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	<title>S E M I N A I R E</title>
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	<description>S&#233;minaires Universit&#233; Nomade, Chantiers en Cours et Laboratoire d'Id&#233;es. Explorez les chantiers en cours des S&#233;minaires Universit&#233; Nomade : articles, micro-vid&#233;os, archives et r&#233;flexions collectives autour de Toni Negri. V&#233;ritable laboratoire d'id&#233;es, S E M I N A I R E rassemblait chercheurs, artistes, intellectuels, associations, militants et collectifs de luttes. Seminaire.Samizdat.Net constituait un lieu de r&#233;flexions partag&#233;es et de d&#233;bats ouverts, nourris par la diversit&#233; des approches.</description>
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		<title>S E M I N A I R E</title>
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		<title>Introduction au capitalisme cognitif</title>
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		<dc:creator>Bernard Paulr&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>Bernard Paulr&#233;,capitalisme cognitif ,march&#233;s financiers,pr&#233;carisation-intermittence-ch&#244;mage </dc:subject>
		<dc:subject>Evolution du capitalisme </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le capitalisme cognitif implique la sortie du capitalisme industriel&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://seminaire.samizdat.net/bernard-paulre-14/" rel="directory"&gt;Bernard Paulr&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://seminaire.samizdat.net/Bernard-Paulre-capitalisme" rel="tag"&gt;Bernard Paulr&#233;,capitalisme cognitif ,march&#233;s financiers,pr&#233;carisation-intermittence-ch&#244;mage &lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://seminaire.samizdat.net/local/cache-vignettes/L100xH100/arton84-7ac47.png?1757083213' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'adjectif cognitif fait en effet penser au cognitivisme qui d&#233;signe, selon les cas : soit un courant des sciences cognitives (cf. F. Varela), soit un ensemble de techniques visant &#224; op&#233;rationnaliser ou fournir un support mat&#233;riel (via des appareils ou des dispositifs) &#224; des actes - mentaux-de calcul, de conception...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Introduction au capitalisme cognitif *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MATISSE-ISYS, UMR Paris 1 - CNRS n&#176; 8595&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans quel capitalisme entrons nous ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur quelle base et comment le caract&#233;riser ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment identifier ce qui en fait la nature ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Telles sont les questions auxquelles je vais tenter de r&#233;pondre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon expos&#233; comprend trois parties :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps je vais poser les termes dans lesquels se pose le probl&#232;me de l'analyse des mutations du capitalisme contemporain. Bien entendu, ce probl&#232;me sera abord&#233; du point de vue de l'&#233;conomiste essentiellement, m&#234;me si je ne m'interdis pas quelques incursions dans d'autres disciplines &#171; voisines &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la seconde partie je poserai la question de savoir si la technique constitue un principe d'unit&#233; possible du capitalisme contemporain. Autrement dit : Allons-nous vers un capitalisme technologique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la troisi&#232;me partie je m'attacherai &#224; justifier l'hypoth&#232;se de l'&#233;mergence d'un capitalisme cognitif 1. J'y &#233;voquerai aussi les raisons qui peuvent faire pr&#233;f&#233;rer la notion de capitalisme cognitif &#224; celle de capitalisme financier ou encore de soci&#233;t&#233; de la connaissance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux observations pr&#233;alables :&lt;br class='autobr' /&gt;
La th&#232;se du capitalisme cognitif a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e au sein d'une &#233;quipe de recherche de Paris 1 qui s'appelle I.SY.S. (Innovation SYst&#232;me Strat&#233;gies) et qui appartient au laboratoire MATISSE (UMR n&#176; 8595). Elle a &#233;t&#233; &#233;bauch&#233;e en 1999 lors d'un colloque qui s'est tenu &#224; Amiens (co-organis&#233; avec le CRISEA) et a fait l'objet d'une pr&#233;sentation plus syst&#233;matique, comme programme de recherche, lors du Forum de la r&#233;gulation de septembre 2001.&lt;br class='autobr' /&gt;
1 Ecartons d'embl&#233;e une source d'incompr&#233;hension quasiment grammaticale. L'adjectif cognitif fait en effet penser au cognitivisme qui d&#233;signe, selon les cas : soit un courant des sciences cognitives (cf. F. Varela), soit un ensemble de techniques visant &#224; op&#233;rationnaliser ou fournir un support mat&#233;riel (via des appareils ou des dispositifs) &#224; des actes &#171; mentaux &#187; de calcul, de conception... Dans l'expression capitalisme cognitif, le mot cognitif est utilis&#233; simplement comme adjectif d&#233;riv&#233; de connaissance. Si bien que l'on d&#233;signe par l&#224; un stade du capitalisme dans lequel l'accumulation de la connaissance occupe une place centrale et pas sp&#233;cifiquement un capitalisme dans lequel le cognitivisme se d&#233;veloppe. Il y a &#233;videmment un certain lien entre les deux mais, comme cela sera expos&#233; dans le texte, la technologie n'est pas pour nous le facteur d&#233;terminant et caract&#233;ristique du capitalisme en cours d'&#233;mergence. Non seulement elle ne l'est pas mais, surtout, pour plusieurs raisons, elle ne peut pas l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;* Le texte qui suit est la version &#233;crite d'une conf&#233;rence faite en novembre 2004. Le lecteur voudra bien en excuser le caract&#232;re en partie inachev&#233; (absence de bibliographie notamment).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand je dirai &#171; nous &#187; dans le texte qui suit, ce sera le plus souvent pour d&#233;signer un groupe de chercheurs qui rassemble :&lt;br class='autobr' /&gt;
Antonella Corsani, Patrick Dieuaide, Maurizio Lazarrato, Jean-Marie Monnier, Yann Moulier-Boutang, moi-m&#234;me et Carlo Vercellone Mais il va de soi que je suis le seul responsable de ce texte. J'observe, ensuite, qu'au travers de la question de l'entr&#233;e dans un nouveau capitalisme, on traite &#233;videmment ipso facto de celle du d&#233;passement et de la sortie du capitalisme actuel. M&#234;me si l'entr&#233;e dans le capitalisme cognitif implique la sortie du capitalisme industriel, les analyses de ces deux ph&#233;nom&#232;nes ne se recouvrent cependant pas totalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Position des probl&#232;mes&lt;br class='autobr' /&gt;
Mise en perspective historique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis une dizaine d'ann&#233;es, la connaissance est devenue &#224; la fois un objet d'analyse important en &#233;conomie et une priorit&#233; pour un certain nombre de gouvernements ou d'agences intergouvernementales.&lt;br class='autobr' /&gt;
En &#233;conomie, jusqu'aux ann&#233;es quatre-vingt dix, on parlait surtout d'information. Les d&#233;cennies 60 et 70 ont certainement constitu&#233; la p&#233;riode charni&#232;re au cours de laquelle l'information est devenue un objet d'analyse mobilisant un grand nombre de chercheurs. Le prix Nobel attribu&#233; &#224; J. Stiglitz traduit la reconnaissance de son r&#244;le dans cette avanc&#233;e et r&#233;compense des travaux pour l'essentiel r&#233;alis&#233;s au cours des ann&#233;es 70. L'id&#233;e que la connaissance joue un r&#244;le important dans la dynamique &#233;conomique avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;nonc&#233;e et m&#234;me approfondie par certains grands th&#233;oriciens : A. Smith, F. List, K. Marx, J. Schumpeter et F. Hayek plus particuli&#232;rement. Mais la connaissance &#233;tait toujours abord&#233;e sous un angle particulier ou c'&#233;tait un type particulier de connaissance qui &#233;tait &#233;tudi&#233; (la division du travail, l'innovation, le fonctionnement des march&#233;s). L'&#233;tude de la connaissance comme une activit&#233; en soi, comme objet d'investissement, la prise en compte de l'immat&#233;rialit&#233;, l'&#233;tude de la place de la connaissance comme activit&#233; et de sa fonction globale dans l'&#233;conomie seront au c&#339;ur d'analyses s'inscrivant dans le prolongement des travaux empiriques de F. Machlup de 1962 (&#224; commencer par M. Porat, 1977). Ce n'est cependant que trente ans apr&#232;s les travaux pionniers de Machlup qu'elle &#233;merge comme une pr&#233;occupation centrale en analyse &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est du c&#244;t&#233; des &#233;conomistes de l'innovation et &#224; la faveur de la mont&#233;e du courant appel&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;volutionniste 2 que cette &#233;mergence se r&#233;alise. L'une des id&#233;es directrices est l'existence d'une&lt;br class='autobr' /&gt;
co-&#233;volution entre la connaissance et l'activit&#233; industrielle. L'apprentissage est ainsi devenu un&lt;br class='autobr' /&gt;
th&#232;me de recherche important en &#233;conomie. L'entreprise est abord&#233;e comme une organisation&lt;br class='autobr' /&gt;
globalement productrice de connaissances. Les facteurs explicatifs des performances d'un pays sont consid&#233;r&#233;s comme faisant syst&#232;me et s'inscrivant dans une histoire, d'o&#249; le concept de 2 Que nous pr&#233;f&#233;rons pr&#233;senter d'ailleurs comme un n&#233;o-&#233;volutionnisme afin d'&#233;viter toute confusion avec l'&#233;volutionnisme du XIXi&#232;me si&#232;cle (celui d'H. Spencer par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 syst&#232;me national d'innovation. (qui pr&#233;sente l'int&#233;r&#234;t de poser que l'innovation proc&#232;de d'un syst&#232;me global).&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le m&#234;me temps quasiment 3, des responsables ou des experts intervenant pour des organismes internationaux comme l'OCDE, formulent des recommandations tournant autour de la soci&#233;t&#233; du savoir, de l'&#233;conomie fond&#233;e sur la connaissance (ou tir&#233;e par la connaissance), ou encore de la soci&#233;t&#233; de la connaissance. Ces mots d'ordre font penser &#224; la notion de soci&#233;t&#233; post-industrielle apparue &#224; la fin des ann&#233;es soixante (D. Bell, A. Touraine 4) mais quand on regarde ce qu'ils recouvrent, la parent&#233; reste incertaine sinon lointaine. Certes on retrouve bien des deux c&#244;t&#233;s la m&#234;me volont&#233; d'identifier les tendances dominantes des soci&#233;t&#233;s d&#233;velopp&#233;es et la reconnaissance de l'importance du r&#244;le de la connaissance. Mais dans un cas il s'agit d'explorer les manifestations et les logiques de transformations sociales, dans l'autre d'&#233;tudier des performances &#233;conomiques, les infrastructures correspondantes puis de formuler des prescriptions et des logiques d'intervention &#233;conomique. D'un c&#244;t&#233; la connaissance constitue une orientation et la nature d'une soci&#233;t&#233; en cours d'&#233;mergence, de l'autre le d&#233;veloppement de la connaissance est consid&#233;r&#233; comme un moyen pour renforcer la comp&#233;titivit&#233; des nations 5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment m&#234;me o&#249; apparaissait l'id&#233;e d'une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur la connaissance, dans les ann&#233;es quatre-vingt dix, la nouvelle &#233;conomie &#233;mergeait et entra&#238;nait les Etats-Unis dans le cycle de croissance le plus long de toute l'histoire &#233;conomique de ce pays. Or ce qui &#233;tait au c&#339;ur de la nouvelle &#233;conomie et en justifiait l'appellation, c'&#233;tait l'explosion des technologies de l'information et de la communication (les &#171; NTIC &#187; ou les &#171; TIC &#187;). C'est-&#224;-dire un ensemble de dispositifs et d'objets techniques associ&#233;s aux diverses activit&#233;s engageant l'esprit. La preuve &#233;tait ainsi en quelque sorte administr&#233;e sur le terrain que l'investissement dans ces domaines &#233;tait un facteur d&#233;terminant de la croissance et de la comp&#233;titivit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette br&#232;ve pr&#233;sentation r&#233;trospective suffit, je pense, &#224; montrer au moins deux choses :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;d'abord l'ambigu&#239;t&#233; li&#233;e &#224; l'usage de la notion de connaissance car la question se pose d'embl&#233;e de savoir de quelle connaissance on parle et comment on l'aborde. S'agit-il de la connaissance humaine g&#233;n&#233;rale ? S'agit-il du type de connaissance technique pointue que l'on trouve dans les brevets par exemple c'est-&#224;-dire de la connaissance des ing&#233;nieurs, ou encore de la connaissance scientifique ? Ne s'agit-il pas, plus simplement, d'une &#233;valuation indirecte faite &#224; partir, comme le font souvent les &#233;conomistes, des investissements en &#233;quipements ? Dans les rapports d'&#233;tude internationaux on trouve aussi souvent du benchmarking (&#233;talonnage) c'est-&#224;-dire des grilles quantitatives multicrit&#232;res. Bref, la connaissance et l'information sont appr&#233;hendables &#224; des niveaux diff&#233;rents, sous des aspects et &#224; partir de crit&#232;res tr&#232;s vari&#233;s. Au point qu'il est difficile d'affirmer que c'est toujours du m&#234;me objet que l'on parle.&lt;br class='autobr' /&gt;
3 Conf&#233;rence de Copenhague de 1994 d'o&#249; sera tir&#233; l'ouvrage collectif publi&#233; par l'OCDE : Employment and&lt;br class='autobr' /&gt;
Growth in the Knowledge-based Economy (1996).&lt;br class='autobr' /&gt;
4 &#171; Ce que furent la m&#233;tallurgie, le textile, la chimie et aussi les industries &#233;lectriques et &#233;lectroniques dans la soci&#233;t&#233; industrielle, la production et la diffusion des connaissances, des soins m&#233;dicaux et des informations donc l'&#233;ducation, la sant&#233; et les m&#233;dias, le sont dans la soci&#233;t&#233; programm&#233;e &#187;, A. Touraine, Critique de la modernit&#233;, p. 285.&lt;br class='autobr' /&gt;
5 A ce propos cf. plus particuli&#232;rement la d&#233;claration faite &#224; l'issue du Conseil europ&#233;en extraordinaire de Lisbonne (mars 2000) : vers une Europe de l'innovation et de la connaissance&lt;br class='autobr' /&gt;
4&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;ensuite, la connaissance est un enjeu. Elle n'est pas seulement un objet d'&#233;tude acad&#233;mique et universitaire. Elle est devenue un enjeu de politique &#233;conomique et industrielle. Un enjeu parce qu'il y a un grand nombre de fa&#231;ons d'investir sur la connaissance et que toutes ne sont pas &#233;quivalentes selon la nature des objectifs poursuivis : sociaux, &#233;conomiques, politiques, scientifiques ou techniques. Un enjeu parce que les montants de ressources mobilis&#233;es par les investissements de connaissance sont devenus extr&#234;mement importants. Un enjeu, enfin, parce que, indiscutablement, la connaissance joue un r&#244;le privil&#233;gi&#233; dans l'&#233;volution &#233;conomique et sociale..&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment l'&#233;conomiste peut-il se situer par rapport &#224; cet enjeu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les termes de l'analyse de l'&#233;volution du capitalisme&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne peut aborder cette question qu'&#224; condition de garder pr&#233;sent &#224; l'esprit que la r&#233;flexion sur la nature et les manifestations de la connaissance fait partie du probl&#232;me. Selon que la connaissance dont on se pr&#233;occupe est le langage technique et scientifique ou celui du management, selon que l'on privil&#233;gie les objets et les &#233;quipements, ou les activit&#233;s et les contenus, on aura des points de vue diff&#233;rents. Or il n'est pas possible de clarifier d'abord la notion de connaissance et de discuter ensuite des enjeux et de la place de la connaissance. Car il y a toujours des enjeux et leur nature ou les probl&#232;mes pos&#233;s sont li&#233;s &#224; la fa&#231;on dont on con&#231;oit l'objet connaissance. D'autre part, les diff&#233;rents aspects sont souvent li&#233;s. Ce qui ne veut pas dire que l'on pr&#233;tend traiter de toutes les manifestations de la connaissance &#224; la fois Mon propos est de traiter de la place de la connaissance dans la compr&#233;hension de l'&#233;volution et des transformations du capitalisme contemporain. L'objectif final est d'introduire le concept de capitalisme cognitif, mais mon propos est, surtout, d'en justifier l'introduction. L'id&#233;e directrice est que les &#233;conomistes sont &#224; la recherche d'un principe d'unit&#233; permettant de caract&#233;riser les mutations en cours et d'orienter leurs r&#233;flexions. Nous pouvons observer cela en particulier dans le courant de la r&#233;gulation 6, dans lequel nous nous inscrivons, o&#249; les chercheurs se mobilisent pour identifier le mode de r&#233;gulation qui prendra la place du Fordisme et du post-Fordisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le capitalisme constitue &#233;videmment un cadre d'organisation des activit&#233;s &#233;conomique globalement stable. En sch&#233;matisant, toute la question est par cons&#233;quent de savoir quel qualificatif il convient d'adjoindre au mot capitalisme pour caract&#233;riser le syst&#232;me en cours d'&#233;mergence. Pour argumenter notre r&#233;ponse, nous partons du principe qu'une soci&#233;t&#233;, pendant une certaine &#233;poque, se caract&#233;rise par un principe ou une orientation de son accumulation, celle-ci induisant &#224; la fois de la reproduction et du changement. Par accumulation nous entendons les investissements de la soci&#233;t&#233;, en donnant &#224; ce mot un sens tr&#232;s large, en ne la r&#233;duisant pas &#224; la Formation Brute de Capital Fixe des &#233;conomistes. Nous partons de l'id&#233;e que c'est l'orientation de l'accumulation qui conf&#232;re &#224; une formation &#233;conomique sa nature.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les approches propos&#233;es par l'&#233;cole de la r&#233;gulation ne traitent habituellement pas de cet aspect. Pour une partie des chercheurs relevant de cette &#233;cole, l'enjeu th&#233;orique semble tourner essentiellement autour des conditions de la r&#233;alisation d'un bouclage satisfaisant de grandeurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
6 L'&#233;cole de la r&#233;gulation est apparue au d&#233;but des ann&#233;es 70 sous l'impulsion, plus particuli&#232;rement, de M.Aglietta, de R. Boyer et de A. Lipietz. Elle d&#233;veloppe une approche historique et institutionnelle de l'&#233;conomie centr&#233;e sur la mise en &#233;vidence et l'analyse de r&#233;gimes d'accumulation et de modes de r&#233;gulation (fordisme par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 macro&#233;conomiques, une fois observ&#233;s les comportements et les m&#233;diations constituant apparemment un nouveau mode de r&#233;gulation. Nous consid&#233;rons que pour &#233;tudier historiquement l'&#233;volution du capitalisme, il faut aller au del&#224; des formes institutionnelles et du bouclage macro-&#233;conomique, et prendre en consid&#233;ration le contenu de l'accumulation. Ce qui revient &#224; dire que l'accumulation n'est pas uniquement une activit&#233; &#224; appr&#233;hender en termes quantitatifs. Il convient aussi d'en qualifier l'intention et le sens. Nous appelons syst&#232;me d'accumulation l'association de ce que l'&#233;cole de la r&#233;gulation appelle un mode de production 7 et d'un type d'accumulation. Ainsi le capitalisme industriel peut-il &#234;tre caract&#233;ris&#233; par le fait que l'accumulation porte pour l'essentiel sur les machines et sur l'organisation du travail abord&#233;e dans ce contexte comme l'organisation de la production et l'affectation des travailleurs &#224; des postes. Le capitalisme cognitif est un autre syst&#232;me d'accumulation dans lequel l'accumulation porte sur la connaissance et sur la cr&#233;ativit&#233;, c'est-&#224;dire sur des formes d'investissement immat&#233;riel.&lt;br class='autobr' /&gt;
A partir du moment o&#249; l'on reconna&#238;t le caract&#232;re central de ce type d'accumulation, on est naturellement conduit &#224; penser que la captation des gains tir&#233;s des connaissances et des innovations est l'enjeu central de l'accumulation et joue un r&#244;le d&#233;terminant dans la formation des profits. La question des droits de propri&#233;t&#233;, la place dans les r&#233;seaux, les alliances, la gestion des projets sont des facteurs institutionnels et organisationnels majeurs. Ils jouent un r&#244;le crucial. Les strat&#233;gies se d&#233;terminent &#224; partir de la recherche d'un positionnement spatial, institutionnel et organisationnel ad&#233;quat pour accro&#238;tre la capacit&#233; &#224; s'impliquer dans un processus cr&#233;atif et &#224; en capter les b&#233;n&#233;fices.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'orientation de l'accumulation n'est pas un principe qui vient &#171; du dehors &#187;. Nous la consid&#233;rons comme un ph&#233;nom&#232;ne &#233;mergent, donc g&#233;n&#233;r&#233;e par le syst&#232;me lui-m&#234;me. Nous y reviendrons dans la troisi&#232;me partie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur cette base m&#233;thodologique, d&#232;s lors que l'on se pose la question de la caract&#233;risation du type de capitalisme dans lequel nous entrons, le travail de recherche consiste donc &#224; identifier, &#224; partir de l'observation et de l'interpr&#233;tation, principalement &#233;conomiques en ce qui nous concerne, la th&#233;matique caract&#233;ristique de l'accumulation. Celle autour de laquelle se constituent les principaux enjeux et qui donnent &#224; la soci&#233;t&#233; contemporaine son caract&#232;re sp&#233;cifique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce travail est de nature heuristique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certaines d&#233;marches d&#233;veloppent un point de vue plut&#244;t quantitatif, visant &#224; identifier les activit&#233;s, les investissements ou les secteurs qui tendent &#224; occuper la place la plus importante. Je fais allusion &#224; des travaux qui essayent de mesurer, par exemple, la soci&#233;t&#233; digitale (experts du D&#233;partement du Commerce US). C'est cette d&#233;marche qu'ont mise en oeuvre F. Machlup, M. Porat puis, en France Jean Voge pour d&#233;montrer l'entr&#233;e dans une soci&#233;t&#233; informationnelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre approche est qualitative. D'abord parce qu'il ne faut pas confondre les manifestations d'une mutation, et les forces sous jacentes qui leurs sont transverses. Le sens de l'&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 Dans la terminologie de la Th&#233;orie de la r&#233;gulation, la notion de mode de production est la cat&#233;gorie de niveau imm&#233;diatement sup&#233;rieur &#224; celle de mode de d&#233;veloppement. Elle d&#233;signe &#171; toute forme sp&#233;cifique des rapports de production et d'&#233;changes, c'est-&#224;-dire des relations sociales r&#233;gissant la production et la reproduction des conditions mat&#233;rielles requises pour la vie des hommes en soci&#233;t&#233; &#187; (R. Boyer, 1986, p. 43).&lt;br class='autobr' /&gt;
6 n'est pas n&#233;cessairement &#224; proximit&#233; des signes qui la manifestent et ne se qualifie pas obligatoirement les m&#234;mes termes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite parce que les mutations se situent sur diff&#233;rents plans et engagent des domaines, des dimensions ou des manifestations h&#233;t&#233;rog&#232;nes. Il s'agit d'un ph&#233;nom&#232;ne syst&#233;mique. Ce qui implique que la qualification du sens est globale et ne peut se r&#233;duire &#224; l'une des manifestations.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'un des enjeux de ce type d'analyse concerne la place du capitalisme industriel. Une partie des chercheurs engag&#233;s dans ce type de r&#233;flexion semble faire comme si les mutations en cours, manifestant l'av&#232;nement d'un nouveau stade du capitalisme, ne nous faisaient cependant pas sortir du capitalisme industriel. Nous avons un point de vue diff&#233;rent. Nous pensons que la crise du Fordisme masque en fait, ou d&#233;note celle du capitalisme industriel. J'assume sur ce point, en ce qui me concerne, l'influence des sociologues de la soci&#233;t&#233; postindustrielle.Mais elle n'est pas la seule &#224; s'exercer. La r&#233;flexion engag&#233;e &#224; partir d'une relecture des premiers &#233;crits de Marx (avec des auteurs aussi diff&#233;rents que M. Henry et T. Negri) et le d&#233;bat sur la nature du travail dans un contexte de d&#233;passement du taylorisme ont aussi nourri cette r&#233;flexion, quoique je n'en traiterai pas pr&#233;cis&#233;ment ici (sauf en ce qui concerne un aspect qui sera &#233;voqu&#233; &#224; la fin de ce texte).&lt;br class='autobr' /&gt;
Au del&#224; de la question de savoir si nous sommes sortis du capitalisme industriel (question-titre de l'ouvrage &#233;dit&#233; par C. Vercellone 8), l'autre probl&#232;me auquel nous sommes plus particuli&#232;rement confront&#233;s est le suivant : entrons nous dans un capitalisme technologique, ou bien dans un capitalisme cognitif ? Nous avons en quelque sorte deux candidats &#224; la nouvelle centralit&#233; du capitalisme 9. Avant d'exposer les arguments qui nous font pencher en faveur de l'hypoth&#232;se du capitalisme cognitif, nous devons examiner, pour l'&#233;carter, la th&#232;se de l'entr&#233;e dans un capitalisme technologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;crits sur la nouvelle &#233;conomie traduisent bien la forte ambigu&#239;t&#233; dont a &#233;t&#233; porteuse cette p&#233;riode. D'un c&#244;t&#233;, un grand nombre de commentateurs et d'analystes ont privil&#233;gi&#233; la dimension technique. Certains &#224; l'exc&#232;s, donnant lieu &#224; des d&#233;rives utopiques sur la cybersoci&#233;t&#233;, ou sur les cons&#233;quences &#233;conomiques des nouvelles technologies sur une longue p&#233;riode. Ils ont retenu le formidable investissement dans les nouveaux &#233;quipements. D'autres, plus rares sur le moment, et plus nombreux par la suite, ont mis en avant les d&#233;rives issues de la mont&#233;e de l'immat&#233;riel dans l'&#233;valuation du capital des firmes. Pour clarifier le d&#233;bat, il faut dissocier ces deux dimensions, la technique d'un c&#244;t&#233;, la connaissance et l'immat&#233;riel de l'autre. Nous montrerons, dans la troisi&#232;me partie, que la mont&#233;e de la connaissance et de l'information comme forme centrale de l'investissement dans les soci&#233;t&#233;s contemporaines peut &#234;tre abord&#233;e en des termes et justifi&#233;e &#224; partir d'arguments qui ne doivent rien (ou peu) &#224; la mont&#233;e des TIC.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la partie qui suit je vais traiter de la pertinence de la technique comme principe d'unit&#233; et mode de caract&#233;risation du capitalisme contemporain. Il s'agit d'&#233;valuer la place de la dimension technique des transformations contemporaines et de se demander si, au plan factuel.&lt;br class='autobr' /&gt;
8 C. Vercellone (ed.), Sommes-nous sortis du capitalisme industriel ? La Dispute, 2003.&lt;br class='autobr' /&gt;
9 Nous &#233;voquerons ci-dessous deux autres options qui nous sont propos&#233;es : celle de l'&#233;mergence d'un capitalisme financier d'une part, celle de l'entr&#233;e dans la soci&#233;t&#233; de la connaissance d'autre part. 7 ou logique, leur importance permet de consid&#233;rer que le capitalisme &#233;volue vers un capitalisme technologique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Allons-nous vers un capitalisme technologique ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;La th&#232;se&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mutation actuelle du capitalisme est-elle essentiellement de nature technologique ? L'&#233;volution en cours est-elle caract&#233;risable essentiellement par le franchissement significatif d'un seuil technologique, ce qui suffirait &#224; en d&#233;terminer la nature ? Dit d'une autre fa&#231;on : La technique occupe-t-elle une place centrale dans l'&#233;volution du capitalisme contemporain au point de pouvoir affirmer que nous serions entr&#233;s dans un capitalisme technologique ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette question peut &#234;tre interpr&#233;t&#233;e de deux fa&#231;ons :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;elle laisse sugg&#233;rer que, en g&#233;n&#233;ralisant, le capitalisme passe, au cours de son &#233;volution par des stades traduisant une intensit&#233; technique accrue et/ou des changements technologiques significatifs. Cette interpr&#233;tation peut &#234;tre &#233;ventuellement mise en relation avec l'analyse des cycles longs Kondratiev.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;elle peut signifier aussi que le capitalisme a atteint un stade particulier caract&#233;ris&#233; par une place de la technologie plus significative et importante qu'auparavant. Parce que la technologie aurait franchi un saut qualitatif majeur. Eventuellement, aussi, du fait d'une meilleure ma&#238;trise des processus de conception ou d'une utilisation plus intensive ou syst&#233;matique de la science. Ou plus simplement parce que le syst&#232;me technicien, pour reprendre l'expression de J. Ellul, aurait atteint un niveau de d&#233;ploiement &#233;lev&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'importance attribu&#233;e &#224; la dimension technologique &#224; l'occasion de l'&#233;volution actuelle ne doit pas surprendre. La nouvelle &#233;conomie, et les performances surprenantes de l'&#233;conomie am&#233;ricaine durant cette phase ont fait resurgir un certain nombre d'utopies ou de mythes. Parmi lesquels celui de la technique consid&#233;r&#233;e en soi comme facteur de progr&#232;s et de croissance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on accepte d'aller au del&#224; des discours mythiques, cette importance peut &#234;tre discut&#233;e. Entendons nous bien. Ce n'est pas l'id&#233;e de l'approfondissement de la soci&#233;t&#233; moderne en tant que soci&#233;t&#233; technicienne qui est en cause. C'est la nature de la transformation du capitalisme qui est en jeu. C'est la caract&#233;risation du capitalisme contemporain en tant qu'elle doit qualifier un type d'accumulation, une orientation ou une conception du progr&#232;s. Ce qui est en question c'est donc le fait de savoir s'il est pertinent (juste empiriquement) et opportun (juste analytiquement) de consid&#233;rer que le capitalisme contemporain se caract&#233;rise par l'accumulation de techniques ou d'une certaine cat&#233;gorie de techniques. Que l'accumulation de techniques est le vecteur central du progr&#232;s. Nous pouvons donner deux exemples de chercheurs qui ont expos&#233; et d&#233;fendu la th&#232;se de l'av&#232;nement d'un capitalisme technologique. L. Karpik d'abord, M. Beaud ensuite. Pour L. 8 Karpik, sociologue (Directeur du Centre de Sociologie de l'Innovation de l'Ecole des Mines dans les ann&#233;es soixante-dix), c'est la place de la science qui justifie l'&#233;mergence d'une nouvelle forme de capitalisme : : &#171; La combinaison d'un nouveau type de science - la science de la transformation organis&#233;e- et du processus de production et de cr&#233;ation de produits d&#233;termine la formation d'une forme d'&#233;conomie que l'on nomme capitalisme technologique et qui a pour r&#232;gle de fonctionnement la puissance &#187; (Science, rationalit&#233; et industrie, n&#176; sp&#233;cial de la revue Sociologie du travail, 1972, p. 2). L'acteur central de ce capitalisme est &#171; la grande entreprise de pointe &#187;. Ce qui est caract&#233;ristique c'est que les op&#233;rations de recherche sont int&#233;gr&#233;es au syst&#232;me de production si bien que &#171; la science de la transformation organis&#233;e devient la base de la strat&#233;gie industrielle &#187; (ibid, p. 17). Selon L. Karpik, la puissance est le &#171; principe cach&#233; &#187; de fonctionnement des relations sociales codifi&#233;es. Se distinguant du profit et de la croissance, la puissance n'est cependant pas observable.&lt;br class='autobr' /&gt;
La th&#232;se du capitalisme technologique de L. Karpik nous semble en fait constituer une r&#233;actualisation du second Schumpeter, c'est-&#224;-dire celui de Capitalisme, Socialisme et&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;mocratie.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un peu la m&#234;me th&#232;se que d&#233;veloppe M. Beaud en mettant &#233;galement l'accent sur la &#171; nouvelle alliance du capitalisme et de la science &#187; (Le basculement du monde, 1997, Ed. La D&#233;couverte, p. 197). Il s'agit d'un capitalisme &#171; port&#233; par les nouvelles vagues technologiques qu'il contribue &#224; susciter et &#224; entretenir ; informatique, t&#233;l&#233;transmission,... biotechnologies..-technologies qui, pour de nombreuses applications, peuvent ou doivent se combiner &#187; (Ibid., p. 196). Mais ce capitalisme nouveau, selon M. Beaud, s'accompagne d'un &#171; nouvel &#233;largissement &#187; qui peut &#234;tre celui d'un &#171; capitalisme g&#233;n&#233;ralis&#233; &#187; reposant sur la &#171; g&#233;n&#233;ralisation de la marchandise &#187; (Ibid., p. 198).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me soulev&#233; par ce type d'approche a un fait un caract&#232;re g&#233;n&#233;ral qui va au del&#224; de la p&#233;riode contemporaine. M&#234;me si, parce que nous y sommes immerg&#233;s, ce sont &#233;videmment les transformations technologiques observ&#233;es depuis une dizaine d'ann&#233;es qui retiennent notre attention et auxquelles nous pouvons nous r&#233;f&#233;rer. Sous sa forme g&#233;n&#233;rale, le probl&#232;me auquel nous sommes confront&#233;s est celui de la technologie comme &#171; moteur &#187; ou comme facteur d&#233;terminant de la croissance et du progr&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous allons d&#233;velopper &#224; ce sujet 3 types d'arguments :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;les premiers pour montrer que, selon certaines analyses, le progr&#232;s technique constitue un &#233;l&#233;ment d&#233;terminant de la croissance et que les mutations technologiques de la nouvelle &#233;conomie ont en effet un caract&#232;re sp&#233;cifique,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;le second groupe pour relativiser la mont&#233;e en puissance technologique de la nouvelle &#233;conomie,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;le troisi&#232;me groupe pour souligner qu'en fait la technologie n'est jamais seule en jeu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont des arguments de nature &#233;conomique qui retiennent &#233;videmment notre attention.&lt;br class='autobr' /&gt;
9&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venons en au premier argument&lt;br class='autobr' /&gt;
Le progr&#232;s technique appara&#238;t comme un facteur d&#233;terminant (c'est-&#224;-dire causal et important) dans une grande partie des analyses de la croissance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je souligne : croissance et non progr&#232;s. Les &#233;conomistes recourent g&#233;n&#233;ralement au taux de croissance comme crit&#232;re de performance d'une soci&#233;t&#233;. L'importance et le r&#244;le de la technologie s'appr&#233;cient quantitativement &#224; partir de l'analyse des facteurs de la croissance. Le mod&#232;le le plus connu et qui a jou&#233; un r&#244;le essentiel est le mod&#232;le de Solow. Le r&#244;le du progr&#232;s technique est mesur&#233; &#224; partir de ce qu'on appelle le r&#233;sidu de Solow, c'est-&#224;-dire par la part de la croissance du produit global qui ne s'explique pas par la croissance des quantit&#233;s des facteurs de production, le travail et le capital. Cette part, que l'on appelle le gain de productivit&#233; totale des facteurs c'est-&#224;-dire la croissance de la productivit&#233; de la combinaison de facteurs, est cens&#233;e repr&#233;senter l'effet du progr&#232;s technique. Son application &#224; l'&#233;conomie am&#233;ricaine pour la p&#233;riode 1909-1949 montre que la variation de la productivit&#233; totale constitue de loin le facteur le plus important de la croissance (&#171; d&#233;terminant &#187; &#233;vit&#233; pour &#233;viter causalisme). Les 7/8 de la variation du produit par t&#234;te sont ainsi imputables au progr&#232;s technique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien &#233;videmment, cette mesure du progr&#232;s technique appara&#238;t assez grossi&#232;re et, depuis d'autres m&#233;thodes ont &#233;t&#233; appliqu&#233;es pour r&#233;duire le r&#233;sidu et affiner l'&#233;valuation. En France les travaux les plus connus sont ceux de E. Malinvaud, D. Carr&#233; et P. Dubois. Ce qui est int&#233;ressant, c'est que dans ce type de mod&#232;le la technologie est exog&#232;ne. Ce qui est &#233;videmment d&#233;cevant sinon paradoxal compte tenu de son importance empiriquement av&#233;r&#233;e. La croissance s'explique pour l'essentiel par ce qui n'est pas dans le mod&#232;le. Ce type de mod&#232;le repr&#233;sente le syst&#232;me productif d'une &#233;conomie r&#233;duite &#224; son expression la plus simple : une fonction de production macro&#233;conomique. Il n'y a pas d'acteurs et il n'y a pas de d&#233;cision. Ce mod&#232;le s'applique a priori &#224; n'importe quel type de pays, quel que soit son niveau de d&#233;veloppement et son organisation &#233;conomique. Tout repose sur des analyses de productivit&#233; ou de substitution capital travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette analyse des facteurs de la croissance occupe une place consid&#233;rable dans le d&#233;bat relatif &#224; la nouvelle &#233;conomie. Elle est utilis&#233;e pour trois motifs :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;d'abord parce que, s'agissant d'&#233;valuer le r&#244;le des nouvelles technologies dans la croissance, il fallait un outil permettant d'appr&#233;cier l'&#233;volution de la productivit&#233; globale des facteurs - ensuite &#224; cause du paradoxe de Solow (&#171; je vois des ordinateurs partout sauf dans les statistiques &#187;, New York Times, 1981). Les &#233;conomistes avaient &#233;t&#233; surpris par l'arr&#234;t ou le tr&#232;s fort ralentissement des gains de productivit&#233; globale au d&#233;but des ann&#233;es soixante dix (cf. les articles d'Englander dans la Revue &#233;conomique de l'OCDE). Ce ph&#233;nom&#232;ne n'avait pas re&#231;u d'explication satisfaisante et le paradoxe de Solow ne faisait qu'accro&#238;tre la perplexit&#233; des analystes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;enfin parce que l'&#233;valuation de la productivit&#233; constituait en autre enjeu important, cette fois pour la politique mon&#233;taire.&lt;br class='autobr' /&gt;
10&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La productivit&#233; est en effet un facteur lib&#233;rateur ou cr&#233;ateur de ressources : lorsqu'on est en plein emploi la croissance potentielle augmente. Certes il y avait encore du ch&#244;mage au d&#233;but des ann&#233;es 90 aux Etats-Unis, mais celui-ci avait beaucoup recul&#233;. Nous &#233;tions &#224; un minimum et le d&#233;bat sur la productivit&#233; avait un r&#244;le strat&#233;gique dans la d&#233;termination de la politique mon&#233;taire. La croissance pouvait &#234;tre non inflationniste si, malgr&#233; un ch&#244;mage tr&#232;s faible, des gains de productivit&#233; &#233;taient pr&#233;sents.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'analyse statistique a contribu&#233; &#224; laisser penser que les Etats Unis franchissaient une &#233;tape historique. En effet, si les gains de productivit&#233; globale avaient fortement chut&#233; &#224; partir du d&#233;but des ann&#233;es 70, leur remont&#233;e &#224; la fois impr&#233;vue et subite au milieu des ann&#233;es 90 &#233;tait interpr&#233;t&#233;e de fa&#231;on optimiste. Tout se passait comme si, apr&#232;s des ann&#233;es d'attente, l'informatique commen&#231;ait enfin &#224; produire ses effets si bien que l'on pouvait &#234;tre assur&#233;, dor&#233;navant, que les effets b&#233;n&#233;fiques de ces investissements allaient se manifester d&#233;sormais r&#233;guli&#232;rement. C'est le pari qu'a fait A. Greenspan en 1996, contre l'avis de la plupart des membres du comit&#233; de la Fed.&lt;br class='autobr' /&gt;
Beaucoup pens&#232;rent alors que l'&#233;conomie la plus avanc&#233;e, les Etats-Unis, atteignaient un stade particulier de d&#233;veloppement imputable essentiellement au d&#233;veloppement des nouvelles technologies.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un autre &#233;l&#233;ment contribuait &#224; donner &#224; au changement technologique en cours un caract&#232;re exceptionnel. Les technologies dont il s'agit sont ce qu'on appelle des technologies g&#233;n&#233;riques (en anglais on les baptise par l'acronyme GPT : General Purpose Technology). Autrement dit elles peuvent &#234;tre appliqu&#233;es dans tous les secteurs et &#234;tre m&#234;l&#233;es avec d'autres technologies pour g&#233;n&#233;rer tout un ensemble d'applications nouvelles. La technologie essentielle n'est d'ailleurs pas celle des &#233;quipements mais celle du software. De plus les technologies nouvelles ne sont pas seulement des technologies &#224; usage professionnel. Il s'agit aussi de technologies concernant des objets et des usages finaux nouveaux. Ce qui est important : il y a continuit&#233; et homog&#233;n&#233;it&#233; entre les technologies utilis&#233;s dans les entreprises et celles utilis&#233;es au foyer ou pour des usages de distraction. C'est une des manifestations de la convergence num&#233;rique. Les raisons ne manquent donc pas pour reconna&#238;tre le caract&#232;re exceptionnel des mutations technologiques des ann&#233;es 90, pour consid&#233;rer qu'une &#233;tape historique &#233;tait franchie et que la &#171; mauvaise passe &#187; des ann&#233;es 70 et 80 &#233;tait enfin conjur&#233;e. J'en viens &#224; une s&#233;rie d'arguments destin&#233;s &#224; relativiser la r&#233;volution technologique des ann&#233;es 90 aux Etats Unis :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;D'abord les gains de productivit&#233; des ann&#233;es 90, lorsqu'on les d&#233;taille, sont concentr&#233;s, statistiquement, dans le secteur de la fabrication des biens durables et ne semblent pas avoir diffus&#233; dans les autres secteurs. L'analyse montre d'ailleurs qu'ils sont concentr&#233;s dans le secteur de production du mat&#233;riel informatique. Mais une &#233;tude qualitative faite par le Cabinet MacKinsey a montr&#233; que sur les quatre secteurs ayant connu les gains de productivit&#233; les plus importants, deux rel&#232;vent de l'ancienne &#233;conomie, notamment le secteur de la distribution.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;En 2000 Robert Gordon, un &#233;conomiste am&#233;ricain qui a beaucoup &#233;tudi&#233; la p&#233;riode de la nouvelle &#233;conomie sur le plan statistique et se pr&#233;sente lui-m&#234;me comme un sceptique, a rapproch&#233; ce qu'on appelait la r&#233;volution Internet des innovations de la fin du XIXi&#232;me si&#232;cle (celles de la seconde r&#233;volution industrielle : &#233;clairage &#233;lectrique, moteur &#233;lectrique,&lt;br class='autobr' /&gt;
11 automobile, transport a&#233;rien et automobile, industrie chimique moderne, le t&#233;l&#233;phone, le cin&#233;ma, la radio... ). La conclusion de son analyse est d&#233;favorable &#224; Internet dont les effets ne sont, selon lui, &#224; la hauteur d'aucune des innovations de la fin du XIXi&#232;me si&#232;cle cit&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Dans ce registre, celui des r&#233;volutions technologiques, comment ne pas penser &#224; l'analyse que fit Marx de la r&#233;volution industrielle anglaise, soutenant que la r&#233;volution industrielle n'est pas la cons&#233;quence du brusque accroissement &#233;nerg&#233;tique de la machine &#224; vapeur. C'est &#171; la cr&#233;ation de la machine-outil qui rendit n&#233;cessaire, &#233;crit-il, la machine &#224; vapeur r&#233;volutionn&#233;e &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;Une autre fa&#231;on de relativiser consiste &#224; observer que le progr&#232;s technique constitue une &#233;volution normale pour un syst&#232;me capitaliste et que celui-ci peut conna&#238;tre des a coups importants, notamment de caract&#232;re cyclique. Deux auteurs ont fourni sur ce point des analyses essentielles. Dans l'ordre chronologique Marx d'abord, avec la place centrale du taux de profit et l'&#233;volution de la composition organique du capital. Apr&#232;s K. Marx, J. Schumpeter avec son analyse de l'innovation, n&#233;cessaire au maintien du syst&#232;me capitaliste lui-m&#234;me. Les analyses de Marx et de Schumpeter, de fa&#231;on diff&#233;rentes mais convergentes fournissent des explications de la relation entre capitalisme et technologie. Nous sommes dans des visions o&#249; le capitalisme implique une force transformatrice impuls&#233;e par des acteurs particuliers : l'entrepreneur chez Schumpeter, puis la grande entreprise ; la bourgeoisie chez Marx. Le capitalisme appara&#238;t comme un moteur d'accumulation et de changement. Schumpeter et Marx d&#233;clarent tous deux de fa&#231;on diff&#233;rente que le capitalisme c'est une dynamique, une &#233;volution. Pour Marx le mode de production capitaliste a un &#171; aspect r&#233;volutionnaire permanent &#187;. Et Schumpeter &#233;crit que &#171; le capitalisme consiste essentiellement en un processus d'&#233;volution &#187; r&#233;sultant de l'exploitation des inventions par les entrepreneurs (Capitalisme, Socialisme et D&#233;mocratie, Payot, pp. 185 et 186).&lt;br class='autobr' /&gt;
Chez K. Marx, c'est le principe de l'accumulation issue de la plus value puis l'&#233;volution de la composition organique du capital qui sont affirm&#233;s comme les &#233;l&#233;ments d&#233;terminants. Chez J. Schumpeter, c'est l'existence m&#234;me du capitalisme qui est en jeu (v&#233;ritable processus d'autopo&#239;&#232;se).&lt;br class='autobr' /&gt;
Tous deux insistent aussi, dans des termes &#233;galement tr&#232;s proches, sur le r&#244;le de la concurrence.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;Une autre manifestation importante mais indirecte du progr&#232;s technique dans une &#233;conomie de march&#233; est la division du travail. Smith est le premier &#224; avoir soulign&#233; cette dynamique mais c'est au d&#233;but du XXi&#232;me si&#232;cle qu'A. Young d&#233;veloppe une analyse plus syst&#233;matique de la relation entre division du travail et croissance. Ce qui souligne le lien entre intensification de la technologie et d&#233;ploiement de la soci&#233;t&#233; industrielle Bref, d&#232;s lors que la technologie est reconnue comme endog&#232;ne, la dynamique du syst&#232;me est plus dans le capitalisme lui-m&#234;me, dans les actes et les intentions des acteurs en charge des investissements et de l'accumulation, que dans la technique 10. J. Schumpeter part de l'id&#233;e qu'il y a en permanence des inventions et que ce qui est d&#233;terminant c'est l'innovation, c'est-&#224;dire l'acte entrepreneurial. Les analyses qui ont imm&#233;diat suivi ont davantage port&#233; sur la raret&#233; des entrepreneurs que de celle des inventions. Au travers de l'importance reconnue &#224; la&lt;br class='autobr' /&gt;
10 A leur fa&#231;on, les th&#233;ories de la croissance endog&#232;ne exploitent cette id&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
12 cr&#233;ation d'entreprises, aux start up et au capital-risque, on est bien aujourd'hui sur la m&#234;me ligne de pens&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le dernier argument sur lequel nous voulons insister pour relativiser l'affirmation du r&#244;le d&#233;terminant de l'&#233;volution technologique des ann&#233;es 90 consiste &#224; observer que la technologie n'est pas seule en jeu. Ce qui va nous amener &#224; une r&#233;flexion plus g&#233;n&#233;rale sur sa nature. La technologie n'est pas seule en jeu parce que, dans le syst&#232;me productif, les facteurs organisationnels jouent un r&#244;le important. Les &#233;conomistes qui ont &#233;tudi&#233; la nouvelle &#233;conomie ont r&#233;alis&#233; assez tardivement le fait que l'efficacit&#233; des nouvelles technologies d&#233;pend directement du contexte et des conditions de leur mise en &#339;uvre. (P. David, Eskenazy). Il y eut d'ailleurs, en France, le rapport Riboud de 1987, puis le rapport d'A. d'Iribarne de 1989 sur la comp&#233;titivit&#233;. Ces rapports (et d'autres &#233;tudes) montrent que &#171; les nouvelles technologies n'induisent pas d'am&#233;lioration automatique si elles ne sont pas accompagn&#233;es d'une volont&#233; de repenser les m&#233;tiers et les organisations &#187; (p. 11, d'Iribarne). La technologie n'est jamais seule en jeu parce qu'elle ne d&#233;termine pas, seule, ses domaines et ses conditions d'application. Ou alors il s'agit d'une technologie appliqu&#233;e et sp&#233;cialis&#233;e, parfaitement programmable. Mais consid&#233;rer en bloc les TIC ne nous informe en rien sur les motifs de ces investissements et sur la nature des transformations recherch&#233;es. Si les TIC sont des GPT, a fortiori ce sont des outils de base dont les usages sont potentiellement vari&#233;s et constituent un ensemble ouvert.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons pos&#233; auparavant le principe que ce qui compte, ce n'est pas l'accumulation en soi, mais l'orientation de l'accumulation. La technique peut-elle tenir lieu d'orientation de l'accumulation ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans doute si l'on pense que les acteurs sont fascin&#233;s par la technique, qu'ils vont syst&#233;matiquement vouloir investir dans des dispositifs intenses en technique ou syst&#233;matiquement en objets nouveaux. Mais il s'agit l&#224; d'une d&#233;rive technicienne (que l'on peut voir instrumentalis&#233;e dans les strat&#233;gies de groupes &#233;quipementiers dans les t&#233;l&#233;communications ou dans la strat&#233;gie consommatrice de puissance de Microsoft). Comme l'a &#233;crit A. Riboud, il ne faut pas imputer &#171; aux nouvelles technologies des transformations essentielles de l'entreprise qui sont plut&#244;t &#224; mettre sur le compte de bouleversements &#233;conomiques &#187; (Pr&#233;face &#224; l'ouvrage d'A. d'Iribarne, p. 11). Autrement dit ce sont les changements externes qui poussent les entreprises &#224; concevoir de nouvelles solutions et &#224; faire appel &#224; la technologie, en cherchant certains effets.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;finition m&#234;me de la notion de technique r&#233;v&#232;le d'ailleurs cette ambigu&#239;t&#233; ou, du moins, cette double nature de la technique. Si celle-ci peut &#234;tre d&#233;finie par sa fonction, qui est de produire des artefacts (de Bruyne, Politique de la connaissance. Analyse des enjeux et d&#233;cisions, Bruxelles, De B&#339;ck, 1988, p. 18), il faut observer que cette production associe une logique interne qui porte sur les id&#233;es et les concepts &#224; mobiliser et assembler, et une logique contextuelle de satisfaction d'une demande (de Bruyne, Ibid, p. 20). Lorsqu'on parle de technique on pense g&#233;n&#233;ralement &#224; la &#171; logique interne &#187;. Or celle-ci n'&#233;puise pas le sens de la notion. La technique n'est pas que technique !&lt;br class='autobr' /&gt;
Finalement, les d&#233;veloppements r&#233;cents autorisent-ils &#224; d&#233;fendre la th&#232;se d'un capitalisme technologique ? La r&#233;volution technologique (en tant que technologie) est-elle d'une 13 importance telle qu'elle puisse justifier et caract&#233;riser une phase nouvelle du capitalisme industriel (L. Karpik) ou un stade de capitalisme post-industriel ? La technologie peut elle &#234;tre en soi, hors des relations sociales, des structures d'usages ou de production, hors des objectifs au service desquels elle est mise, un facteur explicatif et caract&#233;ristique suffisant des changements en cours ? Peut on r&#233;ellement consid&#233;rer que la technologie (ou plut&#244;t une certaine famille de technologies, les NTIC) puisse &#234;tre, &#224; elle seule, un facteur explicatif ou qu'elle constitue par elle m&#234;me un principe d'unit&#233; ou de coh&#233;rence du nouveau capitalisme ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne le pensons pas pour les raisons qui ont &#233;t&#233; &#233;nonc&#233;es. Si le capitalisme industriel se caract&#233;rise par des rapports de production et un r&#233;gime d'accumulation sp&#233;cifiques, la technologie ne peut suffire, seule, &#224; caract&#233;riser et expliquer un stade nouveau et donc une transformation de ces rapports. Ce qui reviendrait &#224; supposer qu'elle d&#233;termine l'organisation et les rapports de production. Nous nous engagerions alors dans la voie d'un d&#233;terminisme technologique. Direction que nous refusons de prendre 11. Un dernier argument peut &#234;tre avanc&#233; &#224; l'encontre de la th&#232;se du capitalisme technologique. Nous avons montr&#233; ci-dessus que la technologie ne peut pas &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme seule d&#233;terminante, en derni&#232;re instance, de la croissance. Une th&#232;se voisine, exprim&#233;e dans le langage de la th&#233;orie de la valeur, revient &#224; dire que les moyens techniques, c'est-&#224;-dire le capital, ne peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme productifs de valeur (au sens de valeur d'&#233;change). Comme l'&#233;crit M. Henry : &#171; Qu'on pose maintenant un proc&#232;s mat&#233;riel de production d'o&#249; le travail vivant serait exclu, ce proc&#232;s n'est plus un proc&#232;s de valorisation, aucun syst&#232;me de valeur n'en r&#233;sulte et ne peut en r&#233;sulter, le capitalisme est d&#233;sormais impossible &#187; (Marx, 1976, Gallimard, Tome II, p. 450). Le stade ultime de la technique ou, ce qui revient au m&#234;me, l'illusion de la technique productrice par elle-m&#234;me, conduit &#224; cette situation paradoxale o&#249; une quantit&#233; importante de valeur d'usage est associ&#233;e &#224; une quantit&#233; n&#233;gligeable sinon nulle de valeur d'&#233;change. Au sens Marxien, dans ce cas, le capital n'est pas productif : &#171; ... le capital ne produit pas de plus value s'il n'utilise pas le travail vivant &#187; ( K. Marx in les Grundrisse).&lt;br class='autobr' /&gt;
11 Nous refusons l'id&#233;e que la technique ou, plus g&#233;n&#233;ralement, le syst&#232;me scientifique et technique puisse &#234;tre consid&#233;r&#233; comme le facteur causal premier (exog&#232;ne) du changement de r&#233;gime. Ainsi, l'analyse en terme de paradigme techno-&#233;conomique (C. Freeman et C. Perez) semble souvent prendre pour acquis et donn&#233; l'apparition d'un facteur nouveau ou d'une ressource nouvelle &#224; partir de laquelle s'&#233;chafaude le nouveau paradigme. En termes tr&#232;s g&#233;n&#233;raux, il nous semble r&#233;ducteur a priori de concevoir les mutations structurelles comme &#233;tant la cons&#233;quence globale de la modification d'une cause unique exog&#232;ne. Cela revient &#224; consid&#233;rer que la soci&#233;t&#233; est mise en mouvement de l'ext&#233;rieur, donc &#224; nier ou limiter sa capacit&#233; d'autor&#233;gulation. &#202;tre contre le d&#233;terminisme technologique ne signifie pas &#234;tre contre la technique ou &#234;tre hostile &#224; l'id&#233;e que la technique puisse jouer un r&#244;le important. L'id&#233;e centrale est que la technique vaut essentiellement par ses usages et que ceux-ci se construisent socialement et dans le temps. Il faut distinguer l'invention de l'innovation. Et il faut distinguer l'innovation r&#233;ussie, diffus&#233;e, de l'innovation rest&#233;e peu ou non exploit&#233;e. Et il faut distinguer aussi les usages pr&#233;vus des usages effectifs : les acteurs &#171; bricolent &#187;, d&#233;tournent, modifient les objets techniques. Nous sommes favorables &#224; un point de vue n&#233;o-&#233;volutionniste et/ou constructiviste. Ainsi, l'informatique s'est d&#233;velopp&#233;e sur 40 ans. La premi&#232;re informatique (ann&#233;es 50/60) est diff&#233;rente de la seconde (ann&#233;es 80 et sq). L'informatique de production (robotique etc... ) n'est pas la m&#234;me que l'informatique de gestion ou encore que l'informatique scientifique. Avancer que l'informatique est &#224; l'origine d'un nouveau stade du capitalisme est un abus de langage ou un raccourci audacieux. L'informatique s'est d&#233;velopp&#233;e parce qu'elle &#171; r&#233;pondait &#187; &#224; des besoins (qui ont &#233;merg&#233; aussi progressivement, en partie en fonction de l'informatisation). En mati&#232;re de changements &#171; structurels &#187;, ni les besoins, ni la technique ne sont &#171; premiers &#187;. C'est un processus d'ajustement r&#233;ciproque qui se d&#233;ploie dans le temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
14&lt;br class='autobr' /&gt;
J'en viens maintenant &#224; la troisi&#232;me partie de mon expos&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Introduction au capitalisme cognitif&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette partie, je justifierai l'usage de la notion de capitalisme cognitif en exposant les arguments favorables &#224; cette approche. Mais je m'interrogerai, en conclusion, sur la nature r&#233;elle de la connaissance. Ce qui signifie que le capitalisme cognitif n'est pas seulement une hypoth&#232;se sur la nature du capitalisme contemporain. Il s'agit aussi d'un cadre d'analyse permettant de d&#233;velopper un point de vue critique et d'identifier les tensions et les conflits dont cette formation est porteuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne doit pas chercher &#224; caract&#233;riser la p&#233;riode du capitalisme dans laquelle nous sommes entr&#233;s par la nature de la technologie qu'elle met en &#339;uvre et a fortiori par les types d'investissements mat&#233;riels r&#233;alis&#233;s (objets techniques). Les investissements en technologies de l'information et de la communication, au sens mat&#233;riel du terme, sur lesquels les &#233;conomistes centrent souvent leur attention, sont plut&#244;t un sympt&#244;me ou un signal des changements en cours. Elles n'en donnent pas le sens v&#233;ritable. Le d&#233;veloppement observ&#233; de ces technologies doit au mieux &#234;tre interpr&#233;t&#233; comme le signe d'un besoin ou de l'intention de r&#233;pondre &#224; un certain nombre de probl&#232;mes ou de contraintes. En l'occurrence, il s'agit d'&#233;tendre ou de modifier la capacit&#233; d'intervention des acteurs, sinon de la soci&#233;t&#233;, dans une certaine direction : coordination &#233;tendue, cr&#233;ation et conception de produits et de proc&#233;d&#233;s de fa&#231;on ma&#238;tris&#233;e, engagement dans des r&#233;seaux, accumulation de donn&#233;es sur les clients et la concurrence, &lt;br class='autobr' /&gt;
. Nous allons revenir sur ces points. Un certain nombre d'investissements de connaissance et d'information ont d'ailleurs un caract&#232;re non mat&#233;riel et traduisent des efforts de rationalisation. Mais ils ne sont pas toujours mesur&#233;s et pris en consid&#233;ration (organisation, gestion plus particuli&#232;rement). Nous allons y revenir aussi.&lt;br class='autobr' /&gt;
La th&#232;se de l'entr&#233;e dans une &#233;poque nouvelle baptis&#233;e capitalisme cognitif part de l'id&#233;e qu'un type d'accumulation tend &#224; occuper une place centrale dans la dynamique de la soci&#233;t&#233; : l'accumulation de la connaissance et de la cr&#233;ativit&#233;. La connaissance et l'information constituent la source principale de la productivit&#233;. Cette orientation vient se substituer &#224; celle qui pr&#233;vaut durant la p&#233;riode du capitalisme industriel et qui privil&#233;gie les investissements en machines et en organisation du travail. Mais l'entreprise n'est pas seule &#224; produire, g&#233;rer ou exploiter la connaissance. C'est un processus n&#233;cessairement collectif. Si bien que dans un syst&#232;me reposant sur une &#233;conomie d&#233;centralis&#233;e et priv&#233;e, la question de l'appropriation des connaissances est centrale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour la th&#232;se du capitalisme cognitif l'enjeu se situe d'abord au niveau du contr&#244;le et de la captation de certains effets d'un nouveau type d'accumulation portant essentiellement sur la connaissance et une certaine cr&#233;ativit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons &#233;cart&#233; la th&#232;se d'un capitalisme technologique. Avant d'aller plus loin, il faut nous arr&#234;ter quelques instant sur la th&#232;se d'un capitalisme financier et sur celle de la soci&#233;t&#233; de la connaissance de l'OCDE.&lt;br class='autobr' /&gt;
15&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme financier et la soci&#233;t&#233; de la connaissance : deux hypoth&#232;ses concurrentes ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne pensons pas que la notion de capitalisme financier suffise &#224; caract&#233;riser le type de capitalisme en cours d'&#233;mergence. Non pas que nous soyons en d&#233;saccord avec les analyses qui mettent en &#233;vidence certaines d&#233;rives et soulignent la place d&#233;sormais occup&#233;e par un certain nombre d'institutions et d'op&#233;rations financi&#232;res.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui est mis en avant par les tenants de la th&#232;se du capitalisme financier c'est le d&#233;placement du pouvoir qui s'op&#232;re au profit des investisseurs institutionnels intervenant au nom de l'actionnariat salari&#233;. D'ailleurs, cette th&#232;se s'accompagne de propositions destin&#233;es &#224; r&#233;&#233;quilibrer le pouvoir de fa&#231;on &#224; ce que les salari&#233;s, au travers des syndicats, puisse peser sur les arbitrages sinon prendre le contr&#244;le des fonds de pension (M. Aglietta, R&#233;gulation et crises du capitalisme, 2i&#232;me &#233;dition, O. Jacob, 1997, Postface, p. 463). Le dernier ouvrage publi&#233; sur ce th&#232;me par M. Aglietta (Le capitalisme financier et ses d&#233;rives, Albin Michel, 2004) ne s'ach&#232;ve-t-il pas par une r&#233;flexion sur les conditions d'une plus grande d&#233;mocratie &#233;conomique au travers, notamment, des formes de gouvernance des entreprises ? Nous voyons dans cette orientation donn&#233;e &#224; l'analyse du capitalisme contemporain, m&#234;me si nous la partageons, un effort de compr&#233;hension du capitalisme en tant qu'organisation du pouvoir &#233;conomique, plut&#244;t qu'une r&#233;flexion sur l'organisation globale de la production dans ses diff&#233;rentes dimensions : technique, sociale, organisationnelle 12. C'est dans cet esprit que nous avons propos&#233; la notion de capitalisme cognitif. Elle conjoint la caract&#233;risation du mode de pouvoir &#233;conomique (capitalisme) et celle de l'organisation productive aujourd'hui fond&#233;e, selon nous, sur la connaissance. La th&#232;se d'une orientation cognitive de l'accumulation n'est absolument pas incompatible avec une mutation du syst&#232;me de pouvoir telle qu'il est caract&#233;ris&#233; par M. Aglietta.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est d'ailleurs pour la raison sym&#233;trique que la notion d'&#233;conomie fond&#233;e sur la connaissance de l'OCDE ne nous convainc pas. Outre le fait qu'elle semble accorder une place trop importante aux aspects techniques (investissements, activit&#233;s techniques et r&#244;le d&#233;terminant de la technique) au d&#233;triment des relations sociales, elle abandonne et semble ignorer l'importance de la r&#233;partition des pouvoirs sur la dynamique de transformation. Elle construit un projet hors de l'histoire &#233;conomique, industrielle et sociale, que l'on peut qualifier de technocratique au sens strict, sans intention p&#233;jorative.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certes, on peut l&#233;gitimement se demander si l'ordre productif et l'ordre &#233;conomique et politique sont dissociables, ou si l'un ne prend pas le pas sur l'autre. Ils sont distinguables plut&#244;t que dissociables. Nous en prendrons pour seule preuve que la soci&#233;t&#233; industrielle a pu &#234;tre mise en &#339;uvre aussi bien par un capitalisme de type anglo-saxon, que par le capitalisme appel&#233; rh&#233;nan (capitalisme fran&#231;ais ?) ou encore que par un syst&#232;me socialiste d'Etat.&lt;br class='autobr' /&gt;
12 L'analyse des d&#233;rives ou de certaines manifestations du capitalisme financier a aussi sa place dans la compr&#233;hension du r&#244;le de la finance dans l'organisation de la production, dans les strat&#233;gies des firmes et dans la r&#233;partition de la valeur. Mais cette dimension de la finance, pour importante qu'elle soit, ne peut selon nous servir de base &#224; la caract&#233;risation du capitalisme contemporain en tant qu'ordre productif. C'est la raison pour laquelle nous consid&#233;rons que la signification essentielle du capitalisme financier se situe davantage dans le champ de l'organisation &#233;conomique.&lt;br class='autobr' /&gt;
16&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le fait que les deux aspects soient distinguables en ce sens qu'il existe des combinaisons multiples, ne signifie pas que, pour une soci&#233;t&#233; donn&#233;e, &#224; un moment de son histoire, l'organisation politique et l'organisation productive forment un ensemble facilement d&#233;composable. L'histoire d'une soci&#233;t&#233; d&#233;termine simultan&#233;ment ces deux ordres. Ces deux aspects (ordres) sont ils hi&#233;rarchisables ? Cela signifierait que l'un transmet &#224; l'autre des contraintes et un cadre qu'il d&#233;finirait en quelque sorte de fa&#231;on autonome. Que l'un fixe et impose &#224; l'autre certains param&#232;tres. Dans une perspective syst&#233;mique, il semble difficile de poser a priori la sup&#233;riorit&#233; de l'un des deux ordres sur l'autre. Il n'en demeure pas moins que la forme capitaliste semble plus stable, m&#234;me si elle se transforme, que l'ordre productif. Mais ses caract&#232;res &#233;voluent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Revenons maintenant &#224; la justification de la th&#232;se de l'entr&#233;e dans un capitalisme cognitif.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi et comment entrons-nous dans le capitalisme cognitif ?&lt;br class='autobr' /&gt;
L'un des arguments utilis&#233;s pour justifier la mise &#224; l'&#233;cart de la capacit&#233; qu'aurait un certain syst&#232;me technique, celui des NTIC, d'imprimer, de donner son sens au capitalisme contemporain, a consist&#233; &#224; repr&#233;senter l'introduction des techniques comme un processus comportant une double face. Cela nous permet, comme &#233;conomistes, de privil&#233;gier l'id&#233;e de besoins ou de priorit&#233;s. C'est-&#224;-dire de reconna&#238;tre l'importance des orientations exprimant le sens des changements recherch&#233;s m&#234;me s'il n'y a pas pr&#233;existence de la r&#233;ponse mais construction. L'id&#233;e de priorit&#233; est importante car elle ne pr&#233;juge pas de la solution finalement retenue. Il s'agit plut&#244;t d'une strat&#233;gie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Afin de fonder &#224; la fois logiquement et dans son &#233;mergence le capitalisme cognitif, il faut donc que nous soyons en mesure, en partant d'un certain nombre de &#171; besoins &#187; 13 de justifier une orientation nouvelle de l'accumulation c'est-&#224;-dire une orientation sp&#233;cifique des investissements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous allons, relativement rapidement, donc en partie superficiellement, essayer de montrer &#224; quelles priorit&#233;s, contraintes ou opportunit&#233;s les agents de la production (le syst&#232;me productif) ont &#233;t&#233; confront&#233;s et quelles solutions en ont r&#233;sult&#233;. Je souligne : je ne pr&#233;tends pas que les acteurs se soient adapt&#233;s &#224; des contraintes donn&#233;es. Dans une optique de longue p&#233;riode les solutions engag&#233;es modifient l'environnement en m&#234;me temps que l'on s'y adapte. C'est le principe de la cible mouvante. Je sugg&#232;re simplement qu'&#224; terme une stabilisation s'effectue qui permet une pr&#233;sentation distinguant les situations d'un c&#244;t&#233;, et les &#171; r&#233;ponses &#187; de l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les mutations qui nous semblent significatives concernent :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;la lib&#233;ralisation et la d&#233;r&#233;glementation,&lt;br class='autobr' /&gt;
13 Nous utilisons le mot &#171; besoin &#187; avec pr&#233;caution. Nous ne partons pas en effet de l'id&#233;e que les entreprises ou, plus globalement, le syst&#232;me productif, chercherait des &#171; solutions &#187; pour s'adapter &#224; une situation nouvelle cr&#233;&#233;e par un certain nombre de mutations. En fait la &#171; situation &#187; caract&#233;rise &#224; la fois la nature de l'environnement et la fa&#231;on dont celui-ci est &#171; per&#231;u &#187;. C'est cette &#171; perception &#187;, fond&#233;e sur certaines orientations (c'est-&#224;-dire des strat&#233;gies d'entreprises) qui g&#233;n&#232;re certaines r&#233;ponses. Cela constitue en fait un processus qui se d&#233;ploie dans le temps et se structure ou se construit progressivement : la nature de la situation &#233;merge en m&#234;me temps que prennent forme et se structurent des strat&#233;gies. C'est quand ce processus est parvenu &#224; son terme que le couple [situation - r&#233;ponses] peut &#234;tre caract&#233;ris&#233; et sp&#233;cifi&#233; en tant que couple. L'un des aspects de ce processus consiste en ce que les r&#233;actions des entreprises au changement contribuent, dans un cadre de concurrence imparfaite ou d'innovation, &#224; produire la situation globale &#224; laquelle elles doivent &#171; s'adapter &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
17&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;la mondialisation, c'est-&#224;-dire l'int&#233;gration &#233;conomique mondiale qui trouve son origine dans la division internationale du travail (que l'on peut consid&#233;rer aujourd'hui comme une division cognitive du travail (P. Moatti et El Mouhoud)),&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;l'intensification de la concurrence internationale que l'on peut consid&#233;rer comme une cons&#233;quence des mutations pr&#233;c&#233;dentes. La mondialisation agit automatiquement comme un facteur intensificateur de la concurrence. Les oligopoles anciens sont &#233;branl&#233;s par cette concurrence. La d&#233;stabilisation incite &#224; modifier les r&#232;gles du jeu de la p&#233;riode de stabilit&#233; et &#224; l'innovation.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;l'extension de la concurrence &#224; des secteurs qui &#233;taient pr&#233;serv&#233;s jusqu'&#224; une &#233;poque r&#233;cente.&lt;br class='autobr' /&gt;
Effet de la d&#233;r&#233;glementation et/ou des accords commerciaux : transports publics, t&#233;l&#233;vision, &#233;nergie, services financiers etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;l'ouverture financi&#232;re a entra&#238;n&#233; des changements brusques. La multiplication des instruments financiers de gestion du risque, jointe &#224; l'augmentation des financements sur les march&#233;s internationaux a entra&#238;n&#233; une sp&#233;cialisation et une forte professionnalisation (technicisation) de la finance de march&#233;. Et il en est r&#233;sult&#233; une interd&#233;pendance tr&#232;s forte entre les pays (et entre les compartiments du march&#233;). On observera que l'activit&#233; financi&#232;re internationale est aujourd'hui une activit&#233; pleinement communicationnelle, informationnelle et cognitive (r&#244;le des outils techniques, innovations de proc&#233;d&#233;s). En tant que secteur d'activit&#233;, la finance est totalement dans le capitalisme cognitif.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;La mont&#233;e en puissance des investisseurs institutionnels s'est traduite par une &#233;l&#233;vation des exigences de rentabilit&#233; des entreprises d&#233;sormais soumises &#224; une pression forte. Les march&#233;s financiers constituent le lieu de circulation des titres et le lieu privil&#233;gi&#233; d'&#233;valuation. Les directions g&#233;n&#233;rales ciblent des objectifs compr&#233;hensibles par les march&#233;s et cr&#233;dibles. Une partie de ceux-ci s'expriment directement en terme de performances financi&#232;res et des crit&#232;res des investisseurs (price earning ratio, capitalisation boursi&#232;re). Une partie substantielle de l'activit&#233; des dirigeants est d'ordre communicationnel (cf. le d&#233;veloppement des road show : organisation de tourn&#233;es pour rencontrer des analystes et des investisseurs).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;l'importance reconnue d&#233;sormais aux petites et moyennes entreprises. Leur capacit&#233; innovatrice est reconnue (ce qui marque le regain d'int&#233;r&#234;t pour le premier Schumpeter) et leur r&#244;le dans la cr&#233;ation d'emplois est soulign&#233;. Le d&#233;veloppement du capital-risque s'explique par les performances de nombreuses start up, m&#234;me si on ne peut, en la mati&#232;re, emp&#234;cher des comportements sp&#233;culatifs et des exc&#232;s (montages fallacieux). On s'int&#233;resse aujourd'hui aux STBF (small technological based firms)&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s les mutations, les solutions ou les r&#233;ponses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les r&#233;ponses qui se sont progressivement mises en place mettent en &#233;vidence :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;que les strat&#233;gies d&#233;ploy&#233;es pour contrer la baisse de la rentabilit&#233; reposent sur l'innovation.&lt;br class='autobr' /&gt;
(principe du cycle de vie : la partie la plus int&#233;ressante est la phase de croissance que l'on soit ou non en situation de monopole). On peut parler d'un ph&#233;nom&#232;ne d'innovation permanente, caract&#233;ristique selon nous du capitalisme cognitif.&lt;br class='autobr' /&gt;
18&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;des coop&#233;rations strat&#233;giques s'expliquant entre autres par la n&#233;cessit&#233; de partager les co&#251;ts de la R&amp;D, mais pas uniquement. La recherche se complexifie et la mise au point de produit ou de proc&#233;d&#233;s nouveaux fait appel &#224; des connaissances compl&#233;mentaires qu'il faut combiner et partager (tout en respectant les droits de propri&#233;t&#233; de chacun). On assiste &#224; l'&#233;mergence de r&#233;seaux d'alliances ou encore de &#171; constellations &#187; qui semblent &#233;merger comme centres de d&#233;cisions. Les coop&#233;rations sont de deux types : horizontales (entre concurrents) ou verticales (entre &#233;quipementiers par exemple et un client).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;une meilleure ma&#238;trise des processus de mise au point et de lancement de produits nouveaux, pouvant aller jusqu'&#224; une quasi-planification dans le cadre d'un consortium. L'exemple du DVD est tr&#232;s illustratif d'une d&#233;marche de planification concert&#233;e. On peut y voir &#224; la fois une plus grande ma&#238;trise technique (gestion de projets) et une plus grande ma&#238;trise des relations strat&#233;giques. Ainsi qu'un plus grand volontarisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;le d&#233;veloppement des liens entre entreprises priv&#233;es et laboratoires universitaires et, plus g&#233;n&#233;ralement, une int&#233;gration verticale de la recherche (conception interactive et boucl&#233;e des relations entre recherche fondamentale, recherche appliqu&#233;e et innovation ; cf. Kline et Rosenberg)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;un d&#233;veloppement des d&#233;bats et des tensions en mati&#232;re de droits de propri&#233;t&#233;. Les gouvernements sont tr&#232;s directement sollicit&#233;s sur ces questions. Au plan national mais, surtout, au plan international. On peut y voir la cons&#233;quence directe du r&#244;le de la connaissance dans les strat&#233;gies des firmes, un effet de la concurrence par l'innovation ou encore de l'application de la science &#224; des produits ou secteurs nouveaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;le d&#233;veloppement des m&#233;thodes de gestion des connaissances dans les entreprises ; celui d'outils comptables et de m&#233;thodes d'&#233;valuation des intangibles. Les probl&#232;mes de comptabilit&#233; et d'&#233;valuation des actifs occupent une place importante sur le plan institutionnel et dans les strat&#233;gies des entreprises (pr&#233;sentation des comptes ; mode d'exhibition d'un r&#233;sultat). Tout ce qui concerne l'&#233;valuation et la mesure devient strat&#233;gique (incertitude).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;la gestion et l'organisation de flux de diverses natures parce que, dans le cadre de la mondialisation (li&#233;e &#224; ouverture puis &#224; concurrence internationale et arbitrages salariaux), les entreprises organisent leur production sur la base de l'externalisation et de la constitution de fili&#232;res de production internationalis&#233;es et d'approvisionnement des march&#233;s mondiaux. La comp&#233;titivit&#233; d&#233;pend fortement de la capacit&#233; &#224; organiser les flux de marchandises, des facteurs de production, d'ing&#233;nierie, d'information (sur les transports et logistique) et de finance. Le &#171; mat&#233;riel &#187; et l'immat&#233;riel sont ins&#233;parables. Le d&#233;veloppement industriel contemporain ne se traduit pas seulement par une forte expansion des investissements techniques et des m&#233;thodes de gestion de flux. Il se traduit aussi par une &#171; explosion &#187; des transports en tous genres (de marchandises et de passagers).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;de nombreuses man&#339;uvres d'acquisition ou de cession d'activit&#233;s ou de firmes qui se banalisent et expriment deux choses : (i) une imbrication &#233;troite des march&#233;s financiers et du monde industriel, (ii) un souci de mobilit&#233; et de r&#233;activit&#233; (notion d'entreprises agiles).&lt;br class='autobr' /&gt;
Soulignons 5 points :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;Dans tout ce qui a &#233;t&#233; d&#233;crit jusqu'ici parmi les solutions, nous n'avons que tr&#232;s peu &#233;voqu&#233; le r&#244;le des TIC. Ce qui est en soi caract&#233;ristique : les probl&#232;mes et les mutations de l'ordre&lt;br class='autobr' /&gt;
19 productif expriment des logiques qui ne sont pas, au premier ordre, de caract&#232;re technique au sens mat&#233;riel du terme au moins. L&#224; o&#249; elles interviendraient le plus strat&#233;giquement, c'est en ce qui concerne : (i) l'usage d'ordinateurs ou de stations de travail pour la recherche et la conception de produits nouveaux, (ii) la coordination des op&#233;rations au plan mondial qui implique un d&#233;veloppement des flux mat&#233;riels, d'information et de finance, (iii) les activit&#233;s financi&#232;res. Ce que l'on doit noter, c'est que le d&#233;ploiement des TIC s'explique par l'importance des exigences de coordination et de r&#233;activit&#233;. Certes il existe d'autres usages de l'ordinateur ou des TIC et, pour une part importante, dans le travail d'ex&#233;cution.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;Dans le fordisme, le r&#233;gime d'accumulation se d&#233;ployait dans un cadre essentiellement national m&#234;me si l'ouverture impliquait un branchement ext&#233;rieur. Une r&#233;gulation de syst&#232;me quasiment clos est devenue impossible. Les int&#233;r&#234;ts des entreprises s'&#233;cartent de ceux de leurs pays d'origine. Leur comp&#233;titivit&#233; &#233;conomique n'est pas uniquement tributaire des conditions r&#233;gnant sur un territoire particulier. Elle d&#233;pend de la capacit&#233; &#224; organiser les flux de marchandises, de facteurs de production, d'ing&#233;nierie et de finance dans le monde entier.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;nous n'avons pas abord&#233; la question de la science. Nous avons fait allusion au caract&#232;re syst&#233;mique des relations entre science, technique et &#233;conomique comme cela a &#233;t&#233; montr&#233; par Kline et Rosenberg (mod&#232;le d'innovation en cha&#238;ne). La science deviendrait de plus en plus endog&#232;ne et plus d&#233;pendante de la technologie et de l'industrie. La th&#232;se d'un nouveau mode de production de la connaissance consistant &#224; soumettre la recherche scientifique &#224; une logique &#233;conomique, ce que Gibbons et ses collaborateurs appellent le &#171; mode 2 &#187; a un certain &#233;cho m&#234;me si elle peut &#234;tre contest&#233;e dans ses fondements (B. Vavakova, La science et la nation, L'Harmattan, p. 35).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;la place des Etats est importante. Le lib&#233;ralisme ambiant ne doit pas faire oublier l'existence de strat&#233;gies commerciales (n&#233;o-mercantilistes) et le r&#244;le organisateur et incitateur et coordinateur de l'Etat pour tout ce qui concerne la mise en relation des potentiels scientifiques et techniques et le monde des entreprises (exemple : mise en place de p&#244;les de comp&#233;titivit&#233;).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;le d&#233;veloppement des connaissances et l'innovation d&#233;pendent d'un travail d'&#233;quipes compos&#233;es d'ing&#233;nieurs ou de chercheurs sp&#233;cialis&#233;s. De plus ils se r&#233;alisent souvent dans le cadre d'alliances. Et l'innovation implique une interd&#233;pendance syst&#233;mique : d'un c&#244;t&#233; du fait de l'int&#233;gration verticale de la fili&#232;re scientifique et technique ; de l'autre du fait des facteurs externes divers relevant de ce qu'on appelle le syst&#232;me national d'innovation. La productivit&#233; individuelle, surtout marginale n'a pas de sens dans ce contexte de cr&#233;ativit&#233; collective.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je voudrais aborder la fin de mon expos&#233; par un approfondissement de deux th&#232;mes :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;le caract&#232;re syst&#233;mique ou soci&#233;tal de la connaissance&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;certaines tensions ou conflits que le contr&#244;le de la connaissance peut engendrer&lt;br class='autobr' /&gt;
Le caract&#232;re syst&#233;mique ou soci&#233;tal de la connaissance&lt;br class='autobr' /&gt;
On observe, d'abord que la production se &#171; socialise &#187; en ce sens que la soci&#233;t&#233; devient un espace productif commun. D'abord parce que les connaissances g&#233;n&#233;rales constituent un bien commun, une indivisibilit&#233;. Ensuite parce qu'un grand nombre de connaissances sp&#233;cialis&#233;es, 20 les connaissances techniques sont &#224; l'origine d'externalit&#233;s (spillovers). Ainsi, bon nombre de mesures montrent que le rendement social de l'innovation est sup&#233;rieur au rendement priv&#233; et souvent substantiellement. Par ailleurs, l'organisation du travail est de plus en plus un processus collectif qui d&#233;pend d'investissements collectifs dans des infrastructures, des r&#233;seaux, des alliances et dans les capacit&#233;s humaines (formation et apprentissage sur le tas). Pour toutes ces raisons, il est difficile d'isoler un &#233;l&#233;ment et de lui imputer une certaine productivit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le caract&#232;re syst&#233;mique global de la production r&#233;sulte aussi de la logique de la division du travail qui a deux implications : la solidarit&#233; et la compl&#233;mentarit&#233; d'un c&#244;t&#233; ; la n&#233;cessit&#233; de la coordination de l'autre. Le contexte d'incertitude accro&#238;t les besoins d'&#233;changes d'informations (effet-Richardson) et ceux de connaissance (standards communs et/ou normalisation). La capacit&#233; de programmation et de planification (donc de coordination avec les alli&#233;s ou les sous-traitants) est &#171; strat&#233;gique &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le caract&#232;re collectif ou public des interd&#233;pendances et des compl&#233;mentarit&#233;s conduit &#224; envisager une internalisation des externalit&#233;s &#224; un niveau sup&#233;rieur &#224; celui de l'entreprise.. L'entreprise n'est plus l'entreprise. C'est l'entreprise &#233;tendue. C'est l'entreprise r&#233;seau. C'est l'entreprise &#233;largie au corps social. C'est la soci&#233;t&#233; dans son ensemble qui est responsable de l'accumulation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce sont les entreprises qui captent les profits.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deuxi&#232;me et dernier point.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le contr&#244;le et la rationalisation des activit&#233;s cognitives sont &#224; l'origine de tensions&lt;br class='autobr' /&gt;
Le brouillage de la fronti&#232;re de l'entreprise s'explique par ce que certains appellent la fin du taylorisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'abord l'un des aspects de cette &#233;volution concerne le brouillage sinon la disparition de la fronti&#232;re entre travail et hors travail. (d'autant plus que l'on retrouve dans les deux sph&#232;res la m&#234;me s&#233;mantique et les m&#234;me outils, ce qui est un effet de la convergence num&#233;rique et du caract&#232;re de GPT des nouvelles technologies). Les limites de la disponibilit&#233; au travail reculent. L'implication doit &#234;tre la plus grande possible, tant en ce qui concerne le temps que les dimensions de la vie mobilis&#233;es. L'exploitation peut alors s'exercer sous des formes nouvelles et sur des domaines &#233;tendus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, alors que dans le syst&#232;me taylorien le savoir et l'&#234;tre physique de l'ex&#233;cutant sont s&#233;par&#233;s, dans le nouvel ordre productif on investit sur la capacit&#233; communicationnelle et cognitive des individus. Le souci de la r&#233;activit&#233; c'est-&#224;-dire de la production de r&#233;ponses rapides, l'incertitude et la n&#233;cessit&#233; de trouver des solutions, l'octroi correlatif d'une autonomie aux agents de production conduisent &#224; la mise en place de syst&#232;mes flexibles. Antoine Riboud, a &#233;crit que &#171; l'acte productif des hommes n'est efficace et rentable que s'il tire parti de tout le potentiel productif et pour cela on a besoin de tout le potentiel des hommes : leur rigueur, leur imagination, leur autonomie, leur responsabilit&#233;, leur capacit&#233; d'&#233;volution. &#187; Le travail en entreprise est devenu une activit&#233; communicationnelle, informationnelle et cognitive qui engage de plus en plus l'individu dans son &#234;tre. D'une logique taylorienne de dissociation du savoir et de l'op&#233;ration, on passe &#224; une logique de recomposition.&lt;br class='autobr' /&gt;
21&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question que l'on doit finalement soulever est celle de la nature de ces activit&#233;s cognitives et communicationnelles. C'est un enjeu et un lieu de tension &#233;ventuel. Dans le syst&#232;me taylorien, les bureaux d'&#233;tudes s'emparent du savoir faire des ouvriers pour rationaliser la production. Or cela ne semble possible que tant que nous sommes dans un cadre industriel relativement stable dans lequel les activit&#233;s sont r&#233;p&#233;titives. D&#232;s lors que les exp&#233;riences des personnels d'ex&#233;cution &#233;voluent en permanence du fait de l'instabilit&#233; du syst&#232;me productif, cette d&#233;marche n'est plus possible. On ne peut capter et tirer parti des savoirs de la m&#234;me fa&#231;on. Les personnels et les syst&#232;mes productifs sont engag&#233;s collectivement dans des d&#233;marches d'apprentissage et d'&#233;volution. D'o&#249; une certaine acc&#233;l&#233;ration et l'intensification de pratiques destin&#233;es &#224; la rationalisation dans ce nouveau contexte.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'abord on impose un langage normalis&#233; qui est le langage technico-commercial. Ensuite, l'employ&#233; est incit&#233; &#224; d&#233;ployer un rapport gestionnaire &#224; son temps, &#224; son implication dans le travail, &#224; d&#233;velopper sa disponibilit&#233;, &#224; se comporter en gestionnaire et comptable de ses comp&#233;tences, et doit &#234;tre apte &#224; rationaliser une trajectoire professionnelle. Si la connaissance qu'on lui demande de mobiliser et d'accro&#238;tre n'est pas une connaissance qui l'&#233;panouit et lui donne un sentiment de r&#233;elle autonomie, et s'il s'agit d'une connaissance dont la forme et la s&#233;mantique sont prescrites, certains conflits ne risquent-ils pas d'appara&#238;tre ? Voici ce qu'&#233;crivait Jean-Pierre Durand dans un article consacr&#233; &#224; ce qu'il appelle la &#171; rationalisation douce &#187; : &#171; la rationalisation actuelle se fait en douceur, et ce sont les int&#233;ress&#233;s qui l'organisent eux-m&#234;mes. C'est vrai dans l'auto-organisation des t&#226;ches de l'individu ou des individus dans le groupe de travail. C'est vrai dans la phase d'&#233;valuation o&#249; l'on assiste &#224; une v&#233;ritable auto-&#233;valuation &#224; travers la construction par les int&#233;ress&#233;s de leurs tableaux de bord. C'est tout aussi vrai des sanctions. Ainsi, les caract&#233;ristiques nouvelles de la rationalisation en font - provisoirement et de mani&#232;re non homog&#232;ne - un ph&#233;nom&#232;ne int&#233;rioris&#233; o&#249; l'on pourrait parler de rationalisation consentie ou d'auto-rationalisation &#187;. Il semble difficile de pr&#233;tendre que les nouvelles rationalisations proc&#232;dent toutes de ce consentement sugg&#233;r&#233; par Jean-Pierre Durand. Mais on peut imaginer que la technique et l'am&#233;lioration (r&#233;elle ou pr&#233;tendue) des savoirs exercent une s&#233;duction telle que les tensions suscit&#233;es par cette rationalisation &#171; cognitiviste &#187; peuvent &#234;tre moins vives que les formes de rationalisation de la soci&#233;t&#233; industrielle. Ce qui est loin d'impliquer leur disparition. En ce sens au moins, la th&#232;se du capitalisme cognitif implique une critique de la technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Annexe m&#233;thodologique&lt;br class='autobr' /&gt;
La &#171; construction &#187; et le sens du concept de capitalisme cognitif peuvent &#234;tre mis en relation avec certaines dichotomies &#171; classiques &#187; dans le contexte de l'analyse dynamique et historique de syst&#232;mes socio-&#233;conomiques : synchronique vs diachronique, gen&#232;se vs structure, circuit vs &#233;volution, structures achev&#233;es vs structures non achev&#233;es... Il nous semble utile d'&#233;clairer l'hypoth&#232;se du capitalisme cognitif par sa mise en relation avec ces dichotomies m&#233;thodologiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
22&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expression de capitalisme cognitif r&#233;sulte du fait que l'on accole l'adjectif cognitif au substantif &#171; capitalisme &#187;. Cette expression implique ainsi une distinction entre la notion de soci&#233;t&#233; (que l'on peut d&#233;cliner en : soci&#233;t&#233; industrielle, soci&#233;t&#233; de la connaissance... ) et celle de capitalisme. Autrement dit on peut comprendre le capitalisme cognitif comme une soci&#233;t&#233; de la connaissance r&#233;gie par une organisation de type capitaliste. Et c'est bien ce que nous voulons dire lorsque nous nous d&#233;marquons de la notion de soci&#233;t&#233; de la connaissance promue par l'OCDE. Et l'on peut comprendre aussi le capitalisme cognitif comme un capitalisme dans lequel la connaissance joue un r&#244;le central, d'o&#249; son opposition &#224; la notion de capitalisme industriel.&lt;br class='autobr' /&gt;
En arri&#232;re plan de la notion de capitalisme cognitif on trouve donc au moins une distinction entre deux modes d'analyse d'un ensemble social historique : d'un c&#244;t&#233; la nature de son &#171; mode de production &#187;, de l'autre la nature de son organisation &#233;conomique. On sugg&#232;re ainsi que, dans l'expression capitalisme cognitif, la notion de capitalisme caract&#233;rise l'organisation &#233;conomique d'une soci&#233;t&#233; et que l'adjectif cognitif (ou industriel) caract&#233;rise son mode de production.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une autre distinction importante, courante dans les approches &#171; structurales &#187;, est celle qui oppose approche synchronique &#224; approche diachronique. On la retrouve au travers de la distinction entre gen&#232;se et structure. D'une certaine fa&#231;on, la distinction de Schumpeter entre le circuit et l'&#233;volution pr&#233;figure cette distinction de deux r&#233;gimes de fonctionnement : l'un concernant la mutation d'un syst&#232;me &#233;conomique c'est-&#224;-dire le changement, l'autre caract&#233;risant son fonctionnement &#224; structure constante.&lt;br class='autobr' /&gt;
En tant que forme d'organisation &#233;conomique caract&#233;risable par la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, la notion de capitalisme se manifeste autant dans l'ordre du diachronique que dans celui du synchronique. Du point de vue du changement, le capitalisme est un &#171; mode de d&#233;veloppement &#187; reposant &#224; l'origine sur une cat&#233;gorie d'acteurs : la bourgeoisie. Mais l'organisation du pouvoir &#233;conomique dans le capitalisme doit tenir compte aussi de la place de l'Etat et des transformations des rapports de classes. Du point de vue synchronique, le capitalisme est une forme d'organisation reposant sur certaines m&#233;diations institutionnelles : les formes de la concurrence, les formes de marchandisation, le rapport salarial, etc. (cf. &#233;cole de la r&#233;gulation).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mode de production sert-il &#224; caract&#233;riser des &#171; stades &#187; du capitalisme ? Deux questions sont pos&#233;es : d'abord celle de savoir si l'on peut raisonner en terme de stades du capitalisme ; ensuite on peut s'interroger sur le fait de savoir quel aspect ou quelle dimension du syst&#232;me &#233;conomique est le mieux plac&#233; pour exprimer la nature d'une certaine type de capitalisme et le caract&#233;riser.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'existence de stades se succ&#233;dant ne peut &#234;tre pos&#233;e comme voie d'approche que dans la mesure o&#249; elle n'implique pas l'adh&#233;sion au principe d'une &#233;volution naturelle. Le passage d'un stade &#224; un autre ne peut &#234;tre justifi&#233; ou expliqu&#233; par un processus spontan&#233; de &#171; diff&#233;renciation &#187; ou de complexification (cf. H. Spencer), ou par la mont&#233;e r&#233;guli&#232;re d'une &#171; force &#187; ou d'un &#171; esprit du capitalisme &#187;. Par ailleurs, la d&#233;finition th&#233;orique d'un stade du capitalisme, qui caract&#233;rise les relations et les liens d'implication entre certains traits, ne doit pas &#234;tre confondue avec une formation sociale concr&#232;te. Autant cette derni&#232;re renferme les facteurs 23 explicatifs de sa propre transformation, autant la caract&#233;risation d'un certain stade exprime un cadre d'interpr&#233;tation structurel qui, s'il a un certain caract&#232;re d'ach&#232;vement, n'est pas con&#231;u pour repr&#233;senter un changement et permettre d'interpr&#233;ter son propre d&#233;passement. Le capitalisme cognitif ne vient d'ailleurs pas se substituer au capitalisme industriel. Son &#233;mergence proc&#232;de par &#171; englobement &#187;. L'industrie continue &#224; occuper une place importante mais la nature des strat&#233;gies et des relations industrielles change de signification et d'orientation. La volont&#233; taylorienne de rationalisation des op&#233;rations de production (en un sens large : pas uniquement les relations &#224; l'int&#233;rieur de l'usine) continue &#224; se manifester, mais son objet principal se d&#233;place : rationalisation de la communication, de la conception, de la recherche etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
La connaissance, la science et la rationalisation technique ne sont pas pr&#233;sentes que dans le capitalisme cognitif. Il serait absurde de nier leur existence voir leur importance dans les p&#233;riodes ant&#233;rieures du capitalisme. Mais c'est dans le cadre du capitalisme cognitif que : (i) elles sont au centre du proc&#232;s d'accumulation et que, (ii) elles constituent les enjeux et les lieux de tension essentiels.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'importance singuli&#232;re du mode de production comme caract&#233;ristique d'un type de soci&#233;t&#233; s'explique par le fait que la reproduction et/ou le changement d'une soci&#233;t&#233; passent par son activit&#233; productive. Ce sont les pratiques productives (le travail, l'investissement..) qui manifestent les orientations de l'accumulation et la fa&#231;on dont finalement une soci&#233;t&#233; se transforme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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