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	<title>S E M I N A I R E</title>
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	<description>S&#233;minaires Universit&#233; Nomade, Chantiers en Cours et Laboratoire d'Id&#233;es. Explorez les chantiers en cours des S&#233;minaires Universit&#233; Nomade : articles, micro-vid&#233;os, archives et r&#233;flexions collectives autour de Toni Negri. V&#233;ritable laboratoire d'id&#233;es, S E M I N A I R E rassemblait chercheurs, artistes, intellectuels, associations, militants et collectifs de luttes. Seminaire.Samizdat.Net constituait un lieu de r&#233;flexions partag&#233;es et de d&#233;bats ouverts, nourris par la diversit&#233; des approches.</description>
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		<title>S E M I N A I R E</title>
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		<title>Ressources immat&#233;rielles et finance de march&#233; : le sens d'une liaison.</title>
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		<dc:date>2016-10-12T00:07:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Isabelle Halary</dc:creator>


		<dc:subject>Isabelle Halary, march&#233;s financiers, capitalisme cognitif , &#233;valuation d'entreprise,actifs intangibles, fusion-acquisition, goodwill,bulle financi&#232;re, survaleur </dc:subject>
		<dc:subject>Actifs immat&#233;riels </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La question de la valorisation des actifs immat&#233;riels par les march&#233;s financiers doit &#234;tre resitu&#233;e dans une probl&#233;matique plus large.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://seminaire.samizdat.net/Isabelle-Halary-marches-financiers" rel="tag"&gt;Isabelle Halary, march&#233;s financiers, capitalisme cognitif , &#233;valuation d'entreprise,actifs intangibles, fusion-acquisition, goodwill,bulle financi&#232;re, survaleur &lt;/a&gt;, 
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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pendant la phase d'euphorie boursi&#232;re des ann&#233;es 90, une th&#232;se semblait presque faire l'unanimit&#233; : La hausse des cours aurait &#233;t&#233; justifi&#233;e par la formation sans pr&#233;c&#233;dent d'actifs immat&#233;riels&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Isabelle Halary, CERAS-LAME, Universit&#233; de Reims&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la phase d'euphorie boursi&#232;re des ann&#233;es 90, une th&#232;se semblait presque faire l'unanimit&#233; : La hausse des cours aurait &#233;t&#233; justifi&#233;e par la formation sans pr&#233;c&#233;dent d'actifs immat&#233;riels. Ainsi, pendant l'&#233;t&#233; 1999, Nakamura &#233;crivait-il : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Is there any rational reason to believe that profits should grow strongly in the future and thereby justify the high valuations placed on shares ? In fact, there is. As we shall show, rising investment in intangible assets reduces measured current profits and raises expected future profits.&#8221; (1999, p.7)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Puis pendant la d&#233;pr&#233;ciation g&#233;n&#233;rale post&#233;rieure &#224; mars 2000, il y aurait eu disparition ou autodestruction de ces intangibles. De fait, des goodwills impressionnants ont &#233;t&#233; ray&#233;s d'un trait de plume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la valorisation des actifs immat&#233;riels par les march&#233;s financiers doit &#234;tre resitu&#233;e dans une probl&#233;matique plus large. Il s'agit en effet d'interpr&#233;ter la concomitance entre deux &#233;volutions &#224; la fois parall&#232;les et contradictoires : d'une part l'av&#232;nement d'une nouvelle phase du capitalisme dans laquelle la connaissance est au centre de la cr&#233;ation de valeur et de l'accumulation du capital (capitalisme cognitif, Vercellone 2004), d'autre part l'importance croissante des march&#233;s financiers et de leurs acteurs dans la r&#233;gulation de cette &#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu de l'importance des actifs intangibles non seulement pour les march&#233;s financiers mais surtout pour le mode de croissance actuel, la question de leur &#233;valuation est de plus en plus souvent pos&#233;e par la litt&#233;rature, tant en sciences de gestion qu'en sciences &#233;conomiques. Sur ce point bon nombre de m&#233;thodes coexistent et se font concurrence. Le d&#233;bat sur le choix entre comptabilit&#233; aux co&#251;ts historiques et &#233;valuation &#224; la juste valeur (fair value) ne semble pas &#233;puis&#233;. Mais la doctrine qui semble s'imposer attribue &#224; la bourse une comp&#233;tence indiscut&#233;e lorsqu'il s'agit d'&#233;valuer l'essentiel de ces actifs bien particuliers. On peut l&#233;gitimement se demander si une telle confiance dans les m&#233;canismes de march&#233; est fond&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas ici de nier la formation d'actifs immat&#233;riels ou l'importance de ces derniers dans la croissance actuelle mais de mettre en question la liaison syst&#233;matiquement &#233;tablie ou suppos&#233;e entre actifs immat&#233;riels et capitalisme financier. Nous nous demanderons tout d'abord si l'on peut raisonnablement cr&#233;diter les march&#233;s boursiers d'une r&#233;elle capacit&#233; &#224; &#233;valuer les actifs immat&#233;riels (I), autrement dit si la survaleur ou goodwill peut &#234;tre assimil&#233;e &#224; la valeur de ces actifs. Puis, face &#224; l'ampleur des difficult&#233;s rencontr&#233;es par les comptables et experts dans cette &#233;valuation, nous nous interrogerons sur la signification profonde de leur d&#233;marche (II).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
I.	Valorisation boursi&#232;re et actifs immat&#233;riels : une causalit&#233; pertinente ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les actifs class&#233;s dans la cat&#233;gorie des intangibles renvoient en fait &#224; des r&#233;alit&#233;s assez diverses et nous commencerons par en examiner le contenu. Nous verrons alors que dans ce poste du bilan des entreprises, les notions les plus floues l'emportent largement sur les actifs bien identifi&#233;s (A). Nous discuterons ensuite plus pr&#233;cis&#233;ment le concept de goodwill. Nous verrons que le raisonnement lib&#233;ral &#224; son endroit est circulaire et ne permet pas de lever l'ind&#233;termination de la valeur des actifs immat&#233;riels (B). Par cons&#233;quent, loin de donner du sens, ce concept transmet la volatilit&#233; des march&#233;s financiers au c&#339;ur de la comptabilit&#233; (C).&lt;br class='autobr' /&gt;
A.	Le goodwill : un &#233;l&#233;ment disproportionn&#233; par rapport aux actifs immat&#233;riels bien identifi&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
1.	Diff&#233;rents types d'actifs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le FASB (Financial Accounting Standards Board), &#8220; Un actif est un ensemble de profits futurs probables obtenus ou contr&#244;l&#233;s par une entit&#233; donn&#233;e suite &#224; des &#233;v&#233;nements ou des transactions pass&#233;es &#8221;. L'actif est immat&#233;riel lorsqu'il est non mon&#233;taire et d&#233;pourvu de toute substance physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses typologies ont &#233;t&#233; propos&#233;es pour r&#233;pertorier les actifs immat&#233;riels, qui sont fond&#233;es sur au moins trois distinctions compl&#233;mentaires. Le premi&#232;re d'entre elles concerne leur degr&#233; de s&#233;parabilit&#233; : Certains de ces actifs sont en effet identifiables et valorisables en tant que tels : c'est le cas par exemple des brevets ou des marques d&#233;pos&#233;es. Les autres, bien que plus nombreux et contribuant &#224; la cr&#233;ation de valeur, ne sont ni identifiables ni valorisables s&#233;par&#233;ment : on pensera ici &#224; l'effet de la formation du personnel ou de progr&#232;s r&#233;alis&#233;s dans l'organisation du travail, aux savoir-faire, aux r&#233;seaux de relations. Ces actifs non s&#233;parables correspondent bien &#224; des d&#233;penses mais pr&#233;sentent la particularit&#233; soit de ne pouvoir &#234;tre pleinement contr&#244;l&#233;s par l'entreprise, soit de produire des effets trop complexes et pr&#233;sentant de trop nombreuses interactions pour pouvoir &#234;tre isol&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une seconde distinction concerne la provenance de ces actifs : certains d'entre eux sont acquis, soit isol&#233;ment, soit &#224; travers une op&#233;ration de croissance externe (fusion-acquisition en particulier). Ces actifs font alors syst&#233;matiquement l'objet d'un enregistrement comptable et sont donc valoris&#233;s. En revanche, les actifs immat&#233;riels cr&#233;&#233;s en interne ne sont pas pris en compte par la comptabilit&#233;, &#224; l'exception des d&#233;penses de recherche-d&#233;veloppement dans certains syst&#232;mes nationaux &#224; condition que ces derni&#232;res puissent &#234;tre enregistr&#233;es s&#233;par&#233;ment et qu'il soit &#233;tabli qu'elles sont susceptibles d'engendrer des effets &#233;conomiques positifs pour l'entreprise [Nussenbaum, 2003].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une troisi&#232;me distinction concerne le degr&#233; de protection juridique de ces actifs, protection qui ne peut &#234;tre accord&#233;e que sur des &#233;l&#233;ments identifiables. Sur ce plan, Gordon Smith et Russel Parr [1989] distinguent les droits et la propri&#233;t&#233; intellectuelle. Les droits r&#233;sultent de contrats pass&#233;s avec des tiers : contrats de licences et de franchises, contrats de vente &#224; fournir... La propri&#233;t&#233; intellectuelle correspond aux produits de la cr&#233;ation intellectuelle prot&#233;g&#233;s par la loi, &#224; savoir les secrets de fabrication, brevets, droits de reproduction, marques, logiciels, circuits imprim&#233;s et droits de publicit&#233;. Les autres actifs immat&#233;riels, notamment parce qu'ils sont non identifiables ou non s&#233;parables, ne font l'objet d'aucune protection juridique. Ils sont souvent incorpor&#233;s &#224; des personnes humaines ou d'essence organisationnelle diffuse [Pierrat et Martory, 2000] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En reliant certaines de leurs caract&#233;ristiques, on peut donc constituer deux grands groupes d'actifs immat&#233;riels : d'un c&#244;t&#233; les actifs s&#233;parables, clairement identifi&#233;s et couverts par une protection juridique, de l'autre ce que nous appellerons les actifs diffus, parce que mal identifi&#233;s, non s&#233;parables et donc non mesurables en tant que tels, qui ne sont pas reconnus juridiquement. Bien entendu la comptabilit&#233; priv&#233;e ne peut traiter ces deux cat&#233;gories de fa&#231;on semblable, ce qui va engendrer quelques distorsions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.	Des traitements diff&#233;renci&#233;s qui accordent un poids disproportionn&#233; au goodwill&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les actifs incorporels affect&#233;s (identifi&#233;s s&#233;parables et r&#233;pertori&#233;s par les plans comptables des diff&#233;rents pays) sont &#233;valu&#233;s individuellement selon la m&#233;thode du co&#251;t historique (cas des logiciels ou brevets acquis &#224; l'ext&#233;rieur) ou &#224; leur juste valeur (fair value, qui est en train de devenir la r&#233;f&#233;rence dominante). La m&#233;thode de la juste valeur renvoie elle-m&#234;me &#224; deux approches possibles : soit il existe un march&#233; suffisamment large pour ce type d'actif et on l'enregistre &#224; sa valeur constat&#233;e sur le march&#233; &#224; un moment donn&#233; (ce qui suppose un suivi et des r&#233;&#233;valuations p&#233;riodiques) ; soit il n'existe pas de march&#233; pour ce type d'actifs ou un march&#233; trop &#233;troit pour que le prix qui s'y &#233;tablit puisse servir de r&#233;f&#233;rence et l'on &#233;value l'actif par la somme des revenus futurs nets actualis&#233;s que l'on peut en attendre, autrement dit par sa valeur d'usage, ce qui, notons le simplement pour l'instant, pose le probl&#232;me des anticipations dans un environnement incertain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les actifs non identifi&#233;s, parce que non s&#233;parables, rel&#232;vent d'une logique comptable diff&#233;rente : s'il s'agit d'actifs cr&#233;&#233;s en interne, ils ne sont pas pris en compte par la comptabilit&#233; durant la vie normale de l'entreprise, c'est &#224; dire jusqu'&#224; ce qu'une rupture particuli&#232;re telle que la fermeture ou le rachat impose d'&#233;valuer chacun des actifs. Si au contraire ils sont acquis lors d'une op&#233;ration de croissance externe, ils constituent une interpr&#233;tation possible du goodwill. On n'insistera jamais assez sur le fait qu'il ne s'agit l&#224; que d'une interpr&#233;tation, fortement marqu&#233;e id&#233;ologiquement au demeurant, de la cat&#233;gorie comptable d&#233;nomm&#233;e &#8220; survaleur &#8221;. A ce propos, Maurice Nussenbaum explique tr&#232;s clairement : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; Comptablement, c'est l'&#233;cart entre le prix pay&#233; pour l'acquisition d'une entreprise, ou d'un groupe d'actifs et la valeur totale r&#233;&#233;valu&#233;e des actifs identifi&#233;s (corporels et incorporels). Il faut bien comprendre qu'il ne revient pas &#224; la comptabilit&#233; de se prononcer sur la nature du goodwill puisqu'elle ne le d&#233;finit que comme un solde. Il revient ainsi aux &#233;conomistes de dire si ce solde correspond &#224; une r&#233;alit&#233; &#233;conomique ou &#224; un simple sur-prix pay&#233; pour acqu&#233;rir l'ensemble des actifs de l'entreprise &#8221; [2003, p.76].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce doute persistant laissant place &#224; l'analyse et au questionnement, rien ne subsiste dans la litt&#233;rature lib&#233;rale qui s'empresse d'apposer un signe d'&#233;quivalence entre goodwill d'une part et actifs immat&#233;riels non identifi&#233;s d'autre part. De nombreux &#233;conomistes ont ainsi utilis&#233; le coefficient q de Tobin, d&#233;fini comme le rapport de la valeur de march&#233; d'une firme &#224; la valeur de remplacement de ses actifs, pour &#233;valuer le capital immat&#233;riel d'une entreprise. Pour Griliches (1981) puis Cockburn et Griliches (1988), la recherche d&#233;veloppement et les brevets d&#233;pos&#233;s expliqueraient les variations du coefficient q. Reprenant cette perspective avec des donn&#233;es plus r&#233;centes, Megna et Klock (1993) parviennent &#224; des r&#233;sultats plus nuanc&#233;s : le capital immat&#233;riel contribuent selon eux &#224; la variation du coefficient q mais ne l'explique pas compl&#232;tement : les effets li&#233;s &#224; la sp&#233;cificit&#233; de la firme sont significatifs, ce qui indique qu'il subsiste des diff&#233;rences substantielles entre les coefficients q au sein de chaque industrie, m&#234;me apr&#232;s l'ajustement prenant en compte le capital immat&#233;riel de chaque firme. Mais globalement, la d&#233;marche assimilant les actifs immat&#233;riels au goodwill semble dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or les chiffres concernant les op&#233;rations d'acquisition des dix derni&#232;res ann&#233;es nous conduisent &#224; remettre s&#233;rieusement en question une telle affirmation. Dans toutes ces op&#233;rations en effet, le goodwill enregistr&#233; est totalement disproportionn&#233; par rapport aux autres actifs acquis, qu'ils soient corporels ou incorporels, et occupe m&#234;me souvent l'essentiel de la valeur globale de la transaction r&#233;alis&#233;e. En reprenant quelques exemples d'acquisitions r&#233;alis&#233;es par des firmes de l'industrie &#233;lectronique am&#233;ricaine, on ne peut que douter du caract&#232;re significatif du goodwill .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au second trimestre 2002, la firme Solectron (fabricant sous contrat de mat&#233;riel &#233;lectronique et informatique) a fait l'acquisition de C-MAC (entreprise du m&#234;me secteur) au prix de 2 567 millions de dollars (Solectron, rapport annuel 10 K du 14 novembre 2003). Le goodwill enregistr&#233; &#224; l'occasion de cette transaction s'est mont&#233; &#224; 2 146 millions, soit 83 % du prix de l'op&#233;ration, tandis que les actifs immat&#233;riels identifi&#233;s enregistr&#233;s dans la comptabilit&#233; de C-MAC atteignaient 25,6 millions, soit &#224; peine 1 % de la somme vers&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours dans le m&#234;me secteur, en d&#233;cembre 2002, la firme Vishay rach&#232;te l'entreprise BCcomponents Holdings B.V. pour un montant de 233 millions de dollars, auquel il faut ajouter la reprise d'une dette de 274 millions de dollars, soit un co&#251;t total de l'op&#233;ration de 510 millions (Vishay, rapport annuel 10 K du 31 mars 2003). Le goodwill enregistr&#233; sur cette transaction a &#233;t&#233; de 236 millions, soit 46 % de son co&#251;t, tandis que les autres intangibles (identifi&#233;s et sp&#233;cifi&#233;s) atteignaient 43 millions, soit 8 % du co&#251;t de l'op&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre 2001 enfin, Sanmina (fabricant sous contrat de mat&#233;riel &#233;lectronique et informatique) a rachet&#233; SCI (m&#234;me secteur) au prix de 4 410 millions de dollars (Sanmina-SCI, rapport annuel 10K du 9 d&#233;cembre 2003). Le goodwill enregistr&#233; sur cette op&#233;ration s'est mont&#233; &#224; 4 286 millions, soit 97 % du montant de la transaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En multipliant les exemples, on retrouve le poids consid&#233;rable du goodwill tandis que les actifs incorporels bien identifi&#233;s et enregistr&#233;s s&#233;par&#233;ment n'occupent qu'une place modeste au bilan des entreprises rachet&#233;es. Si la th&#232;se lib&#233;rale selon laquelle le goodwill repr&#233;sente effectivement la valeur globale des actifs immat&#233;riels non sp&#233;cifi&#233;s &#233;tait v&#233;rifi&#233;e, cela signifierait que les entreprises cibles, pendant les quelques ann&#233;es pr&#233;c&#233;dant leur rachat, auraient investi tr&#232;s lourdement dans des actifs immat&#233;riels diffus, peu identifiables, ou dont les r&#233;sultats ne peuvent &#234;tre contr&#244;l&#233;s par l'entreprise, en se contentant d'investir tr&#232;s peu dans des incorporels clairement identifi&#233;s tels que les brevets, les marques et autres accords de moyenne p&#233;riode sur la vente de leurs produits. Or, lorsque l'on conna&#238;t la pression que les actionnaires exercent sur les firmes dans le nouveau gouvernement d'entreprise, on sait que ce sont au contraire les projets d'investissement clairement d&#233;finis dont les objets sont bien identifi&#233;s qui sont privil&#233;gi&#233;s. Certains &#233;conomistes lib&#233;raux, dont Leonard Nakamura [1999], expliquent ce paradoxe par le fait que la Recherche-D&#233;veloppement en cours est enregistr&#233;e comme une charge dans la comptabilit&#233; am&#233;ricaine et ne peut donc &#234;tre capitalis&#233;e pour constituer un actif immat&#233;riel (&#224; quelques exceptions pr&#232;s toutefois, comme dans le cas des co&#251;ts de d&#233;veloppement d'un logiciel, norme FASB 86). Effectivement, ce n'est que lorsque ces d&#233;penses accumul&#233;es en Recherche-D&#233;veloppement d&#233;bouchent effectivement sur le d&#233;p&#244;t d'un brevet que ce dernier peut &#234;tre &#233;valu&#233; par un expert et int&#233;gr&#233; au bilan parmi les actifs incorporels de la firme. D&#232;s lors, selon les &#233;conomistes lib&#233;raux, le goodwill repr&#233;senterait notamment le capital de connaissances accumul&#233; gr&#226;ce &#224; la R-D en cours ou r&#233;cente : &#8220; Au fil des ans, les &#233;tudes men&#233;es ont r&#233;guli&#232;rement montr&#233; que les d&#233;penses en R&amp;D d'une firme accroissent la valeur de march&#233; de cette firme d'un montant au moins &#233;quivalent &#224; ces d&#233;penses &#8221; explique Nakamura [1999, p. 8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsque l'on int&#232;gre la R-D accumul&#233;e et amortie dans les cas que nous avons cit&#233;s pr&#233;c&#233;demment, une telle explication ne para&#238;t pas soutenable. A partir des chiffres fournis par Sanmina et SCI par exemple, nous capitalisons les d&#233;penses de R-D en adoptant un amortissement lin&#233;aire sur six ans, comme le fait Nakamura. Avant son acquisition par Sanmina, SCI a enregistr&#233; des d&#233;penses de R-D allant de 33,5 &#224; 37,3 millions de dollars par an entre 1996 et 2001, d'o&#249; une R-D capitalis&#233;e de 143,59 millions de dollars juste avant l'acquisition, soit 3,3 % du prix pay&#233; par Sanmina pour le rachat de SCI. Rappelons que le goodwill enregistr&#233; sur cette op&#233;ration de concentration &#233;tait de 4 286 millions de dollars, soit 97 % du prix de l'acquisition. Donc, m&#234;me si l'on admet bien volontiers que les agences de notation et autres analystes financiers int&#232;grent la R-D dans leurs crit&#232;res d'&#233;valuation des firmes, les &#233;carts sont tels entre la valeur des &#233;l&#233;ments immat&#233;riels bien sp&#233;cifi&#233;s (autres actifs immat&#233;riels et R-D accumul&#233;e) d'une part, et le goodwill d'autre part que l'on ne peut consid&#233;rer ce dernier comme une valeur d'&#233;quilibre des actifs immat&#233;riels non identifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les r&#233;centes faillites d'Enron et de Worldcom ont introduit un s&#233;rieux doute quant &#224; la r&#233;alit&#233; des actifs immat&#233;riels qui &#233;taient cens&#233;s justifier le goodwill de ces firmes. Ainsi, selon Quick et Goldschmid :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Instead of seeking reasons why market values vastly exceed book values, investors are now more interested in the opposite : how stock prices could have fallen so much more than book values or any apparent erosion in a company's &#8220;knowledge capital.&#8221;&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
[...]&#8220;In the post-Enron world, investors are asking whether some of those intangible values ever really existed&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
(2002, p.61)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de l'affaire Enron, Alan Greenspan d&#233;clarait &#224; la chambre des repr&#233;sentants des Etats-Unis que cette firme avait vu ses actifs incorporels perdre de leur valeur. Or apr&#232;s v&#233;rification, Baruch Lev [2003] observe qu'Enron n'avait d&#233;clar&#233; aucune d&#233;pense de R-D dans les trois rapports annuels successifs pr&#233;c&#233;dant l'affaire. Quant aux d&#233;penses destin&#233;es &#224; l'acquisition de technologie, &#224; l'am&#233;lioration de la marque ou aux marques d&#233;pos&#233;es, elles &#233;taient tr&#232;s faibles. Seuls les achats de logiciels &#233;taient significatifs mais ils restaient relativement faibles en comparaison des investissements en capital fixe. Selon Lev : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; Dire qu'Enron a eu des actifs immat&#233;riels &#233;normes qui auraient d'une mani&#232;re ou d'une autre disparu estompe toute diff&#233;rence entre l'&#233;cart de la valeur de march&#233; &#224; la valeur comptable d&#251; au tapage m&#233;diatique et l'&#233;cart d&#251; &#224; la cr&#233;ation d'un v&#233;ritable actif immat&#233;riel &#8221; [2003, p.18].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce propos laisse donc supposer que le goodwill peut s'expliquer par les actifs immat&#233;riels comme par tout autre facteur d'une influence bien plus consid&#233;rable. Par cons&#233;quent, l'assimilation syst&#233;matique des actifs immat&#233;riels au goodwill n'a pas de sens. Tout en ne contestant absolument pas le bien-fond&#233; d'une &#233;conomie lib&#233;rale, Lev ne reconna&#238;t pas pour autant aux march&#233;s financiers la capacit&#233; &#224; &#233;valuer convenablement les actifs immat&#233;riels. En se fondant sur une &#233;tude men&#233;e par Chan, Lakonishok et Sougiannis [2001], il soutient que les march&#233;s sous-estiment syst&#233;matiquement la valeur des firmes r&#233;ellement intensives en intangibles, en particulier intensives en R-D.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre interpr&#233;tation possible du goodwill renvoie &#224; la bulle financi&#232;re des ann&#233;es quatre-vingt-dix. En 1997, Raytheon Company a fusionn&#233; avec Hughes Defense et fait l'acquisition de T.I. Defense (Texas Instruments Defense). Le prix de ces deux op&#233;rations au total s'est mont&#233; &#224; 12,5 milliards de dollars. Le bilan 1997 de Raytheon enregistre les modifications r&#233;sultant de ces op&#233;rations. Or, entre les deux bilans 1996 et 1997, les actifs r&#233;els de Raytheon n'augmentent que de 1,335 milliards de dollars, dont une variation de 1,089 milliards pour le poste Immobilisations corporelles (&#034;property, plants and equipment&#034;). Le reste de la somme vers&#233;e est pass&#233; en goodwill, soit 10,865 milliards de dollars (Rapport annuel 1997, Management's Discussion and Analysis of Financial Condition and Results of Operation). Finalement, pr&#232;s de 87 % du prix des deux op&#233;rations sont pass&#233;s en goodwill, le reste correspondant &#224; un accroissement des actifs identifiables corporels, incorporels et financiers. Or, sur la m&#234;me p&#233;riode, les dettes de Raytheon sont pass&#233;es de 6,6 milliards de dollars (fin 1996) &#224; 18,173 milliards de dollars (fin 1997). On ne peut manquer de mettre en relation cette augmentation de l'endettement de plus de 11, 5 milliards avec le goodwill de pr&#232;s de 11 milliards engendr&#233; par les op&#233;rations &#233;voqu&#233;es plus haut, et d'en conclure que l'entreprise s'est, sur cette affaire, endett&#233;e essentiellement pour financer la sur&#233;valuation des actifs sur les march&#233;s financiers. Plusieurs &#233;l&#233;ments viennent confirmer cette id&#233;e. En 1998 tout d'abord, Raytheon engage une bataille judiciaire clamant que Hughes a sur&#233;valu&#233; d'un milliard de dollars les actifs c&#233;d&#233;s. L'affaire se conclue en 2001 sur une r&#233;trocession de 650 millions de dollars en faveur de Raytheon. De plus pour l'exercice comptable 1999, la firme enregistre une charge de 668 millions de dollars pour corriger des probl&#232;mes financiers dans sa division d'&#233;lectronique de d&#233;fense, unit&#233; dans laquelle les deux actifs en question avaient &#233;t&#233; regroup&#233;s. Autre &#233;l&#233;ment d'appr&#233;ciation, l'amortissement de ce goodwill s'est r&#233;alis&#233; &#224; un rythme acc&#233;l&#233;r&#233; dans les ann&#233;es qui ont suivi.. Au total, on observe donc dans cette &#233;tude de cas une survaleur disproportionn&#233;e par rapport aux actifs r&#233;els des unit&#233;s c&#233;d&#233;es et enregistr&#233;es conjointement ainsi qu'une variation de la dette d'ampleur comparable dans un premier temps, puis des d&#233;valuations successives du goodwill observables &#224; travers diff&#233;rents indicateurs semblant signifier que cette donn&#233;e &#224; plus &#224; voir avec la conjoncture boursi&#232;re qu'avec la r&#233;alit&#233; des actifs immat&#233;riels incorpor&#233;s dans les unit&#233;s consid&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B.	Goodwill et actifs immat&#233;riels : une explication circulaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La traduction fran&#231;aise du goodwill est la &#8220; survaleur &#8221;, ou &#8220; &#233;cart d'acquisition &#8221;, ce qui correspond bien mieux &#224; sa signification r&#233;elle que le terme am&#233;ricain qui fait explicitement r&#233;f&#233;rence &#224; la relation entre la firme et sa client&#232;le, &#224; sa r&#233;putation. Or, comme nous l'avons vu plus haut, par son acception comptable, la survaleur n'est que le solde qui s&#233;pare la valeur boursi&#232;re de la firme de la somme des actifs qu'elle contient au moment de son acquisition. Le goodwill ne se d&#233;finit donc qu'en creux. De ce fait, lorsque l'on pr&#233;tend expliquer le goodwill par l'existence d'actifs immat&#233;riels non sp&#233;cifi&#233;s, on produit un raisonnement totalement circulaire. En effet il s'agit de ressources que l'on ne parvient ni &#224; d&#233;finir (on y parvient en th&#233;orie d'une fa&#231;on globale mais pas dans le cas pr&#233;cis de telle ou telle entreprise &#224; un moment donn&#233;), ni &#224; cerner isol&#233;ment, encore moins &#224; mesurer. On a donc affaire &#224; un objet parfaitement flou que l'on pr&#233;tend circonscrire &#224; l'aide de ce qui n'est qu'un solde :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Figure 1 : Un raisonnement circulaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, sur le plan g&#233;n&#233;ral, on est capable de nommer les diff&#233;rentes ressources dont il est ici question, et il ne s'agit nullement de pr&#233;tendre que les connaissances et savoir-faire collectivement accumul&#233;s, le niveau de formation du personnel, la qualit&#233; de l'organisation et des relations internes ou les r&#233;seaux de relations externes n'ont aucune productivit&#233;. Le probl&#232;me qui nous int&#233;resse ici est la tentative faite par l'id&#233;ologie lib&#233;rale de sortir d'une ind&#233;termination en proposant comme unique r&#233;f&#233;rence le comportement de &#8220; l'investisseur &#8221; sur le march&#233; financier. Ainsi, selon Hall :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Implicitly, they (the researchers) assume that financial markets price the bundles of assets that compose a firm (ordinary plant and equipment, inventories, knowledge assets, customer networks, brand names and reputation, and so forth) correctly and that the marginal shadow value (the gross rate of return) of the knowledge asset in the market place can be inferred from the regression coefficient estimate.&#8221; (Hall, Bronwyn, 1998, p.4)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon la th&#233;orie n&#233;o-classique, l'investisseur est rationnel, les march&#233;s sont efficients, ce qui signifie qu'ils &#233;valuent la firme &#224; sa juste valeur. S'il existe un &#233;cart entre la valeur de march&#233; et la valeur comptable, c'est forc&#233;ment la comptabilit&#233; qui se trompe en ne prenant pas en compte tous les &#233;l&#233;ments susceptibles de cr&#233;er de la valeur. Le raisonnement qui assimile le goodwill aux actifs immat&#233;riels s'appuie donc sur au moins deux hypoth&#232;ses : celle de l'efficience des march&#233;s financiers d'une part, celle selon laquelle les ressources productives non reconnues par la comptabilit&#233; de la firme sont effectivement bien ses actifs immat&#233;riels, c'est &#224; dire soit des ressources internes que l'entreprise poss&#232;de v&#233;ritablement, soit des &#233;l&#233;ments dont elle contr&#244;le int&#233;gralement les r&#233;sultats (d&#233;finition d'un actif).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se d'efficience exclue notamment les comportements d'engouement soudain pour tel ou tel secteur ou celui de mim&#233;tisme. Elle exclue que tout &#233;v&#233;nement ou comportement sans rapport avec les fondamentaux de l'entreprise puisse venir perturber son cours, ce dernier refl&#233;tant toute l'information pertinente sur l'entreprise et seulement celle-ci. Keynes et bien plus tard Andr&#233; Orl&#233;an [1989], pour ne citer qu'eux, ont montr&#233; toutes les objections qui pouvaient &#234;tre soulev&#233;es contre cette repr&#233;sentation des march&#233;s financiers. Or si l'on r&#233;fute l'hypoth&#232;se d'efficience, on peut l&#233;gitimement se demander ce que le cours boursier et les tractations pr&#233;alables &#224; une OPA ont &#224; voir avec les hommes qui constituent l'entreprise, l'histoire construite de leurs relations &#224; l'int&#233;rieur de la firmes et avec d'autres organisations ... La convention boursi&#232;re et les engouements subits pour tel ou tel secteur d'activit&#233; se construisent &#224; court terme et dans un univers purement financier. L'intelligence collective, pour sa part, se construit &#224; long terme, notamment dans l'entreprise, mais aussi dans une soci&#233;t&#233; historiquement situ&#233;e. D&#232;s lors, d'o&#249; viendrait cette co&#239;ncidence miraculeuse entre ce r&#233;sidu qu'est le goodwill et les actifs immat&#233;riels non sp&#233;cifi&#233;s qu'il est cens&#233; repr&#233;senter ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde hypoth&#232;se suppose que les ressources immat&#233;rielles qui, tout en cr&#233;ant de la valeur pour l'entreprise, ne sont pas enregistr&#233;es dans sa comptabilit&#233; lui appartiennent bien en propre ou que la valeur cr&#233;&#233;e par ces ressources soit effectivement contr&#244;l&#233;e par celle-ci. La doctrine comptable repose en effet sur une conception juridique selon laquelle le patrimoine de l'entreprise ne contient que les &#233;l&#233;ments sur lesquels celle-ci exerce un droit de propri&#233;t&#233;. Cette hypoth&#232;se exclut donc la possibilit&#233; que des facteurs immat&#233;riels diffus pr&#233;sents dans l'environnement de l'entreprise contribuent &#224; sa productivit&#233;. En d'autres termes elle exclut les externalit&#233;s. Or, tout en demeurant dans le cadre conceptuel et m&#233;thodologique de l'orthodoxie, Jaffe a montr&#233; que les retomb&#233;es technologiques de la R&amp;D entre firmes voisines &#233;taient tr&#232;s significatives :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;It appears that both technological spillovers and competitive effects of others' R&amp;D come into play when we consider the economic returns to the firm's research. Comparing fims whose neighbors do a lot of R&amp;D to those whose neighbors do little, the former are characterized by lower profits and market value if they do little R&amp;D themselves, but a higher return to doing R&amp;D. For firms with the average R&amp;D budget, the net effect of others' R&amp;D is positive.&#8221; (1986, p.995)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admettre que les externalit&#233;s li&#233;es aux ressources immat&#233;rielles diffuses sont cons&#233;quentes tout en affirmant que le goodwill &#233;value des actifs incorporels ne laisse-t-il pas supposer que les actifs ainsi valoris&#233;s ne sont, pour une bonne part, pas ceux de l'entreprise consid&#233;r&#233;e et qu'ainsi, par la survaleur, les actionnaires s'approprient de fa&#231;on indue une grande partie de la valeur cr&#233;&#233;e ? En tout &#233;tat de cause, la th&#232;se d'une intellectualit&#233; diffuse propos&#233;e par R&#233;my Herrera et Carlo Vercellone [2003] nous permet de r&#233;futer nettement le cadre fix&#233; par cette seconde hypoth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble donc que l'assimilation syst&#233;matique du goodwill aux actifs immat&#233;riels ne r&#232;gle en rien le probl&#232;me de l'ind&#233;termination de ces derniers et s'appuie sur des hypoth&#232;ses tout &#224; fait contestables. De surcro&#238;t, le mod&#232;le de valorisation auquel elle se r&#233;f&#232;re ouvre la comptabilit&#233; d'entreprise aux vents tumultueux de l'instabilit&#233; boursi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C.	L'instabilit&#233; boursi&#232;re comme fondement des cat&#233;gories comptables ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on suit les lib&#233;raux dans leur raisonnement, on inverse le sens de la d&#233;termination entre prix de march&#233; et valeur. En effet, alors que chez les classiques la valeur (ou prix naturel), mesur&#233;e par une somme de co&#251;ts elle m&#234;me fond&#233;e sur un temps de travail, sert de r&#233;f&#233;rence au prix de march&#233;, qui, compte tenu du jeu de l'offre et de la demande, fluctue autour d'elle [Ricardo, 1817], on a ici l'id&#233;e d'un prix de march&#233;, la capitalisation boursi&#232;re d'une firme, puis par diff&#233;rence le goodwill, qui d&#233;termine la valeur des &#233;l&#233;ments d'actif figurant &#224; son bilan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette inversion de la d&#233;termination peut inciter &#224; retenir une explication purement financi&#232;re du goodwill. En effet, &#224; partir du moment o&#249; l'on cherche &#224; imposer le prix d&#233;termin&#233; sur le march&#233; financier comme valeur dans l'&#233;conomie r&#233;elle, le capital fictif cr&#233;&#233; par la bulle financi&#232;re des ann&#233;es quatre-vingt-dix doit trouver sa contrepartie dans l'&#233;conomie r&#233;elle. Cette contrepartie est constitu&#233;e par le goodwill. On aurait alors l'encha&#238;nement repr&#233;sent&#233; dans la figure 2 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Figure 2 : Une explication financi&#232;re du goodwill&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que dans la deuxi&#232;me moiti&#233; des ann&#233;es 90, la cr&#233;ation de monnaie aux Etats-Unis a connu un rythme bien sup&#233;rieur &#224; celui de la croissance r&#233;elle, ceci en l'absence d'inflation, ce qui a fait dire &#224; bon nombre de commentateurs que l'inflation s'&#233;tait report&#233;e du secteur des biens et services vers celui des titres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors du krach observ&#233; &#224; partir de mars 2000, le mouvement devient n&#233;gatif et l'on est amen&#233; &#224; effacer une partie du goodwill des bilans des entreprises, ce qui fait dire &#224; Fran&#231;ois Chesnais : &#8220; Seul un patrimoine qui n'a jamais exist&#233; que de fa&#231;on virtuelle du fait de cette institution tr&#232;s particuli&#232;re qu'est le march&#233; secondaire des titres peut &#171; dispara&#238;tre &#187; ainsi &#8221; [2002]. Or la norme 142 adopt&#233;e en juin 2001 par le FASB pr&#233;voit justement que la survaleur port&#233;e au bilan lors des acquisitions ne sera dor&#233;navant plus amortie r&#233;guli&#232;rement mais fera chaque ann&#233;e l'objet d'un test d'expert en vue de sa d&#233;pr&#233;ciation &#233;ventuelle pour mise en conformit&#233; avec la situation pr&#233;valant sur les march&#233;s. Comme l'explique Maurice Nussenbaum :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; Toute sur&#233;valuation se traduit d&#233;sormais par une d&#233;pr&#233;ciation irr&#233;versible &#233;gale &#224; la diff&#233;rence entre la valeur nette comptable (VNC) et la juste valeur, d&#232;s lors que cette derni&#232;re est inf&#233;rieure &#224; la VNC. Cette d&#233;pr&#233;ciation constitue une charge d'exploitation qui vient affecter directement le compte de r&#233;sultat comme l'ont montr&#233; les d&#233;pr&#233;ciations r&#233;cemment constat&#233;es dans les comptes 2002 de AOL Time Warner (54 Md$), Vivendi, (18 Md&#8364;) et France T&#233;l&#233;com (18 Md&#8364;) &#8221; [2003, p.78] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me pos&#233; par les d&#233;pr&#233;ciations brutales est &#233;galement relev&#233; par Dominique Thouvenin : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; En revanche, on a pu constater qu'un certain nombre de rapprochements importants comptabilis&#233;s selon la m&#233;thode de l'acquisition et r&#233;alis&#233;s dans une p&#233;riode o&#249; les march&#233;s &#233;taient &#224; leur maximum, en particulier &#224; cause de la &#8220; bulle de la nouvelle &#233;conomie &#8221; s'est traduit par des d&#233;pr&#233;ciations ult&#233;rieures extr&#234;mement importantes (en dizaines de milliards de dollars ou d'euros) des goodwills ou des actifs incorporels comptabilis&#233;s &#224; l'occasion de ces regroupements &#8221; [2003, p.94].&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces d&#233;pr&#233;ciations d'actifs ont &#233;t&#233; nombreuses depuis le d&#233;but du retournement boursier et ont transmis en temps r&#233;el les difficult&#233;s du secteur financier aux entreprises industrielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le goodwill port&#233; au bilan d'une firme peut enfler et se d&#233;gonfler au gr&#233; des fluctuations boursi&#232;res, il en va de m&#234;me du total de l'actif, et donc finalement du r&#233;sultat de l'exercice. D&#232;s lors, l'essentiel de la repr&#233;sentation comptable devient le jouet de la volatilit&#233; des march&#233;s financiers et ne peut plus servir de r&#233;f&#233;rence. Or l'instabilit&#233; des march&#233;s financiers a &#233;t&#233; consid&#233;rable sur la derni&#232;re d&#233;cennie. Lev [2003] a par exemple calcul&#233; que tandis qu'&#224; son sommet atteint en mars 2000, le rapport de la valeur de march&#233; &#224; la valeur comptable des 500 entreprises de l'indice Standards and Poors &#233;tait de 7,5 , il n'atteignait plus que 4,2 &#224; la fin ao&#251;t 2002 et descendait encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le d'&#233;valuation qu'introduit le goodwill est celui de la juste valeur qui repose sur l'id&#233;e d'abandonner d&#233;finitivement toute r&#233;f&#233;rence au co&#251;t et de faire entrer en comptabilit&#233; soit la valeur de march&#233;, soit la valeur d'usage des actifs consid&#233;r&#233;s, &#224; savoir la somme des rendements actualis&#233;s attendue des &#233;l&#233;ments comptabilis&#233;s. Comme l'observe Jean-Fran&#231;ois Casta [2003], ce mod&#232;le d'&#233;valuation suscite de nombreuses critiques, dont celle de provoquer l'accroissement de la volatilit&#233; des mesures comptables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La volatilit&#233; des cours boursiers et du goodwill est un &#233;l&#233;ment qui devrait contribuer &#224; introduire un certain scepticisme quant &#224; la signification &#233;conomique de ce dernier : on se demande en effet comment une valeur de march&#233; extr&#234;mement instable &#224; court terme pourrait rendre compte efficacement d'actifs immat&#233;riels construits sur le long terme dans l'entreprise et dans l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. Compte tenu de son fonctionnement r&#233;el, la bourse nous semble incapable d'&#233;valuer fid&#232;lement les actifs incorporels et leur incidence sur la croissance. Mais si l'on r&#233;fute la capacit&#233; des march&#233;s financiers &#224; assurer cette fonction, comment peut-on r&#233;soudre le probl&#232;me complexe que pose l'&#233;valuation de ces actifs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II.	L'&#233;valuation des actifs immat&#233;riels : de l'impossible &#224; l'inconcevable.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diversit&#233; et l'instabilit&#233; des pratiques comptables &#224; l'&#233;gard des actifs immat&#233;riels montrent bien que l'on se heurte, en la mati&#232;re, &#224; un probl&#232;me de fond. Depuis le milieu des ann&#233;es soixante-dix, le Financial Accounting Standards Board (FASB) aux Etats-Unis, la Commission Europ&#233;enne et l'International Accounting Standards Board (IASB, ex IASC, modification des statuts en avril 2001) tentent de d&#233;finir des normes concernant le traitement comptable et financier des actifs immat&#233;riels. On observe tout d'abord que les r&#233;formes sur ce point sont assez fr&#233;quentes et les d&#233;bats encore tr&#232;s virulents au sein de ces trois institutions, ce qui laisse penser qu'apr&#232;s toutes ces ann&#233;es de r&#233;flexion et de pratique, les principes comptables ne sont toujours pas stabilis&#233;s. D'autre part, ces trois organismes, bien que tr&#232;s influenc&#233;s par la doctrine &#233;conomique lib&#233;rale et le mod&#232;le anglo-saxon, ne sont absolument pas parvenus &#224; faire converger leurs normes sur certains points cruciaux. Pour ne citer qu'un exemple, sur le plan international, l'IASB pr&#233;conise la capitalisation des d&#233;penses de Recherche et D&#233;veloppement et leur inscription &#224; l'actif du bilan (avec amortissement lin&#233;aire) tandis que le FASB am&#233;ricain proscrit cette pratique et exige dans sa norme n&#176;2 que ces d&#233;penses soient enregistr&#233;es en charge dans le compte de r&#233;sultat, ce qui est susceptible de grever plus brutalement le b&#233;n&#233;fice de l'entreprise mais d'un autre c&#244;t&#233; r&#233;duit son imp&#244;t sur le b&#233;n&#233;fice. L'Union Europ&#233;enne adopte une position m&#233;diane en la mati&#232;re dans sa quatri&#232;me directive (articles 9, 10 et 37) en laissant le choix de leur pratique aux entreprises (et donc aux diff&#233;rentes l&#233;gislations nationales). Sur ce simple item, il existe donc de notables diff&#233;rences de traitement entre les syst&#232;mes comptables. Or comme le montre Patrick Epingard &#224; partir d'un exemple frappant, la fa&#231;on d'enregistrer la R-D a une incidence tr&#232;s sensible sur la valeur ajout&#233;e, le r&#233;sultat d'exploitation, le taux de marge et le taux d'investissement d&#233;clar&#233;s par la firme [1999, p. 99]. De semblables diff&#233;rences de principe sont aussi relev&#233;es concernant les logiciels achet&#233;s ou d&#233;velopp&#233;s en interne, le co&#251;t de la formation des personnels, la formation des ressources humaines ...[Vickery, 2000]. Dans la plupart des cas envisag&#233;s, le probl&#232;me comptable pos&#233; renvoie &#224; la possibilit&#233; ou non de consid&#233;rer les d&#233;penses en question comme constitutives d'un actif de la firme, et &#224; celle d'&#233;valuer l'actif &#224; enregistrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut se demander pourquoi ces trois organismes h&#233;sitent et divergent autant dans leur appr&#233;ciation dans la mesure o&#249; leurs fondements id&#233;ologiques sont les m&#234;mes. Par ailleurs, les fusions et acquisitions &#233;tant de plus en plus souvent internationales, la demande des milieux financiers internationaux en faveur d'une convergence des normes est forte. Les fonds de pension et organismes de placements collectifs, par exemple, r&#233;clament la transparence et souhaitent pouvoir comparer les r&#233;sultats et bilans des firmes sur le plan international. Si malgr&#233; tout, les trois grand organismes de normalisation comptable ne semblent pas pour l'instant r&#233;ussir &#224; stabiliser les pratiques par des normes coh&#233;rentes, ne peut-on penser qu'ils se heurtent en r&#233;alit&#233; &#224; un probl&#232;me de fond attach&#233; &#224; la nature m&#234;me de ces &#8220; actifs &#8221; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.	Des actifs charg&#233;s d'incertitude&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu plus haut que la d&#233;finition de l'actif donn&#233;e par le FASB faisait r&#233;f&#233;rence &#224; deux &#233;l&#233;ments constitutifs : l'existence d'une ressource d&#233;tenue d'une part, celle du flux de revenus futurs ou d'avantages qu'elle engendre d'autre part. Dans le cas des actifs immat&#233;riels, l'absence de substance physique rend le premier &#233;l&#233;ment souvent bien difficile &#224; constater et &#224; &#233;valuer de sorte que l'on a le plus souvent tendance &#224; les d&#233;finir par les attentes de revenus futurs qu'ils sont cens&#233;s engendrer. Or pour Nussenbaum [2003], le fait que ces actifs soient d&#233;pourvus de substance physique oblige leur d&#233;tenteur &#224; trouver des supports tangibles pour mettre en &#339;uvre leur aptitude &#224; cr&#233;er de la valeur. Ainsi con&#231;us, ces actifs auraient la particularit&#233; d'&#234;tre conditionnels puisque leur valeur, voire leur existence, serait li&#233;e &#224; la possibilit&#233; de vendre les produits qui leur servent de support de fa&#231;on rentable. Une marque vaudrait beaucoup lorsque le march&#233; correspondant est florissant, et serait d&#233;valu&#233;e en p&#233;riode de r&#233;cession ou de d&#233;saffection subite pour le secteur d'activit&#233; auquel elle s'applique. La formation du personnel d'une entreprise ne vaudrait plus rien le jour ou celle-ci fait faillite tandis que les murs, terrains et &#233;ventuellement certaines machines pourraient trouver preneur et ainsi conserver une certaine valeur. Les connaissances accumul&#233;es lors de la recherche et d&#233;veloppement men&#233;e sur un produit ou proc&#233;d&#233; ne vaudraient strictement rien si finalement le march&#233; validait comme standard une solution alternative d&#233;velopp&#233;e par un concurrent... [Pierrat et Martory, 2000]. Une telle incertitude ne rend-elle pas d&#233;risoire la pr&#233;tention d'&#233;valuer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'id&#233;e m&#234;me que ces ressources ne puissent &#234;tre &#233;valu&#233;es est insupportable lorsque celles-ci constituent, selon Patrick Epingard [1999], le &#8220; c&#339;ur d'une &#233;conomie fond&#233;e sur la connaissance &#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La m&#233;thode de la juste valeur est pr&#233;sent&#233;e comme une solution &#224; ce probl&#232;me &#233;pineux : Dans le cas o&#249; il n'existe pas de march&#233; tr&#232;s actif permettant de fournir une valeur de r&#233;f&#233;rence &#224; l'actif consid&#233;r&#233; (et c'est bien le cas la plupart du temps car ces ressources, qui sont le plus souvent cr&#233;&#233;es dans un cadre sp&#233;cifique en vue d'un usage sp&#233;cifique, doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme uniques), on fait appel &#224; la valeur d'usage de cet actif, c'est &#224; dire &#224; la somme actualis&#233;e de ses rendements attendus, modul&#233;e par la prise en compte des risques aff&#233;rents &#224; ce type d'actif, risques technologique, commercial, juridique (les innombrables proc&#232;s sur la technologie et autres marques d&#233;pos&#233;es) ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#233;thode a toutes les apparences de la rigueur math&#233;matique mais ne r&#233;sout en rien l'ind&#233;termination sur la valeur de ces actifs car tous les d&#233;terminants qu'elle utilise rel&#232;vent soit de l'anticipation, soit du plus pur arbitraire : pour la mener &#224; bien, on anticipe la dur&#233;e sur laquelle l'actif est cens&#233; produire des revenus, la dur&#233;e de vie d'une technologie par exemple, alors que l'on sait bien que le cycle de vie d'une innovation est non seulement de plus en plus court mais aussi incertain car on est incapable de dire quand la g&#233;n&#233;ration technologique suivante va faire son apparition et prendre le relais. On anticipe les flux de revenus, ce qui constitue vraiment un pari dans l'instabilit&#233; du r&#233;gime de croissance patrimonial [Aglietta, 1998]. On anticipe le taux d'int&#233;r&#234;t utilis&#233; dans l'actualisation alors qu'il suffit d'un retournement des march&#233;s financiers ou d'un revirement politique pour tout changer en la mati&#232;re. Et l'on pond&#232;re toutes ces donn&#233;es par des probabilit&#233;s bien choisies affect&#233;es aux diff&#233;rents risques dont nous avons parl&#233; plus haut, apr&#232;s avoir d'une fa&#231;on tout aussi arbitraire d'ailleurs, s&#233;lectionn&#233; une liste de risques rationnellement envisageables et &#233;cart&#233; ceux qui ne l'&#233;taient pas, c'est &#224; dire en ayant bien en t&#234;te les diff&#233;rents &#233;tats de la nature sans lesquels aucune &#233;valuation n'est plus possible d&#233;sormais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tenter malgr&#233; tout d'&#233;valuer des actifs immat&#233;riels, c'est &#224; dire conditionnels, dans un environnement aussi incertain consiste donc &#224; remplacer l'ind&#233;termination par la subjectivit&#233;, car l'&#233;valuation est, si l'on suit la m&#233;thode de la juste valeur, enti&#232;rement d&#233;pendante des anticipations de l'&#233;valuateur et de ses repr&#233;sentations. Comme l'exprime tr&#232;s clairement Nussenbaum, : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; Ces valeurs d&#233;coulent souvent uniquement des anticipations que l'on peut former sur leur potentiel futur. A la diff&#233;rence des actifs corporels, ce caract&#232;re subjectif de la valeur est accentu&#233; par le fait qu'elle n'est pas corrobor&#233;e par des co&#251;ts d'acquisition ou de cr&#233;ation facilement identifiables qui pourraient ainsi servir de comparaison avec le r&#233;sultat des anticipations de revenus futurs &#8221; [2003, p.72] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son rapport pour le Conseil d'Analyse Economique, Jacques Mistral insiste lui-aussi l'in&#233;vitable subjectivit&#233; de ces &#233;valuations :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Malheureusement, le probl&#232;me est plus facile &#224; poser qu'&#224; r&#233;soudre puisque l'on ne dispose pas de bonne &#233;valuation micro&#233;conomique de ces actifs. En effet, la mesure historique habituelle pour les biens mat&#233;riels n'a pas de sens et, en l'absence de march&#233;s pour ces actifs, on est r&#233;duit &#224; une &#233;valuation subjective, autant dire &#224; l'imagination. &#187; (2003, p.39)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre le probl&#232;me de sa subjectivit&#233;, le caract&#232;re conditionnel de ces actifs pose la question du concept de valeur. Que signifie une valeur qui &#233;volue au gr&#233; de son environnement ? La valeur d'un bien ou service peut-elle &#234;tre si &#233;ph&#233;m&#232;re ? N'est-ce pas le march&#233; financier et son fonctionnement particulier qui dicte l&#224; son rythme et ses crit&#232;res &#224; l'&#233;conomie r&#233;elle ? Au nom de quoi des connaissances accumul&#233;es pourraient-elles &#234;tre r&#233;duites &#224; n&#233;ant par une impossibilit&#233; de mise sur le march&#233; ? Les connaissances ne sont-elles jamais transf&#233;rables ? Il semble bien que ce soit le cadre dans lequel on &#233;value, les raisons pour lesquelles on le fait qui imposent de telles conclusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B.	Une cat&#233;gorie distincte pour repr&#233;senter des &#233;l&#233;ments pour la plupart indissociables du groupe social qui les porte.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La volont&#233; irr&#233;ductible d'&#233;valuer les ressources immat&#233;rielles afin de les int&#233;grer convenablement au bilan des firmes peut partir d'un simple constat. En effet, l'&#234;tre humain, son intelligence individuelle et collective, ses capacit&#233;s d'organisation, ses capacit&#233;s relationnelles (relations avec les clients, r&#233;seau de fournisseurs, collectif de travail, synergies entre la soci&#233;t&#233; acquise et l'acqu&#233;reur qui ne peuvent se concr&#233;tiser sans la capacit&#233; d'adaptation culturelle et relationnelle des personnels) deviennent effectivement un facteur pr&#233;pond&#233;rant dans la cr&#233;ation de valeur (au sens de la valeur ajout&#233;e) et dans la concurrence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premi&#232;re partie, nous avions vu que certains actifs incorporels &#233;taient assez clairement identifiables et s&#233;parables et b&#233;n&#233;ficiaient souvent d'une reconnaissance juridique en raison d'un contrat ou d'une r&#232;gle de droit, tandis que d'autres &#233;taient non identifi&#233;s parce que non s&#233;parables et ne faisaient l'objet d'aucune reconnaissance juridique. Il se trouve que dans cette seconde cat&#233;gorie, on trouve surtout des ressources indissociables des humains qui les portent et qui n'ont aucune capacit&#233; cr&#233;atrice ind&#233;pendamment d'eux. Pierrat et Martory expliquent par exemple : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; Les autres valeurs immat&#233;rielles, en particulier celles qui sont relatives &#224; la connaissance, ont pour caract&#233;ristiques d'&#234;tre incorpor&#233;es &#224; des personnes humaines ou d'&#234;tre d'essence organisationnelle diffuse. Le pouvoir que l'organisation exerce sur ces valeurs est alors limit&#233; par le pouvoir qui est exerc&#233; directement sur elles par les individus qui les portent &#8221; [2000, p.98].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ahmed Bonfour pour sa part oppose, au sein du capital immat&#233;riel, le capital structurel au capital humain. Le premier est un &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; ensemble d'&#233;l&#233;ments de patrimoine d&#233;tach&#233;s du facteur humain (en gros l'ensemble des savoirs et informations qui demeurent au sein de l'organisation lorsque le personnel a quitt&#233; les bureaux et autres postes de travail, le soir) &#8221; [2000, p.113].&lt;br class='autobr' /&gt;
L'auteur classe dans cette cat&#233;gorie les brevets, marques et licences, proc&#233;dures , logiciels ....&lt;br class='autobr' /&gt;
Le capital humain correspond selon lui &#224; un ensemble d'&#233;l&#233;ments &#8220; port&#233;s par les cerveaux des hommes au sein de l'organisation &#8221; [2000, p.113]. Il inclut les savoirs, la qualit&#233; des &#233;quipes, les capacit&#233;s collectives, les comp&#233;tences ma&#238;tris&#233;es et la culture interne.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'auteur ajoute &#224; ces deux cat&#233;gories le capital client et le capital renouvellement et d&#233;veloppement dont la plupart des items sont, en derni&#232;re analyse, port&#233;s par des hommes (r&#233;putation, contacts avec les clients, capacit&#233;s d'innovation). En effet, dans la r&#233;putation que certains assimilent &#224; l'image de marque de l'entreprise qui serait constitu&#233;e par l'accumulation des budgets de publicit&#233;, ne faut-il pas &#233;galement voir la r&#233;putation des professionnels qui y travaillent : leur s&#233;rieux, leur comp&#233;tence, leur cr&#233;dibilit&#233; sur le respect des contrat, des d&#233;lais, la qualit&#233; de l'apr&#232;s-vente ...De m&#234;me, on &#233;voque souvent le fichier des clients comme s'il s'agissait d'un carnet d'adresses informatis&#233; que n'importe qui pourrait utiliser alors qu'il s'agit souvent de liens personnalis&#233;s entre des clients pr&#233;cis et des &#233;quipes pr&#233;cises, relations que l'on ne peut pas n&#233;cessairement rompre sans dommage pour le chiffre d'affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de la s&#233;lection op&#233;r&#233;e par les soci&#233;t&#233;s de capital-risque entre les diff&#233;rents porteurs de projets innovants, Emmanuelle Dubocage et Doroth&#233;e Rivaud-Danset expliquent que &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; Le fait d'&#234;tre inscrit dans un r&#233;seau est essentiel dans la mesure o&#249; le principal crit&#232;re de s&#233;lection des capital-risqueurs est la qualit&#233; du capital humain &#8221; [2002, p.38]. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les &#233;l&#233;ments qui sont cens&#233;s, selon les soci&#233;t&#233;s de capital-risque, faire la valeur de l'entreprise naissante semblent totalement d&#233;pendre des hommes qui la composent : connaissances, contacts avec des lieux scientifiques, projets de collaboration au sein des centres de recherche, d'universit&#233;s, dipl&#244;mes d&#233;tenus par le porteur de projet, sa qualit&#233;, le soutien de ses pairs, capacit&#233; &#224; coop&#233;rer, fr&#233;quence des communications informelles, insertion dans des r&#233;seaux sociaux avec les autres firmes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au del&#224; du capital humain, on peut aussi consid&#233;rer que certaines ressources fr&#233;quemment cit&#233;es parmi les actifs immat&#233;rielles diffus rel&#232;vent du capital social au sens de Coleman ou Putnam. Pour Coleman :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; social organization constitutes social capital, facilitating the achievement of goals that could not be achieved in its absence or could be achieved only at a higher cost. &#187; (1990, p.304).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Putnam : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Social capital refers to features of social organization, such as networks, norms, and trust, that facilitate coordination and cooperation for mutual benefit &#187;(1993-1995).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;finitions du capital social sont nombreuses et suscitent bien des d&#233;bats. Mais les auteurs universitaires aussi bien que l'OCDE ou la Banque Mondiale s'accordent sur un point : si ces notions mettent en relief des ph&#233;nom&#232;nes int&#233;ressants et aujourd'hui incontournables, prendre leur mesure soul&#232;ve des difficult&#233;s consid&#233;rables. Pour Sophie Ponthieux, cet &#233;chec de la mesure et de l'&#233;valuation renvoie aux probl&#232;mes de fond auxquels se heurte la notion m&#234;me de capital social et au flou qui l'entoure : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Aux critiques de ce type, les d&#233;fenseurs du capital social r&#233;pondent en mettant en avant la &#171; jeunesse &#187; du concept, et en r&#233;affirmant que la v&#233;rit&#233; sortira du travail empirique &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[...]&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Dans quels termes se pose la question de la mesure du capital social ? Au point de d&#233;part, il y a, bien s&#251;r, l'objectif premier de prouver le capital social ; prouver le capital social, ou trouver le capital social ? L'un et l'autre, comme on le verra. Prouver le capital social, c'est le r&#244;le du travail empirique &#187; (2003, pp.83 et 106)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels que soient le courant th&#233;orique de r&#233;f&#233;rence et le type de concept utilis&#233;, les diff&#233;rents auteurs des sciences &#233;conomiques et de gestion reconnaissent assez unanimement l'importance des ressources port&#233;es individuellement ou collectivement par l'&#234;tre humain dans la cr&#233;ation de valeur ajout&#233;e. Ce sont d'ailleurs en particulier et principalement ces ressources que le goodwill est cens&#233; repr&#233;senter dans son interpr&#233;tation lib&#233;rale. On enferme donc dans une cat&#233;gorie comptable distincte, dont nous avons montr&#233; plus haut le caract&#232;re artificiel, des ressources qui pr&#233;cis&#233;ment sont indissociables entre elles d'une part, indissociables des humains qui les portent d'autre part, et finalement du groupe social constitu&#233; par le personnel de l'entreprise et plus largement par la soci&#233;t&#233; dans laquelle cette entreprise s'est historiquement constitu&#233;e d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on assimile les actifs immat&#233;riels identifiables et juridiquement reconnus, et pour cette raison affichant leur caract&#232;re privatif, &#224; des &#233;l&#233;ments finalement d&#233;tach&#233;s du facteur humain puisqu'ils subsistent dans l'entreprise lorsque les salari&#233;s changent ou partent, on peut analyser ces actifs comme un d&#233;tour de production et les rattacher au capital en tant que r&#233;sultat d'un travail pass&#233; cristallis&#233; dont la valeur sera transmise au cours du processus de production dans lequel ils sont utilis&#233;s. A l'oppos&#233;, les ressources immat&#233;rielles que nous avons identifi&#233;es comme indissociables des salari&#233;s qui les portent, que l'entreprise ne peut continuer &#224; valoriser si les salari&#233;s partent, et dont on note le caract&#232;re collectif et social, peuvent &#234;tre rattach&#233;es au travail vivant en tant que qualit&#233; sociale du travail pr&#233;sent, donc sont davantage assimilables au travail qu'au capital. Pourtant, un effort bien particulier est fait par les &#233;conomistes lib&#233;raux pour d&#233;tacher sur le plan conceptuel ces ressources du groupe social qui les porte et les enfermer dans une cat&#233;gorie distincte et artificielle qu'ils nomment malencontreusement goodwill, ce qui lui donne de surcro&#238;t toute l'ambigu&#239;t&#233; d'une cat&#233;gorie financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes s'&#233;taient d&#233;j&#224; heurt&#233;s &#224; ce type de probl&#232;me lorsqu'il s'est agi de formaliser le progr&#232;s technique. Tandis que l'analyse de la croissance fran&#231;aise men&#233;e par Carr&#233;, Dubois et Malinvaud mettait en &#233;vidence l'importance d'un r&#233;sidu non expliqu&#233; par les facteurs de production traditionnels [1972], certains &#233;conomistes choisissaient d'incorporer le progr&#232;s technique au capital, d'autres au travail, d'autres enfin de ne pas l'incorporer du tout en l'interpr&#233;tant comme un facteur distinct. On retrouve donc aujourd'hui au niveau micro&#233;conomique et comptable l'opposition qui s'&#233;tait constitu&#233;e alors au niveau macro&#233;conomique. Mais le probl&#232;me tel qu'il se dessine aujourd'hui prend une acuit&#233; particuli&#232;re parce qu'il pose tr&#232;s concr&#232;tement la question de l'appropriation directe et imm&#233;diate par les actionnaires des r&#233;sultats du progr&#232;s technique, alors que le d&#233;bat des ann&#233;es soixante et soixante-dix ne se situait que sur le plan global, th&#233;orique et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C.	Un traitement sp&#233;cial qui dissimule un probl&#232;me de l&#233;gitimit&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	Pourquoi &#233;valuer, pour qui et dans quel but ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'&#233;valuation des actifs immat&#233;riels s'est pos&#233;e avec insistance du fait de la mont&#233;e du &#8220; capitalisme des actionnaires &#8221;. Dans ce cadre nouveau issu de la globalisation financi&#232;re, les grandes entreprises sont sujettes au contr&#244;le interne exerc&#233; par les actionnaires dans le cadre de leurs assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales par exemple, et au contr&#244;le externe exerc&#233; par les march&#233;s financiers, notamment sous la menace permanente d'acquisitions prenant &#233;ventuellement la forme d'OPA [Aglietta, 1998]. Cette mutation du capitalisme a pes&#233; sur les priorit&#233;s et m&#233;thodes de la comptabilit&#233; d'entreprise :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; Les objectifs assign&#233;s aux &#233;tats financiers ont &#233;t&#233; nettement orient&#233;s en fonction des besoins en information pr&#233;visionnelle des utilisateurs - principalement les cr&#233;anciers et investisseurs - privil&#233;giant le crit&#232;re d'utilit&#233; de l'information comptable pour la prise de d&#233;cisions &#233;conomiques externes &#8221; [Casta, 2003, p.22].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que jusqu'&#224; pr&#233;sent, les comptes de l'entreprise devaient pouvoir informer des utilisateurs multiples et vari&#233;s (ses gestionnaires, les tiers, les autorit&#233;s judiciaires et fiscales, ses cr&#233;anciers et actionnaires), ils doivent d&#233;sormais prioritairement r&#233;pondre aux besoins sp&#233;cifiques des d&#233;tenteurs de capitaux. Or l'&#233;valuation au co&#251;t historique int&#233;resse peu ces derniers, qui sont beaucoup plus sensibles &#224; ce qu'un investissement mat&#233;riel ou immat&#233;riel est susceptible de rapporter (fair value).&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus directement d'ailleurs, la comptabilit&#233; doit pr&#233;senter tous les &#233;l&#233;ments qui seraient susceptible de faire monter le cours du titre, et tous ceux qui seraient susceptibles de le faire baisser (d'o&#249; la prise en compte des risques dans les &#233;valuations par exemple). C'est dans cette dimension que l'&#233;valuation des actifs immat&#233;riels devient cruciale. La m&#233;thode de la juste valeur est cens&#233;e fournir une information qui int&#232;gre, par construction, les tendances de march&#233; et rejoint en cela les m&#233;thodes utilis&#233;es par les investisseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En derni&#232;re analyse, on veut pouvoir &#233;valuer les actifs incorporels de l'entreprise parce que les ressources immat&#233;rielles engendrent d&#233;sormais une part consid&#233;rable des richesses cr&#233;&#233;es et que l'on veut pouvoir s'approprier cette richesse &#224; travers la liquidit&#233; du march&#233; financier. Les d&#233;cisions des investisseurs que la comptabilit&#233; doit orienter sont celles de l'achat et revente de titres, les fusions-acquisitions, les r&#233;actions des investisseurs face aux introduction en bourse de start-ups ou de segments d'entreprises scissionn&#233;es...Or si la majeure partie de la valeur cr&#233;&#233;e provient d&#233;sormais des ressources immat&#233;rielles, c'est cela que l'on vend ou que l'on ach&#232;te &#224; travers ces op&#233;rations et il faut pouvoir l'&#233;valuer. L'impossibilit&#233; de le faire ne r&#233;v&#232;lerait-elle pas toutefois un probl&#232;me de l&#233;gitimit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	Ce qui se vend et ce qui ne se vend pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Comment appr&#233;cier la &#8220; valeur &#8221; d'une firme dont l'actif est constitu&#233; par un brevet sur les g&#232;nes ? Ou dans le cas des firmes de l'Internet, d'une firme dont le nombre de clients est &#8220; virtuel &#8221; ? &#8221; s'interrogent Fabienne Orsi et Benjamen Coriat [2003, p.3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans ces deux exemples comme dans bien d'autres, l'impossibilit&#233; d'&#233;valuer ne questionne-t-elle pas la l&#233;gitimit&#233; de l'&#233;change. N'a-t-on pas consid&#233;r&#233;, jusqu'&#224; une p&#233;riode r&#233;cente que la connaissance du vivant ne se vendait pas, et par cons&#233;quent ne pouvait &#234;tre brevet&#233;e ? Orsi et Coriat citent d'ailleurs dans le m&#234;me article l'arr&#234;t Chakrabarty qui autorisa pour la premi&#232;re fois une entreprise, General Electric, &#224; couvrir d'un brevet un micro-organisme. Or cet arr&#234;t date de juin 1980. En 1998, lors d'un entretien pour l'UNESCO, Jeremy Rifkin d&#233;clarait :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; [...] en 1987, l'Office am&#233;ricain des brevets a ajout&#233; &#224; ses textes un paragraphe sp&#233;cifiant qu'il est d&#233;sormais possible de faire breveter toute forme de vie g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;e, &#224; l'exception des &#234;tres humains &#224; la naissance - la seule et unique raison &#224; cette restriction &#233;tant que la constitution des &#201;tats-Unis interdit l'esclavage &#8221; [OTCHET et LEFORT, 1998].&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce retournement tr&#232;s significatif de la doctrine juridique date donc des ann&#233;es 1980, c'est &#224; dire qu'il est contemporain du tournant lib&#233;ral qu'ont connu nos soci&#233;t&#233;s et de la globalisation financi&#232;re qui a plac&#233; l'actionnaire au centre du syst&#232;me &#233;conomique et social. Jusqu'alors, la propri&#233;t&#233; et l'&#233;change mercantile des connaissances portant sur le vivant n'allaient pas de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, le savoir, les connaissances scientifiques, en particulier les connaissances de base, sont consid&#233;r&#233;s comme participant du bien commun. Jusqu'&#224; une p&#233;riode r&#233;cente, ils ne constituaient pas un objet de propri&#233;t&#233; priv&#233;e et ne pouvaient donc s'acheter ni se vendre. Seules les inventions, qui se d&#233;finissent par leur &#8220; utilit&#233; &#8221;, c'est &#224; dire leur caract&#232;re appliqu&#233; et leur capacit&#233; &#224; g&#233;n&#233;rer un progr&#232;s en mati&#232;re d'industrie et de commerce, pouvaient &#234;tre brevet&#233;es. Mais l&#224; encore, dans les ann&#233;es 1980, l'orientation de la jurisprudence am&#233;ricaine s'est invers&#233;e en &#233;largissant et en assouplissant consid&#233;rablement les conditions du d&#233;p&#244;t de brevet [Coriat, 2002]. De ce fait, on se pose d&#233;sormais la question de l'&#233;valuation financi&#232;re des connaissances de base, ce qui aurait &#233;t&#233; une question inconcevable il y a trente ans et pose encore un probl&#232;me de l&#233;gitimit&#233; aujourd'hui quelles que puissent &#234;tre les positions de la jurisprudence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me il n'y a rien d'&#233;tonnant &#224; ce que l'on ne parvienne pas &#224; cr&#233;er des cat&#233;gories d&#233;finies, distinctes et cessibles lorsqu'il s'agit du &#8220; capital humain &#8221;. L'homme, son intelligence individuelle ou collective, sa cr&#233;ativit&#233;, ses capacit&#233; relationnelles ou organisationnelles, sa sensibilit&#233;, ses go&#251;ts, ne sont plus &#224; vendre, en groupe ou isol&#233;ment, depuis 1848 en France, depuis 1865 aux Etats-Unis. Malgr&#233; tous les &#233;carts de langage produits par 25 ans de ch&#244;mage de masse dans notre pays, il reste que, compte tenu des valeurs qui sont les n&#244;tres, nos mentalit&#233;s sont profond&#233;ment hostiles &#224; ce type de transaction. Et pourtant, si les ressources immat&#233;rielles, y compris celles qui sont indissociables des &#234;tres humains qui les portent, forment d&#233;sormais l'essentiel des capacit&#233;s productives de nos industries, que vendent les actionnaires lors d'une fusion-acquisition ? Cependant, il ne faut pas nommer l'innommable alors on cr&#233;e une cat&#233;gorie artificielle et bien distincte des hommes-salari&#233;s, des hommes-clients ou de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble et on lui donne un nom : &#8220; actifs immat&#233;riels &#8221;. Mais ce n'est pas par un simple artifice comptable que l'on peut r&#233;soudre pareille contradiction. Celle-ci s'exprime pleinement &#224; travers l'impossibilit&#233; d'&#233;valuer ces &#8220; actifs &#8221; : ce que l'on ne peut nommer, on peut encore moins le mesurer. La difficult&#233; technique &#224; laquelle on se heurte depuis maintenant deux d&#233;cennies r&#233;v&#232;le en fait une impossibilit&#233; conceptuelle et &#233;thique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au terme de cette &#233;tude, nous pouvons avancer qu'en raison de sa nature et de son mode de fonctionnement, la bourse est incapable d'&#233;valuer de fa&#231;on stable et fiable les actifs incorporels. Le signe d'&#233;quivalence que les &#233;conomistes lib&#233;raux apposent de fa&#231;on syst&#233;matique entre le goodwill et ces actifs nous semble totalement usurp&#233;. Il est ind&#233;niable que l'&#233;valuation des ressources immat&#233;rielles se heurte &#224; d'insurmontables difficult&#233;s. Toutefois, &#224; la question pos&#233;e par Orsi et Coriat que nous avons rappel&#233;e ci-dessus, nous r&#233;pondrons par une autre question : avant de chercher &#224; appr&#233;cier la valeur de ce type d'actifs, ne conviendrait-il pas de se demander pourquoi il faudrait n&#233;cessairement &#233;valuer une client&#232;le, une intelligence collective, une d&#233;couverte scientifique ou un r&#233;seau relationnel. Les contradictions engendr&#233;es par une telle d&#233;marche n'expliquent-elles pas l'impossibilit&#233; technique &#224; laquelle on se heurte continuellement en la mati&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;valuation des &#171; actifs incorporels &#187; n'est devenue une obligation qu'en raison des relations bien particuli&#232;res qui se sont &#233;tablies entre sph&#232;re r&#233;elle et sph&#232;re financi&#232;re dans le cadre d'un capitalisme &#224; dominante financi&#232;re. Nous l'avons vu, les ressources immat&#233;rielles sont pour la plupart attach&#233;es aux hommes qui les portent ou plus largement &#224; la collectivit&#233; qui les cr&#233;e continuellement. Si les connaissances vivantes, tout comme les capacit&#233;s relationnelles et organisationnelles incorpor&#233;es au travail, tendent &#224; devenir le moteur essentiel de la cr&#233;ation des richesses dans le cadre du capitalisme cognitif (Vercellone 2004), alors la captation du surplus passe n&#233;cessairement par l'appropriation, sous une forme ou sous une autre, de l'intelligence collective et des r&#233;seaux sociaux. L'insistance avec laquelle on tente aujourd'hui de privatiser les savoirs pr&#233;sents et &#224; venir, la cr&#233;ativit&#233;, les relations, les syst&#232;mes de formation ou les syst&#232;mes de sant&#233; t&#233;moigne de la r&#233;alit&#233; de cette probl&#233;matique. Cependant, privatiser tout cela dans un cadre de concurrence exacerb&#233;e freine la diffusion des savoirs, emp&#234;che la confiance de s'&#233;tablir, nuit &#224; l'&#233;largissement des r&#233;seaux, restreint les externalit&#233;s. Par cons&#233;quent, on peut penser que le capitalisme &#224; dominante financi&#232;re n'est pas n&#233;cessairement le syst&#232;me qui permettra au capitalisme cognitif de d&#233;velopper toutes ses capacit&#233;s productives. Les richesses issues des nouvelles technologies, des nouvelles formes d'organisation et de l'intellectualit&#233; diffuse pourraient d'ailleurs &#234;tre r&#233;parties plus largement, ceci d'autant plus qu'elles proviennent justement de ressources immat&#233;rielles et intrins&#232;quement sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;isabelle.halary@univ-reims.fr&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bibliographie&lt;/p&gt;
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(&lt;a href=&#034;http://www.prospect.org/print/V4/13/putnam-r.thml&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.prospect.org/print/V4/13/putnam-r.thml&lt;/a&gt; )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PUTNAM R. (1995), &#8220;Bowling alone : America's declining social capital&#8221;, Journal of Democracy 6(1), pp.65-78,&lt;br class='autobr' /&gt;
(&lt;a href=&#034;http://muse.jhu.edu/demo/journal_of_democracy/v006/putnam.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://muse.jhu.edu/demo/journal_of_democracy/v006/putnam.html&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;QUICK Perry D. and GOLDSCHMID Mary T. [2002], &#8220;FASB Statements 141/142 and the Business Economist - Where, oh where, have my intangibles gone ?&#8221;, Business Economics, vol.37, n&#176;1, Janvier, pp. 61-63.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RICARDO David, [1977], Des principes de l'&#233;conomie politique et de l'imp&#244;t , Flamarion, Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THOUVENIN Dominique, [2003], &#171; Regroupement d'entreprises et juste valeur &#187;, Revue d'&#233;conomie financi&#232;re, n&#176; 71, aout, p.87-97.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VERCELLONE, Carlo [2004], &#171; Sens et enjeux de la transition vers le capitalisme cognitif : une mise en perspective historique &#187;, contribution pr&#233;sent&#233;e au s&#233;minaire &#171; Transformations du travail et crise de l'&#233;conomie politique &#187;, Universit&#233; de Paris 1 Panth&#233;on-Sorbonne, 12 octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VICKERY Graham, [2000], &#171; Identifier et mesurer l'immat&#233;riel pour mieux le g&#233;rer &#187;, Revue fran&#231;aise de gestion, , septembre-octobre, p.101-110.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ressources immat&#233;rielles et finance de march&#233; : le sens d'une liaison.</title>
		<link>https://seminaire.samizdat.net/analyses-concepts-idees/Ressources-immaterielles-et,50</link>
		<guid isPermaLink="true">https://seminaire.samizdat.net/analyses-concepts-idees/Ressources-immaterielles-et,50</guid>
		<dc:date>2005-01-04T13:34:27Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Isabelle Halary</dc:creator>


		<dc:subject>Isabelle Halary, march&#233;s financiers, capitalisme cognitif , &#233;valuation d'entreprise,actifs intangibles, fusion-acquisition, goodwill,bulle financi&#232;re, survaleur </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La question de la valorisation des actifs immat&#233;riels&lt;/p&gt;

-
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&lt;a href="https://seminaire.samizdat.net/Isabelle-Halary-marches-financiers" rel="tag"&gt;Isabelle Halary, march&#233;s financiers, capitalisme cognitif , &#233;valuation d'entreprise,actifs intangibles, fusion-acquisition, goodwill,bulle financi&#232;re, survaleur &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://seminaire.samizdat.net/local/cache-vignettes/L100xH100/arton50-8f907.png?1757089127' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La question de la valorisation des actifs immat&#233;riels par les march&#233;s financiers doit &#234;tre resitu&#233;e dans une probl&#233;matique plus large&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Isabelle Halary, CERAS-LAME, Universit&#233; de Reims&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la phase d'euphorie boursi&#232;re des ann&#233;es 90, une th&#232;se semblait presque faire l'unanimit&#233; : La hausse des cours aurait &#233;t&#233; justifi&#233;e par la formation sans pr&#233;c&#233;dent d'actifs immat&#233;riels. Ainsi, pendant l'&#233;t&#233; 1999, Nakamura &#233;crivait-il : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Is there any rational reason to believe that profits should grow strongly in the future and thereby justify the high valuations placed on shares ? In fact, there is. As we shall show, rising investment in intangible assets reduces measured current profits and raises expected future profits.&#8221; (1999, p.7)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Puis pendant la d&#233;pr&#233;ciation g&#233;n&#233;rale post&#233;rieure &#224; mars 2000, il y aurait eu disparition ou autodestruction de ces intangibles. De fait, des goodwills impressionnants ont &#233;t&#233; ray&#233;s d'un trait de plume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la valorisation des actifs immat&#233;riels par les march&#233;s financiers doit &#234;tre resitu&#233;e dans une probl&#233;matique plus large. Il s'agit en effet d'interpr&#233;ter la concomitance entre deux &#233;volutions &#224; la fois parall&#232;les et contradictoires : d'une part l'av&#232;nement d'une nouvelle phase du capitalisme dans laquelle la connaissance est au centre de la cr&#233;ation de valeur et de l'accumulation du capital (capitalisme cognitif, Vercellone 2004), d'autre part l'importance croissante des march&#233;s financiers et de leurs acteurs dans la r&#233;gulation de cette &#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu de l'importance des actifs intangibles non seulement pour les march&#233;s financiers mais surtout pour le mode de croissance actuel, la question de leur &#233;valuation est de plus en plus souvent pos&#233;e par la litt&#233;rature, tant en sciences de gestion qu'en sciences &#233;conomiques. Sur ce point bon nombre de m&#233;thodes coexistent et se font concurrence. Le d&#233;bat sur le choix entre comptabilit&#233; aux co&#251;ts historiques et &#233;valuation &#224; la juste valeur (fair value) ne semble pas &#233;puis&#233;. Mais la doctrine qui semble s'imposer attribue &#224; la bourse une comp&#233;tence indiscut&#233;e lorsqu'il s'agit d'&#233;valuer l'essentiel de ces actifs bien particuliers. On peut l&#233;gitimement se demander si une telle confiance dans les m&#233;canismes de march&#233; est fond&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas ici de nier la formation d'actifs immat&#233;riels ou l'importance de ces derniers dans la croissance actuelle mais de mettre en question la liaison syst&#233;matiquement &#233;tablie ou suppos&#233;e entre actifs immat&#233;riels et capitalisme financier. Nous nous demanderons tout d'abord si l'on peut raisonnablement cr&#233;diter les march&#233;s boursiers d'une r&#233;elle capacit&#233; &#224; &#233;valuer les actifs immat&#233;riels (I), autrement dit si la survaleur ou goodwill peut &#234;tre assimil&#233;e &#224; la valeur de ces actifs. Puis, face &#224; l'ampleur des difficult&#233;s rencontr&#233;es par les comptables et experts dans cette &#233;valuation, nous nous interrogerons sur la signification profonde de leur d&#233;marche (II).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
I.	Valorisation boursi&#232;re et actifs immat&#233;riels : une causalit&#233; pertinente ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les actifs class&#233;s dans la cat&#233;gorie des intangibles renvoient en fait &#224; des r&#233;alit&#233;s assez diverses et nous commencerons par en examiner le contenu. Nous verrons alors que dans ce poste du bilan des entreprises, les notions les plus floues l'emportent largement sur les actifs bien identifi&#233;s (A). Nous discuterons ensuite plus pr&#233;cis&#233;ment le concept de goodwill. Nous verrons que le raisonnement lib&#233;ral &#224; son endroit est circulaire et ne permet pas de lever l'ind&#233;termination de la valeur des actifs immat&#233;riels (B). Par cons&#233;quent, loin de donner du sens, ce concept transmet la volatilit&#233; des march&#233;s financiers au c&#339;ur de la comptabilit&#233; (C).&lt;br class='autobr' /&gt;
A.	Le goodwill : un &#233;l&#233;ment disproportionn&#233; par rapport aux actifs immat&#233;riels bien identifi&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
1.	Diff&#233;rents types d'actifs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le FASB (Financial Accounting Standards Board), &#8220; Un actif est un ensemble de profits futurs probables obtenus ou contr&#244;l&#233;s par une entit&#233; donn&#233;e suite &#224; des &#233;v&#233;nements ou des transactions pass&#233;es &#8221;. L'actif est immat&#233;riel lorsqu'il est non mon&#233;taire et d&#233;pourvu de toute substance physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses typologies ont &#233;t&#233; propos&#233;es pour r&#233;pertorier les actifs immat&#233;riels, qui sont fond&#233;es sur au moins trois distinctions compl&#233;mentaires. Le premi&#232;re d'entre elles concerne leur degr&#233; de s&#233;parabilit&#233; : Certains de ces actifs sont en effet identifiables et valorisables en tant que tels : c'est le cas par exemple des brevets ou des marques d&#233;pos&#233;es. Les autres, bien que plus nombreux et contribuant &#224; la cr&#233;ation de valeur, ne sont ni identifiables ni valorisables s&#233;par&#233;ment : on pensera ici &#224; l'effet de la formation du personnel ou de progr&#232;s r&#233;alis&#233;s dans l'organisation du travail, aux savoir-faire, aux r&#233;seaux de relations. Ces actifs non s&#233;parables correspondent bien &#224; des d&#233;penses mais pr&#233;sentent la particularit&#233; soit de ne pouvoir &#234;tre pleinement contr&#244;l&#233;s par l'entreprise, soit de produire des effets trop complexes et pr&#233;sentant de trop nombreuses interactions pour pouvoir &#234;tre isol&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une seconde distinction concerne la provenance de ces actifs : certains d'entre eux sont acquis, soit isol&#233;ment, soit &#224; travers une op&#233;ration de croissance externe (fusion-acquisition en particulier). Ces actifs font alors syst&#233;matiquement l'objet d'un enregistrement comptable et sont donc valoris&#233;s. En revanche, les actifs immat&#233;riels cr&#233;&#233;s en interne ne sont pas pris en compte par la comptabilit&#233;, &#224; l'exception des d&#233;penses de recherche-d&#233;veloppement dans certains syst&#232;mes nationaux &#224; condition que ces derni&#232;res puissent &#234;tre enregistr&#233;es s&#233;par&#233;ment et qu'il soit &#233;tabli qu'elles sont susceptibles d'engendrer des effets &#233;conomiques positifs pour l'entreprise [Nussenbaum, 2003].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une troisi&#232;me distinction concerne le degr&#233; de protection juridique de ces actifs, protection qui ne peut &#234;tre accord&#233;e que sur des &#233;l&#233;ments identifiables. Sur ce plan, Gordon Smith et Russel Parr [1989] distinguent les droits et la propri&#233;t&#233; intellectuelle. Les droits r&#233;sultent de contrats pass&#233;s avec des tiers : contrats de licences et de franchises, contrats de vente &#224; fournir... La propri&#233;t&#233; intellectuelle correspond aux produits de la cr&#233;ation intellectuelle prot&#233;g&#233;s par la loi, &#224; savoir les secrets de fabrication, brevets, droits de reproduction, marques, logiciels, circuits imprim&#233;s et droits de publicit&#233;. Les autres actifs immat&#233;riels, notamment parce qu'ils sont non identifiables ou non s&#233;parables, ne font l'objet d'aucune protection juridique. Ils sont souvent incorpor&#233;s &#224; des personnes humaines ou d'essence organisationnelle diffuse [Pierrat et Martory, 2000] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En reliant certaines de leurs caract&#233;ristiques, on peut donc constituer deux grands groupes d'actifs immat&#233;riels : d'un c&#244;t&#233; les actifs s&#233;parables, clairement identifi&#233;s et couverts par une protection juridique, de l'autre ce que nous appellerons les actifs diffus, parce que mal identifi&#233;s, non s&#233;parables et donc non mesurables en tant que tels, qui ne sont pas reconnus juridiquement. Bien entendu la comptabilit&#233; priv&#233;e ne peut traiter ces deux cat&#233;gories de fa&#231;on semblable, ce qui va engendrer quelques distorsions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.	Des traitements diff&#233;renci&#233;s qui accordent un poids disproportionn&#233; au goodwill&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les actifs incorporels affect&#233;s (identifi&#233;s s&#233;parables et r&#233;pertori&#233;s par les plans comptables des diff&#233;rents pays) sont &#233;valu&#233;s individuellement selon la m&#233;thode du co&#251;t historique (cas des logiciels ou brevets acquis &#224; l'ext&#233;rieur) ou &#224; leur juste valeur (fair value, qui est en train de devenir la r&#233;f&#233;rence dominante). La m&#233;thode de la juste valeur renvoie elle-m&#234;me &#224; deux approches possibles : soit il existe un march&#233; suffisamment large pour ce type d'actif et on l'enregistre &#224; sa valeur constat&#233;e sur le march&#233; &#224; un moment donn&#233; (ce qui suppose un suivi et des r&#233;&#233;valuations p&#233;riodiques) ; soit il n'existe pas de march&#233; pour ce type d'actifs ou un march&#233; trop &#233;troit pour que le prix qui s'y &#233;tablit puisse servir de r&#233;f&#233;rence et l'on &#233;value l'actif par la somme des revenus futurs nets actualis&#233;s que l'on peut en attendre, autrement dit par sa valeur d'usage, ce qui, notons le simplement pour l'instant, pose le probl&#232;me des anticipations dans un environnement incertain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les actifs non identifi&#233;s, parce que non s&#233;parables, rel&#232;vent d'une logique comptable diff&#233;rente : s'il s'agit d'actifs cr&#233;&#233;s en interne, ils ne sont pas pris en compte par la comptabilit&#233; durant la vie normale de l'entreprise, c'est &#224; dire jusqu'&#224; ce qu'une rupture particuli&#232;re telle que la fermeture ou le rachat impose d'&#233;valuer chacun des actifs. Si au contraire ils sont acquis lors d'une op&#233;ration de croissance externe, ils constituent une interpr&#233;tation possible du goodwill. On n'insistera jamais assez sur le fait qu'il ne s'agit l&#224; que d'une interpr&#233;tation, fortement marqu&#233;e id&#233;ologiquement au demeurant, de la cat&#233;gorie comptable d&#233;nomm&#233;e &#8220; survaleur &#8221;. A ce propos, Maurice Nussenbaum explique tr&#232;s clairement : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; Comptablement, c'est l'&#233;cart entre le prix pay&#233; pour l'acquisition d'une entreprise, ou d'un groupe d'actifs et la valeur totale r&#233;&#233;valu&#233;e des actifs identifi&#233;s (corporels et incorporels). Il faut bien comprendre qu'il ne revient pas &#224; la comptabilit&#233; de se prononcer sur la nature du goodwill puisqu'elle ne le d&#233;finit que comme un solde. Il revient ainsi aux &#233;conomistes de dire si ce solde correspond &#224; une r&#233;alit&#233; &#233;conomique ou &#224; un simple sur-prix pay&#233; pour acqu&#233;rir l'ensemble des actifs de l'entreprise &#8221; [2003, p.76].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce doute persistant laissant place &#224; l'analyse et au questionnement, rien ne subsiste dans la litt&#233;rature lib&#233;rale qui s'empresse d'apposer un signe d'&#233;quivalence entre goodwill d'une part et actifs immat&#233;riels non identifi&#233;s d'autre part. De nombreux &#233;conomistes ont ainsi utilis&#233; le coefficient q de Tobin, d&#233;fini comme le rapport de la valeur de march&#233; d'une firme &#224; la valeur de remplacement de ses actifs, pour &#233;valuer le capital immat&#233;riel d'une entreprise. Pour Griliches (1981) puis Cockburn et Griliches (1988), la recherche d&#233;veloppement et les brevets d&#233;pos&#233;s expliqueraient les variations du coefficient q. Reprenant cette perspective avec des donn&#233;es plus r&#233;centes, Megna et Klock (1993) parviennent &#224; des r&#233;sultats plus nuanc&#233;s : le capital immat&#233;riel contribuent selon eux &#224; la variation du coefficient q mais ne l'explique pas compl&#232;tement : les effets li&#233;s &#224; la sp&#233;cificit&#233; de la firme sont significatifs, ce qui indique qu'il subsiste des diff&#233;rences substantielles entre les coefficients q au sein de chaque industrie, m&#234;me apr&#232;s l'ajustement prenant en compte le capital immat&#233;riel de chaque firme. Mais globalement, la d&#233;marche assimilant les actifs immat&#233;riels au goodwill semble dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or les chiffres concernant les op&#233;rations d'acquisition des dix derni&#232;res ann&#233;es nous conduisent &#224; remettre s&#233;rieusement en question une telle affirmation. Dans toutes ces op&#233;rations en effet, le goodwill enregistr&#233; est totalement disproportionn&#233; par rapport aux autres actifs acquis, qu'ils soient corporels ou incorporels, et occupe m&#234;me souvent l'essentiel de la valeur globale de la transaction r&#233;alis&#233;e. En reprenant quelques exemples d'acquisitions r&#233;alis&#233;es par des firmes de l'industrie &#233;lectronique am&#233;ricaine, on ne peut que douter du caract&#232;re significatif du goodwill .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au second trimestre 2002, la firme Solectron (fabricant sous contrat de mat&#233;riel &#233;lectronique et informatique) a fait l'acquisition de C-MAC (entreprise du m&#234;me secteur) au prix de 2 567 millions de dollars (Solectron, rapport annuel 10 K du 14 novembre 2003). Le goodwill enregistr&#233; &#224; l'occasion de cette transaction s'est mont&#233; &#224; 2 146 millions, soit 83 % du prix de l'op&#233;ration, tandis que les actifs immat&#233;riels identifi&#233;s enregistr&#233;s dans la comptabilit&#233; de C-MAC atteignaient 25,6 millions, soit &#224; peine 1 % de la somme vers&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours dans le m&#234;me secteur, en d&#233;cembre 2002, la firme Vishay rach&#232;te l'entreprise BCcomponents Holdings B.V. pour un montant de 233 millions de dollars, auquel il faut ajouter la reprise d'une dette de 274 millions de dollars, soit un co&#251;t total de l'op&#233;ration de 510 millions (Vishay, rapport annuel 10 K du 31 mars 2003). Le goodwill enregistr&#233; sur cette transaction a &#233;t&#233; de 236 millions, soit 46 % de son co&#251;t, tandis que les autres intangibles (identifi&#233;s et sp&#233;cifi&#233;s) atteignaient 43 millions, soit 8 % du co&#251;t de l'op&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre 2001 enfin, Sanmina (fabricant sous contrat de mat&#233;riel &#233;lectronique et informatique) a rachet&#233; SCI (m&#234;me secteur) au prix de 4 410 millions de dollars (Sanmina-SCI, rapport annuel 10K du 9 d&#233;cembre 2003). Le goodwill enregistr&#233; sur cette op&#233;ration s'est mont&#233; &#224; 4 286 millions, soit 97 % du montant de la transaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En multipliant les exemples, on retrouve le poids consid&#233;rable du goodwill tandis que les actifs incorporels bien identifi&#233;s et enregistr&#233;s s&#233;par&#233;ment n'occupent qu'une place modeste au bilan des entreprises rachet&#233;es. Si la th&#232;se lib&#233;rale selon laquelle le goodwill repr&#233;sente effectivement la valeur globale des actifs immat&#233;riels non sp&#233;cifi&#233;s &#233;tait v&#233;rifi&#233;e, cela signifierait que les entreprises cibles, pendant les quelques ann&#233;es pr&#233;c&#233;dant leur rachat, auraient investi tr&#232;s lourdement dans des actifs immat&#233;riels diffus, peu identifiables, ou dont les r&#233;sultats ne peuvent &#234;tre contr&#244;l&#233;s par l'entreprise, en se contentant d'investir tr&#232;s peu dans des incorporels clairement identifi&#233;s tels que les brevets, les marques et autres accords de moyenne p&#233;riode sur la vente de leurs produits. Or, lorsque l'on conna&#238;t la pression que les actionnaires exercent sur les firmes dans le nouveau gouvernement d'entreprise, on sait que ce sont au contraire les projets d'investissement clairement d&#233;finis dont les objets sont bien identifi&#233;s qui sont privil&#233;gi&#233;s. Certains &#233;conomistes lib&#233;raux, dont Leonard Nakamura [1999], expliquent ce paradoxe par le fait que la Recherche-D&#233;veloppement en cours est enregistr&#233;e comme une charge dans la comptabilit&#233; am&#233;ricaine et ne peut donc &#234;tre capitalis&#233;e pour constituer un actif immat&#233;riel (&#224; quelques exceptions pr&#232;s toutefois, comme dans le cas des co&#251;ts de d&#233;veloppement d'un logiciel, norme FASB 86). Effectivement, ce n'est que lorsque ces d&#233;penses accumul&#233;es en Recherche-D&#233;veloppement d&#233;bouchent effectivement sur le d&#233;p&#244;t d'un brevet que ce dernier peut &#234;tre &#233;valu&#233; par un expert et int&#233;gr&#233; au bilan parmi les actifs incorporels de la firme. D&#232;s lors, selon les &#233;conomistes lib&#233;raux, le goodwill repr&#233;senterait notamment le capital de connaissances accumul&#233; gr&#226;ce &#224; la R-D en cours ou r&#233;cente : &#8220; Au fil des ans, les &#233;tudes men&#233;es ont r&#233;guli&#232;rement montr&#233; que les d&#233;penses en R&amp;D d'une firme accroissent la valeur de march&#233; de cette firme d'un montant au moins &#233;quivalent &#224; ces d&#233;penses &#8221; explique Nakamura [1999, p. 8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsque l'on int&#232;gre la R-D accumul&#233;e et amortie dans les cas que nous avons cit&#233;s pr&#233;c&#233;demment, une telle explication ne para&#238;t pas soutenable. A partir des chiffres fournis par Sanmina et SCI par exemple, nous capitalisons les d&#233;penses de R-D en adoptant un amortissement lin&#233;aire sur six ans, comme le fait Nakamura. Avant son acquisition par Sanmina, SCI a enregistr&#233; des d&#233;penses de R-D allant de 33,5 &#224; 37,3 millions de dollars par an entre 1996 et 2001, d'o&#249; une R-D capitalis&#233;e de 143,59 millions de dollars juste avant l'acquisition, soit 3,3 % du prix pay&#233; par Sanmina pour le rachat de SCI. Rappelons que le goodwill enregistr&#233; sur cette op&#233;ration de concentration &#233;tait de 4 286 millions de dollars, soit 97 % du prix de l'acquisition. Donc, m&#234;me si l'on admet bien volontiers que les agences de notation et autres analystes financiers int&#232;grent la R-D dans leurs crit&#232;res d'&#233;valuation des firmes, les &#233;carts sont tels entre la valeur des &#233;l&#233;ments immat&#233;riels bien sp&#233;cifi&#233;s (autres actifs immat&#233;riels et R-D accumul&#233;e) d'une part, et le goodwill d'autre part que l'on ne peut consid&#233;rer ce dernier comme une valeur d'&#233;quilibre des actifs immat&#233;riels non identifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les r&#233;centes faillites d'Enron et de Worldcom ont introduit un s&#233;rieux doute quant &#224; la r&#233;alit&#233; des actifs immat&#233;riels qui &#233;taient cens&#233;s justifier le goodwill de ces firmes. Ainsi, selon Quick et Goldschmid :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Instead of seeking reasons why market values vastly exceed book values, investors are now more interested in the opposite : how stock prices could have fallen so much more than book values or any apparent erosion in a company's &#8220;knowledge capital.&#8221;&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
[...]&#8220;In the post-Enron world, investors are asking whether some of those intangible values ever really existed&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
(2002, p.61)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de l'affaire Enron, Alan Greenspan d&#233;clarait &#224; la chambre des repr&#233;sentants des Etats-Unis que cette firme avait vu ses actifs incorporels perdre de leur valeur. Or apr&#232;s v&#233;rification, Baruch Lev [2003] observe qu'Enron n'avait d&#233;clar&#233; aucune d&#233;pense de R-D dans les trois rapports annuels successifs pr&#233;c&#233;dant l'affaire. Quant aux d&#233;penses destin&#233;es &#224; l'acquisition de technologie, &#224; l'am&#233;lioration de la marque ou aux marques d&#233;pos&#233;es, elles &#233;taient tr&#232;s faibles. Seuls les achats de logiciels &#233;taient significatifs mais ils restaient relativement faibles en comparaison des investissements en capital fixe. Selon Lev : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; Dire qu'Enron a eu des actifs immat&#233;riels &#233;normes qui auraient d'une mani&#232;re ou d'une autre disparu estompe toute diff&#233;rence entre l'&#233;cart de la valeur de march&#233; &#224; la valeur comptable d&#251; au tapage m&#233;diatique et l'&#233;cart d&#251; &#224; la cr&#233;ation d'un v&#233;ritable actif immat&#233;riel &#8221; [2003, p.18].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce propos laisse donc supposer que le goodwill peut s'expliquer par les actifs immat&#233;riels comme par tout autre facteur d'une influence bien plus consid&#233;rable. Par cons&#233;quent, l'assimilation syst&#233;matique des actifs immat&#233;riels au goodwill n'a pas de sens. Tout en ne contestant absolument pas le bien-fond&#233; d'une &#233;conomie lib&#233;rale, Lev ne reconna&#238;t pas pour autant aux march&#233;s financiers la capacit&#233; &#224; &#233;valuer convenablement les actifs immat&#233;riels. En se fondant sur une &#233;tude men&#233;e par Chan, Lakonishok et Sougiannis [2001], il soutient que les march&#233;s sous-estiment syst&#233;matiquement la valeur des firmes r&#233;ellement intensives en intangibles, en particulier intensives en R-D.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre interpr&#233;tation possible du goodwill renvoie &#224; la bulle financi&#232;re des ann&#233;es quatre-vingt-dix. En 1997, Raytheon Company a fusionn&#233; avec Hughes Defense et fait l'acquisition de T.I. Defense (Texas Instruments Defense). Le prix de ces deux op&#233;rations au total s'est mont&#233; &#224; 12,5 milliards de dollars. Le bilan 1997 de Raytheon enregistre les modifications r&#233;sultant de ces op&#233;rations. Or, entre les deux bilans 1996 et 1997, les actifs r&#233;els de Raytheon n'augmentent que de 1,335 milliards de dollars, dont une variation de 1,089 milliards pour le poste Immobilisations corporelles (&#034;property, plants and equipment&#034;). Le reste de la somme vers&#233;e est pass&#233; en goodwill, soit 10,865 milliards de dollars (Rapport annuel 1997, Management's Discussion and Analysis of Financial Condition and Results of Operation). Finalement, pr&#232;s de 87 % du prix des deux op&#233;rations sont pass&#233;s en goodwill, le reste correspondant &#224; un accroissement des actifs identifiables corporels, incorporels et financiers. Or, sur la m&#234;me p&#233;riode, les dettes de Raytheon sont pass&#233;es de 6,6 milliards de dollars (fin 1996) &#224; 18,173 milliards de dollars (fin 1997). On ne peut manquer de mettre en relation cette augmentation de l'endettement de plus de 11, 5 milliards avec le goodwill de pr&#232;s de 11 milliards engendr&#233; par les op&#233;rations &#233;voqu&#233;es plus haut, et d'en conclure que l'entreprise s'est, sur cette affaire, endett&#233;e essentiellement pour financer la sur&#233;valuation des actifs sur les march&#233;s financiers. Plusieurs &#233;l&#233;ments viennent confirmer cette id&#233;e. En 1998 tout d'abord, Raytheon engage une bataille judiciaire clamant que Hughes a sur&#233;valu&#233; d'un milliard de dollars les actifs c&#233;d&#233;s. L'affaire se conclue en 2001 sur une r&#233;trocession de 650 millions de dollars en faveur de Raytheon. De plus pour l'exercice comptable 1999, la firme enregistre une charge de 668 millions de dollars pour corriger des probl&#232;mes financiers dans sa division d'&#233;lectronique de d&#233;fense, unit&#233; dans laquelle les deux actifs en question avaient &#233;t&#233; regroup&#233;s. Autre &#233;l&#233;ment d'appr&#233;ciation, l'amortissement de ce goodwill s'est r&#233;alis&#233; &#224; un rythme acc&#233;l&#233;r&#233; dans les ann&#233;es qui ont suivi.. Au total, on observe donc dans cette &#233;tude de cas une survaleur disproportionn&#233;e par rapport aux actifs r&#233;els des unit&#233;s c&#233;d&#233;es et enregistr&#233;es conjointement ainsi qu'une variation de la dette d'ampleur comparable dans un premier temps, puis des d&#233;valuations successives du goodwill observables &#224; travers diff&#233;rents indicateurs semblant signifier que cette donn&#233;e &#224; plus &#224; voir avec la conjoncture boursi&#232;re qu'avec la r&#233;alit&#233; des actifs immat&#233;riels incorpor&#233;s dans les unit&#233;s consid&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B.	Goodwill et actifs immat&#233;riels : une explication circulaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La traduction fran&#231;aise du goodwill est la &#8220; survaleur &#8221;, ou &#8220; &#233;cart d'acquisition &#8221;, ce qui correspond bien mieux &#224; sa signification r&#233;elle que le terme am&#233;ricain qui fait explicitement r&#233;f&#233;rence &#224; la relation entre la firme et sa client&#232;le, &#224; sa r&#233;putation. Or, comme nous l'avons vu plus haut, par son acception comptable, la survaleur n'est que le solde qui s&#233;pare la valeur boursi&#232;re de la firme de la somme des actifs qu'elle contient au moment de son acquisition. Le goodwill ne se d&#233;finit donc qu'en creux. De ce fait, lorsque l'on pr&#233;tend expliquer le goodwill par l'existence d'actifs immat&#233;riels non sp&#233;cifi&#233;s, on produit un raisonnement totalement circulaire. En effet il s'agit de ressources que l'on ne parvient ni &#224; d&#233;finir (on y parvient en th&#233;orie d'une fa&#231;on globale mais pas dans le cas pr&#233;cis de telle ou telle entreprise &#224; un moment donn&#233;), ni &#224; cerner isol&#233;ment, encore moins &#224; mesurer. On a donc affaire &#224; un objet parfaitement flou que l'on pr&#233;tend circonscrire &#224; l'aide de ce qui n'est qu'un solde :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Figure 1 : Un raisonnement circulaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, sur le plan g&#233;n&#233;ral, on est capable de nommer les diff&#233;rentes ressources dont il est ici question, et il ne s'agit nullement de pr&#233;tendre que les connaissances et savoir-faire collectivement accumul&#233;s, le niveau de formation du personnel, la qualit&#233; de l'organisation et des relations internes ou les r&#233;seaux de relations externes n'ont aucune productivit&#233;. Le probl&#232;me qui nous int&#233;resse ici est la tentative faite par l'id&#233;ologie lib&#233;rale de sortir d'une ind&#233;termination en proposant comme unique r&#233;f&#233;rence le comportement de &#8220; l'investisseur &#8221; sur le march&#233; financier. Ainsi, selon Hall :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Implicitly, they (the researchers) assume that financial markets price the bundles of assets that compose a firm (ordinary plant and equipment, inventories, knowledge assets, customer networks, brand names and reputation, and so forth) correctly and that the marginal shadow value (the gross rate of return) of the knowledge asset in the market place can be inferred from the regression coefficient estimate.&#8221; (Hall, Bronwyn, 1998, p.4)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon la th&#233;orie n&#233;o-classique, l'investisseur est rationnel, les march&#233;s sont efficients, ce qui signifie qu'ils &#233;valuent la firme &#224; sa juste valeur. S'il existe un &#233;cart entre la valeur de march&#233; et la valeur comptable, c'est forc&#233;ment la comptabilit&#233; qui se trompe en ne prenant pas en compte tous les &#233;l&#233;ments susceptibles de cr&#233;er de la valeur. Le raisonnement qui assimile le goodwill aux actifs immat&#233;riels s'appuie donc sur au moins deux hypoth&#232;ses : celle de l'efficience des march&#233;s financiers d'une part, celle selon laquelle les ressources productives non reconnues par la comptabilit&#233; de la firme sont effectivement bien ses actifs immat&#233;riels, c'est &#224; dire soit des ressources internes que l'entreprise poss&#232;de v&#233;ritablement, soit des &#233;l&#233;ments dont elle contr&#244;le int&#233;gralement les r&#233;sultats (d&#233;finition d'un actif).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se d'efficience exclue notamment les comportements d'engouement soudain pour tel ou tel secteur ou celui de mim&#233;tisme. Elle exclue que tout &#233;v&#233;nement ou comportement sans rapport avec les fondamentaux de l'entreprise puisse venir perturber son cours, ce dernier refl&#233;tant toute l'information pertinente sur l'entreprise et seulement celle-ci. Keynes et bien plus tard Andr&#233; Orl&#233;an [1989], pour ne citer qu'eux, ont montr&#233; toutes les objections qui pouvaient &#234;tre soulev&#233;es contre cette repr&#233;sentation des march&#233;s financiers. Or si l'on r&#233;fute l'hypoth&#232;se d'efficience, on peut l&#233;gitimement se demander ce que le cours boursier et les tractations pr&#233;alables &#224; une OPA ont &#224; voir avec les hommes qui constituent l'entreprise, l'histoire construite de leurs relations &#224; l'int&#233;rieur de la firmes et avec d'autres organisations ... La convention boursi&#232;re et les engouements subits pour tel ou tel secteur d'activit&#233; se construisent &#224; court terme et dans un univers purement financier. L'intelligence collective, pour sa part, se construit &#224; long terme, notamment dans l'entreprise, mais aussi dans une soci&#233;t&#233; historiquement situ&#233;e. D&#232;s lors, d'o&#249; viendrait cette co&#239;ncidence miraculeuse entre ce r&#233;sidu qu'est le goodwill et les actifs immat&#233;riels non sp&#233;cifi&#233;s qu'il est cens&#233; repr&#233;senter ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde hypoth&#232;se suppose que les ressources immat&#233;rielles qui, tout en cr&#233;ant de la valeur pour l'entreprise, ne sont pas enregistr&#233;es dans sa comptabilit&#233; lui appartiennent bien en propre ou que la valeur cr&#233;&#233;e par ces ressources soit effectivement contr&#244;l&#233;e par celle-ci. La doctrine comptable repose en effet sur une conception juridique selon laquelle le patrimoine de l'entreprise ne contient que les &#233;l&#233;ments sur lesquels celle-ci exerce un droit de propri&#233;t&#233;. Cette hypoth&#232;se exclut donc la possibilit&#233; que des facteurs immat&#233;riels diffus pr&#233;sents dans l'environnement de l'entreprise contribuent &#224; sa productivit&#233;. En d'autres termes elle exclut les externalit&#233;s. Or, tout en demeurant dans le cadre conceptuel et m&#233;thodologique de l'orthodoxie, Jaffe a montr&#233; que les retomb&#233;es technologiques de la R&amp;D entre firmes voisines &#233;taient tr&#232;s significatives :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;It appears that both technological spillovers and competitive effects of others' R&amp;D come into play when we consider the economic returns to the firm's research. Comparing fims whose neighbors do a lot of R&amp;D to those whose neighbors do little, the former are characterized by lower profits and market value if they do little R&amp;D themselves, but a higher return to doing R&amp;D. For firms with the average R&amp;D budget, the net effect of others' R&amp;D is positive.&#8221; (1986, p.995)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admettre que les externalit&#233;s li&#233;es aux ressources immat&#233;rielles diffuses sont cons&#233;quentes tout en affirmant que le goodwill &#233;value des actifs incorporels ne laisse-t-il pas supposer que les actifs ainsi valoris&#233;s ne sont, pour une bonne part, pas ceux de l'entreprise consid&#233;r&#233;e et qu'ainsi, par la survaleur, les actionnaires s'approprient de fa&#231;on indue une grande partie de la valeur cr&#233;&#233;e ? En tout &#233;tat de cause, la th&#232;se d'une intellectualit&#233; diffuse propos&#233;e par R&#233;my Herrera et Carlo Vercellone [2003] nous permet de r&#233;futer nettement le cadre fix&#233; par cette seconde hypoth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble donc que l'assimilation syst&#233;matique du goodwill aux actifs immat&#233;riels ne r&#232;gle en rien le probl&#232;me de l'ind&#233;termination de ces derniers et s'appuie sur des hypoth&#232;ses tout &#224; fait contestables. De surcro&#238;t, le mod&#232;le de valorisation auquel elle se r&#233;f&#232;re ouvre la comptabilit&#233; d'entreprise aux vents tumultueux de l'instabilit&#233; boursi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C.	L'instabilit&#233; boursi&#232;re comme fondement des cat&#233;gories comptables ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on suit les lib&#233;raux dans leur raisonnement, on inverse le sens de la d&#233;termination entre prix de march&#233; et valeur. En effet, alors que chez les classiques la valeur (ou prix naturel), mesur&#233;e par une somme de co&#251;ts elle m&#234;me fond&#233;e sur un temps de travail, sert de r&#233;f&#233;rence au prix de march&#233;, qui, compte tenu du jeu de l'offre et de la demande, fluctue autour d'elle [Ricardo, 1817], on a ici l'id&#233;e d'un prix de march&#233;, la capitalisation boursi&#232;re d'une firme, puis par diff&#233;rence le goodwill, qui d&#233;termine la valeur des &#233;l&#233;ments d'actif figurant &#224; son bilan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette inversion de la d&#233;termination peut inciter &#224; retenir une explication purement financi&#232;re du goodwill. En effet, &#224; partir du moment o&#249; l'on cherche &#224; imposer le prix d&#233;termin&#233; sur le march&#233; financier comme valeur dans l'&#233;conomie r&#233;elle, le capital fictif cr&#233;&#233; par la bulle financi&#232;re des ann&#233;es quatre-vingt-dix doit trouver sa contrepartie dans l'&#233;conomie r&#233;elle. Cette contrepartie est constitu&#233;e par le goodwill. On aurait alors l'encha&#238;nement repr&#233;sent&#233; dans la figure 2 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Figure 2 : Une explication financi&#232;re du goodwill&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que dans la deuxi&#232;me moiti&#233; des ann&#233;es 90, la cr&#233;ation de monnaie aux Etats-Unis a connu un rythme bien sup&#233;rieur &#224; celui de la croissance r&#233;elle, ceci en l'absence d'inflation, ce qui a fait dire &#224; bon nombre de commentateurs que l'inflation s'&#233;tait report&#233;e du secteur des biens et services vers celui des titres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors du krach observ&#233; &#224; partir de mars 2000, le mouvement devient n&#233;gatif et l'on est amen&#233; &#224; effacer une partie du goodwill des bilans des entreprises, ce qui fait dire &#224; Fran&#231;ois Chesnais : &#8220; Seul un patrimoine qui n'a jamais exist&#233; que de fa&#231;on virtuelle du fait de cette institution tr&#232;s particuli&#232;re qu'est le march&#233; secondaire des titres peut &#171; dispara&#238;tre &#187; ainsi &#8221; [2002]. Or la norme 142 adopt&#233;e en juin 2001 par le FASB pr&#233;voit justement que la survaleur port&#233;e au bilan lors des acquisitions ne sera dor&#233;navant plus amortie r&#233;guli&#232;rement mais fera chaque ann&#233;e l'objet d'un test d'expert en vue de sa d&#233;pr&#233;ciation &#233;ventuelle pour mise en conformit&#233; avec la situation pr&#233;valant sur les march&#233;s. Comme l'explique Maurice Nussenbaum :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; Toute sur&#233;valuation se traduit d&#233;sormais par une d&#233;pr&#233;ciation irr&#233;versible &#233;gale &#224; la diff&#233;rence entre la valeur nette comptable (VNC) et la juste valeur, d&#232;s lors que cette derni&#232;re est inf&#233;rieure &#224; la VNC. Cette d&#233;pr&#233;ciation constitue une charge d'exploitation qui vient affecter directement le compte de r&#233;sultat comme l'ont montr&#233; les d&#233;pr&#233;ciations r&#233;cemment constat&#233;es dans les comptes 2002 de AOL Time Warner (54 Md$), Vivendi, (18 Md&#8364;) et France T&#233;l&#233;com (18 Md&#8364;) &#8221; [2003, p.78] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me pos&#233; par les d&#233;pr&#233;ciations brutales est &#233;galement relev&#233; par Dominique Thouvenin : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; En revanche, on a pu constater qu'un certain nombre de rapprochements importants comptabilis&#233;s selon la m&#233;thode de l'acquisition et r&#233;alis&#233;s dans une p&#233;riode o&#249; les march&#233;s &#233;taient &#224; leur maximum, en particulier &#224; cause de la &#8220; bulle de la nouvelle &#233;conomie &#8221; s'est traduit par des d&#233;pr&#233;ciations ult&#233;rieures extr&#234;mement importantes (en dizaines de milliards de dollars ou d'euros) des goodwills ou des actifs incorporels comptabilis&#233;s &#224; l'occasion de ces regroupements &#8221; [2003, p.94].&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces d&#233;pr&#233;ciations d'actifs ont &#233;t&#233; nombreuses depuis le d&#233;but du retournement boursier et ont transmis en temps r&#233;el les difficult&#233;s du secteur financier aux entreprises industrielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le goodwill port&#233; au bilan d'une firme peut enfler et se d&#233;gonfler au gr&#233; des fluctuations boursi&#232;res, il en va de m&#234;me du total de l'actif, et donc finalement du r&#233;sultat de l'exercice. D&#232;s lors, l'essentiel de la repr&#233;sentation comptable devient le jouet de la volatilit&#233; des march&#233;s financiers et ne peut plus servir de r&#233;f&#233;rence. Or l'instabilit&#233; des march&#233;s financiers a &#233;t&#233; consid&#233;rable sur la derni&#232;re d&#233;cennie. Lev [2003] a par exemple calcul&#233; que tandis qu'&#224; son sommet atteint en mars 2000, le rapport de la valeur de march&#233; &#224; la valeur comptable des 500 entreprises de l'indice Standards and Poors &#233;tait de 7,5 , il n'atteignait plus que 4,2 &#224; la fin ao&#251;t 2002 et descendait encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le d'&#233;valuation qu'introduit le goodwill est celui de la juste valeur qui repose sur l'id&#233;e d'abandonner d&#233;finitivement toute r&#233;f&#233;rence au co&#251;t et de faire entrer en comptabilit&#233; soit la valeur de march&#233;, soit la valeur d'usage des actifs consid&#233;r&#233;s, &#224; savoir la somme des rendements actualis&#233;s attendue des &#233;l&#233;ments comptabilis&#233;s. Comme l'observe Jean-Fran&#231;ois Casta [2003], ce mod&#232;le d'&#233;valuation suscite de nombreuses critiques, dont celle de provoquer l'accroissement de la volatilit&#233; des mesures comptables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La volatilit&#233; des cours boursiers et du goodwill est un &#233;l&#233;ment qui devrait contribuer &#224; introduire un certain scepticisme quant &#224; la signification &#233;conomique de ce dernier : on se demande en effet comment une valeur de march&#233; extr&#234;mement instable &#224; court terme pourrait rendre compte efficacement d'actifs immat&#233;riels construits sur le long terme dans l'entreprise et dans l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. Compte tenu de son fonctionnement r&#233;el, la bourse nous semble incapable d'&#233;valuer fid&#232;lement les actifs incorporels et leur incidence sur la croissance. Mais si l'on r&#233;fute la capacit&#233; des march&#233;s financiers &#224; assurer cette fonction, comment peut-on r&#233;soudre le probl&#232;me complexe que pose l'&#233;valuation de ces actifs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II.	L'&#233;valuation des actifs immat&#233;riels : de l'impossible &#224; l'inconcevable.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diversit&#233; et l'instabilit&#233; des pratiques comptables &#224; l'&#233;gard des actifs immat&#233;riels montrent bien que l'on se heurte, en la mati&#232;re, &#224; un probl&#232;me de fond. Depuis le milieu des ann&#233;es soixante-dix, le Financial Accounting Standards Board (FASB) aux Etats-Unis, la Commission Europ&#233;enne et l'International Accounting Standards Board (IASB, ex IASC, modification des statuts en avril 2001) tentent de d&#233;finir des normes concernant le traitement comptable et financier des actifs immat&#233;riels. On observe tout d'abord que les r&#233;formes sur ce point sont assez fr&#233;quentes et les d&#233;bats encore tr&#232;s virulents au sein de ces trois institutions, ce qui laisse penser qu'apr&#232;s toutes ces ann&#233;es de r&#233;flexion et de pratique, les principes comptables ne sont toujours pas stabilis&#233;s. D'autre part, ces trois organismes, bien que tr&#232;s influenc&#233;s par la doctrine &#233;conomique lib&#233;rale et le mod&#232;le anglo-saxon, ne sont absolument pas parvenus &#224; faire converger leurs normes sur certains points cruciaux. Pour ne citer qu'un exemple, sur le plan international, l'IASB pr&#233;conise la capitalisation des d&#233;penses de Recherche et D&#233;veloppement et leur inscription &#224; l'actif du bilan (avec amortissement lin&#233;aire) tandis que le FASB am&#233;ricain proscrit cette pratique et exige dans sa norme n&#176;2 que ces d&#233;penses soient enregistr&#233;es en charge dans le compte de r&#233;sultat, ce qui est susceptible de grever plus brutalement le b&#233;n&#233;fice de l'entreprise mais d'un autre c&#244;t&#233; r&#233;duit son imp&#244;t sur le b&#233;n&#233;fice. L'Union Europ&#233;enne adopte une position m&#233;diane en la mati&#232;re dans sa quatri&#232;me directive (articles 9, 10 et 37) en laissant le choix de leur pratique aux entreprises (et donc aux diff&#233;rentes l&#233;gislations nationales). Sur ce simple item, il existe donc de notables diff&#233;rences de traitement entre les syst&#232;mes comptables. Or comme le montre Patrick Epingard &#224; partir d'un exemple frappant, la fa&#231;on d'enregistrer la R-D a une incidence tr&#232;s sensible sur la valeur ajout&#233;e, le r&#233;sultat d'exploitation, le taux de marge et le taux d'investissement d&#233;clar&#233;s par la firme [1999, p. 99]. De semblables diff&#233;rences de principe sont aussi relev&#233;es concernant les logiciels achet&#233;s ou d&#233;velopp&#233;s en interne, le co&#251;t de la formation des personnels, la formation des ressources humaines ...[Vickery, 2000]. Dans la plupart des cas envisag&#233;s, le probl&#232;me comptable pos&#233; renvoie &#224; la possibilit&#233; ou non de consid&#233;rer les d&#233;penses en question comme constitutives d'un actif de la firme, et &#224; celle d'&#233;valuer l'actif &#224; enregistrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut se demander pourquoi ces trois organismes h&#233;sitent et divergent autant dans leur appr&#233;ciation dans la mesure o&#249; leurs fondements id&#233;ologiques sont les m&#234;mes. Par ailleurs, les fusions et acquisitions &#233;tant de plus en plus souvent internationales, la demande des milieux financiers internationaux en faveur d'une convergence des normes est forte. Les fonds de pension et organismes de placements collectifs, par exemple, r&#233;clament la transparence et souhaitent pouvoir comparer les r&#233;sultats et bilans des firmes sur le plan international. Si malgr&#233; tout, les trois grand organismes de normalisation comptable ne semblent pas pour l'instant r&#233;ussir &#224; stabiliser les pratiques par des normes coh&#233;rentes, ne peut-on penser qu'ils se heurtent en r&#233;alit&#233; &#224; un probl&#232;me de fond attach&#233; &#224; la nature m&#234;me de ces &#8220; actifs &#8221; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.	Des actifs charg&#233;s d'incertitude&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu plus haut que la d&#233;finition de l'actif donn&#233;e par le FASB faisait r&#233;f&#233;rence &#224; deux &#233;l&#233;ments constitutifs : l'existence d'une ressource d&#233;tenue d'une part, celle du flux de revenus futurs ou d'avantages qu'elle engendre d'autre part. Dans le cas des actifs immat&#233;riels, l'absence de substance physique rend le premier &#233;l&#233;ment souvent bien difficile &#224; constater et &#224; &#233;valuer de sorte que l'on a le plus souvent tendance &#224; les d&#233;finir par les attentes de revenus futurs qu'ils sont cens&#233;s engendrer. Or pour Nussenbaum [2003], le fait que ces actifs soient d&#233;pourvus de substance physique oblige leur d&#233;tenteur &#224; trouver des supports tangibles pour mettre en &#339;uvre leur aptitude &#224; cr&#233;er de la valeur. Ainsi con&#231;us, ces actifs auraient la particularit&#233; d'&#234;tre conditionnels puisque leur valeur, voire leur existence, serait li&#233;e &#224; la possibilit&#233; de vendre les produits qui leur servent de support de fa&#231;on rentable. Une marque vaudrait beaucoup lorsque le march&#233; correspondant est florissant, et serait d&#233;valu&#233;e en p&#233;riode de r&#233;cession ou de d&#233;saffection subite pour le secteur d'activit&#233; auquel elle s'applique. La formation du personnel d'une entreprise ne vaudrait plus rien le jour ou celle-ci fait faillite tandis que les murs, terrains et &#233;ventuellement certaines machines pourraient trouver preneur et ainsi conserver une certaine valeur. Les connaissances accumul&#233;es lors de la recherche et d&#233;veloppement men&#233;e sur un produit ou proc&#233;d&#233; ne vaudraient strictement rien si finalement le march&#233; validait comme standard une solution alternative d&#233;velopp&#233;e par un concurrent... [Pierrat et Martory, 2000]. Une telle incertitude ne rend-elle pas d&#233;risoire la pr&#233;tention d'&#233;valuer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'id&#233;e m&#234;me que ces ressources ne puissent &#234;tre &#233;valu&#233;es est insupportable lorsque celles-ci constituent, selon Patrick Epingard [1999], le &#8220; c&#339;ur d'une &#233;conomie fond&#233;e sur la connaissance &#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La m&#233;thode de la juste valeur est pr&#233;sent&#233;e comme une solution &#224; ce probl&#232;me &#233;pineux : Dans le cas o&#249; il n'existe pas de march&#233; tr&#232;s actif permettant de fournir une valeur de r&#233;f&#233;rence &#224; l'actif consid&#233;r&#233; (et c'est bien le cas la plupart du temps car ces ressources, qui sont le plus souvent cr&#233;&#233;es dans un cadre sp&#233;cifique en vue d'un usage sp&#233;cifique, doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme uniques), on fait appel &#224; la valeur d'usage de cet actif, c'est &#224; dire &#224; la somme actualis&#233;e de ses rendements attendus, modul&#233;e par la prise en compte des risques aff&#233;rents &#224; ce type d'actif, risques technologique, commercial, juridique (les innombrables proc&#232;s sur la technologie et autres marques d&#233;pos&#233;es) ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#233;thode a toutes les apparences de la rigueur math&#233;matique mais ne r&#233;sout en rien l'ind&#233;termination sur la valeur de ces actifs car tous les d&#233;terminants qu'elle utilise rel&#232;vent soit de l'anticipation, soit du plus pur arbitraire : pour la mener &#224; bien, on anticipe la dur&#233;e sur laquelle l'actif est cens&#233; produire des revenus, la dur&#233;e de vie d'une technologie par exemple, alors que l'on sait bien que le cycle de vie d'une innovation est non seulement de plus en plus court mais aussi incertain car on est incapable de dire quand la g&#233;n&#233;ration technologique suivante va faire son apparition et prendre le relais. On anticipe les flux de revenus, ce qui constitue vraiment un pari dans l'instabilit&#233; du r&#233;gime de croissance patrimonial [Aglietta, 1998]. On anticipe le taux d'int&#233;r&#234;t utilis&#233; dans l'actualisation alors qu'il suffit d'un retournement des march&#233;s financiers ou d'un revirement politique pour tout changer en la mati&#232;re. Et l'on pond&#232;re toutes ces donn&#233;es par des probabilit&#233;s bien choisies affect&#233;es aux diff&#233;rents risques dont nous avons parl&#233; plus haut, apr&#232;s avoir d'une fa&#231;on tout aussi arbitraire d'ailleurs, s&#233;lectionn&#233; une liste de risques rationnellement envisageables et &#233;cart&#233; ceux qui ne l'&#233;taient pas, c'est &#224; dire en ayant bien en t&#234;te les diff&#233;rents &#233;tats de la nature sans lesquels aucune &#233;valuation n'est plus possible d&#233;sormais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tenter malgr&#233; tout d'&#233;valuer des actifs immat&#233;riels, c'est &#224; dire conditionnels, dans un environnement aussi incertain consiste donc &#224; remplacer l'ind&#233;termination par la subjectivit&#233;, car l'&#233;valuation est, si l'on suit la m&#233;thode de la juste valeur, enti&#232;rement d&#233;pendante des anticipations de l'&#233;valuateur et de ses repr&#233;sentations. Comme l'exprime tr&#232;s clairement Nussenbaum, : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; Ces valeurs d&#233;coulent souvent uniquement des anticipations que l'on peut former sur leur potentiel futur. A la diff&#233;rence des actifs corporels, ce caract&#232;re subjectif de la valeur est accentu&#233; par le fait qu'elle n'est pas corrobor&#233;e par des co&#251;ts d'acquisition ou de cr&#233;ation facilement identifiables qui pourraient ainsi servir de comparaison avec le r&#233;sultat des anticipations de revenus futurs &#8221; [2003, p.72] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son rapport pour le Conseil d'Analyse Economique, Jacques Mistral insiste lui-aussi l'in&#233;vitable subjectivit&#233; de ces &#233;valuations :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Malheureusement, le probl&#232;me est plus facile &#224; poser qu'&#224; r&#233;soudre puisque l'on ne dispose pas de bonne &#233;valuation micro&#233;conomique de ces actifs. En effet, la mesure historique habituelle pour les biens mat&#233;riels n'a pas de sens et, en l'absence de march&#233;s pour ces actifs, on est r&#233;duit &#224; une &#233;valuation subjective, autant dire &#224; l'imagination. &#187; (2003, p.39)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre le probl&#232;me de sa subjectivit&#233;, le caract&#232;re conditionnel de ces actifs pose la question du concept de valeur. Que signifie une valeur qui &#233;volue au gr&#233; de son environnement ? La valeur d'un bien ou service peut-elle &#234;tre si &#233;ph&#233;m&#232;re ? N'est-ce pas le march&#233; financier et son fonctionnement particulier qui dicte l&#224; son rythme et ses crit&#232;res &#224; l'&#233;conomie r&#233;elle ? Au nom de quoi des connaissances accumul&#233;es pourraient-elles &#234;tre r&#233;duites &#224; n&#233;ant par une impossibilit&#233; de mise sur le march&#233; ? Les connaissances ne sont-elles jamais transf&#233;rables ? Il semble bien que ce soit le cadre dans lequel on &#233;value, les raisons pour lesquelles on le fait qui imposent de telles conclusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B.	Une cat&#233;gorie distincte pour repr&#233;senter des &#233;l&#233;ments pour la plupart indissociables du groupe social qui les porte.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La volont&#233; irr&#233;ductible d'&#233;valuer les ressources immat&#233;rielles afin de les int&#233;grer convenablement au bilan des firmes peut partir d'un simple constat. En effet, l'&#234;tre humain, son intelligence individuelle et collective, ses capacit&#233;s d'organisation, ses capacit&#233;s relationnelles (relations avec les clients, r&#233;seau de fournisseurs, collectif de travail, synergies entre la soci&#233;t&#233; acquise et l'acqu&#233;reur qui ne peuvent se concr&#233;tiser sans la capacit&#233; d'adaptation culturelle et relationnelle des personnels) deviennent effectivement un facteur pr&#233;pond&#233;rant dans la cr&#233;ation de valeur (au sens de la valeur ajout&#233;e) et dans la concurrence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premi&#232;re partie, nous avions vu que certains actifs incorporels &#233;taient assez clairement identifiables et s&#233;parables et b&#233;n&#233;ficiaient souvent d'une reconnaissance juridique en raison d'un contrat ou d'une r&#232;gle de droit, tandis que d'autres &#233;taient non identifi&#233;s parce que non s&#233;parables et ne faisaient l'objet d'aucune reconnaissance juridique. Il se trouve que dans cette seconde cat&#233;gorie, on trouve surtout des ressources indissociables des humains qui les portent et qui n'ont aucune capacit&#233; cr&#233;atrice ind&#233;pendamment d'eux. Pierrat et Martory expliquent par exemple : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; Les autres valeurs immat&#233;rielles, en particulier celles qui sont relatives &#224; la connaissance, ont pour caract&#233;ristiques d'&#234;tre incorpor&#233;es &#224; des personnes humaines ou d'&#234;tre d'essence organisationnelle diffuse. Le pouvoir que l'organisation exerce sur ces valeurs est alors limit&#233; par le pouvoir qui est exerc&#233; directement sur elles par les individus qui les portent &#8221; [2000, p.98].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ahmed Bonfour pour sa part oppose, au sein du capital immat&#233;riel, le capital structurel au capital humain. Le premier est un &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; ensemble d'&#233;l&#233;ments de patrimoine d&#233;tach&#233;s du facteur humain (en gros l'ensemble des savoirs et informations qui demeurent au sein de l'organisation lorsque le personnel a quitt&#233; les bureaux et autres postes de travail, le soir) &#8221; [2000, p.113].&lt;br class='autobr' /&gt;
L'auteur classe dans cette cat&#233;gorie les brevets, marques et licences, proc&#233;dures , logiciels ....&lt;br class='autobr' /&gt;
Le capital humain correspond selon lui &#224; un ensemble d'&#233;l&#233;ments &#8220; port&#233;s par les cerveaux des hommes au sein de l'organisation &#8221; [2000, p.113]. Il inclut les savoirs, la qualit&#233; des &#233;quipes, les capacit&#233;s collectives, les comp&#233;tences ma&#238;tris&#233;es et la culture interne.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'auteur ajoute &#224; ces deux cat&#233;gories le capital client et le capital renouvellement et d&#233;veloppement dont la plupart des items sont, en derni&#232;re analyse, port&#233;s par des hommes (r&#233;putation, contacts avec les clients, capacit&#233;s d'innovation). En effet, dans la r&#233;putation que certains assimilent &#224; l'image de marque de l'entreprise qui serait constitu&#233;e par l'accumulation des budgets de publicit&#233;, ne faut-il pas &#233;galement voir la r&#233;putation des professionnels qui y travaillent : leur s&#233;rieux, leur comp&#233;tence, leur cr&#233;dibilit&#233; sur le respect des contrat, des d&#233;lais, la qualit&#233; de l'apr&#232;s-vente ...De m&#234;me, on &#233;voque souvent le fichier des clients comme s'il s'agissait d'un carnet d'adresses informatis&#233; que n'importe qui pourrait utiliser alors qu'il s'agit souvent de liens personnalis&#233;s entre des clients pr&#233;cis et des &#233;quipes pr&#233;cises, relations que l'on ne peut pas n&#233;cessairement rompre sans dommage pour le chiffre d'affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de la s&#233;lection op&#233;r&#233;e par les soci&#233;t&#233;s de capital-risque entre les diff&#233;rents porteurs de projets innovants, Emmanuelle Dubocage et Doroth&#233;e Rivaud-Danset expliquent que &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; Le fait d'&#234;tre inscrit dans un r&#233;seau est essentiel dans la mesure o&#249; le principal crit&#232;re de s&#233;lection des capital-risqueurs est la qualit&#233; du capital humain &#8221; [2002, p.38]. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les &#233;l&#233;ments qui sont cens&#233;s, selon les soci&#233;t&#233;s de capital-risque, faire la valeur de l'entreprise naissante semblent totalement d&#233;pendre des hommes qui la composent : connaissances, contacts avec des lieux scientifiques, projets de collaboration au sein des centres de recherche, d'universit&#233;s, dipl&#244;mes d&#233;tenus par le porteur de projet, sa qualit&#233;, le soutien de ses pairs, capacit&#233; &#224; coop&#233;rer, fr&#233;quence des communications informelles, insertion dans des r&#233;seaux sociaux avec les autres firmes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au del&#224; du capital humain, on peut aussi consid&#233;rer que certaines ressources fr&#233;quemment cit&#233;es parmi les actifs immat&#233;rielles diffus rel&#232;vent du capital social au sens de Coleman ou Putnam. Pour Coleman :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; social organization constitutes social capital, facilitating the achievement of goals that could not be achieved in its absence or could be achieved only at a higher cost. &#187; (1990, p.304).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Putnam : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Social capital refers to features of social organization, such as networks, norms, and trust, that facilitate coordination and cooperation for mutual benefit &#187;(1993-1995).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;finitions du capital social sont nombreuses et suscitent bien des d&#233;bats. Mais les auteurs universitaires aussi bien que l'OCDE ou la Banque Mondiale s'accordent sur un point : si ces notions mettent en relief des ph&#233;nom&#232;nes int&#233;ressants et aujourd'hui incontournables, prendre leur mesure soul&#232;ve des difficult&#233;s consid&#233;rables. Pour Sophie Ponthieux, cet &#233;chec de la mesure et de l'&#233;valuation renvoie aux probl&#232;mes de fond auxquels se heurte la notion m&#234;me de capital social et au flou qui l'entoure : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Aux critiques de ce type, les d&#233;fenseurs du capital social r&#233;pondent en mettant en avant la &#171; jeunesse &#187; du concept, et en r&#233;affirmant que la v&#233;rit&#233; sortira du travail empirique &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[...]&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Dans quels termes se pose la question de la mesure du capital social ? Au point de d&#233;part, il y a, bien s&#251;r, l'objectif premier de prouver le capital social ; prouver le capital social, ou trouver le capital social ? L'un et l'autre, comme on le verra. Prouver le capital social, c'est le r&#244;le du travail empirique &#187; (2003, pp.83 et 106)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels que soient le courant th&#233;orique de r&#233;f&#233;rence et le type de concept utilis&#233;, les diff&#233;rents auteurs des sciences &#233;conomiques et de gestion reconnaissent assez unanimement l'importance des ressources port&#233;es individuellement ou collectivement par l'&#234;tre humain dans la cr&#233;ation de valeur ajout&#233;e. Ce sont d'ailleurs en particulier et principalement ces ressources que le goodwill est cens&#233; repr&#233;senter dans son interpr&#233;tation lib&#233;rale. On enferme donc dans une cat&#233;gorie comptable distincte, dont nous avons montr&#233; plus haut le caract&#232;re artificiel, des ressources qui pr&#233;cis&#233;ment sont indissociables entre elles d'une part, indissociables des humains qui les portent d'autre part, et finalement du groupe social constitu&#233; par le personnel de l'entreprise et plus largement par la soci&#233;t&#233; dans laquelle cette entreprise s'est historiquement constitu&#233;e d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on assimile les actifs immat&#233;riels identifiables et juridiquement reconnus, et pour cette raison affichant leur caract&#232;re privatif, &#224; des &#233;l&#233;ments finalement d&#233;tach&#233;s du facteur humain puisqu'ils subsistent dans l'entreprise lorsque les salari&#233;s changent ou partent, on peut analyser ces actifs comme un d&#233;tour de production et les rattacher au capital en tant que r&#233;sultat d'un travail pass&#233; cristallis&#233; dont la valeur sera transmise au cours du processus de production dans lequel ils sont utilis&#233;s. A l'oppos&#233;, les ressources immat&#233;rielles que nous avons identifi&#233;es comme indissociables des salari&#233;s qui les portent, que l'entreprise ne peut continuer &#224; valoriser si les salari&#233;s partent, et dont on note le caract&#232;re collectif et social, peuvent &#234;tre rattach&#233;es au travail vivant en tant que qualit&#233; sociale du travail pr&#233;sent, donc sont davantage assimilables au travail qu'au capital. Pourtant, un effort bien particulier est fait par les &#233;conomistes lib&#233;raux pour d&#233;tacher sur le plan conceptuel ces ressources du groupe social qui les porte et les enfermer dans une cat&#233;gorie distincte et artificielle qu'ils nomment malencontreusement goodwill, ce qui lui donne de surcro&#238;t toute l'ambigu&#239;t&#233; d'une cat&#233;gorie financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes s'&#233;taient d&#233;j&#224; heurt&#233;s &#224; ce type de probl&#232;me lorsqu'il s'est agi de formaliser le progr&#232;s technique. Tandis que l'analyse de la croissance fran&#231;aise men&#233;e par Carr&#233;, Dubois et Malinvaud mettait en &#233;vidence l'importance d'un r&#233;sidu non expliqu&#233; par les facteurs de production traditionnels [1972], certains &#233;conomistes choisissaient d'incorporer le progr&#232;s technique au capital, d'autres au travail, d'autres enfin de ne pas l'incorporer du tout en l'interpr&#233;tant comme un facteur distinct. On retrouve donc aujourd'hui au niveau micro&#233;conomique et comptable l'opposition qui s'&#233;tait constitu&#233;e alors au niveau macro&#233;conomique. Mais le probl&#232;me tel qu'il se dessine aujourd'hui prend une acuit&#233; particuli&#232;re parce qu'il pose tr&#232;s concr&#232;tement la question de l'appropriation directe et imm&#233;diate par les actionnaires des r&#233;sultats du progr&#232;s technique, alors que le d&#233;bat des ann&#233;es soixante et soixante-dix ne se situait que sur le plan global, th&#233;orique et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C.	Un traitement sp&#233;cial qui dissimule un probl&#232;me de l&#233;gitimit&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	Pourquoi &#233;valuer, pour qui et dans quel but ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'&#233;valuation des actifs immat&#233;riels s'est pos&#233;e avec insistance du fait de la mont&#233;e du &#8220; capitalisme des actionnaires &#8221;. Dans ce cadre nouveau issu de la globalisation financi&#232;re, les grandes entreprises sont sujettes au contr&#244;le interne exerc&#233; par les actionnaires dans le cadre de leurs assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales par exemple, et au contr&#244;le externe exerc&#233; par les march&#233;s financiers, notamment sous la menace permanente d'acquisitions prenant &#233;ventuellement la forme d'OPA [Aglietta, 1998]. Cette mutation du capitalisme a pes&#233; sur les priorit&#233;s et m&#233;thodes de la comptabilit&#233; d'entreprise :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; Les objectifs assign&#233;s aux &#233;tats financiers ont &#233;t&#233; nettement orient&#233;s en fonction des besoins en information pr&#233;visionnelle des utilisateurs - principalement les cr&#233;anciers et investisseurs - privil&#233;giant le crit&#232;re d'utilit&#233; de l'information comptable pour la prise de d&#233;cisions &#233;conomiques externes &#8221; [Casta, 2003, p.22].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que jusqu'&#224; pr&#233;sent, les comptes de l'entreprise devaient pouvoir informer des utilisateurs multiples et vari&#233;s (ses gestionnaires, les tiers, les autorit&#233;s judiciaires et fiscales, ses cr&#233;anciers et actionnaires), ils doivent d&#233;sormais prioritairement r&#233;pondre aux besoins sp&#233;cifiques des d&#233;tenteurs de capitaux. Or l'&#233;valuation au co&#251;t historique int&#233;resse peu ces derniers, qui sont beaucoup plus sensibles &#224; ce qu'un investissement mat&#233;riel ou immat&#233;riel est susceptible de rapporter (fair value).&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus directement d'ailleurs, la comptabilit&#233; doit pr&#233;senter tous les &#233;l&#233;ments qui seraient susceptible de faire monter le cours du titre, et tous ceux qui seraient susceptibles de le faire baisser (d'o&#249; la prise en compte des risques dans les &#233;valuations par exemple). C'est dans cette dimension que l'&#233;valuation des actifs immat&#233;riels devient cruciale. La m&#233;thode de la juste valeur est cens&#233;e fournir une information qui int&#232;gre, par construction, les tendances de march&#233; et rejoint en cela les m&#233;thodes utilis&#233;es par les investisseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En derni&#232;re analyse, on veut pouvoir &#233;valuer les actifs incorporels de l'entreprise parce que les ressources immat&#233;rielles engendrent d&#233;sormais une part consid&#233;rable des richesses cr&#233;&#233;es et que l'on veut pouvoir s'approprier cette richesse &#224; travers la liquidit&#233; du march&#233; financier. Les d&#233;cisions des investisseurs que la comptabilit&#233; doit orienter sont celles de l'achat et revente de titres, les fusions-acquisitions, les r&#233;actions des investisseurs face aux introduction en bourse de start-ups ou de segments d'entreprises scissionn&#233;es...Or si la majeure partie de la valeur cr&#233;&#233;e provient d&#233;sormais des ressources immat&#233;rielles, c'est cela que l'on vend ou que l'on ach&#232;te &#224; travers ces op&#233;rations et il faut pouvoir l'&#233;valuer. L'impossibilit&#233; de le faire ne r&#233;v&#232;lerait-elle pas toutefois un probl&#232;me de l&#233;gitimit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	Ce qui se vend et ce qui ne se vend pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Comment appr&#233;cier la &#8220; valeur &#8221; d'une firme dont l'actif est constitu&#233; par un brevet sur les g&#232;nes ? Ou dans le cas des firmes de l'Internet, d'une firme dont le nombre de clients est &#8220; virtuel &#8221; ? &#8221; s'interrogent Fabienne Orsi et Benjamen Coriat [2003, p.3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans ces deux exemples comme dans bien d'autres, l'impossibilit&#233; d'&#233;valuer ne questionne-t-elle pas la l&#233;gitimit&#233; de l'&#233;change. N'a-t-on pas consid&#233;r&#233;, jusqu'&#224; une p&#233;riode r&#233;cente que la connaissance du vivant ne se vendait pas, et par cons&#233;quent ne pouvait &#234;tre brevet&#233;e ? Orsi et Coriat citent d'ailleurs dans le m&#234;me article l'arr&#234;t Chakrabarty qui autorisa pour la premi&#232;re fois une entreprise, General Electric, &#224; couvrir d'un brevet un micro-organisme. Or cet arr&#234;t date de juin 1980. En 1998, lors d'un entretien pour l'UNESCO, Jeremy Rifkin d&#233;clarait :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; [...] en 1987, l'Office am&#233;ricain des brevets a ajout&#233; &#224; ses textes un paragraphe sp&#233;cifiant qu'il est d&#233;sormais possible de faire breveter toute forme de vie g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;e, &#224; l'exception des &#234;tres humains &#224; la naissance - la seule et unique raison &#224; cette restriction &#233;tant que la constitution des &#201;tats-Unis interdit l'esclavage &#8221; [OTCHET et LEFORT, 1998].&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce retournement tr&#232;s significatif de la doctrine juridique date donc des ann&#233;es 1980, c'est &#224; dire qu'il est contemporain du tournant lib&#233;ral qu'ont connu nos soci&#233;t&#233;s et de la globalisation financi&#232;re qui a plac&#233; l'actionnaire au centre du syst&#232;me &#233;conomique et social. Jusqu'alors, la propri&#233;t&#233; et l'&#233;change mercantile des connaissances portant sur le vivant n'allaient pas de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, le savoir, les connaissances scientifiques, en particulier les connaissances de base, sont consid&#233;r&#233;s comme participant du bien commun. Jusqu'&#224; une p&#233;riode r&#233;cente, ils ne constituaient pas un objet de propri&#233;t&#233; priv&#233;e et ne pouvaient donc s'acheter ni se vendre. Seules les inventions, qui se d&#233;finissent par leur &#8220; utilit&#233; &#8221;, c'est &#224; dire leur caract&#232;re appliqu&#233; et leur capacit&#233; &#224; g&#233;n&#233;rer un progr&#232;s en mati&#232;re d'industrie et de commerce, pouvaient &#234;tre brevet&#233;es. Mais l&#224; encore, dans les ann&#233;es 1980, l'orientation de la jurisprudence am&#233;ricaine s'est invers&#233;e en &#233;largissant et en assouplissant consid&#233;rablement les conditions du d&#233;p&#244;t de brevet [Coriat, 2002]. De ce fait, on se pose d&#233;sormais la question de l'&#233;valuation financi&#232;re des connaissances de base, ce qui aurait &#233;t&#233; une question inconcevable il y a trente ans et pose encore un probl&#232;me de l&#233;gitimit&#233; aujourd'hui quelles que puissent &#234;tre les positions de la jurisprudence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me il n'y a rien d'&#233;tonnant &#224; ce que l'on ne parvienne pas &#224; cr&#233;er des cat&#233;gories d&#233;finies, distinctes et cessibles lorsqu'il s'agit du &#8220; capital humain &#8221;. L'homme, son intelligence individuelle ou collective, sa cr&#233;ativit&#233;, ses capacit&#233; relationnelles ou organisationnelles, sa sensibilit&#233;, ses go&#251;ts, ne sont plus &#224; vendre, en groupe ou isol&#233;ment, depuis 1848 en France, depuis 1865 aux Etats-Unis. Malgr&#233; tous les &#233;carts de langage produits par 25 ans de ch&#244;mage de masse dans notre pays, il reste que, compte tenu des valeurs qui sont les n&#244;tres, nos mentalit&#233;s sont profond&#233;ment hostiles &#224; ce type de transaction. Et pourtant, si les ressources immat&#233;rielles, y compris celles qui sont indissociables des &#234;tres humains qui les portent, forment d&#233;sormais l'essentiel des capacit&#233;s productives de nos industries, que vendent les actionnaires lors d'une fusion-acquisition ? Cependant, il ne faut pas nommer l'innommable alors on cr&#233;e une cat&#233;gorie artificielle et bien distincte des hommes-salari&#233;s, des hommes-clients ou de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble et on lui donne un nom : &#8220; actifs immat&#233;riels &#8221;. Mais ce n'est pas par un simple artifice comptable que l'on peut r&#233;soudre pareille contradiction. Celle-ci s'exprime pleinement &#224; travers l'impossibilit&#233; d'&#233;valuer ces &#8220; actifs &#8221; : ce que l'on ne peut nommer, on peut encore moins le mesurer. La difficult&#233; technique &#224; laquelle on se heurte depuis maintenant deux d&#233;cennies r&#233;v&#232;le en fait une impossibilit&#233; conceptuelle et &#233;thique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au terme de cette &#233;tude, nous pouvons avancer qu'en raison de sa nature et de son mode de fonctionnement, la bourse est incapable d'&#233;valuer de fa&#231;on stable et fiable les actifs incorporels. Le signe d'&#233;quivalence que les &#233;conomistes lib&#233;raux apposent de fa&#231;on syst&#233;matique entre le goodwill et ces actifs nous semble totalement usurp&#233;. Il est ind&#233;niable que l'&#233;valuation des ressources immat&#233;rielles se heurte &#224; d'insurmontables difficult&#233;s. Toutefois, &#224; la question pos&#233;e par Orsi et Coriat que nous avons rappel&#233;e ci-dessus, nous r&#233;pondrons par une autre question : avant de chercher &#224; appr&#233;cier la valeur de ce type d'actifs, ne conviendrait-il pas de se demander pourquoi il faudrait n&#233;cessairement &#233;valuer une client&#232;le, une intelligence collective, une d&#233;couverte scientifique ou un r&#233;seau relationnel. Les contradictions engendr&#233;es par une telle d&#233;marche n'expliquent-elles pas l'impossibilit&#233; technique &#224; laquelle on se heurte continuellement en la mati&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;valuation des &#171; actifs incorporels &#187; n'est devenue une obligation qu'en raison des relations bien particuli&#232;res qui se sont &#233;tablies entre sph&#232;re r&#233;elle et sph&#232;re financi&#232;re dans le cadre d'un capitalisme &#224; dominante financi&#232;re. Nous l'avons vu, les ressources immat&#233;rielles sont pour la plupart attach&#233;es aux hommes qui les portent ou plus largement &#224; la collectivit&#233; qui les cr&#233;e continuellement. Si les connaissances vivantes, tout comme les capacit&#233;s relationnelles et organisationnelles incorpor&#233;es au travail, tendent &#224; devenir le moteur essentiel de la cr&#233;ation des richesses dans le cadre du capitalisme cognitif (Vercellone 2004), alors la captation du surplus passe n&#233;cessairement par l'appropriation, sous une forme ou sous une autre, de l'intelligence collective et des r&#233;seaux sociaux. L'insistance avec laquelle on tente aujourd'hui de privatiser les savoirs pr&#233;sents et &#224; venir, la cr&#233;ativit&#233;, les relations, les syst&#232;mes de formation ou les syst&#232;mes de sant&#233; t&#233;moigne de la r&#233;alit&#233; de cette probl&#233;matique. Cependant, privatiser tout cela dans un cadre de concurrence exacerb&#233;e freine la diffusion des savoirs, emp&#234;che la confiance de s'&#233;tablir, nuit &#224; l'&#233;largissement des r&#233;seaux, restreint les externalit&#233;s. Par cons&#233;quent, on peut penser que le capitalisme &#224; dominante financi&#232;re n'est pas n&#233;cessairement le syst&#232;me qui permettra au capitalisme cognitif de d&#233;velopper toutes ses capacit&#233;s productives. Les richesses issues des nouvelles technologies, des nouvelles formes d'organisation et de l'intellectualit&#233; diffuse pourraient d'ailleurs &#234;tre r&#233;parties plus largement, ceci d'autant plus qu'elles proviennent justement de ressources immat&#233;rielles et intrins&#232;quement sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;isabelle.halary@univ-reims.fr&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bibliographie&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;PUTNAM R. (1995), &#8220;Bowling alone : America's declining social capital&#8221;, Journal of Democracy 6(1), pp.65-78,&lt;br class='autobr' /&gt;
(&lt;a href=&#034;http://muse.jhu.edu/demo/journal_of_democracy/v006/putnam.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://muse.jhu.edu/demo/journal_of_democracy/v006/putnam.html&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
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