une avanc&#233;e vers ce qui n'a jamais re&#231;u de langage - le langage lui-m&#234;me, qui n'est ni r&#233;flexion, ni fiction, mais ruissellement infini -, c'est-&#224;-dire l' &#8220; oscillation ind&#233;finie entre l'origine et la mort &#8221; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que le texte consacr&#233; &#224; Blanchot soit publi&#233; la m&#234;me ann&#233;e que &lt;i&gt;Les mots et les choses&lt;/i&gt;, en 1966, il est assez surprenant que Foucault y fasse encore &#233;tat d'accents ph&#233;nom&#233;nologiques assez marqu&#233;s - &#224; commencer pr&#233;cis&#233;ment par cette r&#233;f&#233;rence &#224; l'origine et &#224; l'exp&#233;rience-limite de la mort. Comprendre ce que Foucault porte en lui de ph&#233;nom&#233;nologie serait un autre discours . Qu'il nous soit simplement permis de souligner ici qu'une figure &#233;trangement pr&#233;sente - dont le nom n'appara&#238;t pourtant jamais - hante visiblement ce Foucault litt&#233;raire acharn&#233; &#224; dire l'invisible des interstices du monde, l'&#233;cart des signes, tout &#224; la fois le creux et la mati&#232;re d'un langage se voulant inaugural et non pas r&#233;p&#233;tition d'un ordre unique, exp&#233;rience et non pas instrument de d&#233;signation : Maurice Merleau-Ponty - &#224; travers lequel Foucault avait commenc&#233; &#224; lire Saussure en 1947-48 -, et dont un titre - &lt;i&gt;La Prose du monde&lt;/i&gt; - deviendra celui du premier chapitre des &lt;i&gt;Mots et&lt;/i&gt; &lt;i&gt;les choses&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ext&#233;riorit&#233;, donc : avec le risque, toujours encouru, de reconduire l'exp&#233;rience du dehors &#224; la dimension de l'int&#233;riorit&#233;, et le probl&#232;me de la doter d'un langage qui lui soit fid&#232;le ; avec la difficult&#233; &#224; faire cohabiter l'espace d'ext&#233;riorit&#233; radicale qu'elle semble esquisser avec une description arch&#233;ologique des dispositifs discursifs telle qu'elle est pr&#233;sent&#233;e dans &lt;i&gt;Les Mots et les Choses&lt;/i&gt;, et en vertu de laquelle n'y a bien entendu pas de dehors possible. Et Foucault de conclure, quelles ann&#233;es plus tard : &#8220; (...) on est toujours &#224; l'int&#233;rieur. La marge est un mythe. La parole du dehors est un r&#234;ve qu'on ne cesse de reconduire &#8221; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, la possibilit&#233; de penser une diff&#233;rence absolue (et non pas, encore une fois, &lt;i&gt;l'autre du m&#234;me&lt;/i&gt;) semble pi&#233;g&#233;e par avance par le recours aux m&#233;taphores spatiales : et si Foucault avait cru se lib&#233;rer des pi&#232;ges dialectiques de la pens&#233;e de la transgression des limites en affirmant l'h&#233;t&#233;rog&#233;neit&#233; radicale de l'exp&#233;rience du dehors, il semble qu'il ne puisse le faire qu'en ayant recours &#224; deux subterfuges : soit ancrer la possibilit&#233; de l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; du dehors dans une exp&#233;rience par d&#233;finition incommensurable (l'origine, la mort), soit faire comme si le dehors pouvait &#234;tre pens&#233; sans jamais faire allusion &#224; son inverse, le dedans. &#201;trangement, dans le texte sur Blanchot, Foucault utilise un terme fort peu philosophique dont Merleau-Ponty avait, avant lui, d&#233;j&#224; fait usage : le &#8220; pli &#8221; ; et peut-&#234;tre pressent-il que la figure du pli, dont Deleuze montrera bien plus tard, la consistance philosophique, est la seule qui soit susceptible d'annuler le cercle vicieux dedans/dehors - qui est en r&#233;alit&#233; tout aussi dialectique que le couple limite/transgression - : parce que le pli, c'est &#224; la lettre le dedans du dehors et le dehors du dedans, c'est-&#224;-dire une sorte de ruban de Moebius linguistique - le dedans &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; le dehors, &#224; la fois s&#233;par&#233;ment et simultan&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me grande matrice est celle qui prend forme &#224; partir de la disjonction entre langage et pens&#233;e. L&#224; encore, il s'agit d'une part de la reprise d'un th&#232;me philosophique qui n'est pas nouveau et, de l'autre, d'une torsion in&#233;dite impos&#233;e par Foucault. Que le langage et la pens&#233;e n'aient pas partie li&#233;e, ou plus exactement que le langage ne soit pas le v&#234;tement de la pens&#233;e , son reflet intime, c'est-&#224;-dire qu'il n'ait pas pour fonction de dire &lt;i&gt;vers l'ext&#233;rieur&lt;/i&gt; ce que pense en son intimit&#233; la conscience (des objets), est l'un des points r&#233;currents de la pens&#233;e contemporaine : c'est en particulier &#224; partir de la reconnaissance de cette disjonction que s'articulera en bonne partie le tournant linguistique de la philosophie. C'est par ailleurs aussi ce qu'il y avait d&#233;j&#224; &#224; entendre dans les th&#233;orisations saussuriennes, puisque l'affirmation du double caract&#232;re arbitraire du signe proc&#233;dait exactement dans cette direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Foucault, l'&#233;cart irr&#233;m&#233;diablement creus&#233; entre les mots et les choses est pr&#233;cis&#233;ment ce qui permet de faire l'arch&#233;ologie de la mani&#232;re dont, &#224; partir de l'&#233;poque moderne, les mots ont pr&#233;tendu r&#233;gir et mettre en ordre le monde ; en somme, la mani&#232;re dont c'est en nommant que l'on a cherch&#233; &#224; construire un principe d'intelligibilit&#233; sans reste, comme si le langage pouvait &#234;tre &#224; lui seul le garant le la possibilit&#233; du sens partag&#233; et de la repr&#233;sentation objective. C'est &#224; partir de cela qu'il est devenu possible pour Foucault d'historiciser ce rapport &#224; la puissance des mots, c'est-&#224;-dire de lire en filigrane l'histoire de cette lente transformation des &lt;i&gt;savoirs sur le monde&lt;/i&gt; en &lt;i&gt;pouvoirs&lt;/i&gt; &lt;i&gt;sur les choses du monde&lt;/i&gt; : car nommer, c'est transformer les choses - fussent-elles des &lt;i&gt;sujets&lt;/i&gt; - en &lt;i&gt;objets&lt;/i&gt;, c'est faire de la v&#233;rit&#233; l'effet d'une mise &#224; distance nominale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sinon que certains probl&#232;mes demeurent. Le premier consiste &#224; demander s'il y a pr&#233;cis&#233;ment quelque chose qui puisse &#233;chapper au pouvoir des mots - et la question n'a eu de cesse de rebondir dans la pens&#233;e philosophique contemporaine dans la mesure o&#249; le traumatisme de la Shoah en accentuait dramatiquement le poids. Peut-on dire l'inqualifiable ? Ce qui est encore une mani&#232;re de demander : y a-t-il des mots pour tout ? Le pouvoir du langage n'a-t-il pas de limites ? Le second revient en revanche &#224; revenir sur cet objet particulier qu'est la pens&#233;e. Si le pouvoir des mots est de dire le monde en fonction d'une structure d'ordre historiquement d&#233;termin&#233;e (un &#8220; partage &#8221; dira Foucault, avant qu'il n'emprunte &#224; Deleuze cet autre mot de &#8220; dispositif &#8221;) dont il s'agit pr&#233;cis&#233;ment de retrouver l'articulation et le fonctionnement, qu'en est-il de cette partie du monde que l'on appelle la pens&#233;e ? En dissociant la pens&#233;e et le langage, ou plut&#244;t l'acte de pens&#233;e de celui de la nomination, n'est-on pas fatalement pouss&#233;s &#224; admettre que la pens&#233;e pense en dehors de tout langage ? Et ne vaudrait-il mieux pas penser que la pens&#233;e est d&#233;j&#224; toujours langage, ce qui revient &#224; dire que la mani&#232;re dont on pense est par avance structur&#233;e en fonction d'un ordre dont le langage n'est que l'un des visages ? En bref : de la m&#234;me fa&#231;on que l'on doit faire l'arch&#233;ologie des mots et de la mani&#232;re dont ils mettent en ordre les choses du monde pour en construire les savoirs, ne doit-on pas aussi faire une histoire des syst&#232;mes de pens&#233;e, c'est-&#224;-dire de la mani&#232;re dont la pens&#233;e est toujours d&#233;j&#224; mise en ordre par le discours ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce sens que semblent aller la plupart des analyses foucaldiennes, et la prise en charge par Foucault, quelques an&#233;es plus tard, d'une chaire du Coll&#232;ge de France portant pr&#233;cis&#233;ment le titre de &#8220; chaire d'histoire des syst&#232;mes de pens&#233;e &#8221; ne peut que le confirmer. Pourtant, il y a &#233;trangement d&#232;s &lt;i&gt;Les mots et les choses&lt;/i&gt; une torsion &#233;trange du th&#232;me. On se souvient sans doute de l'extraordinaire ouverture du livre - ce grand rire qui secoue Foucault &#224; la lecture de l'Encyclop&#233;die chinoise de Borg&#232;s. On se souvient peut-&#234;tre moins de l'expression qui conclut le paragraphe, une fois la lecture de la taxinomie borgesienne achev&#233;e : car ce qui provoque le rire, c'est moins la bizarrerie du texte cit&#233; que la constatation paradoxale d'une &#8220; impossibilit&#233; nue de penser cela &#8221;. &#8220; Cela &#8221;, c'est l'encyclop&#233;die chinoise de Borg&#232;s qui, parce qu'elle n'est pas pensable, ne peut recevoir d'autre qualificatif que cette pure d&#233;signation d&#233;monstrative ; &#8220; cela &#8221;, c'est le renversement de la question du peut-on tout dire en une nouvelle, infiniment plus dangereuse, celle du peut-on tout penser. Parce que, comme le remarque finement Foucault, cette impensable encyclop&#233;die chinoise est paradoxalement parfaitement dicible : mise en mots sans pour cela avoir accept&#233; d'&#234;tre constitu&#233;e en objet - ce qui signifie qu'il y a un usage des mots (une structure &#233;sot&#233;rique) qui ne se plie pas aux r&#232;gles communes de la pens&#233;e et qui, parce qu'il en provoque la crise, ouvre la br&#232;che dans un ordre que l'on croyait absolu. La pens&#233;e objectivante poss&#232;de une limite, parce qu'elle ne peut se constituer l&#224; o&#249; elle doit affronter des mots en forme d'objets impossibles. Ce ne sont plus les choses qui r&#233;sistent aux mots, mais les mots qui minent la possibilit&#233; m&#234;me des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or l&#224; o&#249; toute la philosophie depuis Descartes avait ent&#233;rin&#233; la double id&#233;e que la pens&#233;e &#233;tait &#224; la fois un cogito et la pens&#233;e &lt;i&gt;de quelque chose&lt;/i&gt; - parce qu'il n'y avait pens&#233;e sans sujet ni objet -, l'encyclop&#233;die chinoise devient &#224; travers la lecture qu'en fait Foucault la d&#233;construction de ces deux plans : car il n'y a point besoin de sujet pensant pour pouvoir faire l'&#233;preuve du langage - de fait, le texte de Borg&#232;s n'enmentionnepas-, tout comme il arrive que l'objet se refuse &#224; appara&#238;trederri&#232;re les mots qui en faillent par avance l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es soixante passent. La d&#233;cennie linguistico-litt&#233;raire de Foucault - avec son cort&#232;ge de paradoxes, &#224; commencer par cet &#233;trange privil&#232;ge subversif de la litt&#233;rature qui pr&#233;tend prendre le contre-pied de l'ordre langagier tout en maintenant la dissolution du sujet et la possibilit&#233; de l'analyse structurale - se cl&#244;t avec la le&#231;on de Foucault au Coll&#232;ge de France, &lt;i&gt;L'ordre du discours &lt;/i&gt;. Foucault y revient une derni&#232;re fois sur le &#8220; danger &#8221; que l'on sent affleurer sous la surface des mots , puis il cesse d&#233;finitivement de s'y int&#233;resser.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or ce qui est int&#233;ressant, c'est que cet abandon apparent du th&#232;me du discours &#224; partir de 1971 au profit d'une analyse des rapports de pouvoir, des pratiques et des strat&#233;gies, correspond en r&#233;alit&#233; &#224; ce que Foucault d&#233;crit comme le passage d'une arch&#233;ologie &#224; une &#8220; dynastique du savoir &#8221; : non plus seulement la description d'un r&#233;gime de discursivit&#233; et de son &#233;ventuelle transgression, mais l'analyse &#8220; du rapport qui existe entre ces grands types de discours et les conditions historiques, les conditions &#233;conomiques, les conditions politiques de leur apparition &#8221; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce d&#233;placement, qui revient en r&#233;alit&#233; &#224; probl&#233;matiser le passage m&#233;thodologique de l'arch&#233;ologie &#224; la g&#233;n&#233;alogie, permet &#233;galement de poser le probl&#232;me des conditions de la &lt;i&gt;disparition&lt;/i&gt; d'un r&#233;gime discursif donn&#233;, et plus g&#233;n&#233;ralement d'une d&#233;termination historique. L&#224; o&#249; la fin des &lt;i&gt;Mots et les choses&lt;/i&gt; se bornait &#224; faire &#233;tat de la possibilit&#233; d'un hypoth&#233;tique effacement de l'&#233;conomie discursive dont le livre avait donn&#233; la description minutieuse, l'analyse g&#233;n&#233;alogique pousse Foucault &#224; affronter ouvertement le th&#232;me concret des pratiques de r&#233;sistance, omnipr&#233;sent &#224; partir des ann&#233;es 70.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, il est difficile d'&#233;largir le th&#232;me du discours &#224; celui des pratiques sans tenir compte du sujet de ces pratiques - d'autant plus, peut-&#234;tre, qu'entre temps d&#233;bute pour Foucault une exp&#233;rience br&#232;ve mais d&#233;cisive, celle du &lt;i&gt;Groupe d'Information sur les&lt;/i&gt; &lt;i&gt;prisons&lt;/i&gt; (G.I.P), qui le confronte pr&#233;cis&#233;ment &#224; cette autre r&#233;sistance &#224; l'objectivation qui consiste &#224; se r&#233;approprier sa propre subjectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; est probablement le v&#233;ritable passage du litt&#233;raire au politique : la d&#233;couverte que la r&#233;sistance &#224; l'objectivation ne se jouait pas seulement du cot&#233; des objets impossibles - &#224; la mani&#232;re de Borg&#232;s - mais du cot&#233; de la re-subjectivation. Et c'est sur ce terrain que va lentement se construire au sein de l'analytique des pouvoirs qui occupera Foucault pendant une grande partie des ann&#233;es 70 cet autre axe de recherche qui est celui de la biopolitique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons un instant sur cette analytique du pouvoir. Foucault ne traite jamais du pouvoir comme d'une entit&#233; coh&#233;rente, unitaire et stable, mais de &#8220;relations de pouvoir&#8221; qui supposent des conditions historiques d'&#233;mergence complexes et impliquent des effets multiples, y compris hors de ce que l'analyse philosophique identifie traditionnellement comme le champ du pouvoir. Les analyses foucaldiennes effectuent deux d&#233;placements remarquables : s'il est vrai qu'il n'y a de pouvoir qu'exerc&#233; par les uns sur les autres - &#8220; les uns &#8221; et &#8220; les autres &#8221; n'&#233;tant jamais fix&#233;s dans un r&#244;le mais tour &#224; tour, voire simultan&#233;ment, chacun des p&#244;les de la relation -, alors une g&#233;n&#233;alogie du pouvoir est indissociable d'une histoire de la subjectivit&#233; ; si le pouvoir n'existe qu'en acte, alors c'est &#224; la question du &#8220; comment &#8221; qu'il revient d'analyser ses modalit&#233;s d'exercice, c'est-&#224;-dire aussi bien l'&#233;mergence historique de ses modes d'application que les instruments qu'il se donne, les champs o&#249; il intervient, le r&#233;seau qu'il dessine et les effets qu'il implique &#224; une &#233;poque donn&#233;e. En aucun cas il ne s'agit par cons&#233;quent de d&#233;crire un principe de pouvoir premier et fondamental mais un agencement o&#249; se croisent les discours, les pratiques, les savoirs et les institutions, et o&#249; le type d'objectif poursuivi non seulement ne se r&#233;duit pas &#224; la domination mais n'appartient &#224; personne et varie lui-m&#234;me dans l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En caract&#233;risant les relations de pouvoir comme des modes d'action complexes sur l'action des autres, Foucault inclut par ailleurs dans sa description la libert&#233;, dans la mesure o&#249; le pouvoir ne s'exerce que sur des sujets - individuels ou collectifs - &#8220; qui ont devant eux un champ de possibilit&#233; o&#249; plusieurs conduites (...) peuvent prendre place. L&#224; o&#249; les d&#233;terminations sont satur&#233;es, il n'y a pas de relation de pouvoir &#8221; . L'analyse foucaldienne d&#233;truit donc l'id&#233;e d'un face &#224; face entre le pouvoir et la libert&#233; : c'est pr&#233;cis&#233;ment en les rendant indissociables que Foucault peut reconna&#238;tre au pouvoir un r&#244;le non seulement r&#233;pressif mais productif (d'effets de v&#233;rit&#233;, de subjectivit&#233;s, de luttes), et qu'il peut inversement enraciner les ph&#233;nom&#232;nes de r&#233;sistance &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du pouvoir qu'ils cherchent &#224; contester, et non pas dans un improbable &#8220; dehors&#8221;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La g&#233;n&#233;alogie du pouvoir que dessine Foucault poss&#232;de &#224; la fois des constantes et des variables. Si, &#224; partir de Platon, toute la pens&#233;e occidentale pense en effet qu'il y a une antinomie entre le savoir et le pouvoir (&#8220; la o&#249; savoir et science se trouvent dans leur v&#233;rit&#233; pure, il ne peut plus y avoir de pouvoir politique &#8221; ), Foucault, dans le sillage de Nietzsche, va au contraire chercher &#224; dissoudre ce mythe et &#224; reconstruire la mani&#232;re dont, &#224; chaque &#233;poque, le pouvoir politique est tram&#233; avec le savoir : la mani&#232;re dont il donne naissance &#224; des effets de v&#233;rit&#233; et, inversement, la mani&#232;re dont les jeux de v&#233;rit&#233; font d'une pratique ou d'un discours un enjeu de pouvoir. Mais si, au Moyen &#194;ge, le pouvoir fonctionne en gros &#224; travers la reconnaissance des signes de fid&#233;lit&#233; et le pr&#233;l&#232;vement des biens, &#224; partir du XVIIe et du XVIIe si&#232;cles, il va s'organiser &#224; partir de l'id&#233;e de production et de prestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Obtenir des individus des prestations productives, cela signifie avant tout d&#233;border du cadre juridique traditionnel du pouvoir - celui de la souverainet&#233; - pour int&#233;grer les corps des individus, leurs gestes, leur vie m&#234;me - ce que Foucault d&#233;crira comme la naissance des &#8220; disciplines &#8221;, c'est-&#224;-dire comme un type de gouvernementalit&#233; dont la rationalit&#233; est en r&#233;alit&#233; une &#233;conomie politique. Cette disciplinarisation subit &#224; son tour une modification, dans la mesure o&#249; le gouvernement des individus est compl&#233;t&#233; par un contr&#244;le des &#8220; populations &#8221; &#224; travers une s&#233;rie de &#8220; biopouvoirs &#8221; qui administrent la vie (l'hygi&#232;ne, la sexualit&#233;, la d&#233;mographie...) de mani&#232;re globale afin de permettre une maximalisation de la reproduction de la valeur (c'est-&#224;-dire une gestion moins dispendieuse de la production). &#8220; Il y aurait donc un sch&#233;matisme &#224; &#233;viter (...) qui consiste &#224; localiser le pouvoir dans l'appareil d'&#201;tat, et &#224; faire de l'appareil d'&#201;tat l'instrument privil&#233;gi&#233;, capital, majeur, presque unique du pouvoir d'une classe sur une autre classe &#8221; : de m&#234;me que le mod&#232;le juridique de la souverainet&#233; ne permet pas de rendre compte de l'&#233;mergence d'une &#233;conomie politique, la critique politique de l'&#201;tat ne permet pas de mettre en &#233;vidence la circulation du pouvoir dans le corps social tout entier et la diversit&#233; de ses applications, c'est-&#224;-dire aussi la variabilit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes d'assujettissement et, paradoxalement, de subjectivation auxquels il donne lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or c'est pr&#233;cis&#233;ment ce th&#232;me de la subjectivation ou, comme il le dira plus tard, celui de la &lt;i&gt;production de subjectivit&#233;&lt;/i&gt;, qui permet &#224; Foucault de faire passer le vieux th&#232;me de l'ext&#233;riorit&#233; &#224; la structure d'ordre, du dehors de l'objectivit&#233; ou du refus des proc&#233;dures d'objectivation &#224; une formulation politique non spatialis&#233;e qui est celle dela r&#233;sistance sous la forme d'une pratique de libert&#233;. La subjectivation ne signifie en rien le retour aux vieilles figures du sujet cart&#233;sien : elle d&#233;signe au contraire chez Foucault un processus par lequel on obtient la constitution d'un sujet, le processus cr&#233;ateur par lequel une subjectivit&#233; s'affirme non seulement n&#233;gativement - contre l'ordre, contre les rapports de pouvoir dont elle faille le r&#232;gne - mais positivement dans le monde : en bref, un mouvement constituant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#8220; modes de subjectivation &#8221; ou &#8220; processus de subjectivation &#8221; de l'&#234;tre humain correspondent en r&#233;alit&#233; &#224; deux types d'analyse : d'une part, on l'a vu, celle des modes d'objectivation qui transforment les &#234;tres humains en sujets - ce qui signifie que pour le pouvoir, il n'y a de sujets qu'objectiv&#233;s, et que les modes de subjectivation sont en ce sens des pratiques d'objectivation : c'est dans cette direction que Foucault lit par exemple la pr&#233;sence de l'homme au coeur de l'&#233;difice des sciences humaines et fait l'hypoth&#232;se de sa disparition dans &lt;i&gt;Les mots et les&lt;/i&gt; &lt;i&gt;choses&lt;/i&gt; ; de l'autre, l'analyse de la mani&#232;re dont le rapport &#224; soi &#224; travers un certain nombre de techniques de soi permet de se constituer comme sujet de sa propre existence - et c'est bien entendu dans cette direction qu'il s'agit d'aller pour creuser au sein m&#234;me des rapports de pouvoir un espace de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Foucault rep&#232;re dans un premier temps trois modes principaux d'objectivation du sujet : &#8220; les diff&#233;rents modes d'investigation qui cherchent &#224; acc&#233;der au statut de science &#8221; comme l'objectivation du sujet parlant en grammaire ou en linguistique, ou encore celle du sujet productif dans l'&#233;conomie et l'analyse des richesses ; les &#8220; pratiques divisantes &#8221;, qui divisent le sujet &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me (ou par rapport aux autres sujets) pour le classer et en faire un objet - comme la division entre le fou et le sain d'esprit, le malade et l'homme en bonne sant&#233;, le brave homme et le criminel, etc. ; enfin, la mani&#232;re dont le pouvoir investit le sujet en se servant non seulement des modes de subjectivation d&#233;j&#224; cit&#233;s mais en en inventant d'autres : c'est tout l'enjeu des techniques de gouvernementalit&#233;. Dans un second temps, pourtant, la question de Foucault semble se renverser : s'il est vrai que les modes de subjectivation produisent, en les objectivant, quelque chose comme des sujets, comment ces sujets se rapportent-ils &#224; eux-m&#234;mes ? Quels proc&#233;d&#233;s l'individu met-il en oeuvre afin de s'approprier ou de se r&#233;approprier son propre rapport &#224; soi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de la production historique des subjectivit&#233;s appartient donc &#224; la fois &#224; la description arch&#233;ologique de la constitution d'un certain nombre de savoirs sur le sujet, &#224; la description g&#233;n&#233;alogique des pratiques de domination et des strat&#233;gies de gouvernement auxquelles on peut soumettre les individus, et &#224; l'analyse des techniques &#224; travers lesquelles les hommes, en travaillant le rapport qui les lie &#224; eux-m&#234;mes, se produisent et se transforment : comme finit par le reconna&#238;tre Foucault, &#8220; au cours de leur histoire, les hommes n'ont jamais cess&#233; de se construire eux-m&#234;mes, c'est-&#224;-dire de d&#233;placer continuellement leur subjectivit&#233;, de se constituer dans une s&#233;rie infinie et multiple de subjectivit&#233;s diff&#233;rentes et qui n'auront jamais de fin et ne nous placeront jamais face &#224; quelque chose qui serait l'homme &#8221; . Ce lieu inassignable de la subjectivit&#233; en mouvement, en perp&#233;tuelle &#8220; d&#233;prise &#8221; par rapport &#224; elle-m&#234;me, cela demeure pour Foucault le produit des d&#233;terminations historiques, mais c'est aussi l'espace in&#233;dit d'un travail sur soi dont les modalit&#233;s sont a leur tour historiques mais qui fait surgir la dimension du dehors (la cr&#233;ation, l'invention, l'in&#233;dit, le pr&#233;-objectif) &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des rapports de pouvoir ; et c'est dans ce double ancrage que se noue la possibilit&#233; de la r&#233;sistance subjective des singularit&#233;s. Dix ans apr&#232;s les premi&#232;res explorations litt&#233;raires de la r&#233;sistance - une r&#233;sistance encore une fois pens&#233;e sur le mod&#232;le de ce dont elle devait s'affranchir : &#224; la fois comme &#233;cart et comme structure, comme refus de la grille objective des savoirs et comme confirmation de la dissolution du sujet -, le lieu de l'invention de soi cesse de vouloir &#234;tre ext&#233;rieur &#224; la grille des savoirs/pouvoirs et se loge au contraire dans sa torsion intime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venons-en maintenant au dernier &#233;l&#233;ment de ce bref parcours, c'est-&#224;-dire au th&#232;me de la biopolitique. La biopolitique est une notion ambigu&#235; dans la mesure o&#249; elle est dans un premier temps totalement assimil&#233;e &#224; celle de biopovoir. La &#8220; biopolitique &#8221; d&#233;signe en effet dans un premier temps chez Foucault la mani&#232;re dont le pouvoir tend &#224; se transformer, entre la fin du XVIII&#232;me si&#232;cle et le d&#233;but du XIX&#232;me si&#232;cle, afin de gouverner non seulement les individus &#224; travers un certain nombre de proc&#233;d&#233;s disciplinaires, mais l'ensemble des vivants constitu&#233;s en &lt;i&gt;populations&lt;/i&gt; : la biopolitique - &#224; travers des bio-pouvoirs locaux - s'occupe donc de la gestion de la sant&#233;, de l'hygi&#232;ne, de l'alimentation, de la sexualit&#233;, de la natalit&#233; etc., dans la mesure o&#249; ceux-ci sont devenus des enjeux politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, Foucault entend par &#8220; population &#8221; un ensemble d'&#234;tres vivants et coexistants qui pr&#233;sentent des traits biologiques et pathologiques particuliers, et dont la vie m&#234;me est susceptible d'&#234;tre contr&#244;l&#233;e afin d'assurer une meilleure gestion de la force de travail : &#8220; La d&#233;couverte de la population est, en m&#234;me temps que la d&#233;couverte de l'individu et du corps dressable, l'autre grand noyau technologique autour duquel les proc&#233;d&#233;s politiques de l'Occident se sont transform&#233;s. On a invent&#233; &#224; ce moment l&#224; ce que j'appellerai, par opposition &#224; l'anatomo-politique que j'ai mentionn&#233;e &#224; l'instant, la bio-politique &#8221; . Alors que la discipline se donnait comme anatomo-politique des corps et s'appliquait essentiellement aux individus, la biopolitique repr&#233;sente donc cette grande &#8220; m&#233;decine sociale &#8221; qui s'applique &#224; la population afin d'en gouverner la vie : la vie fait d&#233;sormais partie du champ du pouvoir. Les bio-pouvoirs sont donc &#224; la lettre des pouvoirs sur le &lt;i&gt;bios&lt;/i&gt;, sur la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, tant que la notion de biopolitique est assimil&#233;e &#224; celle des biopouvoirs, elle soul&#232;ve un probl&#232;me r&#233;el. S'agit-il de penser r&#233;ellement la biopolitique comme un ensemble de bio-pouvoirs ou bien, dans la mesure o&#249; dire que le pouvoir a investi la vie signifie &#233;galement que la vie est &#224; son tour un pouvoir, peut-on localiser dans la vie elle-m&#234;me - c'est-&#224;-dire bien entendu dans le travail et dans le langage, mais aussi dans les corps, dans les affects, dans les d&#233;sirs et dans la sexualit&#233; - le lieu d'&#233;mergence d'un d'une r&#233;sistance radicale, le lieu d'une production de subjectivit&#233; qui se donnerait au contraire comme moment de d&#233;sassujettissement ? C'est dans cette direction que Foucault semble vouloir s'engager &#224; partir de la toute fin des ann&#233;es 70, puisqu'il privil&#233;gie &#224; la fois la dimension &#233;thique (c'est-&#224;-dire une probl&#233;matisation du rapport &#224; soi) et celle de l'esth&#233;tique (c'est-&#224;-dire une analyse des conditions de possibilit&#233; de la production de subjectivit&#233;). La biopolitique repr&#233;sente exactement le moment de ce passage du politique &#224; l'&#233;thique/esth&#233;tique de soi. Comme le confirme Foucault en 1982, &#8220; l'analyse, l'&#233;laboration, la remise en question des relations de pouvoir, et de l' &#8220; agonisme &#8221; entre relations de pouvoir et intransitivit&#233; de la libert&#233;, sont une t&#226;che politique incessante (...) c'est m&#234;me cela, la t&#226;che politique inh&#233;rente &#224; toute existence sociale &#8221; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a donc bien fallu pour Foucault revenir sur la figure du sujet - cette figure dont le travail sur le langage et las litt&#233;rature avait semblait avoir voulu exclure radicalement la pr&#233;sence. Entendons bien : non pas le sujet comme conscience auto-suffisante et a-historique, ni m&#234;me le sujet comme entit&#233; ou comme &lt;i&gt;chose&lt;/i&gt; - c'est-&#224;-dire comme mati&#232;re &#224; objectiver -, mais le sujet comme processus constituant. La subjectivit&#233; n'est rien d'autre que cela : un pur moment d'invention au sein m&#234;me de d&#233;terminations historiques dont elle d&#233;pend en m&#234;me temps qu'elle leur &#233;chappe ; une production d'&#234;tre sans terme ni but, et qui pourtant ouvre &#224; nouveau &#224; la possibilit&#233; d'un &#233;v&#233;nement ontologique ; un dehors qui n'a pas besoin d'ext&#233;riorit&#233; pour marquer sa diff&#233;rence, puisqu'au lieu de la chercher &lt;i&gt;ailleurs&lt;/i&gt;, dans un espace autre, il l'inaugure &lt;i&gt;ici&lt;/i&gt;, dans une &lt;i&gt;actualit&#233;&lt;/i&gt; redevenue cr&#233;ative. De l'espace au temps, Foucault a finalement trouv&#233; le moyen d'&#233;chapper aux fant&#244;mes de la dialectique de la limite - bien &#233;videmment, sans pour cela retomber dans les apories d'un temps consid&#233;r&#233; comme dimension de la conscience ph&#233;nom&#233;nologique : ici le temps est celui de l'ontologie productive, c'est un &lt;i&gt;kair&#242;s&lt;/i&gt; cr&#233;atif .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parler de la naissance litt&#233;raire de la biopolitique, cela signifie donc renouer ensemble les fils de deux recherches qui n'ont jamais cess&#233; de travailler de l'int&#233;rieur les analyses foucaldiennes : d'un cot&#233; la conciliation d'une critique radicale du sujet et d'un r&#233;investissement de la subjectivit&#233; sans objectivation pr&#233;alable ; de l'autre le passage d'une analyse spatialis&#233;e de la diff&#233;rence &#224; celle d'une ontologie temporelle de la cr&#233;ation. L'illusion induite par la critique radicale du sujet classique (c'est-&#224;-dire de ce sujet qui &#233;tait &#224; la fois condition de possibilit&#233; transcendante de sa propre pens&#233;e et objet ultime de son discours) avait pouss&#233; Foucault vers l'hypoth&#232;se d'une d&#233;subjectivation totale de l'exp&#233;rience de l'&#233;criture &#8220; &#233;sot&#233;rique &#8221; tout autant que de l'&#233;conomie des discours en g&#233;n&#233;ral : c'&#233;tait donc &#224; un &#8220; dehors &#8221; hypoth&#233;tique que revenait la t&#226;che d'&#233;chapper &#224; tout processus d'objectivation tout en r&#233;affirmant encore une fois la dissolution du sujet - et ce dehors, ne pouvant &#234;tre ni objet ni sujet, n'en demeurait pas moins analysable comme une &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt; structure linguistique. Par ailleurs, la spatialisation des m&#233;taphores qui disaient cette volont&#233; d'ext&#233;riorit&#233; au syst&#232;me discursif des savoirs ne cessait de recr&#233;er la forme - &#244; combien spatiale - du cercle dialectique, c'est-&#224;-dire cette ruse ultime de la raison qui veut que tout autre soit n&#233;cessairement reconduit au m&#234;me, et que tout contre-pouvoir ne soit que le sym&#233;trique inverse de ce dont il fait la critique. L&#224; encore, il fallait red&#233;couvrir le temps : un temps non plus r&#233;duit au pr&#233;sent - si l'on entend par pr&#233;sent cette temporalit&#233; de moyenne dur&#233;e qui est pr&#233;cis&#233;ment d&#233;termin&#233;e par la notion d'&lt;i&gt;&#233;pist&#233;m&#232;&lt;/i&gt; - mais rendu &#224; sa propre actualit&#233; ; un temps qui, parce qu'il red&#233;couvrait que seul un acte d'invention peut permettre aux hommes de se r&#233;approprier d'eux-m&#234;mes, allait donc se d&#233;finir comme une &lt;i&gt;actualit&#233; &lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en reste pas moins que d&#232;s le d&#233;part l'int&#233;r&#234;t de Foucault pour la litt&#233;rature a sans doute anticip&#233; de beaucoup ce qui allait permettre la &#8220; r&#233;ponse biopolitique &#8221; aux biopouvoirs . Ce qui a fascin&#233; Foucault dans l'exp&#233;rience litt&#233;raire dont il a d&#233;taill&#233; les cas pendant presque dix ans sans pouvoir en rendre pleinement raison, c'&#233;tait la possibilit&#233; d'une invention de formes linguistiques nouvelles, de structures diff&#233;rentes, de codes in&#233;dits. En somme : une cr&#233;ation. Ce qui fascine dix ans plus tard Foucault dans l'id&#233;e de la biopolitique, c'est qu'&#224; &lt;i&gt;un pouvoir&lt;/i&gt; sur la vie puisse r&#233;pondre &lt;i&gt;la puissance&lt;/i&gt; de la vie : une autre mani&#232;re de dire que l'on en finit pas de cr&#233;er, et que si l'homme est une figure sur le sable destin&#233;e &#224; s'effacer progressivement, cette production d'&#234;tre est l&#224; pour nous faire d&#233;couvrir d'autres rivages, Biopolitique, production de subjectivit&#233;, actualit&#233; - autant de noms qui, faisons-en le pari, n'auraient sans doute pas d&#233;plu &#224; Raymond Roussel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La naissance litt&#233;raire de la biopolitique</title>
		<link>https://seminaire.samizdat.net/analyses-concepts-idees/La-naissance-litteraire-de-la,17</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Judith Revel</dc:creator>


		<dc:subject>Judith Revel, biopolitique,Foucault, transgression, g&#233;n&#233;alogie,pouvoir</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le concept foucaldien de biopolitique&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://seminaire.samizdat.net/analyses-concepts-idees/" rel="directory"&gt;Analyses - Concepts - Id&#233;es&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://seminaire.samizdat.net/Judith-Revel-biopolitique-Foucault" rel="tag"&gt;Judith Revel, biopolitique,Foucault, transgression, g&#233;n&#233;alogie,pouvoir&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://seminaire.samizdat.net/local/cache-vignettes/L100xH100/arton17-58c52.png?1757104655' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Naissance litt&#233;raire de la biopolitique, donc : un enracinement langagier et stylistique pour ce qui demeure encore aujourd'hui l'un des concepts foucaldiens les plus complexes&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est sans doute assez paradoxal de vouloir ancrer le concept foucaldien de biopolitique - dont on sait qu'il appara&#238;t relativement tard chez Foucault, dans la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 70 - au coeur des &#233;crits &#8220; litt&#233;raires &#8221; et linguistiques de la d&#233;cennie pr&#233;c&#233;dente ; ou, &#224; l'envers, de faire de l'int&#233;r&#234;t pour le langage, la parole et l'&#233;criture, qui caract&#233;rise en grande partie les travaux de Foucault dans les ann&#233;es 60 le v&#233;ritable terrain de culture de ce qui allait &#233;merger dix ans plus tard, au creux d'une formidable analytique des pouvoirs, comme une nouvelle probl&#233;matisation des rapports de la subjectivit&#233;, du pouvoir et des pratiques de libert&#233;. Paradoxal, parce qu'il faut affronter deux difficult&#233;s r&#233;elles : d&#233;fier la division traditionnelle que l'on fait en g&#233;n&#233;ral subir &#224; l'oeuvre de Foucault et qui s&#233;pare nettement les p&#233;riodes et les th&#232;mes de la recherche pour tenter au contraire de dessiner la figure difficile d'une interrogation complexe mais coh&#233;rente jusque dans ses apparentes discontinuit&#233;s - en somme, lier le &#8220; litt&#233;raire &#8221; au &#8220; politique &#8221; ; mais aussi sauver Foucault d'une r&#233;duction trop facile &#224; &#8220; l'air du temps &#8221; philosophique qui veut que, quel que soit leur domaine d'appartenance disciplinaire, tous les penseurs fran&#231;ais aient peu ou prou eu affaire avec la question du langage dans les ann&#233;es 60, et avec la question du pouvoir dans les ann&#233;es 70.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier cas, il s'agit donc de rep&#233;rer chez Foucault non pas l'ombre d'un syst&#232;me, d'un projet unitaire et t&#233;l&#233;ologique ou un dessein secret perceptible depuis l'origine - concepts dont on sait &#224; quel point Foucault &#233;tait lointain - mais au contraire l'&#233;cho d'un travail continu et sans cesse relanc&#233;, et dont le mouvement rend pr&#233;cis&#233;ment n&#233;cessaires les changements de paradigmes m&#233;thodologiques, d'outillage conceptuel et de champs d'enqu&#234;te : une coh&#233;rence qui ne pr&#233;tend donc nullement gommer les discontinuit&#233;s, les revirements et les changements - qui sont, &#224; l'&#233;vidence, nombreux et importants -, mais veut les lire comme les &#233;tapes d'un raisonnement proc&#233;dant par reformulations et d&#233;placements successifs, ou plus exactement comme les r&#233;volutions toujours plus larges d'une spirale s'enroulant sur elle-m&#234;me en m&#234;me temps qu'elle avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le deuxi&#232;me, il s'agit de penser ce que la pens&#233;e de Foucault peur avoir eu de singulier ind&#233;pendamment de l'identification &#8220; g&#233;n&#233;rationnelle &#8221; avec un certain &#8220; milieu &#8221; (des revues comme &lt;i&gt;Critique&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Tel Quel&lt;/i&gt;, des institutions comme l'universit&#233; de Vincennes ou le Coll&#232;ge de France, des collectifs comme le G.I.P, etc.) ou avec un certain temps (l'avant-68, le structuralisme, les &#233;v&#233;nements de Mai, le militantisme des ann&#233;es 70, etc). Entendons bien : rien ne serait moins foucaldien qu'une lecture de Foucault ind&#233;pendante des conditions historiques et mat&#233;rielles de sa production, et faire de Foucault un auteur &#8220; hors de son temps &#8221; fr&#244;le un ridicule que seuls certains commentaires hagiographiques acceptent de courir sans retenue. Mais il est vrai &#233;galement que l'on ne saurait r&#233;duire Foucault &#224; &#234;tre le simple &#233;piph&#233;nom&#232;ne d'une s&#233;rie de courants plus g&#233;n&#233;raux qui furent parfois largement tributaires des modes intellectuelles - que l'on pense &#224; cet &#233;trange second tournant linguistique qui a travers&#233; la France &#224; partir du milieu des ann&#233;es 50, ou bien encore &#224; la politisation progressive du discours intellectuel - et plus g&#233;n&#233;ralement du travail de la pens&#233;e - dans les dix ans qui ont suivi 1968, avec son cort&#232;ge de d&#233;bats sur les rapports entre la th&#233;orie et la pratique, sur les formes de l'engagement et sur le r&#244;le des intellectuels dans les luttes en acte ou &#224; venir. Si Foucault fut jamais un penseur &#224; la mode - et il l'a sans nul doute &#233;t&#233; -, il serait pourtant injuste de ne le consid&#233;rer que comme un ph&#233;nom&#232;ne de mode ; il n'y a rien d'ignominieux dans la reconnaissance publique si ce n'est le risque de l'immobilisme et de la r&#233;p&#233;tition de soi &#224; l'infini, et nous savons que Foucault fut tut sauf cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naissance litt&#233;raire de la biopolitique, donc : un enracinement langagier et stylistique pour ce qui demeure encore aujourd'hui l'un des concepts foucaldiens les plus complexes, puisque la biopolitique joue un r&#244;le de charni&#232;re entre l'analytique du pouvoir et un certain nombre de th&#232;mes qui caract&#233;risent les derni&#232;res ann&#233;es de travail de Foucault : celui de la production de subjectivit&#233; et de l'invention de soi, celui de l'&#233;thique et de l'esth&#233;tique, celui du rapport au corps et plus g&#233;n&#233;ralement celui du rapport &#224; la vie. Avant de nous aventurer dans cette br&#232;ve g&#233;n&#233;alogie de la biopolitique, il est cependant n&#233;cessaire de revenir un instant en arri&#232;re afin de pr&#233;ciser ce que fut v&#233;ritablement l'int&#233;r&#234;t de Foucault pour le discours, et dans quelle mesure la litt&#233;rature en est &#224; la fois une sous-cat&#233;gorie et l'&#233;trange point aveugle. Parler d'une naissance &lt;i&gt;litt&#233;raire&lt;/i&gt; de la biopolitique, ce n'est pr&#233;cis&#233;ment pas parler d'une naissance linguistique ou discursive, et c'est &#224; cette distinction que nous aimerions nous arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a chez Foucault deux diff&#233;rents statuts du langage. Le premier, qui a largement nourri l'identification - tout d'abord soigneusement entretenue puis d&#233;nonc&#233;e de mani&#232;re tout aussi nette par l'int&#233;ress&#233; - au structuralisme, est en r&#233;alit&#233; le produit d'un double d&#233;placement : du cot&#233; de la mat&#233;rialit&#233; du signe (c'est-&#224;-dire contre une h&#233;g&#233;monie du sens alors identifi&#233;e comme &#233;tant essentiellement de matrice ph&#233;nom&#233;nologique) ; et du cot&#233; de l'historicisation des structures m&#234;mes des discours du savoir. Dans le premier cas, cela porte Foucault &#224; s'int&#233;resser de tr&#232;s pr&#232;s &#224; la linguistique, &#224; la grammaire g&#233;n&#233;rale et plus largement &#224; un certain nombre de recherches formelles sur le fonctionnement du langage ; dans le second, cela le pousse en direction d'une lecture arch&#233;ologique des discours. Tr&#232;s rapidement, la notion de discours d&#233;signe par cons&#233;quent chez Foucault un ensemble d'&#233;nonc&#233;s pouvant certes appartenir &#224; des champs diff&#233;rents mais qui ob&#233;issent malgr&#233; tout &#224; des r&#232;gles de fonctionnement communes - r&#232;gles qui sont non seulement linguistiques ou formelles, mais qui reproduisent un certain nombre de partages historiquement d&#233;termin&#233;s (par exemple le grand partage raison/d&#233;raison mis en &#233;vidence &#224; propos de la folie &#224; l'&#226;ge classique). L'&#8220; ordre du discours &#8221; propre &#224; une p&#233;riode donn&#233;e devient d&#232;s la publication des &lt;i&gt;Mots et les Choses&lt;/i&gt;, en 1966, un quasi synonyme de ce que Foucault entend &#224; la m&#234;me &#233;poque par &lt;i&gt;epist&#233;m&#232;&lt;/i&gt; : un syst&#232;me de r&#233;manences dont les diff&#233;rences, les variations, les h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;s et les singularit&#233;s forment malgr&#233; tout un grand isomorphisme, dou&#233; d'une fonction normative et r&#233;gl&#233;e, et produisant des m&#233;canismes d'organisation du r&#233;el &#224; travers la production de savoirs et l'induction de strat&#233;gies et de pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d&#232;s lors pour Foucault d'analyser les traces discursives en cherchant &#224; en isoler les lois de fonctionnement ind&#233;pendamment de la nature et des conditions d'&#233;nonciation de celles-ci : comme il l'explique clairement, &#8220; il &#233;tait original et important de dire que ce qui &#233;tait fait avec le langage - po&#233;sie, litt&#233;rature, philosophie, discours en g&#233;n&#233;ral - ob&#233;issait &#224; un certain nombre de lois ou de r&#233;gularit&#233;s internes : les lois et les r&#233;gularit&#233;s du langage. Le caract&#232;re linguistique des faits de langage a &#233;t&#233; une d&#233;couverte qui a eu de l'importance &#8221; ; mais en m&#234;me temps, il s'agit aussi de d&#233;crire la transformation de la typologie des discours entre le XVIIe et le XVIIIe si&#232;cle, c'est-&#224;-dire d'historiciser les proc&#233;dures d'identification et de classification propres &#224; la p&#233;riode &#233;tudi&#233;e - d'autant plus, sans doute, qu'il s'agit d'une configuration &#224; laquelle nous appartenons encore : en ce sens, l'arch&#233;ologie foucaldienne est une analyse linguistique r&#233;investie au sein d'une interrogation plus vaste sur les conditions d'&#233;mergence de certains dispositifs discursifs dont il arrive parfois qu'ils soutiennent des pratiques (comme dans &lt;i&gt;Histoire de la Folie&lt;/i&gt;) ou qu'ils les engendrent (comme dans &lt;i&gt;Les Mots et les Choses&lt;/i&gt; ou dans &lt;i&gt;L'Arch&#233;ologie du Savoir&lt;/i&gt;). C'est dans ce contexte que Foucault se livre donc tout &#224; la fois &#224; l'analyse de ce qu'il appelle la &#8220; masse discursive &#8221; et &#224; une arch&#233;ologie des sciences humaines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il y a &#233;galement un autre statut du langage, celui que Foucault d&#233;signe parfois comme un v&#233;ritable &#8220; &#233;sot&#233;risme structural &#8221; et dont il enregistre tout particuli&#232;rement l'existence lors du travail sur Raymond Roussel , avant que le mod&#232;le roussellien ne soit &#224; son tour plus g&#233;n&#233;ralement appliqu&#233; &#224; un certain nombre d'&#233;crivains - ou plut&#244;t : de gestes d'&#233;criture - dans les ann&#233;es qui suivent. Cette litt&#233;rature &#233;sot&#233;rique, c'est, au contraire de la premi&#232;re configuration envisag&#233;e, une pratique de la langue qui semble se refuser &#224; la fois &#224; l'analyse linguistique et &#224; l'arch&#233;ologie : une exp&#233;rience de parole qui, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle est &lt;i&gt;parole&lt;/i&gt;, signale le &#8220; dehors &#8221; de tout langage et en d&#233;nonce tout &#224; la fois l'&#233;conomie interne et les partages fondateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or &#224; la fin des ann&#233;es 40, Foucault avait suivi &#224; l'&#201;cole Normale Sup&#233;rieure les cours que Maurice Merleau-Ponty avait consacr&#233; &#224; la linguistique saussurienne . On se souvient sans doute que chez Saussure, la langue est l'objet de la linguistique, tandis que la parole, &#233;tant enti&#232;rement investie par la dimension subjective du locuteur, est au contraire un &lt;i&gt;objet&lt;/i&gt; de description g&#233;n&#233;rale impossible : en somme, si la linguistique, dans la mesure o&#249; elle est la science du fonctionnement du langage, est aussi celle des langues historiques, la parole n'est quant &#224; elle l'objet d'aucune science. La parole, c'est donc le dehors de toute approche linguistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve dans les travaux de Foucault, quinze ans plus tard, un &#233;cho important de cette division ; si ce n'est qu'en ce d&#233;but des ann&#233;es 60, Foucault substitue &#224; la traditionnelle distinction saussurienne langue/parole deux oppositions qu'il fait jouer alternativement : le couple discours/langage, o&#249; le discours est paradoxalement ce qui est r&#233;tif &#224; l'ordre du langage en g&#233;n&#233;ral - c'est-&#224;-dire ce qui semble ne pas se plier &#224; une analyse strictement linguistique (c'est par exemple le cas de la production de Raymond Roussel) - ; et le couple discours/parole, o&#249; le discours devient au contraire l'&#233;cho linguistique de l'articulation entre savoirs et pouvoirs telle qu'elle est d&#233;crite &#224; travers les m&#233;canismes d'identification, de distribution et de taxinomisation, et o&#249; la parole, en tant que subjective, semble au contraire incarner une pratique de r&#233;sistance face &#224; la grande objectivation rigoureusement ordonn&#233;e et codifi&#233;e de la mise en discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un cas comme dans l'autre, il est &#233;tonnant que sous l'appellation &#8220; discours &#8221; puis sous celle de &#8220; parole &#8221;, Foucault ait repris &#224; Saussure l'id&#233;e d'une limite de l'analyse linguistique. Et m&#234;me si Foucault abandonnera rapidement l'identification discours/parole pour faire passer d&#233;finitivement le discours du cot&#233; du langage - sa le&#231;on inaugurale au Coll&#232;ge de France &lt;i&gt;L'Ordre du Discours&lt;/i&gt;, en 1971 en est l'exemple le plus patent : le discours est d&#233;sormais devenu un espace d'ordre par excellence -, il n'en reste pas moins que cette &lt;i&gt;limite&lt;/i&gt;, ce &lt;i&gt;dehors&lt;/i&gt;, cet &lt;i&gt;objet impossible&lt;/i&gt; sont trois figures qui se retrouvent au m&#234;me moment chez Foucault dans un certain nombre de textes sur la litt&#233;rature et les litt&#233;rateurs. Tout se passe donc comme si la &lt;i&gt;parole&lt;/i&gt; saussurienne avait &#233;t&#233; cristallis&#233;e par Foucault autour de cette &#233;criture sp&#233;cifique qu'est la litt&#233;rature - ou plut&#244;t : &#224; propos d'une certaine litt&#233;rature qui m&#234;le indistinctement des auteurs du pass&#233; (Rousseau, Sade, H&#246;lderlin, Nerval, Flaubert, Mallarm&#233;, Roussel etc.) et des &#233;crivains contemporains (Artaud, Bataille, Blanchot, de nombreux &#233;crivains li&#233;s &#224; la r&#233;daction de la revue &lt;i&gt;Tel Quel&lt;/i&gt; dont Foucault est tr&#232;s proche au tout d&#233;but des ann&#233;es 60, Klossowski etc.), et qui les regroupe pr&#233;cis&#233;ment sur la base de cette &#8220; ext&#233;riorit&#233; &#8221; au langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut par cons&#233;quent revenir sur les trois grandes matrices de cette &#8220; ext&#233;riorit&#233; &#8221; qui apparaissent chez Foucault entre 1962 et 1966 - &#8220; limite &#8221;, &#8220; dehors &#8221;, &#8220; objet impossible &#8221; - ; de m&#234;me qu'il faut comprendre &#224; quel point les analyses de Foucault pr&#233;sentent alors une situation absolument paradoxale, puisque si les livres de la m&#234;me &#233;poque affirment l'impossibilit&#233; absolue d'une ext&#233;riorit&#233; &#224; l'&lt;i&gt;&#233;pist&#233;m&#232;&lt;/i&gt; d'une &#233;poque donn&#233;e - parce que l'on est jamais &lt;i&gt;hors de son propre temps&lt;/i&gt;, et qu'il faut par cons&#233;quent se r&#233;soudre &#224; en subir les d&#233;terminations -, les nombreux textes &#8220; p&#233;riph&#233;riques &#8221; sur la litt&#233;rature - publi&#233;s en g&#233;n&#233;ral dans des revues, sous la forme de comptes-rendus de lecture ou de critiques - et aujourd'hui repris dans le volume I des &lt;i&gt;Dits et &#201;crits&lt;/i&gt; soulignent au contraire cette ext&#233;riorit&#233; &#224; la description linguistique et en recherchent le mod&#232;le et la clef.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re grande matrice de l'ext&#233;riorit&#233; appara&#238;t chez Foucault, en un hommage &#233;vident &#224; Bataille, dans un formidable texte de 1963 qui lui est consacr&#233; , c'est-&#224;-dire pr&#233;cis&#233;ment au moment o&#249; il &#233;crit sur Raymond Roussel : c'est le mod&#232;le de la transgression. Le fonctionnement en est simple : il n'y a pas de limite qui n'appelle la transgression, ce qui signifie qu'il n'y a pas d'espace qui ne soit aussi, imm&#233;diatement, d&#233;signation de sa propre ext&#233;riorit&#233;. Parce qu'une limite est toujours un acte de partage, celle-ci esquisse, au rebours de sa propre fonction de contention, la possibilit&#233; du geste qui la nie : elle est donc tout &#224; la fois ce qui refuse le &#8220; passage &#224; la limite &#8221; et ce qui le fonde. Et si malgr&#233; tout la notion de transgression est assez rapidement abandonn&#233;e par Foucault, ce n'est parce que le lien dialectique qui semble unir la limite &#224; sa propre transgression peut aussi &#234;tre lu dans l'autre sens : la transgression, c'est aussi, toujours, la r&#233;affirmation in&#233;luctable d'une limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde matrice intervient alors : elle se place &#224; son tour sous l'ombre tut&#233;laire d'une figure protectrice - celle de Maurice Blanchot - &#224; l'occasion d'une texte qui est encore une fois un hommage , et cherche &#224; penser l'ext&#233;riorit&#233; sans tomber dans le pi&#232;ge dialectique. Or cette ext&#233;riorit&#233; n'est pas une entit&#233; m&#233;taphysique, c'est une &lt;i&gt;exp&#233;rience&lt;/i&gt; ; et elle fait intervenir un th&#232;me qui est &#224; l'&#233;poque central pour Foucault, celui du sujet, ou plut&#244;t celui de sa disparition . Foucault d&#233;finit en effet ce qu'est l'&#8220; exp&#233;rience du dehors &#8221; comme la dissociation du &#8220; je pense &#8221; et du &#8220; je parle &#8221;, dans la mesure o&#249; le langage doit affronter la disparition du sujet qui parle et enregistrer son lieu vide comme source de son propre &#233;panchement ind&#233;fini. Le langage &#233;chappe alors &#8220; au mode d'&#234;tre du discours, c'est-&#224;-dire &#224; la dynastie de la repr&#233;sentation, et la parole litt&#233;raire se d&#233;veloppe &#224; partir d'elle-m&#234;me, formant un r&#233;seau dont chaque point, distinct des autres, &#224; distance m&#234;me des plus voisins, est situ&#233; par rapport &#224; tous dans un espace qui &#224; la fois les loge et les s&#233;pare &#8221; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	On comprend alors tout &#224; la fois ce qui lie Foucault &#224; Saussure - l'id&#233;e qu'une certaine exp&#233;rience du langage se refuse &#224; l'analyse linguistique, c'est-&#224;-dire au discours objectivant - et ce qui l'en s&#233;pare radicalement, puisque l&#224; o&#249; l'investissement subjectif de la parole &#233;tait pour Saussure le crit&#232;re de son exclusion du champ de l'analyse scientifique, c'est pr&#233;cis&#233;ment la disparition du sujet qui marque au contraire pour Foucault la sp&#233;cificit&#233; de l'exp&#233;rience d'une ext&#233;riorit&#233; &#224; l'ordre discursif. L'ordre du discours et d&#233;sordre de la parole sont donc &#224; la fois oppos&#233;s et rendus sym&#233;triques par ce parti pris absolu de penser le langage comme structure sans r&#233;f&#233;rence aucune &#224; celui qui le met en oeuvre. Cela explique alors pourquoi Foucault cherche malgr&#233; tout &#224; rendre compte de cette ext&#233;riorit&#233; au langage en termes linguistiques - parler d'un &#8220; &#233;sot&#233;risme structural &#8221; n'est pas le moindre des paradoxes, puisque cela revient &#224; tenter la description du dehors des structures linguistiques ... en termes de structure - ; cela explique sans doute moins l'&#233;vidente fascination qu'il &#233;prouve pour les figures qui incarnent ce dehors : car Foucault a beau dire qu'il n'est pas int&#233;ress&#233; par le personnage Raymond Roussel , il n'en reste pas moins que tout son travail est impr&#233;gn&#233; par son &#233;tranget&#233;, de m&#234;me que, bien des ann&#233;es plus tard, Foucault avouera avoir &#233;t&#233; r&#233;duit au silence par le personnage de Pierre Rivi&#232;re, &#8220; le parricide aux yeux roux &#8221; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier cas, la recherche d'une structure de ce qui &#233;chappe paradoxalement aux structures linguistiques doit peut-&#234;tre plus qu'on ne le croit aux travaux de Lacan - dans la mesure o&#249; affirmer, comme le fait Lacan, que l'inconscient est &lt;i&gt;structur&#233; comme un langage&lt;/i&gt;, c'est &#224; la fois admettre le principe d'une description structurale de l'inconscient, et affirmer qu'il n'y a pas &lt;i&gt;le langage&lt;/i&gt; mais &lt;i&gt;des langages&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire faire exploser le principe d'une unit&#233; du champ linguistique. La le&#231;on de Lacan, dont Foucault a encore une fois &#233;t&#233; peut-&#234;tre largement b&#233;n&#233;ficiaire, c'est par cons&#233;quent que l&#224; o&#249; la linguistique fonctionnait &#224; partir du double pr&#233;suppos&#233; de l'unit&#233; du langage et de la diff&#233;renciation des langues historiques, la psychanalyse doit d&#233;sormais penser l'&#233;clatement structural de l'unit&#233; du langage, c'est-&#224;-dire la diff&#233;rence radicale comme fondement. En somme, il faut penser la diff&#233;rence - l'ext&#233;riorit&#233;, l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; - &#224; la base m&#234;me de l'analyse structurale : non pas un seul mais plusieurs syst&#232;mes structuraux, plusieurs r&#233;gimes de signes, plusieurs ordres. Chez Foucault, l'opposition entre l'ordre du discours et le d&#233;sordre de la parole est par cons&#233;quent moins la d&#233;couverte de la puissance du d&#233;sordre subjectif (&#224; la mani&#232;re de la &lt;i&gt;parole&lt;/i&gt; de Saussure) que l'affirmation qu'il existe plusieurs ordres, et qu'ils sont incommensurables. Nulle possibilit&#233;, donc, de reconduire diff&#233;rents ordres &#224; un seul, h&#233;g&#233;monique ou fondateur - &#224; la mani&#232;re dont la raison reconduisait &#224; soi la d&#233;raison et r&#233;absorbait l'autre sous la rassurante figure du m&#234;me ; nulle possibilit&#233; de penser l'inconscient &#224; partir de la conscience (Lacan) ; nulle possibilit&#233; d'int&#233;grer &#8220; l'&#233;sot&#233;risme &#8221; structural sous autre chose que les structures qu'il se donne &#224; lui-m&#234;me (Foucault).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces autres structures qu'il s'agit alors de d&#233;couvrir, c'est-&#224;-dire une pens&#233;e dont &#8220; il faudra bien un jour essayer de d&#233;finir les formes et les cat&#233;gories fondamentales &#8221;, et dont Foucault rep&#232;re tr&#232;s rapidement une sorte de lignage dans les marges de la culture occidentale, de Sade &#224; H&#246;lderlin, de Nietzsche &#224; Mallarm&#233;, d'Artaud &#224; Bataille et &#224; Klossowski. Partout, il s'agit de comprendre le fonctionnement de l'exp&#233;rience du dehors, c'est-&#224;-dire &#224; la fois l'&#233;clatement de l'exp&#233;rience de l'int&#233;riorit&#233; et le d&#233;centrement du langage vers sa propre limite : en ce sens, selon Foucault, Blanchot, qui en demeure l'embl&#232;me, semble en effet avoir r&#233;ussi &#224; d&#233;loger du langage la r&#233;flexivit&#233; de la conscience et transform&#233; la fiction en une dissolution de la narration qui fait valoir ce qui &#233;tait jusqu'&#224; pr&#233;sent vou&#233; &#224; l'invisible : &#8220; l'interstice des images &#8221;. Le paradoxe de cette parole sans racine et sans socle, qui se r&#233;v&#232;le comme suintement et comme murmure, comme &#233;cart et comme dispersion, c'est qu'elle repr&#233;sente une avanc&#233;e vers ce qui n'a jamais re&#231;u de langage - le langage lui-m&#234;me, qui n'est ni r&#233;flexion, ni fiction, mais ruissellement infini -, c'est-&#224;-dire l' &#8220; oscillation ind&#233;finie entre l'origine et la mort &#8221; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que le texte consacr&#233; &#224; Blanchot soit publi&#233; la m&#234;me ann&#233;e que &lt;i&gt;Les mots et les choses&lt;/i&gt;, en 1966, il est assez surprenant que Foucault y fasse encore &#233;tat d'accents ph&#233;nom&#233;nologiques assez marqu&#233;s - &#224; commencer pr&#233;cis&#233;ment par cette r&#233;f&#233;rence &#224; l'origine et &#224; l'exp&#233;rience-limite de la mort. Comprendre ce que Foucault porte en lui de ph&#233;nom&#233;nologie serait un autre discours . Qu'il nous soit simplement permis de souligner ici qu'une figure &#233;trangement pr&#233;sente - dont le nom n'appara&#238;t pourtant jamais - hante visiblement ce Foucault litt&#233;raire acharn&#233; &#224; dire l'invisible des interstices du monde, l'&#233;cart des signes, tout &#224; la fois le creux et la mati&#232;re d'un langage se voulant inaugural et non pas r&#233;p&#233;tition d'un ordre unique, exp&#233;rience et non pas instrument de d&#233;signation : Maurice Merleau-Ponty - &#224; travers lequel Foucault avait commenc&#233; &#224; lire Saussure en 1947-48 -, et dont un titre - &lt;i&gt;La Prose du monde&lt;/i&gt; - deviendra celui du premier chapitre des &lt;i&gt;Mots et&lt;/i&gt; &lt;i&gt;les choses&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ext&#233;riorit&#233;, donc : avec le risque, toujours encouru, de reconduire l'exp&#233;rience du dehors &#224; la dimension de l'int&#233;riorit&#233;, et le probl&#232;me de la doter d'un langage qui lui soit fid&#232;le ; avec la difficult&#233; &#224; faire cohabiter l'espace d'ext&#233;riorit&#233; radicale qu'elle semble esquisser avec une description arch&#233;ologique des dispositifs discursifs telle qu'elle est pr&#233;sent&#233;e dans &lt;i&gt;Les Mots et les Choses&lt;/i&gt;, et en vertu de laquelle n'y a bien entendu pas de dehors possible. Et Foucault de conclure, quelles ann&#233;es plus tard : &#8220; (...) on est toujours &#224; l'int&#233;rieur. La marge est un mythe. La parole du dehors est un r&#234;ve qu'on ne cesse de reconduire &#8221; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, la possibilit&#233; de penser une diff&#233;rence absolue (et non pas, encore une fois, &lt;i&gt;l'autre du m&#234;me&lt;/i&gt;) semble pi&#233;g&#233;e par avance par le recours aux m&#233;taphores spatiales : et si Foucault avait cru se lib&#233;rer des pi&#232;ges dialectiques de la pens&#233;e de la transgression des limites en affirmant l'h&#233;t&#233;rog&#233;neit&#233; radicale de l'exp&#233;rience du dehors, il semble qu'il ne puisse le faire qu'en ayant recours &#224; deux subterfuges : soit ancrer la possibilit&#233; de l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; du dehors dans une exp&#233;rience par d&#233;finition incommensurable (l'origine, la mort), soit faire comme si le dehors pouvait &#234;tre pens&#233; sans jamais faire allusion &#224; son inverse, le dedans. &#201;trangement, dans le texte sur Blanchot, Foucault utilise un terme fort peu philosophique dont Merleau-Ponty avait, avant lui, d&#233;j&#224; fait usage : le &#8220; pli &#8221; ; et peut-&#234;tre pressent-il que la figure du pli, dont Deleuze montrera bien plus tard, la consistance philosophique, est la seule qui soit susceptible d'annuler le cercle vicieux dedans/dehors - qui est en r&#233;alit&#233; tout aussi dialectique que le couple limite/transgression - : parce que le pli, c'est &#224; la lettre le dedans du dehors et le dehors du dedans, c'est-&#224;-dire une sorte de ruban de Moebius linguistique - le dedans &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; le dehors, &#224; la fois s&#233;par&#233;ment et simultan&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me grande matrice est celle qui prend forme &#224; partir de la disjonction entre langage et pens&#233;e. L&#224; encore, il s'agit d'une part de la reprise d'un th&#232;me philosophique qui n'est pas nouveau et, de l'autre, d'une torsion in&#233;dite impos&#233;e par Foucault. Que le langage et la pens&#233;e n'aient pas partie li&#233;e, ou plus exactement que le langage ne soit pas le v&#234;tement de la pens&#233;e , son reflet intime, c'est-&#224;-dire qu'il n'ait pas pour fonction de dire &lt;i&gt;vers l'ext&#233;rieur&lt;/i&gt; ce que pense en son intimit&#233; la conscience (des objets), est l'un des points r&#233;currents de la pens&#233;e contemporaine : c'est en particulier &#224; partir de la reconnaissance de cette disjonction que s'articulera en bonne partie le tournant linguistique de la philosophie. C'est par ailleurs aussi ce qu'il y avait d&#233;j&#224; &#224; entendre dans les th&#233;orisations saussuriennes, puisque l'affirmation du double caract&#232;re arbitraire du signe proc&#233;dait exactement dans cette direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Foucault, l'&#233;cart irr&#233;m&#233;diablement creus&#233; entre les mots et les choses est pr&#233;cis&#233;ment ce qui permet de faire l'arch&#233;ologie de la mani&#232;re dont, &#224; partir de l'&#233;poque moderne, les mots ont pr&#233;tendu r&#233;gir et mettre en ordre le monde ; en somme, la mani&#232;re dont c'est en nommant que l'on a cherch&#233; &#224; construire un principe d'intelligibilit&#233; sans reste, comme si le langage pouvait &#234;tre &#224; lui seul le garant le la possibilit&#233; du sens partag&#233; et de la repr&#233;sentation objective. C'est &#224; partir de cela qu'il est devenu possible pour Foucault d'historiciser ce rapport &#224; la puissance des mots, c'est-&#224;-dire de lire en filigrane l'histoire de cette lente transformation des &lt;i&gt;savoirs sur le monde&lt;/i&gt; en &lt;i&gt;pouvoirs&lt;/i&gt; &lt;i&gt;sur les choses du monde&lt;/i&gt; : car nommer, c'est transformer les choses - fussent-elles des &lt;i&gt;sujets&lt;/i&gt; - en &lt;i&gt;objets&lt;/i&gt;, c'est faire de la v&#233;rit&#233; l'effet d'une mise &#224; distance nominale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sinon que certains probl&#232;mes demeurent. Le premier consiste &#224; demander s'il y a pr&#233;cis&#233;ment quelque chose qui puisse &#233;chapper au pouvoir des mots - et la question n'a eu de cesse de rebondir dans la pens&#233;e philosophique contemporaine dans la mesure o&#249; le traumatisme de la Shoah en accentuait dramatiquement le poids. Peut-on dire l'inqualifiable ? Ce qui est encore une mani&#232;re de demander : y a-t-il des mots pour tout ? Le pouvoir du langage n'a-t-il pas de limites ? Le second revient en revanche &#224; revenir sur cet objet particulier qu'est la pens&#233;e. Si le pouvoir des mots est de dire le monde en fonction d'une structure d'ordre historiquement d&#233;termin&#233;e (un &#8220; partage &#8221; dira Foucault, avant qu'il n'emprunte &#224; Deleuze cet autre mot de &#8220; dispositif &#8221;) dont il s'agit pr&#233;cis&#233;ment de retrouver l'articulation et le fonctionnement, qu'en est-il de cette partie du monde que l'on appelle la pens&#233;e ? En dissociant la pens&#233;e et le langage, ou plut&#244;t l'acte de pens&#233;e de celui de la nomination, n'est-on pas fatalement pouss&#233;s &#224; admettre que la pens&#233;e pense en dehors de tout langage ? Et ne vaudrait-il mieux pas penser que la pens&#233;e est d&#233;j&#224; toujours langage, ce qui revient &#224; dire que la mani&#232;re dont on pense est par avance structur&#233;e en fonction d'un ordre dont le langage n'est que l'un des visages ? En bref : de la m&#234;me fa&#231;on que l'on doit faire l'arch&#233;ologie des mots et de la mani&#232;re dont ils mettent en ordre les choses du monde pour en construire les savoirs, ne doit-on pas aussi faire une histoire des syst&#232;mes de pens&#233;e, c'est-&#224;-dire de la mani&#232;re dont la pens&#233;e est toujours d&#233;j&#224; mise en ordre par le discours ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce sens que semblent aller la plupart des analyses foucaldiennes, et la prise en charge par Foucault, quelques an&#233;es plus tard, d'une chaire du Coll&#232;ge de France portant pr&#233;cis&#233;ment le titre de &#8220; chaire d'histoire des syst&#232;mes de pens&#233;e &#8221; ne peut que le confirmer. Pourtant, il y a &#233;trangement d&#232;s &lt;i&gt;Les mots et les choses&lt;/i&gt; une torsion &#233;trange du th&#232;me. On se souvient sans doute de l'extraordinaire ouverture du livre - ce grand rire qui secoue Foucault &#224; la lecture de l'Encyclop&#233;die chinoise de Borg&#232;s. On se souvient peut-&#234;tre moins de l'expression qui conclut le paragraphe, une fois la lecture de la taxinomie borgesienne achev&#233;e : car ce qui provoque le rire, c'est moins la bizarrerie du texte cit&#233; que la constatation paradoxale d'une &#8220; impossibilit&#233; nue de penser cela &#8221;. &#8220; Cela &#8221;, c'est l'encyclop&#233;die chinoise de Borg&#232;s qui, parce qu'elle n'est pas pensable, ne peut recevoir d'autre qualificatif que cette pure d&#233;signation d&#233;monstrative ; &#8220; cela &#8221;, c'est le renversement de la question du peut-on tout dire en une nouvelle, infiniment plus dangereuse, celle du peut-on tout penser. Parce que, comme le remarque finement Foucault, cette impensable encyclop&#233;die chinoise est paradoxalement parfaitement dicible : mise en mots sans pour cela avoir accept&#233; d'&#234;tre constitu&#233;e en objet - ce qui signifie qu'il y a un usage des mots (une structure &#233;sot&#233;rique) qui ne se plie pas aux r&#232;gles communes de la pens&#233;e et qui, parce qu'il en provoque la crise, ouvre la br&#232;che dans un ordre que l'on croyait absolu. La pens&#233;e objectivante poss&#232;de une limite, parce qu'elle ne peut se constituer l&#224; o&#249; elle doit affronter des mots en forme d'objets impossibles. Ce ne sont plus les choses qui r&#233;sistent aux mots, mais les mots qui minent la possibilit&#233; m&#234;me des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or l&#224; o&#249; toute la philosophie depuis Descartes avait ent&#233;rin&#233; la double id&#233;e que la pens&#233;e &#233;tait &#224; la fois un cogito et la pens&#233;e &lt;i&gt;de quelque chose&lt;/i&gt; - parce qu'il n'y avait pens&#233;e sans sujet ni objet -, l'encyclop&#233;die chinoise devient &#224; travers la lecture qu'en fait Foucault la d&#233;construction de ces deux plans : car il n'y a point besoin de sujet pensant pour pouvoir faire l'&#233;preuve du langage - de fait, le texte de Borg&#232;s n'enmentionnepas-, tout comme il arrive que l'objet se refuse &#224;appara&#238;tre derri&#232;re les mots qui en faillent par avance l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es soixante passent. La d&#233;cennie linguistico-litt&#233;raire de Foucault - avec son cort&#232;ge de paradoxes, &#224; commencer par cet &#233;trange privil&#232;ge subversif de la litt&#233;rature qui pr&#233;tend prendre le contre-pied de l'ordre langagier tout en maintenant la dissolution du sujet et la possibilit&#233; de l'analyse structurale - se cl&#244;t avec la le&#231;on de Foucault au Coll&#232;ge de France, &lt;i&gt;L'ordre du discours &lt;/i&gt;. Foucault y revient une derni&#232;re fois sur le &#8220; danger &#8221; que l'on sent affleurer sous la surface des mots , puis il cesse d&#233;finitivement de s'y int&#233;resser.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or ce qui est int&#233;ressant, c'est que cet abandon apparent du th&#232;me du discours &#224; partir de 1971 au profit d'une analyse des rapports de pouvoir, des pratiques et des strat&#233;gies, correspond en r&#233;alit&#233; &#224; ce que Foucault d&#233;crit comme le passage d'une arch&#233;ologie &#224; une &#8220; dynastique du savoir &#8221; : non plus seulement la description d'un r&#233;gime de discursivit&#233; et de son &#233;ventuelle transgression, mais l'analyse &#8220; du rapport qui existe entre ces grands types de discours et les conditions historiques, les conditions &#233;conomiques, les conditions politiques de leur apparition &#8221; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce d&#233;placement, qui revient en r&#233;alit&#233; &#224; probl&#233;matiser le passage m&#233;thodologique de l'arch&#233;ologie &#224; la g&#233;n&#233;alogie, permet &#233;galement de poser le probl&#232;me des conditions de la &lt;i&gt;disparition&lt;/i&gt; d'un r&#233;gime discursif donn&#233;, et plus g&#233;n&#233;ralement d'une d&#233;termination historique. L&#224; o&#249; la fin des &lt;i&gt;Mots et les choses&lt;/i&gt; se bornait &#224; faire &#233;tat de la possibilit&#233; d'un hypoth&#233;tique effacement de l'&#233;conomie discursive dont le livre avait donn&#233; la description minutieuse, l'analyse g&#233;n&#233;alogique pousse Foucault &#224; affronter ouvertement le th&#232;me concret des pratiques de r&#233;sistance, omnipr&#233;sent &#224; partir des ann&#233;es 70.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, il est difficile d'&#233;largir le th&#232;me du discours &#224; celui des pratiques sans tenir compte du sujet de ces pratiques - d'autant plus, peut-&#234;tre, qu'entre temps d&#233;bute pour Foucault une exp&#233;rience br&#232;ve mais d&#233;cisive, celle du &lt;i&gt;Groupe d'Information sur les&lt;/i&gt; &lt;i&gt;prisons&lt;/i&gt; (G.I.P), qui le confronte pr&#233;cis&#233;ment &#224; cette autre r&#233;sistance &#224; l'objectivation qui consiste &#224; se r&#233;approprier sa propre subjectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; est probablement le v&#233;ritable passage du litt&#233;raire au politique : la d&#233;couverte que la r&#233;sistance &#224; l'objectivation ne se jouait pas seulement du cot&#233; des objets impossibles - &#224; la mani&#232;re de Borg&#232;s - mais du cot&#233; de la re-subjectivation. Et c'est sur ce terrain que va lentement se construire au sein de l'analytique des pouvoirs qui occupera Foucault pendant une grande partie des ann&#233;es 70 cet autre axe de recherche qui est celui de la biopolitique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons un instant sur cette analytique du pouvoir. Foucault ne traite jamais du pouvoir comme d'une entit&#233; coh&#233;rente, unitaire et stable, mais de &#8220;relations de pouvoir&#8221; qui supposent des conditions historiques d'&#233;mergence complexes et impliquent des effets multiples, y compris hors de ce que l'analyse philosophique identifie traditionnellement comme le champ du pouvoir. Les analyses foucaldiennes effectuent deux d&#233;placements remarquables : s'il est vrai qu'il n'y a de pouvoir qu'exerc&#233; par les uns sur les autres - &#8220; les uns &#8221; et &#8220; les autres &#8221; n'&#233;tant jamais fix&#233;s dans un r&#244;le mais tour &#224; tour, voire simultan&#233;ment, chacun des p&#244;les de la relation -, alors une g&#233;n&#233;alogie du pouvoir est indissociable d'une histoire de la subjectivit&#233; ; si le pouvoir n'existe qu'en acte, alors c'est &#224; la question du &#8220; comment &#8221; qu'il revient d'analyser ses modalit&#233;s d'exercice, c'est-&#224;-dire aussi bien l'&#233;mergence historique de ses modes d'application que les instruments qu'il se donne, les champs o&#249; il intervient, le r&#233;seau qu'il dessine et les effets qu'il implique &#224; une &#233;poque donn&#233;e. En aucun cas il ne s'agit par cons&#233;quent de d&#233;crire un principe de pouvoir premier et fondamental mais un agencement o&#249; se croisent les discours, les pratiques, les savoirs et les institutions, et o&#249; le type d'objectif poursuivi non seulement ne se r&#233;duit pas &#224; la domination mais n'appartient &#224; personne et varie lui-m&#234;me dans l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En caract&#233;risant les relations de pouvoir comme des modes d'action complexes sur l'action des autres, Foucault inclut par ailleurs dans sa description la libert&#233;, dans la mesure o&#249; le pouvoir ne s'exerce que sur des sujets - individuels ou collectifs - &#8220; qui ont devant eux un champ de possibilit&#233; o&#249; plusieurs conduites (...) peuvent prendre place. L&#224; o&#249; les d&#233;terminations sont satur&#233;es, il n'y a pas de relation de pouvoir &#8221; . L'analyse foucaldienne d&#233;truit donc l'id&#233;e d'un face &#224; face entre le pouvoir et la libert&#233; : c'est pr&#233;cis&#233;ment en les rendant indissociables que Foucault peut reconna&#238;tre au pouvoir un r&#244;le non seulement r&#233;pressif mais productif (d'effets de v&#233;rit&#233;, de subjectivit&#233;s, de luttes), et qu'il peut inversement enraciner les ph&#233;nom&#232;nes de r&#233;sistance &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du pouvoir qu'ils cherchent &#224; contester, et non pas dans un improbable &#8220; dehors&#8221;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La g&#233;n&#233;alogie du pouvoir que dessine Foucault poss&#232;de &#224; la fois des constantes et des variables. Si, &#224; partir de Platon, toute la pens&#233;e occidentale pense en effet qu'il y a une antinomie entre le savoir et le pouvoir (&#8220; la o&#249; savoir et science se trouvent dans leur v&#233;rit&#233; pure, il ne peut plus y avoir de pouvoir politique &#8221; ), Foucault, dans le sillage de Nietzsche, va au contraire chercher &#224; dissoudre ce mythe et &#224; reconstruire la mani&#232;re dont, &#224; chaque &#233;poque, le pouvoir politique est tram&#233; avec le savoir : la mani&#232;re dont il donne naissance &#224; des effets de v&#233;rit&#233; et, inversement, la mani&#232;re dont les jeux de v&#233;rit&#233; font d'une pratique ou d'un discours un enjeu de pouvoir. Mais si, au Moyen &#194;ge, le pouvoir fonctionne en gros &#224; travers la reconnaissance des signes de fid&#233;lit&#233; et le pr&#233;l&#232;vement des biens, &#224; partir du XVIIe et du XVIIe si&#232;cles, il va s'organiser &#224; partir de l'id&#233;e de production et de prestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Obtenir des individus des prestations productives, cela signifie avant tout d&#233;border du cadre juridique traditionnel du pouvoir - celui de la souverainet&#233; - pour int&#233;grer les corps des individus, leurs gestes, leur vie m&#234;me - ce que Foucault d&#233;crira comme la naissance des &#8220; disciplines &#8221;, c'est-&#224;-dire comme un type de gouvernementalit&#233; dont la rationalit&#233; est en r&#233;alit&#233; une &#233;conomie politique. Cette disciplinarisation subit &#224; son tour une modification, dans la mesure o&#249; le gouvernement des individus est compl&#233;t&#233; par un contr&#244;le des &#8220; populations &#8221; &#224; travers une s&#233;rie de &#8220; biopouvoirs &#8221; qui administrent la vie (l'hygi&#232;ne, la sexualit&#233;, la d&#233;mographie...) de mani&#232;re globale afin de permettre une maximalisation de la reproduction de la valeur (c'est-&#224;-dire une gestion moins dispendieuse de la production). &#8220; Il y aurait donc un sch&#233;matisme &#224; &#233;viter (...) qui consiste &#224; localiser le pouvoir dans l'appareil d'&#201;tat, et &#224; faire de l'appareil d'&#201;tat l'instrument privil&#233;gi&#233;, capital, majeur, presque unique du pouvoir d'une classe sur une autre classe &#8221; : de m&#234;me que le mod&#232;le juridique de la souverainet&#233; ne permet pas de rendre compte de l'&#233;mergence d'une &#233;conomie politique, la critique politique de l'&#201;tat ne permet pas de mettre en &#233;vidence la circulation du pouvoir dans le corps social tout entier et la diversit&#233; de ses applications, c'est-&#224;-dire aussi la variabilit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes d'assujettissement et, paradoxalement, de subjectivation auxquels il donne lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or c'est pr&#233;cis&#233;ment ce th&#232;me de la subjectivation ou, comme il le dira plus tard, celui de la &lt;i&gt;production de subjectivit&#233;&lt;/i&gt;, qui permet &#224; Foucault de faire passer le vieux th&#232;me de l'ext&#233;riorit&#233; &#224; la structure d'ordre, du dehors de l'objectivit&#233; ou du refus des proc&#233;dures d'objectivation &#224; une formulation politique non spatialis&#233;e qui est celle dela r&#233;sistance sous la forme d'une pratique de libert&#233;. La subjectivation ne signifie en rien le retour aux vieilles figures du sujet cart&#233;sien : elle d&#233;signe au contraire chez Foucault un processus par lequel on obtient la constitution d'un sujet, le processus cr&#233;ateur par lequel une subjectivit&#233; s'affirme non seulement n&#233;gativement - contre l'ordre, contre les rapports de pouvoir dont elle faille le r&#232;gne - mais positivement dans le monde : en bref, un mouvement constituant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#8220; modes de subjectivation &#8221; ou &#8220; processus de subjectivation &#8221; de l'&#234;tre humain correspondent en r&#233;alit&#233; &#224; deux types d'analyse : d'une part, on l'a vu, celle des modes d'objectivation qui transforment les &#234;tres humains en sujets - ce qui signifie que pour le pouvoir, il n'y a de sujets qu'objectiv&#233;s, et que les modes de subjectivation sont en ce sens des pratiques d'objectivation : c'est dans cette direction que Foucault lit par exemple la pr&#233;sence de l'homme au coeur de l'&#233;difice des sciences humaines et fait l'hypoth&#232;se de sa disparition dans &lt;i&gt;Les mots et les&lt;/i&gt; &lt;i&gt;choses&lt;/i&gt; ; de l'autre, l'analyse de la mani&#232;re dont le rapport &#224; soi &#224; travers un certain nombre de techniques de soi permet de se constituer comme sujet de sa propre existence - et c'est bien entendu dans cette direction qu'il s'agit d'aller pour creuser au sein m&#234;me des rapports de pouvoir un espace de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Foucault rep&#232;re dans un premier temps trois modes principaux d'objectivation du sujet : &#8220; les diff&#233;rents modes d'investigation qui cherchent &#224; acc&#233;der au statut de science &#8221; comme l'objectivation du sujet parlant en grammaire ou en linguistique, ou encore celle du sujet productif dans l'&#233;conomie et l'analyse des richesses ; les &#8220; pratiques divisantes &#8221;, qui divisent le sujet &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me (ou par rapport aux autres sujets) pour le classer et en faire un objet - comme la division entre le fou et le sain d'esprit, le malade et l'homme en bonne sant&#233;, le brave homme et le criminel, etc. ; enfin, la mani&#232;re dont le pouvoir investit le sujet en se servant non seulement des modes de subjectivation d&#233;j&#224; cit&#233;s mais en en inventant d'autres : c'est tout l'enjeu des techniques de gouvernementalit&#233;. Dans un second temps, pourtant, la question de Foucault semble se renverser : s'il est vrai que les modes de subjectivation produisent, en les objectivant, quelque chose comme des sujets, comment ces sujets se rapportent-ils &#224; eux-m&#234;mes ? Quels proc&#233;d&#233;s l'individu met-il en oeuvre afin de s'approprier ou de se r&#233;approprier son propre rapport &#224; soi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de la production historique des subjectivit&#233;s appartient donc &#224; la fois &#224; la description arch&#233;ologique de la constitution d'un certain nombre de savoirs sur le sujet, &#224; la description g&#233;n&#233;alogique des pratiques de domination et des strat&#233;gies de gouvernement auxquelles on peut soumettre les individus, et &#224; l'analyse des techniques &#224; travers lesquelles les hommes, en travaillant le rapport qui les lie &#224; eux-m&#234;mes, se produisent et se transforment : comme finit par le reconna&#238;tre Foucault, &#8220; au cours de leur histoire, les hommes n'ont jamais cess&#233; de se construire eux-m&#234;mes, c'est-&#224;-dire de d&#233;placer continuellement leur subjectivit&#233;, de se constituer dans une s&#233;rie infinie et multiple de subjectivit&#233;s diff&#233;rentes et qui n'auront jamais de fin et ne nous placeront jamais face &#224; quelque chose qui serait l'homme &#8221; . Ce lieu inassignable de la subjectivit&#233; en mouvement, en perp&#233;tuelle &#8220; d&#233;prise &#8221; par rapport &#224; elle-m&#234;me, cela demeure pour Foucault le produit des d&#233;terminations historiques, mais c'est aussi l'espace in&#233;dit d'un travail sur soi dont les modalit&#233;s sont a leur tour historiques mais qui fait surgir la dimension du dehors (la cr&#233;ation, l'invention, l'in&#233;dit, le pr&#233;-objectif) &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des rapports de pouvoir ; et c'est dans ce double ancrage que se noue la possibilit&#233; de la r&#233;sistance subjective des singularit&#233;s. Dix ans apr&#232;s les premi&#232;res explorations litt&#233;raires de la r&#233;sistance - une r&#233;sistance encore une fois pens&#233;e sur le mod&#232;le de ce dont elle devait s'affranchir : &#224; la fois comme &#233;cart et comme structure, comme refus de la grille objective des savoirs et comme confirmation de la dissolution du sujet -, le lieu de l'invention de soi cesse de vouloir &#234;tre ext&#233;rieur &#224; la grille des savoirs/pouvoirs et se loge au contraire dans sa torsion intime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venons-en maintenant au dernier &#233;l&#233;ment de ce bref parcours, c'est-&#224;-dire au th&#232;me de la biopolitique. La biopolitique est une notion ambigu&#235; dans la mesure o&#249; elle est dans un premier temps totalement assimil&#233;e &#224; celle de biopovoir. La &#8220; biopolitique &#8221; d&#233;signe en effet dans un premier temps chez Foucault la mani&#232;re dont le pouvoir tend &#224; se transformer, entre la fin du XVIII&#232;me si&#232;cle et le d&#233;but du XIX&#232;me si&#232;cle, afin de gouverner non seulement les individus &#224; travers un certain nombre de proc&#233;d&#233;s disciplinaires, mais l'ensemble des vivants constitu&#233;s en &lt;i&gt;populations&lt;/i&gt; : la biopolitique - &#224; travers des bio-pouvoirs locaux - s'occupe donc de la gestion de la sant&#233;, de l'hygi&#232;ne, de l'alimentation, de la sexualit&#233;, de la natalit&#233; etc., dans la mesure o&#249; ceux-ci sont devenus des enjeux politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, Foucault entend par &#8220; population &#8221; un ensemble d'&#234;tres vivants et coexistants qui pr&#233;sentent des traits biologiques et pathologiques particuliers, et dont la vie m&#234;me est susceptible d'&#234;tre contr&#244;l&#233;e afin d'assurer une meilleure gestion de la force de travail : &#8220; La d&#233;couverte de la population est, en m&#234;me temps que la d&#233;couverte de l'individu et du corps dressable, l'autre grand noyau technologique autour duquel les proc&#233;d&#233;s politiques de l'Occident se sont transform&#233;s. On a invent&#233; &#224; ce moment l&#224; ce que j'appellerai, par opposition &#224; l'anatomo-politique que j'ai mentionn&#233;e &#224; l'instant, la bio-politique &#8221; . Alors que la discipline se donnait comme anatomo-politique des corps et s'appliquait essentiellement aux individus, la biopolitique repr&#233;sente donc cette grande &#8220; m&#233;decine sociale &#8221; qui s'applique &#224; la population afin d'en gouverner la vie : la vie fait d&#233;sormais partie du champ du pouvoir. Les bio-pouvoirs sont donc &#224; la lettre des pouvoirs sur le &lt;i&gt;bios&lt;/i&gt;, sur la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, tant que la notion de biopolitique est assimil&#233;e &#224; celle des biopouvoirs, elle soul&#232;ve un probl&#232;me r&#233;el. S'agit-il de penser r&#233;ellement la biopolitique comme un ensemble de bio-pouvoirs ou bien, dans la mesure o&#249; dire que le pouvoir a investi la vie signifie &#233;galement que la vie est &#224; son tour un pouvoir, peut-on localiser dans la vie elle-m&#234;me - c'est-&#224;-dire bien entendu dans le travail et dans le langage, mais aussi dans les corps, dans les affects, dans les d&#233;sirs et dans la sexualit&#233; - le lieu d'&#233;mergence d'un d'une r&#233;sistance radicale, le lieu d'une production de subjectivit&#233; qui se donnerait au contraire comme moment de d&#233;sassujettissement ? C'est dans cette direction que Foucault semble vouloir s'engager &#224; partir de la toute fin des ann&#233;es 70, puisqu'il privil&#233;gie &#224; la fois la dimension &#233;thique (c'est-&#224;-dire une probl&#233;matisation du rapport &#224; soi) et celle de l'esth&#233;tique (c'est-&#224;-dire une analyse des conditions de possibilit&#233; de la production de subjectivit&#233;). La biopolitique repr&#233;sente exactement le moment de ce passage du politique &#224; l'&#233;thique/esth&#233;tique de soi. Comme le confirme Foucault en 1982, &#8220; l'analyse, l'&#233;laboration, la remise en question des relations de pouvoir, et de l' &#8220; agonisme &#8221; entre relations de pouvoir et intransitivit&#233; de la libert&#233;, sont une t&#226;che politique incessante (...) c'est m&#234;me cela, la t&#226;che politique inh&#233;rente &#224; toute existence sociale &#8221; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a donc bien fallu pour Foucault revenir sur la figure du sujet - cette figure dont le travail sur le langage et las litt&#233;rature avait semblait avoir voulu exclure radicalement la pr&#233;sence. Entendons bien : non pas le sujet comme conscience auto-suffisante et a-historique, ni m&#234;me le sujet comme entit&#233; ou comme &lt;i&gt;chose&lt;/i&gt; - c'est-&#224;-dire comme mati&#232;re &#224; objectiver -, mais le sujet comme processus constituant. La subjectivit&#233; n'est rien d'autre que cela : un pur moment d'invention au sein m&#234;me de d&#233;terminations historiques dont elle d&#233;pend en m&#234;me temps qu'elle leur &#233;chappe ; une production d'&#234;tre sans terme ni but, et qui pourtant ouvre &#224; nouveau &#224; la possibilit&#233; d'un &#233;v&#233;nement ontologique ; un dehors qui n'a pas besoin d'ext&#233;riorit&#233; pour marquer sa diff&#233;rence, puisqu'au lieu de la chercher &lt;i&gt;ailleurs&lt;/i&gt;, dans un espace autre, il l'inaugure &lt;i&gt;ici&lt;/i&gt;, dans une &lt;i&gt;actualit&#233;&lt;/i&gt; redevenue cr&#233;ative. De l'espace au temps, Foucault a finalement trouv&#233; le moyen d'&#233;chapper aux fant&#244;mes de la dialectique de la limite - bien &#233;videmment, sans pour cela retomber dans les apories d'un temps consid&#233;r&#233; comme dimension de la conscience ph&#233;nom&#233;nologique : ici le temps est celui de l'ontologie productive, c'est un &lt;i&gt;kair&#242;s&lt;/i&gt; cr&#233;atif .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parler de la naissance litt&#233;raire de la biopolitique, cela signifie donc renouer ensemble les fils de deux recherches qui n'ont jamais cess&#233; de travailler de l'int&#233;rieur les analyses foucaldiennes : d'un cot&#233; la conciliation d'une critique radicale du sujet et d'un r&#233;investissement de la subjectivit&#233; sans objectivation pr&#233;alable ; de l'autre le passage d'une analyse spatialis&#233;e de la diff&#233;rence &#224; celle d'une ontologie temporelle de la cr&#233;ation. L'illusion induite par la critique radicale du sujet classique (c'est-&#224;-dire de ce sujet qui &#233;tait &#224; la fois condition de possibilit&#233; transcendante de sa propre pens&#233;e et objet ultime de son discours) avait pouss&#233; Foucault vers l'hypoth&#232;se d'une d&#233;subjectivation totale de l'exp&#233;rience de l'&#233;criture &#8220; &#233;sot&#233;rique &#8221; tout autant que de l'&#233;conomie des discours en g&#233;n&#233;ral : c'&#233;tait donc &#224; un &#8220; dehors &#8221; hypoth&#233;tique que revenait la t&#226;che d'&#233;chapper &#224; tout processus d'objectivation tout en r&#233;affirmant encore une fois la dissolution du sujet - et ce dehors, ne pouvant &#234;tre ni objet ni sujet, n'en demeurait pas moins analysable comme une &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt; structure linguistique. Par ailleurs, la spatialisation des m&#233;taphores qui disaient cette volont&#233; d'ext&#233;riorit&#233; au syst&#232;me discursif des savoirs ne cessait de recr&#233;er la forme - &#244; combien spatiale - du cercle dialectique, c'est-&#224;-dire cette ruse ultime de la raison qui veut que tout autre soit n&#233;cessairement reconduit au m&#234;me, et que tout contre-pouvoir ne soit que le sym&#233;trique inverse de ce dont il fait la critique. L&#224; encore, il fallait red&#233;couvrir le temps : un temps non plus r&#233;duit au pr&#233;sent - si l'on entend par pr&#233;sent cette temporalit&#233; de moyenne dur&#233;e qui est pr&#233;cis&#233;ment d&#233;termin&#233;e par la notion d'&lt;i&gt;&#233;pist&#233;m&#232;&lt;/i&gt; - mais rendu &#224; sa propre actualit&#233; ; un temps qui, parce qu'il red&#233;couvrait que seul un acte d'invention peut permettre aux hommes de se r&#233;approprier d'eux-m&#234;mes, allait donc se d&#233;finir comme une &lt;i&gt;actualit&#233; &lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en reste pas moins que d&#232;s le d&#233;part l'int&#233;r&#234;t de Foucault pour la litt&#233;rature a sans doute anticip&#233; de beaucoup ce qui allait permettre la &#8220; r&#233;ponse biopolitique &#8221; aux biopouvoirs . Ce qui a fascin&#233; Foucault dans l'exp&#233;rience litt&#233;raire dont il a d&#233;taill&#233; les cas pendant presque dix ans sans pouvoir en rendre pleinement raison, c'&#233;tait la possibilit&#233; d'une invention de formes linguistiques nouvelles, de structures diff&#233;rentes, de codes in&#233;dits. En somme : une cr&#233;ation. Ce qui fascine dix ans plus tard Foucault dans l'id&#233;e de la biopolitique, c'est qu'&#224; &lt;i&gt;un pouvoir&lt;/i&gt; sur la vie puisse r&#233;pondre &lt;i&gt;la puissance&lt;/i&gt; de la vie : une autre mani&#232;re de dire que l'on en finit pas de cr&#233;er, et que si l'homme est une figure sur le sable destin&#233;e &#224; s'effacer progressivement, cette production d'&#234;tre est l&#224; pour nous faire d&#233;couvrir d'autres rivages, Biopolitique, production de subjectivit&#233;, actualit&#233; - autant de noms qui, faisons-en le pari, n'auraient sans doute pas d&#233;plu &#224; Raymond Roussel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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