<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>S E M I N A I R E</title>
	<link>https://seminaire.samizdat.net/</link>
	<description>S&#233;minaires Universit&#233; Nomade, Chantiers en Cours et Laboratoire d'Id&#233;es. Explorez les chantiers en cours des S&#233;minaires Universit&#233; Nomade : articles, micro-vid&#233;os, archives et r&#233;flexions collectives autour de Toni Negri. V&#233;ritable laboratoire d'id&#233;es, S E M I N A I R E rassemblait chercheurs, artistes, intellectuels, associations, militants et collectifs de luttes. Seminaire.Samizdat.Net constituait un lieu de r&#233;flexions partag&#233;es et de d&#233;bats ouverts, nourris par la diversit&#233; des approches.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>

	<image>
		<title>S E M I N A I R E</title>
		<url>https://seminaire.samizdat.net/local/cache-vignettes/L144xH144/new-logo_2025-a78e3.png?1757251823</url>
		<link>https://seminaire.samizdat.net/</link>
		<height>144</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Une contribution sur Foucault</title>
		<link>https://seminaire.samizdat.net/antonio-negri/article/une-contribution-sur-foucault</link>
		<guid isPermaLink="true">https://seminaire.samizdat.net/antonio-negri/article/une-contribution-sur-foucault</guid>
		<dc:date>2025-09-05T14:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Antonio Negri</dc:creator>


		<dc:subject>Antonio Negri, Toni Negri</dc:subject>
		<dc:subject> Foucault </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Archive des interventions de Toni Negri : textes, audios et vid&#233;os de ses s&#233;minaires - dossier historique et ressources pour chercheurs et militants.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://seminaire.samizdat.net/antonio-negri/" rel="directory"&gt;Antonio Negri&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://seminaire.samizdat.net/Antonio-Negri-Toni-Negri-pouvoir" rel="tag"&gt;Antonio Negri, Toni Negri&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://seminaire.samizdat.net/Foucault" rel="tag"&gt; Foucault &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://seminaire.samizdat.net/local/cache-vignettes/L100xH100/arton74-2a9c9.png?1757083715' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Foucault est l&#224;, dans l'entre-deux, ni dans le pass&#233; dont il fait l'arch&#233;ologie, ni dans le futur qu'il esquisse parfois..&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'oeuvre de Foucault : un article - interview avec Antonio Negri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Question 1 :&lt;/strong&gt; Les analyses de Foucault sont-elles d'actualit&#233; pour comprendre le mouvement des soci&#233;t&#233;s ? Dans quels domaines vous semble-t-il qu'elles devraient &#234;tre renouvel&#233;es, r&#233;ajust&#233;es, prolong&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;ponse 1 :&lt;/strong&gt; L'oeuvre de Foucault est une &#233;trange machine, elle ne permet en r&#233;alit&#233; de penser l'histoire que comme histoire pr&#233;sente. Probablement, une bonne partie de ce que Foucault a &#233;crit (Deleuze l'a tr&#232;s justement soulign&#233;) devrait &#234;tre aujourd'hui r&#233;&#233;crit. Ce qui est &#233;tonnant - et touchant -, c'est qu'il ne cesse jamais de chercher, il fait des approximations, il d&#233;construit, il formule des hypoth&#232;ses, il imagine, il construit des analogies et raconte des fables, lance des concepts, les retire ou les modifie... C'est une pens&#233;e d'une inventivit&#233; formidable. Mais cela n'est pas l'essentiel : je crois que c'est sa m&#233;thode qui est fondamentale, parce qu'elle lui permet d'&#233;tudier et de d&#233;crire &#224; la fois le mouvement du pass&#233; au pr&#233;sent et celui du pr&#233;sent &#224; l'avenir. C'est une m&#233;thode de transition dont &lt;i&gt;le pr&#233;sent repr&#233;sente le centre&lt;/i&gt;. Foucault est l&#224;, dans l'entre-deux, ni dans le pass&#233; dont il fait l'arch&#233;ologie, ni dans le futur qu'il esquisse parfois - &#8220; comme &#224; la limite de la mer un visage sur le sable &#8221; - l'image. C'est &#224; partir du pr&#233;sent qu'il est possible de distinguer les autres temps. On a souvent reproch&#233; &#224; Foucault la l&#233;gitimit&#233; scientifique de ses p&#233;riodisations : on comprend les historiens, mais en m&#234;me temps, j'aurais envie de dire que ce n'est pas un vrai probl&#232;me : Foucault est l&#224; o&#249; s'installe le questionnement, il l'est toujours &#224; partir de son propre temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse historique, avec Foucault, devient donc une &lt;i&gt;action&lt;/i&gt;, la connaissance du pass&#233; une &lt;i&gt;g&#233;n&#233;alogie&lt;/i&gt;, la perspective &#224;-venir un &lt;i&gt;dispositif&lt;/i&gt;. Pour ceux qui viennent du marxisme militant des ann&#233;es 1960 (et non pas des traditions dogmatiques caricaturales de la deuxi&#232;me et de la troisi&#232;me Internationales), le point de vue de Foucault est naturellement per&#231;u comme absolument l&#233;gitime, il correspond &#224; la perception de l'&#233;v&#233;nement, des luttes, et de la joie &#224; prendre des risques en dehors de toute n&#233;cessit&#233; et de toute t&#233;l&#233;ologie pr&#233;&#233;tablie. Dans la pens&#233;e de Foucault le marxisme est totalement d&#233;mantel&#233;, que ce soit du point de vue de l'analyse des rapports de pouvoir ou de celle de la t&#233;l&#233;ologie historique, du refus de l'historicisme ou d'un certain positivisme ; mais en m&#234;me temps, le marxisme est &#233;galement r&#233;invent&#233; et remodel&#233; du point de vue des mouvements et des luttes, c'est-&#224;-dire en r&#233;alit&#233; des sujets de ces mouvements et de ces luttes : parce que &lt;i&gt;conna&#238;tre, c'est produire de la subjectivit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avant d'aller plus avant, j'aimerais revenir en arri&#232;re un instant. Il est courant de distinguer trois Foucault : jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 60, l'&#233;tude de l'&#233;mergence du discours des sciences humaines, c'est-&#224;-dire &#224; la fois ce qu'il appelle une arch&#233;ologie du savoir et de son &#233;conomie depuis trois si&#232;cles, et une grande lecture de la modernit&#233; occidentale &#224; travers le concept d'&lt;i&gt;&#233;pist&#232;me&lt;/i&gt; ; puis, dans les ann&#233;es 70, les recherches sur les rapports entre les savoirs et les pouvoirs, sur l'apparition des disciplines, du contr&#244;le et des biopouvoirs, de la norme et de la biopolitique c'est-&#224;-dire &#224; la fois une analytique g&#233;n&#233;rale du pouvoir et la tentative de faire l'histoire du d&#233;veloppement du concept de souverainet&#233; depuis son &#233;mergence dans la pens&#233;e politique jusqu'&#224; nos jours ; et enfin, dans les ann&#233;es 80, l'analyse des processus de subjectivation sous la double perspective du rapport esth&#233;tique &#224; soi et du rapport politique aux autres - mais sans doute il s'agit l&#224; de la m&#234;me enqu&#234;te : le croisement de l'esth&#233;tique de soi et du souci politique, c'est ce que l'on appelle aussi l'&#233;thique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, je ne sais pas si nous pouvons distinguer trois Foucault, ni m&#234;me deux, puisqu'avant la publication des &lt;i&gt;Dits et Ecrits&lt;/i&gt; et des cours au &lt;i&gt;Coll&#232;ge de France&lt;/i&gt;, on avait tendance &#224; ne pas vraiment consid&#233;rer le tout dernier Foucault. Ill me semble en effet que les trois th&#232;mes sur lesquels l'attention foucaldienne s'est port&#233;e sont parfaitement continus et coh&#233;rents - coh&#233;rents au sens o&#249; ils forment une production th&#233;orique unitaire et continue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui change, c'est probablement la sp&#233;cificit&#233; des conditions historiques et des n&#233;cessit&#233;s politiques auxquelles Foucault est confront&#233; et qui d&#233;terminent absolument les champs auxquels il s'int&#233;resse. De ce point de vue, assumer la perspective foucaldienne, c'est donc aussi - je vous le dit avec mes mots &#224; moi, j'esp&#232;re seulement qu'ils auraient pu &#234;tre aussi ceux de Foucault - mettre un style de pens&#233;e (celui qu'on reconna&#238;t dans la g&#233;n&#233;alogie du pr&#233;sent, celui qui n'a de cesse de se relancer quand il parle de production des subjectivit&#233;) en contact avec une situation historique donn&#233;e. Et cette situation historique donn&#233;e, c'est une r&#233;alit&#233; historique des rapports de pouvoir. Foucault le r&#233;p&#232;te souvent, quand il parle de sa passion pour les archives, et du fait que l'&#233;motion de leur lecture vient de ce qu'elles nous racontent des fragments d'existence : l'existence, pass&#233;e ou pr&#233;sente, livr&#233;e par des papiers jaunis ou v&#233;cue au jour le jour, c'est toujours une rencontre avec le pouvoir - ce n'est rien d'autre que cela, mais c'est &#233;norme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Foucault se met &#224; travailler sur le passage entre la fin du XVIIIe et le d&#233;but du XIXe si&#232;cle, c'est-&#224;-dire &#224; partir de &lt;i&gt;Surveiller et Punir&lt;/i&gt;, il se retrouve face &#224; une dimension sp&#233;cifique des rapports de pouvoir, des dispositifs et des strat&#233;gies qu'elle implique, c'est-&#224;-dire en r&#233;alit&#233; face &#224; un type de rapports de pouvoir totalement articul&#233; sur le d&#233;veloppement du capitalisme. Celui-ci exige un investisssement total de la vie dans la mesure o&#249; la constitution d'une force de travail, d'une part, et les exigences de rentabilit&#233; de la production de l'autre, le demandent. &lt;i&gt;Le pouvoir est devenu biopouvoir&lt;/i&gt;. Or il est vrai que si Foucault utilise par la suite le mod&#232;le des biopouvoirs pour chercher &#224; faire une ontologie critique du pr&#233;sent, vous chercherez en vain dans les analyses consacr&#233;es au d&#233;veloppement du capitalisme la d&#233;termination du passage du &lt;i&gt;Welfarestate&lt;/i&gt; &#224; la crise de celui-ci, de l'organisation fordiste &#224; l'organisation post-fordiste du travail, des principes keyn&#233;siens &#224; ceux de la th&#233;orie n&#233;olib&#233;rale de la macro-&#233;conomie. Mais il est vrai aussi que dans cette simple d&#233;finition du passage du r&#233;gime de la discipline &#224; celui du contr&#244;le, au d&#233;but du XIXe si&#232;cle, on peut d&#233;j&#224; comprendre que le post-moderne ne repr&#233;sente pas un retrait de l'Etat de la domination sur le travail social mais un perfectionnement de son contr&#244;le sur la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve en r&#233;alit&#233; chez Foucault cette intuition d&#233;velopp&#233;e partout, comme si l'analyse du passage &#224; l'&#232;re post-industrielle constituait l'&#233;l&#233;ment central de sa pens&#233;e, alors qu'il n'en parle jamais directement. Le projet d'une g&#233;n&#233;alogie du pr&#233;sent, qui structure enti&#232;rement son rapport au pass&#233; d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 70, et d'id&#233;e d'une production de subjectivit&#233; qui permet, de l'int&#233;rieur du pouvoir, d'en modifier et d'en failler le fonctionnement tout autant que de cr&#233;er des subjectivit&#233;s nouvelles, sont impensables en dehors de la d&#233;termination mat&#233;rielle de ce pr&#233;sent et de la transition qu'il a incarn&#233;e. &lt;i&gt;Le passage de la d&#233;finition du politique moderne &#224; celle du biopolitique post-moderne&lt;/i&gt;, voil&#224; ce dont Foucault a, je crois, eu l'intuition extraordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Foucault, le concept du politique - et celui de l'action dans un contexte biopolitique - diff&#232;rent radicalement aussi bien des conclusions de Max Weber et de ses &#233;pigones du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle que des conceptions modernes du pouvoir (Kelsen, Schmitt, etc.). Foucault avait probablement &#233;t&#233; sensible &#224; leurs th&#232;ses - mais j'ai l'impression qu'&#224; partir de 68, le cadre change radicalement, et Foucault ne peut pas ne pas en tenir compte. Pour nous qui continuons &#224; utiliser Foucault malgr&#233; lui, au-del&#224; de lui - et c'est un cadeau qu'il nous a fait d'une g&#233;n&#233;rosit&#233; extraordinaire : Foucault a eu la pens&#233;e g&#233;n&#233;reuse, c'est assez rare pour qu'on y insiste -, il n'y a donc rien &#224; r&#233;nover ni &#224; corriger dans ses th&#233;orisations : il suffit de prolonger ses intuitions sur la production de subjectivit&#233; et sur ses implications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Foucault, Guattari et Deleuze soutiennent par exemple les luttes sur la question carc&#233;rale dans les ann&#233;es 70, ils construisent un nouveau rapport entre le savoir et le pouvoir : ce rapport ne concerne pas seulement la situation dans les prisons mais l'ensemble des situations o&#249; peuvent se d&#233;velopper sur le m&#234;me mod&#232;le des espaces de libert&#233;, des petites strat&#233;gies de torsion du pouvoir de l'int&#233;rieur du pouvoir, la reconqu&#234;te de sa propre subjectivit&#233; individuelle et collective, l'invention de nouvelles formes de communaut&#233; de vie et de lutte - bref : ce que nous, nous appelons la subversion. Foucault n'est pas seulement grand pour la remarquable analytique du pouvoir qu'il a accomplie, pour ses fulgurances m&#233;thodologiques, ou pour la mani&#232;re in&#233;dite dont il a crois&#232; la philosophie, l'histoire, et le souci du pr&#233;sent. Il nous laisse des intuitions dont nous ne cessons de constater la validit&#233; ; en particulier, il a red&#233;fini l'espace des luttes politiques et sociales et la figure des sujets r&#233;volutionnaires par rapport au marxisme &#8220; classique &#8221; : la r&#233;volution, pour Foucault, ce n'est pas - ou en tout cas pas seulement - une perspective de lib&#233;ration, c'est une pratique de libert&#233;. C'est se produire soi-m&#234;me et avec les autres dans les luttes, c'est innover, inventer des langages et des r&#233;seaux, c'est produire, c'est se r&#233;approprier la valeur du travail vivant. C'est pi&#233;ger le capitalisme de l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Question 2 :&lt;/strong&gt; Ne vous semble-t-il pas qu'on assiste &#224; une certaine mise &#224; l'&#233;cart de Foucault dans la plupart des courants qui d&#233;clarent vouloir renouer avec la critique sociale et politique en France ? Qu'en est-il dans le reste de l'Europe (en Italie par exemple) et aux &#201;tats-Unis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;ponse 2 :&lt;/strong&gt; Les milieux acad&#233;miques d&#233;testent Foucault. Je crois qu'on l''a mis &#224; l'&#233;cart d&#232;s les ann&#233;es 60, puis il y a eu la promotion au Coll&#232;ge de France, pour mieux l'isoler - et pas seulement parce que l'universit&#233; ne pardonne pas leur succ&#232;s aux intellectuels. Le positivisme sociologique &#224; la Bourdieu a &#233;t&#233; certainement tr&#232;s f&#233;cond, mais il n'a pas &#233;t&#233; capable de croiser la pens&#233;e foucaldienne et en a d&#233;nonc&#233; le subjectivisme. Or il n'y a bien &#233;videmment pas de subjectivisme chez Foucault. Bourdieu s'en est probablement aper&#231;u dans les derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Foucault r&#233;fute toujours, dans tous les recoins de son oeuvre, c'est le transcendantalisme, ce sont les philosophies de l'histoire qui n'acceptent pas de mettre en jeu toutes les d&#233;terminations du r&#233;el face au r&#233;seau et au conflit des puissances subjectives. Par transcendantalisme, en somme, j'entends toutes les conceptions de la soci&#233;t&#233; qui pr&#233;tendent pouvoir l'&#233;valuer ou la manipuler d'un point de vue externe, autoritaire. Non, ce n'est pas possible. La seule m&#233;thode qui nous permet l'acc&#232;s au social, c'est celle de l'&lt;i&gt;immanence absolue&lt;/i&gt;, de l'invention continue de la production du sens et des dispositifs d'action. Comme d'autres auteurs importants de sa g&#233;n&#233;ration, Foucault r&#232;gle ses comptes avec toutes les r&#233;miniscences du structuralisme - c'est-&#224;-dire avec la fixation transcendantale des cat&#233;gories &#233;pist&#233;mologiques qu'il prescrit (aujourd'hui, cette erreur se reproduit avec un certain renouveau du naturalisme &#224; l'oeuvre en philosophie et dans les sciences humaines et sociales...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis en France, Foucault est r&#233;fut&#233; parce que, du point de vue de la critique, il ne s'inscrit pas dans les mythologies de la tradition r&#233;publicaine : nul n'est plus &#233;loign&#233; que lui au souverainisme, m&#234;me jacobin ; de la la&#239;cit&#233; unilat&#233;rale, m&#234;me &#233;galitaire ; du traditionalisme dans la conception de la famille et de la d&#233;mographie patriotique, m&#234;me int&#233;gratrice etc. Mais alors la m&#233;thodologie de Foucault ne se r&#233;duit-elle pas &#224; une position relativiste, sceptique, c'est-&#224;-dire &#224; la d&#233;gradation d'une conception id&#233;aliste de l'histoire ? Non, de nouveau non. La pens&#233;e de Foucault propose de fonder la possibilit&#233; de la subversion - le mot est plus le mien que le sien ; Foucault parlerait de la &#8220; r&#233;sistance &#8221; - dans un affranchissement total par rapport &#224; tradition moderne de l'Etat-nation et du socialisme. Une proposition qui est tout autre que sceptique ou relativiste, elle est construite au contraire sur l'exaltation de l'&lt;i&gt;Aufkl&#228;rung,&lt;/i&gt; de la r&#233;invention de l'homme et de sa puissance d&#233;mocratique, apr&#232;s que toutes les illusions du progr&#232;s et de la reconstruction commune ont &#233;t&#233; trahies par la dialectique totalitaire du moderne. En somme, Foucault pourrait s'approprier la phrase du jeune Descartes : &lt;i&gt;Larvatus prodeo&lt;/i&gt;, j'avance masqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun de nous doit, je crois, admettre ceci : le national-socialisme est un pur produit de la dialectique du moderne. S'en lib&#233;rer signifie aller plus loin. L'&lt;i&gt;Aufkl&#228;rung&lt;/i&gt;, nous rappelle Foucault, n'est pas l'exaltation utopique des lumi&#232;res de la raison ; au contraire, c'est la des-utopie, c'est la lutte quotidienne autour de l'&#233;v&#233;nement, c'est la constructuion de la politique &#224; partir de la probl&#233;matisation de l'&#8220;ici, maintenant&#8221;, des th&#232;mes de l'&#233;mancipation et de la libert&#233;. La bataille de Foucault autour de la question des prisons conduite avec le GIP au d&#233;but des ann&#233;es 1970 vous semble peut-&#234;tre relativiste et sceptique ? Ou bien la position prise pour soutenir les autonomes italiens au moment le plus difficile de la r&#233;pression et du compromis historique en Italie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, Foucault a souvent &#233;t&#233; la victime de la lecture que faisaient de lui ses amis, ses &#233;l&#232;ves et ses collaborateurs. L'anticommunisme a jou&#233; ici un r&#244;le crucial. On a pr&#233;sent&#233; la rupture m&#233;thodologique avec le mat&#233;rialisme et le collectivisme comme une revendication de l'individualisme n&#233;olib&#233;ral. Quand il d&#233;construisait les cat&#233;gories du mat&#233;rialisme dialectique, Foucault &#233;tait pr&#233;cieux ; mais il reconstruisait aussi celles du mat&#233;rialisme historique, et cela n'allait plus. Et quand la lecture des dispositifs et le travail sur l'ontologie critique du pr&#233;sent font r&#233;f&#233;rence &#224; la libert&#233; des multitudes, &#224; la construction de biens communs, au m&#233;pris pour le n&#233;olib&#233;ralisme, voil&#224; que ces &#233;l&#232;ves se retirent. Peut-&#234;tre Foucault est-il mort au bon moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Italie, aux Etats-Unis, en Allemagne, en Espagne, en Am&#233;rique latine, et maintenant toujours plus en Grande-Bretagne, nous n'avons pas connu ce jeu parisien pervers qui a &#233;t&#233; conduit pour marginaliser Foucault sur la sc&#232;ne intellectuelle. Foucault n'est pas pass&#233; par le crible massacrant des &lt;i&gt;querelles&lt;/i&gt; id&#233;ologiques de l'intelligentsia fran&#231;aise : il a &#233;t&#233; lu en fonction de ce qu'il a dit. L'analogie avec les tendances du renouveau de la pens&#233;e marxiste &#224; la fin des ann&#233;es 1970 est ainsi souvent consid&#233;r&#233;e comme fondamentale. On ne retient toutefois pas seulement la co&#239;ncidence chronologique : c'est plut&#244;t le sentiment que la pens&#233;e foucaldienne est &#224; comprendre au milieu de toute une s&#233;rie de tentatives - pratiques ou th&#233;oriques - d'&#233;mancipation et de lib&#233;ration, dans un enchev&#234;trement des pr&#233;occupations &#233;pist&#233;mologiques et de perspectives &#233;thico-politiques qui impliquent une critique violente des partis, de la lecture de l'histoire et des sujets qu'on lui reconnait. Je crois que les ouvri&#233;ristes europ&#233;ens et les f&#233;ministes am&#233;ricaines ont par exemple trouv&#233; chez Foucault de nombreuses pistes de recherche et, surtout, l'incitation &#224; transformer leurs m&#233;ta-langages en une langue commune, peut-&#234;tre universelle, pour le monde &#224; venir - ou en tout cas pour le si&#232;cle &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Question 3 :&lt;/strong&gt; Michael Hardt et vous-m&#234;me &#233;crivez dans Empire que &#8220;le contexte biopolitique du nouveau paradigme est parfaitement central &#224; notre analyse&#8221; (&#233;dition fran&#231;aise, p. 52). Pouvez-vous expliquer le lien qui n'a rien d'imm&#233;diatement &#233;vident entre les nouvelles formes de pouvoir imp&#233;rial et le &#8220;biopouvoir&#8221; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Question 4 :&lt;/strong&gt; Votre dette &#224; l'&#233;gard de Michel Foucault dont vous t&#233;moignez souvent n'est pas exempte de certaines critiques. Vous &#233;crivez ainsi qu'il n'est pas parvenu &#224; appr&#233;hender &#8220;la dynamique r&#233;elle de la production dans la soci&#233;t&#233; biopolitique&#8221;. Que voulez-vous dire par l&#224; ? Faut-il en d&#233;duire que les analyses foucaldiennes conduiraient &#224; une sorte d'impasse politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;ponse 3 e 4 :&lt;/strong&gt; En partant de ces deux questions, je voudrais chercher &#224; &#233;claircir ce que, dans &lt;i&gt;Empire&lt;/i&gt;, Michael Hardt et moi avons emprunt&#233; &#224; Foucault, et ce &#224; propos de quoi nous avons au contraire soulev&#233; des critiques. En parlant d'empire, nous n'avons pas seulement cherch&#233; &#224; identifier une nouvelle forme de souverainet&#233; globale diff&#233;rente de la forme de l'Etat-nation : nous avons cherch&#233; &#224; saisir les causes mat&#233;rielles, politiques et &#233;conomiques de ce d&#233;veloppement et, en m&#234;me temps, &#224; d&#233;finir le nouveau tissu de contradictions qu'il renferme n&#233;cessairement. Pour nous, d'un point de vue marxien, le d&#233;veloppement du capitalisme (y compris dans la forme extr&#234;mement d&#233;velopp&#233;e du march&#233; mondial) prend racine dans les transformations, comme dans les contradictions, de l'exploitation du travail. Ce sont les luttes des travailleurs qui transforment les institutions politiques et les formes de pouvoir du capital. Le processus qui a conduit &#224; l'affirmation de l'h&#233;g&#233;monie de la r&#232;gle imp&#233;riale ne fait pas exception : depuis 1968, depuis la grande r&#233;volte des travailleurs salari&#233;s dans les pays d&#233;velopp&#233;s et celle des peuples colonis&#233;s dans le tiers-monde, le capital ne peut plus (sur le terrain &#233;conomique et mon&#233;taire, militaire et culturel) contr&#244;ler et contenir les flux de la force de travail dans les limites de l'Etat-nation. &lt;i&gt;Le nouvel ordre mondial correspond &#224; l'exigence d'un nouvel ordre dans le monde du travail&lt;/i&gt;. La r&#233;ponse du capitalisme prend forme &#224; diff&#233;rents niveaux, mais celui de l'organisation technologique des processus de travail est fondamental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit en effet de l'automatisation de l'industrie et l'informatisation de la soci&#233;t&#233; : l'&#233;conomie politique du capital et l'organisation de l'exploitation commencent &#224; se d&#233;velopper de plus en plus &#224; travers le travail immat&#233;riel, l'accumulation concerne les dimensions intellectuelles et cognitives du travail, sa mobilit&#233; spatiale et sa flexibilit&#233; temporelle. La soci&#233;t&#233; enti&#232;re et la vie des hommes deviennent ainsi l'objet d'un int&#233;r&#234;t nouveau de la part du pouvoir. Marx avait parfaitement pr&#233;vu (dans les &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt; et dans le &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;) ce d&#233;veloppement, qu'il appelait &#8220;subsomption r&#233;elle de la soci&#233;t&#233; sous le capital&#8221;. Foucault a compris, je crois, ce passage historique pusiqu'il a d&#233;crit, pour sa part, la g&#233;n&#233;alogie de l'investissment de la vie par le pouvoir - de la vie individuelle comme de la vie sociale. Mais la subsomption de la soci&#233;t&#233; sous le capital (tout comme l'&#233;megence des biopouvoirs) est beaucoup plus fragile que ce que nous croyons - et en particulier que ce que le capital lui-m&#234;me croit, ou que ce que l'objectivisme des &#233;pigones marxistes (comme l'Ecole de Francfort par exemple ) veut bien reconnaitre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, la subsomption r&#233;elle de la soci&#233;t&#233; (c'est-&#224;-dire du travail social) sous le capital g&#233;n&#233;ralise la contradiction de l'exploitation &#224; tous les niveaux de la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me, tout comme l'extension des biopouvoirs ouvre &#224; une r&#233;ponse biopolitique de la soci&#233;t&#233; : non plus les pouvoirs sur la vie, mais la puissance de la vie comme r&#233;ponse &#224; ces pouvoirs ; en somme, cela ouvre &#224; l'insurrection et &#224; la prolif&#233;ration de la libert&#233;, &#224; la production de subjectivit&#233; et &#224; l'invention de nouvelles formes de luttes. &lt;i&gt;Quand le capital investit la vie enti&#232;re, la vie se r&#233;v&#232;le comme r&#233;sistance&lt;/i&gt;. C'est donc sur ce point que les analyses foucaldiennes du retournement des biopouvoirs en biopolitique ont influenc&#233; les n&#244;tres sur la gen&#232;se de l'empire : en somme, quand les nouvelles formes du travail et des luttes, produites par la transformation du travail mat&#233;riel en travail immat&#233;riel, se r&#233;v&#232;lent comme productrices de subjectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s quoi, je ne sais pas si Foucault serait totalement d'accord avec nos analyses - mais je l'esp&#232;re ! - ; parce que produire de la subjectivit&#233;, pour Michael Hardt et pour moi, c'est en r&#233;alit&#233; se trouver dans une m&#233;tamorphose biopolitique qui introduit au communisme. En d'autres termes, je pense que la nouvelle condition imp&#233;riale dans laquelle nous vivons (et les conditions sociopolitiques dans lesquelles nous construisons notre travail, nos langages et donc nous-m&#234;mes) met au centre du contexte biopolitique ce que nous appelons &lt;i&gt;le commun&lt;/i&gt; : non pas le priv&#233; ou le public, non pas l'individuel ou le social, mais ce que, tous ensemble, nous construisons pour la assurer &#224; l'homme la possibilit&#233; de se produire et de se reproduire. Dans le commun, rien de ce qui faisait nos singularit&#233;s n'est suspendu ou effac&#233; : les singularit&#233;s sont seulement articul&#233;es les unes aux autres pour obtenir un &#8220; agencement &#8221; - le terme est de Deleuze - o&#249; chaque puissance se trouve d&#233;multipli&#233;e par celle des autres, et o&#249; chaque cr&#233;ation est imm&#233;diatement aussi celle des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les voies qui lient la r&#233;vision cr&#233;ative du marxisme (&#224; laquelle nous adh&#233;rons) aux conceptions r&#233;volutionnaires du biopolitique et de la production de la subjectivit&#233; &#233;labor&#233;es par Foucault sont donc, je crois, fort nombreuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Question 5 :&lt;/strong&gt; Les deux derniers ouvrages de Foucault sur les modes des subjectivations semblent avoir moins attir&#233; votre attention. La construction d'&#233;thique et de styles de vie &#233;trangers ou r&#233;sistants au biopouvoir est-elle une voie trop &#233;loign&#233;e de ce que vous proposez (la figure du militant communiste) ? Ou bien y a-t-il des possibilit&#233;s d'un accord plus profond que nous n'avons pas bien per&#231;ues ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;ponse 5 :&lt;/strong&gt; Les derni&#232;res oeuvres de Foucault ont eu sur moi une grande influence, je crois que ce que je viens de vous dire &#224; propos d'&lt;i&gt;Empire&lt;/i&gt; le montre bien. Permettez-moi de vous raconter un souvenir, un peu curieux : au milieu des ann&#233;es 1970, j'ai &#233;crit un article sur Foucault en Italie - sur ce que l'on appelle aujourd'hui le &#8220; premier Foucault &#8221;, le Foucault de l'arch&#233;ologie des sciences humaines. J'essayais de pointer les limites de ce type d'enqu&#234;te et j'esp&#233;rais une sorte de pas en avant, une plus forte insistance sur la production de subjectivit&#233;. A l'&#233;poque, j'&#233;tais moi-m&#234;me en train de tenter la sortie d'un marxisme qui, s'il &#233;tait profond&#233;ment innovateur sur le terrain th&#233;orique - puisqu'il se demandait si un &#8220;Marx au-del&#224; Marx&#8221; &#233;tait envisageable -, pr&#233;sentait en revanche sur le terrain de la pratique militante le risque d'erreurs terribles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux dire par l&#224; que dans les ann&#233;es de lutte passionn&#233;e qui ont suivi 1968, dans la situation de r&#233;pression f&#233;roce que les gouvernements de droite ont exerc&#233;e contre les mouvements sociaux de contestation, beaucoup d'entre nous ont couru le danger d'une d&#233;rive terroriste, et certains y ont c&#233;d&#233;. Mais, derri&#232;re cet extr&#233;misme, il y avait toujours la conviction que le pouvoir &#233;tait un et un seulement, que le biopouvoir rendait la droite et la gauche identiques, que seul le parti pouvait nous sauver - et si ce n'&#233;tait pas le parti, alors c'&#233;taient des avant-gardes arm&#233;es structur&#233;es comme des petits partis en version militaire, dans la grande tradition des &#8220; partisans &#8221; de la seconde guerre mondiale. Nous avons compris que cette d&#233;rive militaire &#233;tait quelque chose dont les mouvements ne se rel&#232;veraient pas ; et que c'&#233;tait non seulement un choix humainement insoutenable, mais un suicide politique. Foucault, et avec lui Deleuze et Guattari, nous on mis en garde contre cette d&#233;rive. C'&#233;taient &#224; cet &#233;gard de v&#233;ritables r&#233;volutionnaires : quand ils critiquaient le stalinisme ou les pratiques du &#8220;socialisme r&#233;el&#8221;, ils ne le faisaient pas de mani&#232;re hypocrite et pharisienne, comme les &#8220;nouveaux philosophes&#8221; du lib&#233;ralisme ; ils cherchaient &#224; trouver le moyen d'afffirmer une nouvelle puissance du prol&#233;tariat contre le biopouvoir du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sistance au biopouvoir et la construction de nouveaux styles de vie ne sont donc pas &#233;loign&#233;s du militantisme communiste, si l'on accepte de penser que le militantisme est une pratique commune de libert&#233;, et que le communisme est la production du commun. Comme dans &lt;i&gt;Empire&lt;/i&gt;, la figure du militant communiste n'est paa emprunt&#233;e &#224; un vieux mod&#232;le. Au contraire, elle se pr&#233;sente comme un nouveau type de subjectivit&#233; politique qui se construit &#224; partir de la production (ontologique et subjective) des luttes pour la lib&#233;ration du travail et pour une soci&#233;t&#233; plus juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, mais je crois aussi pour les mouvements sociaux aujourd'hui, l'importance des derni&#232;res oeuvres de Foucault est par cons&#233;quent exceptionnelle. &lt;i&gt;La g&#233;n&#233;alogie y perd ici tout caract&#232;re sp&#233;culatif et devient politique - une ontologie critique de nous-m&#234;mes -, l'&#233;pist&#233;mologie est &#8220;constitutive&#8221;, l'&#233;thique assume des dimensions &#8220;transformatrices&#8221;&lt;/i&gt;. Apr&#232;s la mort de Dieu, nous assistons &#224; la renaissance de l'homme. Mais il ne s'agit pas d'un nouvel humanisme ; ou plus exactement il s'agit de r&#233;inventer l'homme au sein d'une nouvelle ontologie :c'est sur les ruines de la t&#233;l&#233;ologie moderne que nous r&#233;cup&#233;rons un &lt;i&gt;telos&lt;/i&gt; mat&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ao&#251;t 2004&lt;br class='autobr' /&gt;
Article - Interview pour &#034;FSU - Nouveaux Regards&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une contribution sur Foucault</title>
		<link>https://seminaire.samizdat.net/analyses-concepts-idees/Une-contribution-sur-Foucault,15</link>
		<guid isPermaLink="true">https://seminaire.samizdat.net/analyses-concepts-idees/Une-contribution-sur-Foucault,15</guid>
		<dc:date>2004-10-09T14:06:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Antonio Negri</dc:creator>


		<dc:subject> Foucault </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'oeuvre de Foucault&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://seminaire.samizdat.net/analyses-concepts-idees/" rel="directory"&gt;Analyses - Concepts - Id&#233;es&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://seminaire.samizdat.net/Foucault" rel="tag"&gt; Foucault &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://seminaire.samizdat.net/local/cache-vignettes/L100xH100/arton15-b29f2.png?1757140583' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Foucault est l&#224;, dans l'entre-deux, ni dans le pass&#233; dont il fait l'arch&#233;ologie, ni dans le futur qu'il esquisse parfois&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Article/interview&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question 1 : Les analyses de Foucault sont-elles d'actualit&#233; pour comprendre le mouvement des soci&#233;t&#233;s ? Dans quels domaines vous semble-t-il qu'elles devraient &#234;tre renouvel&#233;es, r&#233;ajust&#233;es, prolong&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse 1 : L'oeuvre de Foucault est une &#233;trange machine, elle ne permet en r&#233;alit&#233; de penser l'histoire que comme histoire pr&#233;sente. Probablement, une bonne partie de ce que Foucault a &#233;crit (Deleuze l'a tr&#232;s justement soulign&#233;) devrait &#234;tre aujourd'hui r&#233;&#233;crit. Ce qui est &#233;tonnant - et touchant -, c'est qu'il ne cesse jamais de chercher, il fait des approximations, il d&#233;construit, il formule des hypoth&#232;ses, il imagine, il construit des analogies et raconte des fables, lance des concepts, les retire ou les modifie... C'est une pens&#233;e d'une inventivit&#233; formidable. Mais cela n'est pas l'essentiel : je crois que c'est sa m&#233;thode qui est fondamentale, parce qu'elle lui permet d'&#233;tudier et de d&#233;crire &#224; la fois le mouvement du pass&#233; au pr&#233;sent et celui du pr&#233;sent &#224; l'avenir. C'est une m&#233;thode de transition dont &lt;i&gt;le pr&#233;sent repr&#233;sente le centre&lt;/i&gt;. Foucault est l&#224;, dans l'entre-deux, ni dans le pass&#233; dont il fait l'arch&#233;ologie, ni dans le futur qu'il esquisse parfois - &#8220; comme &#224; la limite de la mer un visage sur le sable &#8221; - l'image. C'est &#224; partir du pr&#233;sent qu'il est possible de distinguer les autres temps. On a souvent reproch&#233; &#224; Foucault la l&#233;gitimit&#233; scientifique de ses p&#233;riodisations : on comprend les historiens, mais en m&#234;me temps, j'aurais envie de dire que ce n'est pas un vrai probl&#232;me : Foucault est l&#224; o&#249; s'installe le questionnement, il l'est toujours &#224; partir de son propre temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse historique, avec Foucault, devient donc une &lt;i&gt;action&lt;/i&gt;, la connaissance du pass&#233; une &lt;i&gt;g&#233;n&#233;alogie&lt;/i&gt;, la perspective &#224;-venir un &lt;i&gt;dispositif&lt;/i&gt;. Pour ceux qui viennent du marxisme militant des ann&#233;es 1960 (et non pas des traditions dogmatiques caricaturales de la deuxi&#232;me et de la troisi&#232;me Internationales), le point de vue de Foucault est naturellement per&#231;u comme absolument l&#233;gitime, il correspond &#224; la perception de l'&#233;v&#233;nement, des luttes, et de la joie &#224; prendre des risques en dehors de toute n&#233;cessit&#233; et de toute t&#233;l&#233;ologie pr&#233;&#233;tablie. Dans la pens&#233;e de Foucault le marxisme est totalement d&#233;mantel&#233;, que ce soit du point de vue de l'analyse des rapports de pouvoir ou de celle de la t&#233;l&#233;ologie historique, du refus de l'historicisme ou d'un certain positivisme ; mais en m&#234;me temps, le marxisme est &#233;galement r&#233;invent&#233; et remodel&#233; du point de vue des mouvements et des luttes, c'est-&#224;-dire en r&#233;alit&#233; des sujets de ces mouvements et de ces luttes : parce que &lt;i&gt;conna&#238;tre, c'est produire de la subjectivit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avant d'aller plus avant, j'aimerais revenir en arri&#232;re un instant. Il est courant de distinguer trois Foucault : jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 60, l'&#233;tude de l'&#233;mergence du discours des sciences humaines, c'est-&#224;-dire &#224; la fois ce qu'il appelle une arch&#233;ologie du savoir et de son &#233;conomie depuis trois si&#232;cles, et une grande lecture de la modernit&#233; occidentale &#224; travers le concept d'&lt;i&gt;&#233;pist&#232;me&lt;/i&gt; ; puis, dans les ann&#233;es 70, les recherches sur les rapports entre les savoirs et les pouvoirs, sur l'apparition des disciplines, du contr&#244;le et des biopouvoirs, de la norme et de la biopolitique c'est-&#224;-dire &#224; la fois une analytique g&#233;n&#233;rale du pouvoir et la tentative de faire l'histoire du d&#233;veloppement du concept de souverainet&#233; depuis son &#233;mergence dans la pens&#233;e politique jusqu'&#224; nos jours ; et enfin, dans les ann&#233;es 80, l'analyse des processus de subjectivation sous la double perspective du rapport esth&#233;tique &#224; soi et du rapport politique aux autres - mais sans doute il s'agit l&#224; de la m&#234;me enqu&#234;te : le croisement de l'esth&#233;tique de soi et du souci politique, c'est ce que l'on appelle aussi l'&#233;thique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, je ne sais pas si nous pouvons distinguer trois Foucault, ni m&#234;me deux, puisqu'avant la publication des &lt;i&gt;Dits et Ecrits&lt;/i&gt; et des cours au &lt;i&gt;Coll&#232;ge de France&lt;/i&gt;, on avait tendance &#224; ne pas vraiment consid&#233;rer le tout dernier Foucault. Ill me semble en effet que les trois th&#232;mes sur lesquels l'attention foucaldienne s'est port&#233;e sont parfaitement continus et coh&#233;rents - coh&#233;rents au sens o&#249; ils forment une production th&#233;orique unitaire et continue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui change, c'est probablement la sp&#233;cificit&#233; des conditions historiques et des n&#233;cessit&#233;s politiques auxquelles Foucault est confront&#233; et qui d&#233;terminent absolument les champs auxquels il s'int&#233;resse. De ce point de vue, assumer la perspective foucaldienne, c'est donc aussi - je vous le dit avec mes mots &#224; moi, j'esp&#232;re seulement qu'ils auraient pu &#234;tre aussi ceux de Foucault - mettre un style de pens&#233;e (celui qu'on reconna&#238;t dans la g&#233;n&#233;alogie du pr&#233;sent, celui qui n'a de cesse de se relancer quand il parle de production des subjectivit&#233;) en contact avec une situation historique donn&#233;e. Et cette situation historique donn&#233;e, c'est une r&#233;alit&#233; historique des rapports de pouvoir. Foucault le r&#233;p&#232;te souvent, quand il parle de sa passion pour les archives, et du fait que l'&#233;motion de leur lecture vient de ce qu'elles nous racontent des fragments d'existence : l'existence, pass&#233;e ou pr&#233;sente, livr&#233;e par des papiers jaunis ou v&#233;cue au jour le jour, c'est toujours une rencontre avec le pouvoir - ce n'est rien d'autre que cela, mais c'est &#233;norme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Foucault se met &#224; travailler sur le passage entre la fin du XVIIIe et le d&#233;but du XIXe si&#232;cle, c'est-&#224;-dire &#224; partir de &lt;i&gt;Surveiller et Punir&lt;/i&gt;, il se retrouve face &#224; une dimension sp&#233;cifique des rapports de pouvoir, des dispositifs et des strat&#233;gies qu'elle implique, c'est-&#224;-dire en r&#233;alit&#233; face &#224; un type de rapports de pouvoir totalement articul&#233; sur le d&#233;veloppement du capitalisme. Celui-ci exige un investisssement total de la vie dans la mesure o&#249; la constitution d'une force de travail, d'une part, et les exigences de rentabilit&#233; de la production de l'autre, le demandent. &lt;i&gt;Le pouvoir est devenu biopouvoir&lt;/i&gt;. Or il est vrai que si Foucault utilise par la suite le mod&#232;le des biopouvoirs pour chercher &#224; faire une ontologie critique du pr&#233;sent, vous chercherez en vain dans les analyses consacr&#233;es au d&#233;veloppement du capitalisme la d&#233;termination du passage du &lt;i&gt;Welfarestate&lt;/i&gt; &#224; la crise de celui-ci, de l'organisation fordiste &#224; l'organisation post-fordiste du travail, des principes keyn&#233;siens &#224; ceux de la th&#233;orie n&#233;olib&#233;rale de la macro-&#233;conomie. Mais il est vrai aussi que dans cette simple d&#233;finition du passage du r&#233;gime de la discipline &#224; celui du contr&#244;le, au d&#233;but du XIXe si&#232;cle, on peut d&#233;j&#224; comprendre que le post-moderne ne repr&#233;sente pas un retrait de l'Etat de la domination sur le travail social mais un perfectionnement de son contr&#244;le sur la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve en r&#233;alit&#233; chez Foucault cette intuition d&#233;velopp&#233;e partout, comme si l'analyse du passage &#224; l'&#232;re post-industrielle constituait l'&#233;l&#233;ment central de sa pens&#233;e, alors qu'il n'en parle jamais directement. Le projet d'une g&#233;n&#233;alogie du pr&#233;sent, qui structure enti&#232;rement son rapport au pass&#233; d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 70, et d'id&#233;e d'une production de subjectivit&#233; qui permet, de l'int&#233;rieur du pouvoir, d'en modifier et d'en failler le fonctionnement tout autant que de cr&#233;er des subjectivit&#233;s nouvelles, sont impensables en dehors de la d&#233;termination mat&#233;rielle de ce pr&#233;sent et de la transition qu'il a incarn&#233;e. &lt;i&gt;Le passage de la d&#233;finition du politique moderne &#224; celle du biopolitique post-moderne&lt;/i&gt;, voil&#224; ce dont Foucault a, je crois, eu l'intuition extraordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Foucault, le concept du politique - et celui de l'action dans un contexte biopolitique - diff&#232;rent radicalement aussi bien des conclusions de Max Weber et de ses &#233;pigones du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle que des conceptions modernes du pouvoir (Kelsen, Schmitt, etc.). Foucault avait probablement &#233;t&#233; sensible &#224; leurs th&#232;ses - mais j'ai l'impression qu'&#224; partir de 68, le cadre change radicalement, et Foucault ne peut pas ne pas en tenir compte. Pour nous qui continuons &#224; utiliser Foucault malgr&#233; lui, au-del&#224; de lui - et c'est un cadeau qu'il nous a fait d'une g&#233;n&#233;rosit&#233; extraordinaire : Foucault a eu la pens&#233;e g&#233;n&#233;reuse, c'est assez rare pour qu'on y insiste -, il n'y a donc rien &#224; r&#233;nover ni &#224; corriger dans ses th&#233;orisations : il suffit de prolonger ses intuitions sur la production de subjectivit&#233; et sur ses implications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Foucault, Guattari et Deleuze soutiennent par exemple les luttes sur la question carc&#233;rale dans les ann&#233;es 70, ils construisent un nouveau rapport entre le savoir et le pouvoir : ce rapport ne concerne pas seulement la situation dans les prisons mais l'ensemble des situations o&#249; peuvent se d&#233;velopper sur le m&#234;me mod&#232;le des espaces de libert&#233;, des petites strat&#233;gies de torsion du pouvoir de l'int&#233;rieur du pouvoir, la reconqu&#234;te de sa propre subjectivit&#233; individuelle et collective, l'invention de nouvelles formes de communaut&#233; de vie et de lutte - bref : ce que nous, nous appelons la subversion. Foucault n'est pas seulement grand pour la remarquable analytique du pouvoir qu'il a accomplie, pour ses fulgurances m&#233;thodologiques, ou pour la mani&#232;re in&#233;dite dont il a crois&#232; la philosophie, l'histoire, et le souci du pr&#233;sent. Il nous laisse des intuitions dont nous ne cessons de constater la validit&#233; ; en particulier, il a red&#233;fini l'espace des luttes politiques et sociales et la figure des sujets r&#233;volutionnaires par rapport au marxisme &#8220; classique &#8221; : la r&#233;volution, pour Foucault, ce n'est pas - ou en tout cas pas seulement - une perspective de lib&#233;ration, c'est une pratique de libert&#233;. C'est se produire soi-m&#234;me et avec les autres dans les luttes, c'est innover, inventer des langages et des r&#233;seaux, c'est produire, c'est se r&#233;approprier la valeur du travail vivant. C'est pi&#233;ger le capitalisme de l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question 2 : Ne vous semble-t-il pas qu'on assiste &#224; une certaine mise &#224; l'&#233;cart de Foucault dans la plupart des courants qui d&#233;clarent vouloir renouer avec la critique sociale et politique en France ? Qu'en est-il dans le reste de l'Europe (en Italie par exemple) et aux &#201;tats-Unis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse 2 : Les milieux acad&#233;miques d&#233;testent Foucault. Je crois qu'on l''a mis &#224; l'&#233;cart d&#232;s les ann&#233;es 60, puis il y a eu la promotion au Coll&#232;ge de France, pour mieux l'isoler - et pas seulement parce que l'universit&#233; ne pardonne pas leur succ&#232;s aux intellectuels. Le positivisme sociologique &#224; la Bourdieu a &#233;t&#233; certainement tr&#232;s f&#233;cond, mais il n'a pas &#233;t&#233; capable de croiser la pens&#233;e foucaldienne et en a d&#233;nonc&#233; le subjectivisme. Or il n'y a bien &#233;videmment pas de subjectivisme chez Foucault. Bourdieu s'en est probablement aper&#231;u dans les derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Foucault r&#233;fute toujours, dans tous les recoins de son oeuvre, c'est le transcendantalisme, ce sont les philosophies de l'histoire qui n'acceptent pas de mettre en jeu toutes les d&#233;terminations du r&#233;el face au r&#233;seau et au conflit des puissances subjectives. Par transcendantalisme, en somme, j'entends toutes les conceptions de la soci&#233;t&#233; qui pr&#233;tendent pouvoir l'&#233;valuer ou la manipuler d'un point de vue externe, autoritaire. Non, ce n'est pas possible. La seule m&#233;thode qui nous permet l'acc&#232;s au social, c'est celle de l'&lt;i&gt;immanence absolue&lt;/i&gt;, de l'invention continue de la production du sens et des dispositifs d'action. Comme d'autres auteurs importants de sa g&#233;n&#233;ration, Foucault r&#232;gle ses comptes avec toutes les r&#233;miniscences du structuralisme - c'est-&#224;-dire avec la fixation transcendantale des cat&#233;gories &#233;pist&#233;mologiques qu'il prescrit (aujourd'hui, cette erreur se reproduit avec un certain renouveau du naturalisme &#224; l'oeuvre en philosophie et dans les sciences humaines et sociales...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis en France, Foucault est r&#233;fut&#233; parce que, du point de vue de la critique, il ne s'inscrit pas dans les mythologies de la tradition r&#233;publicaine : nul n'est plus &#233;loign&#233; que lui au souverainisme, m&#234;me jacobin ; de la la&#239;cit&#233; unilat&#233;rale, m&#234;me &#233;galitaire ; du traditionalisme dans la conception de la famille et de la d&#233;mographie patriotique, m&#234;me int&#233;gratrice etc. Mais alors la m&#233;thodologie de Foucault ne se r&#233;duit-elle pas &#224; une position relativiste, sceptique, c'est-&#224;-dire &#224; la d&#233;gradation d'une conception id&#233;aliste de l'histoire ? Non, de nouveau non. La pens&#233;e de Foucault propose de fonder la possibilit&#233; de la subversion - le mot est plus le mien que le sien ; Foucault parlerait de la &#8220; r&#233;sistance &#8221; - dans un affranchissement total par rapport &#224; tradition moderne de l'Etat-nation et du socialisme. Une proposition qui est tout autre que sceptique ou relativiste, elle est construite au contraire sur l'exaltation de l'&lt;i&gt;Aufkl&#228;rung,&lt;/i&gt; de la r&#233;invention de l'homme et de sa puissance d&#233;mocratique, apr&#232;s que toutes les illusions du progr&#232;s et de la reconstruction commune ont &#233;t&#233; trahies par la dialectique totalitaire du moderne. En somme, Foucault pourrait s'approprier la phrase du jeune Descartes : &lt;i&gt;Larvatus prodeo&lt;/i&gt;, j'avance masqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun de nous doit, je crois, admettre ceci : le national-socialisme est un pur produit de la dialectique du moderne. S'en lib&#233;rer signifie aller plus loin. L'&lt;i&gt;Aufkl&#228;rung&lt;/i&gt;, nous rappelle Foucault, n'est pas l'exaltation utopique des lumi&#232;res de la raison ; au contraire, c'est la des-utopie, c'est la lutte quotidienne autour de l'&#233;v&#233;nement, c'est la constructuion de la politique &#224; partir de la probl&#233;matisation de l'&#8220;ici, maintenant&#8221;, des th&#232;mes de l'&#233;mancipation et de la libert&#233;. La bataille de Foucault autour de la question des prisons conduite avec le GIP au d&#233;but des ann&#233;es 1970 vous semble peut-&#234;tre relativiste et sceptique ? Ou bien la position prise pour soutenir les autonomes italiens au moment le plus difficile de la r&#233;pression et du compromis historique en Italie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, Foucault a souvent &#233;t&#233; la victime de la lecture que faisaient de lui ses amis, ses &#233;l&#232;ves et ses collaborateurs. L'anticommunisme a jou&#233; ici un r&#244;le crucial. On a pr&#233;sent&#233; la rupture m&#233;thodologique avec le mat&#233;rialisme et le collectivisme comme une revendication de l'individualisme n&#233;olib&#233;ral. Quand il d&#233;construisait les cat&#233;gories du mat&#233;rialisme dialectique, Foucault &#233;tait pr&#233;cieux ; mais il reconstruisait aussi celles du mat&#233;rialisme historique, et cela n'allait plus. Et quand la lecture des dispositifs et le travail sur l'ontologie critique du pr&#233;sent font r&#233;f&#233;rence &#224; la libert&#233; des multitudes, &#224; la construction de biens communs, au m&#233;pris pour le n&#233;olib&#233;ralisme, voil&#224; que ces &#233;l&#232;ves se retirent. Peut-&#234;tre Foucault est-il mort au bon moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Italie, aux Etats-Unis, en Allemagne, en Espagne, en Am&#233;rique latine, et maintenant toujours plus en Grande-Bretagne, nous n'avons pas connu ce jeu parisien pervers qui a &#233;t&#233; conduit pour marginaliser Foucault sur la sc&#232;ne intellectuelle. Foucault n'est pas pass&#233; par le crible massacrant des &lt;i&gt;querelles&lt;/i&gt; id&#233;ologiques de l'intelligentsia fran&#231;aise : il a &#233;t&#233; lu en fonction de ce qu'il a dit. L'analogie avec les tendances du renouveau de la pens&#233;e marxiste &#224; la fin des ann&#233;es 1970 est ainsi souvent consid&#233;r&#233;e comme fondamentale. On ne retient toutefois pas seulement la co&#239;ncidence chronologique : c'est plut&#244;t le sentiment que la pens&#233;e foucaldienne est &#224; comprendre au milieu de toute une s&#233;rie de tentatives - pratiques ou th&#233;oriques - d'&#233;mancipation et de lib&#233;ration, dans un enchev&#234;trement des pr&#233;occupations &#233;pist&#233;mologiques et de perspectives &#233;thico-politiques qui impliquent une critique violente des partis, de la lecture de l'histoire et des sujets qu'on lui reconnait. Je crois que les ouvri&#233;ristes europ&#233;ens et les f&#233;ministes am&#233;ricaines ont par exemple trouv&#233; chez Foucault de nombreuses pistes de recherche et, surtout, l'incitation &#224; transformer leurs m&#233;ta-langages en une langue commune, peut-&#234;tre universelle, pour le monde &#224; venir - ou en tout cas pour le si&#232;cle &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question 3 : Michael Hardt et vous-m&#234;me &#233;crivez dans Empire que &#8220;le contexte biopolitique du nouveau paradigme est parfaitement central &#224; notre analyse&#8221; (&#233;dition fran&#231;aise, p. 52). Pouvez-vous expliquer le lien qui n'a rien d'imm&#233;diatement &#233;vident entre les nouvelles formes de pouvoir imp&#233;rial et le &#8220;biopouvoir&#8221; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question 4 : Votre dette &#224; l'&#233;gard de Michel Foucault dont vous t&#233;moignez souvent n'est pas exempte de certaines critiques. Vous &#233;crivez ainsi qu'il n'est pas parvenu &#224; appr&#233;hender &#8220;la dynamique r&#233;elle de la production dans la soci&#233;t&#233; biopolitique&#8221;. Que voulez-vous dire par l&#224; ? Faut-il en d&#233;duire que les analyses foucaldiennes conduiraient &#224; une sorte d'impasse politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse 3 e 4 : En partant de ces deux questions, je voudrais chercher &#224; &#233;claircir ce que, dans &lt;i&gt;Empire&lt;/i&gt;, Michael Hardt et moi avons emprunt&#233; &#224; Foucault, et ce &#224; propos de quoi nous avons au contraire soulev&#233; des critiques. En parlant d'empire, nous n'avons pas seulement cherch&#233; &#224; identifier une nouvelle forme de souverainet&#233; globale diff&#233;rente de la forme de l'Etat-nation : nous avons cherch&#233; &#224; saisir les causes mat&#233;rielles, politiques et &#233;conomiques de ce d&#233;veloppement et, en m&#234;me temps, &#224; d&#233;finir le nouveau tissu de contradictions qu'il renferme n&#233;cessairement. Pour nous, d'un point de vue marxien, le d&#233;veloppement du capitalisme (y compris dans la forme extr&#234;mement d&#233;velopp&#233;e du march&#233; mondial) prend racine dans les transformations, comme dans les contradictions, de l'exploitation du travail. Ce sont les luttes des travailleurs qui transforment les institutions politiques et les formes de pouvoir du capital. Le processus qui a conduit &#224; l'affirmation de l'h&#233;g&#233;monie de la r&#232;gle imp&#233;riale ne fait pas exception : depuis 1968, depuis la grande r&#233;volte des travailleurs salari&#233;s dans les pays d&#233;velopp&#233;s et celle des peuples colonis&#233;s dans le tiers-monde, le capital ne peut plus (sur le terrain &#233;conomique et mon&#233;taire, militaire et culturel) contr&#244;ler et contenir les flux de la force de travail dans les limites de l'Etat-nation. &lt;i&gt;Le nouvel ordre mondial correspond &#224; l'exigence d'un nouvel ordre dans le monde du travail&lt;/i&gt;. La r&#233;ponse du capitalisme prend forme &#224; diff&#233;rents niveaux, mais celui de l'organisation technologique des processus de travail est fondamental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit en effet de l'automatisation de l'industrie et l'informatisation de la soci&#233;t&#233; : l'&#233;conomie politique du capital et l'organisation de l'exploitation commencent &#224; se d&#233;velopper de plus en plus &#224; travers le travail immat&#233;riel, l'accumulation concerne les dimensions intellectuelles et cognitives du travail, sa mobilit&#233; spatiale et sa flexibilit&#233; temporelle. La soci&#233;t&#233; enti&#232;re et la vie des hommes deviennent ainsi l'objet d'un int&#233;r&#234;t nouveau de la part du pouvoir. Marx avait parfaitement pr&#233;vu (dans les &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt; et dans le &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;) ce d&#233;veloppement, qu'il appelait &#8220;subsomption r&#233;elle de la soci&#233;t&#233; sous le capital&#8221;. Foucault a compris, je crois, ce passage historique pusiqu'il a d&#233;crit, pour sa part, la g&#233;n&#233;alogie de l'investissment de la vie par le pouvoir - de la vie individuelle comme de la vie sociale. Mais la subsomption de la soci&#233;t&#233; sous le capital (tout comme l'&#233;megence des biopouvoirs) est beaucoup plus fragile que ce que nous croyons - et en particulier que ce que le capital lui-m&#234;me croit, ou que ce que l'objectivisme des &#233;pigones marxistes (comme l'Ecole de Francfort par exemple ) veut bien reconnaitre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, la subsomption r&#233;elle de la soci&#233;t&#233; (c'est-&#224;-dire du travail social) sous le capital g&#233;n&#233;ralise la contradiction de l'exploitation &#224; tous les niveaux de la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me, tout comme l'extension des biopouvoirs ouvre &#224; une r&#233;ponse biopolitique de la soci&#233;t&#233; : non plus les pouvoirs sur la vie, mais la puissance de la vie comme r&#233;ponse &#224; ces pouvoirs ; en somme, cela ouvre &#224; l'insurrection et &#224; la prolif&#233;ration de la libert&#233;, &#224; la production de subjectivit&#233; et &#224; l'invention de nouvelles formes de luttes. &lt;i&gt;Quand le capital investit la vie enti&#232;re, la vie se r&#233;v&#232;le comme r&#233;sistance&lt;/i&gt;. C'est donc sur ce point que les analyses foucaldiennes du retournement des biopouvoirs en biopolitique ont influenc&#233; les n&#244;tres sur la gen&#232;se de l'empire : en somme, quand les nouvelles formes du travail et des luttes, produites par la transformation du travail mat&#233;riel en travail immat&#233;riel, se r&#233;v&#232;lent comme productrices de subjectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s quoi, je ne sais pas si Foucault serait totalement d'accord avec nos analyses - mais je l'esp&#232;re ! - ; parce que produire de la subjectivit&#233;, pour Michael Hardt et pour moi, c'est en r&#233;alit&#233; se trouver dans une m&#233;tamorphose biopolitique qui introduit au communisme. En d'autres termes, je pense que la nouvelle condition imp&#233;riale dans laquelle nous vivons (et les conditions sociopolitiques dans lesquelles nous construisons notre travail, nos langages et donc nous-m&#234;mes) met au centre du contexte biopolitique ce que nous appelons &lt;i&gt;le commun&lt;/i&gt; : non pas le priv&#233; ou le public, non pas l'individuel ou le social, mais ce que, tous ensemble, nous construisons pour la assurer &#224; l'homme la possibilit&#233; de se produire et de se reproduire. Dans le commun, rien de ce qui faisait nos singularit&#233;s n'est suspendu ou effac&#233; : les singularit&#233;s sont seulement articul&#233;es les unes aux autres pour obtenir un &#8220; agencement &#8221; - le terme est de Deleuze - o&#249; chaque puissance se trouve d&#233;multipli&#233;e par celle des autres, et o&#249; chaque cr&#233;ation est imm&#233;diatement aussi celle des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les voies qui lient la r&#233;vision cr&#233;ative du marxisme (&#224; laquelle nous adh&#233;rons) aux conceptions r&#233;volutionnaires du biopolitique et de la production de la subjectivit&#233; &#233;labor&#233;es par Foucault sont donc, je crois, fort nombreuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question 5 : Les deux derniers ouvrages de Foucault sur les modes des subjectivations semblent avoir moins attir&#233; votre attention. La construction d'&#233;thique et de styles de vie &#233;trangers ou r&#233;sistants au biopouvoir est-elle une voie trop &#233;loign&#233;e de ce que vous proposez (la figure du militant communiste) ? Ou bien y a-t-il des possibilit&#233;s d'un accord plus profond que nous n'avons pas bien per&#231;ues ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse 5 : Les derni&#232;res oeuvres de Foucault ont eu sur moi une grande influence, je crois que ce que je viens de vous dire &#224; propos d'&lt;i&gt;Empire&lt;/i&gt; le montre bien. Permettez-moi de vous raconter un souvenir, un peu curieux : au milieu des ann&#233;es 1970, j'ai &#233;crit un article sur Foucault en Italie - sur ce que l'on appelle aujourd'hui le &#8220; premier Foucault &#8221;, le Foucault de l'arch&#233;ologie des sciences humaines. J'essayais de pointer les limites de ce type d'enqu&#234;te et j'esp&#233;rais une sorte de pas en avant, une plus forte insistance sur la production de subjectivit&#233;. A l'&#233;poque, j'&#233;tais moi-m&#234;me en train de tenter la sortie d'un marxisme qui, s'il &#233;tait profond&#233;ment innovateur sur le terrain th&#233;orique - puisqu'il se demandait si un &#8220;Marx au-del&#224; Marx&#8221; &#233;tait envisageable -, pr&#233;sentait en revanche sur le terrain de la pratique militante le risque d'erreurs terribles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux dire par l&#224; que dans les ann&#233;es de lutte passionn&#233;e qui ont suivi 1968, dans la situation de r&#233;pression f&#233;roce que les gouvernements de droite ont exerc&#233;e contre les mouvements sociaux de contestation, beaucoup d'entre nous ont couru le danger d'une d&#233;rive terroriste, et certains y ont c&#233;d&#233;. Mais, derri&#232;re cet extr&#233;misme, il y avait toujours la conviction que le pouvoir &#233;tait un et un seulement, que le biopouvoir rendait la droite et la gauche identiques, que seul le parti pouvait nous sauver - et si ce n'&#233;tait pas le parti, alors c'&#233;taient des avant-gardes arm&#233;es structur&#233;es comme des petits partis en version militaire, dans la grande tradition des &#8220; partisans &#8221; de la seconde guerre mondiale. Nous avons compris que cette d&#233;rive militaire &#233;tait quelque chose dont les mouvements ne se rel&#232;veraient pas ; et que c'&#233;tait non seulement un choix humainement insoutenable, mais un suicide politique. Foucault, et avec lui Deleuze et Guattari, nous on mis en garde contre cette d&#233;rive. C'&#233;taient &#224; cet &#233;gard de v&#233;ritables r&#233;volutionnaires : quand ils critiquaient le stalinisme ou les pratiques du &#8220;socialisme r&#233;el&#8221;, ils ne le faisaient pas de mani&#232;re hypocrite et pharisienne, comme les &#8220;nouveaux philosophes&#8221; du lib&#233;ralisme ; ils cherchaient &#224; trouver le moyen d'afffirmer une nouvelle puissance du prol&#233;tariat contre le biopouvoir du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sistance au biopouvoir et la construction de nouveaux styles de vie ne sont donc pas &#233;loign&#233;s du militantisme communiste, si l'on accepte de penser que le militantisme est une pratique commune de libert&#233;, et que le communisme est la production du commun. Comme dans &lt;i&gt;Empire&lt;/i&gt;, la figure du militant communiste n'est paa emprunt&#233;e &#224; un vieux mod&#232;le. Au contraire, elle se pr&#233;sente comme un nouveau type de subjectivit&#233; politique qui se construit &#224; partir de la production (ontologique et subjective) des luttes pour la lib&#233;ration du travail et pour une soci&#233;t&#233; plus juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, mais je crois aussi pour les mouvements sociaux aujourd'hui, l'importance des derni&#232;res oeuvres de Foucault est par cons&#233;quent exceptionnelle. &lt;i&gt;La g&#233;n&#233;alogie y perd ici tout caract&#232;re sp&#233;culatif et devient politique - une ontologie critique de nous-m&#234;mes -, l'&#233;pist&#233;mologie est &#8220;constitutive&#8221;, l'&#233;thique assume des dimensions &#8220;transformatrices&#8221;&lt;/i&gt;. Apr&#232;s la mort de Dieu, nous assistons &#224; la renaissance de l'homme. Mais il ne s'agit pas d'un nouvel humanisme ; ou plus exactement il s'agit de r&#233;inventer l'homme au sein d'une nouvelle ontologie :c'est sur les ruines de la t&#233;l&#233;ologie moderne que nous r&#233;cup&#233;rons un &lt;i&gt;telos&lt;/i&gt; mat&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ao&#251;t 2004&lt;br class='autobr' /&gt;
Article/interview pour &#034;FSU/Nouveaux Regards&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
