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	<title>S E M I N A I R E</title>
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	<description>S&#233;minaires Universit&#233; Nomade, Chantiers en Cours et Laboratoire d'Id&#233;es. Explorez les chantiers en cours des S&#233;minaires Universit&#233; Nomade : articles, micro-vid&#233;os, archives et r&#233;flexions collectives autour de Toni Negri. V&#233;ritable laboratoire d'id&#233;es, S E M I N A I R E rassemblait chercheurs, artistes, intellectuels, associations, militants et collectifs de luttes. Seminaire.Samizdat.Net constituait un lieu de r&#233;flexions partag&#233;es et de d&#233;bats ouverts, nourris par la diversit&#233; des approches.</description>
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		<title>S E M I N A I R E</title>
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		<title>Corps et politique</title>
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		<dc:creator>Lina Franco</dc:creator>


		<dc:subject>Lina Franco,georges bataille, &#233;rotisme,&#233;criture fictionnelle ,h&#233;t&#233;rog&#232;ne social,&#233;nerg&#233;tique,obsc&#233;nit&#233;, nature humaine, d&#233;lire, corps, part maudite, plaisir </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Corps politique chez Bataille&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://seminaire.samizdat.net/Lina-Franco-georges-bataille" rel="tag"&gt;Lina Franco,georges bataille, &#233;rotisme,&#233;criture fictionnelle ,h&#233;t&#233;rog&#232;ne social,&#233;nerg&#233;tique,obsc&#233;nit&#233;, nature humaine, d&#233;lire, corps, part maudite, plaisir &lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://seminaire.samizdat.net/local/cache-vignettes/L100xH100/arton93-eb790.png?1757087547' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Mais je demande au lecteur de ma pr&#233;face de r&#233;fl&#233;chir un court instant sur l'attitude traditionnelle &#224; l'&#233;gard du plaisir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Georges Bataille. Le corps fictionnel, Paris, L'Harmattan, 2004.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comment s'&#233;crit l'intrication corps/politique chez Bataille ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a habituellement liquid&#233; la question en lui imposant, &#224; partir de la lecture des r&#233;cits de fiction, une &#034; d&#233;gradation d&#233;plaisante &#034;, qui n'a pas toujours r&#233;ussi &#224; dissimuler la condamnation qu'elle sous-tend. Pourtant l'&#233;crivain d&#233;ploie sans cesse le th&#232;me, met en garde contre la d&#233;sinvolture qui fait de la sexualit&#233; un sujet trivial et d&#233;note un d&#233;faut de r&#233;flexion. La pr&#233;face de &lt;i&gt;Madame Edwarda&lt;/i&gt;est r&#233;v&#233;latrice &#224; cet &#233;gard : &#171; Il me semble bon d'insister, en raison de la l&#233;g&#232;ret&#233; avec laquelle il est d'usage de traiter les &#233;crits dont la vie sexuelle est le th&#232;me. Non que j'aie l'espoir - ou l'intention - d'y rien changer. Mais je demande au lecteur de ma pr&#233;face de r&#233;fl&#233;chir un court instant sur l'attitude traditionnelle &#224; l'&#233;gard du plaisir (qui, dans le jeu des sexes, atteint la folle intensit&#233;) et de la douleur (que la mort apaise, il est vrai, mais que d'abord elle porte au pire). Un ensemble de conditions nous conduit &#224; nous faire de l'homme (de l'humanit&#233;), une image &#233;galement &#233;loign&#233;e du plaisir extr&#234;me et de l'extr&#234;me douleur : les interdits les plus communs frappent les uns la vie sexuelle et les autres la mort &#171; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature r&#233;ductrice de ces r&#233;actions d&#233;voile la m&#233;connaissance de l'exp&#233;rience du corps telle qu'elle s'&#233;labore dans l'oeuvre de Bataille, dans &lt;i&gt;La&lt;/i&gt; &lt;i&gt;part maudite&lt;/i&gt;(surtout dans son entr&#233;e en mati&#232;re : &lt;i&gt;La consumation&lt;/i&gt;), et dans deux &#233;tudes contemporaines, le &lt;i&gt;Dossier de l'oeil pin&#233;al&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;La notion de d&#233;pense&lt;/i&gt;. On est confront&#233; &#224; une vaste r&#233;flexion - &#171; L'&#233;rotisme ne peut &#234;tre envisag&#233; que si, l'envisageant, c'est l'homme qui est envisag&#233; &#171; -, dont &lt;i&gt;La souverainet&#233;&lt;/i&gt; constitue l'un des aboutissements cruciaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le corps, la recherche d'une r&#233;ponse au d&#233;sir o&#249; s'annonce l'av&#232;nement de sa puissance inventive et ruineuse se concr&#233;tise dans un d&#233;fi &#224; la raison qui ouvre sur une lib&#233;ration. Le corps est le lieu d'une r&#233;volte d&#233;cisive mais vaine du strict point de vue des fins. Elle ne vise pas &#224; substituer l'exp&#233;rience de l'univers d&#233;sirant &#224; l'exercice de la contrainte, mais plut&#244;t &#224; offrir l'occasion de son &#233;preuve dont la perte constitue le r&#233;sultat. &#171; La libert&#233; est d'abord une r&#233;alit&#233; politique (...). Mais par del&#224; la politique et le plan de l'action efficace, la libert&#233; signifie sur le plan des valeurs sensibles une attitude souveraine (je puis agir pour &#234;tre libre, mais l'action me prive imm&#233;diatement de la libert&#233; que j'ai de r&#233;pondre &#224; la passion) &#171; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience &#171; n&#233;gative &#171; du corps doit &#234;tre comprise comme le mouvement de dissolution &#224; travers lequel la vie cesse le temps d'un instant d'&#234;tre soumise pour s'ouvrir &#224; son extr&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bataille fait agir le corps avec une forme de connaissance qu'il qualifie de &#171; r&#233;actionnelle &#171; . Le trait constitutif de sa d&#233;marche r&#233;side dans l'approfondissement du questionnement en r&#233;action, qui est exp&#233;rience du corps. D'o&#249; l'importance de la pratique des &#233;motions, qui sur la voie d'une intime cessation de la pr&#233;&#233;minence de la sph&#232;re intellectuelle pr&#233;parent la mise &#224; nu de la nature humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion sur l'&#233;rotisme est tributaire de la fr&#233;quentation d'&#233;tudes parmi les plus novatrices. &#201;crivant : &#171; Je ne fais d'ailleurs que suivre une voie o&#249; d'autres avant moi se sont avanc&#233;s &#171; , Bataille rend hommage &#224; ses interlocuteurs privil&#233;gi&#233;s (Leiris, Klossowski, Masson, Picasso), mais aussi aux ouvrages qui ont jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif dans le d&#233;veloppement de ses interrogations sur le corps. Hormis la r&#233;f&#233;rence &#224; Sade, les travaux de John Gregory Bourke, de Krafft-Ebing, de Pierre Janet, tous consacr&#233;s &#224; l'analyse des conduites excessives et des aspects scandaleux de l'existence. On mesure le renversement que ces lectures engendrent ou pr&#233;parent &#224; partir de la recherche sur le surcro&#238;t d'&#233;nergie propre &#224; la vie. L'&#233;criture fictionnelle participe pleinement de cette entreprise, dont la valeur gnos&#233;ologique s'av&#232;re &#224; travers la mise en oeuvre de ce que l'on nommera &lt;i&gt;pratique scatologique d'&#233;criture&lt;/i&gt;. La fiction accueille la critique sans n&#233;anmoins se limiter &#224; son mouvement de contestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aborder la question du corps dans l'oeuvre de Bataille signifie interroger la connaissance dont il est l'objet, sa nature, et par del&#224; son usage. La r&#233;flexion sur la possibilit&#233; d'une exp&#233;rience de lib&#233;ration chez l'homme r&#233;solu &#224; vivre selon son d&#233;sir trouve ici une formulation scandaleuse : celle du corps compris comme pratique de l'exc&#232;s. Elle consiste &#224; situer l'approbation de la vie dans la d&#233;mesure, l&#224; o&#249; la consumation est le mouvement qui l'accomplit et la perd &#224; la fois. Plaisir, mort et interdit qualifient ce monde comme terrain d'une exp&#233;rience qui d&#233;passe l'&#234;tre et l'ouvre &#224; la pl&#233;nitude du sentiment de sa disparition. L'&#233;rotisme est exub&#233;rance d'une vie indiff&#233;rente au souci de conservation. L'existence est volupt&#233;, jamais privation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corps puise dans l'&#233;nergie explosive de la mati&#232;re. Dans la d&#233;bauche, son tumulte et ses possibilit&#233;s cr&#233;atrices s'imposent contre l'aust&#233;rit&#233; comptable de la pens&#233;e qui ordonne et codifie. Si la mati&#232;re fascine, c'est parce qu'elle permet, dans le mouvement sans fin de ses variations, de faire l'&#233;preuve d'un affranchissement. &#192; son in&#233;puisable puissance inventive, le corps r&#233;pond par ce besoin de m&#233;tamorphose &#171; excitant un homme &#224; se d&#233;partir tout &#224; coup des gestes et des attitudes exig&#233;es par la nature humaine &#171; et &#224; consentir au libre jaillissement de sa puissance ruineuse. Il s'agit, dans la perte, d'opposer &#224; la condensation totalisante par le haut (plan de la &lt;i&gt;ratio&lt;/i&gt;) le d&#233;sordre de la consumation du bas (plan du sensible), o&#249; le potentiel d'&#233;nergie de la mati&#232;re s'impose comme l'&#233;l&#233;ment qui guide l'entreprise de d&#233;pense destin&#233;e &#224; d&#233;voiler la v&#233;ritable nature de l'&#234;tre : &#171; La mati&#232;re &lt;i&gt;est&lt;/i&gt;, en ce qu'elle dissout un homme et, par la pourriture, en expose l'absence &#171; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre quoi ce corps se l&#232;ve-il et en quoi ce soul&#232;vement poss&#232;de-t-il une signification politique ? L'exc&#232;s procure au corps la libert&#233; de gaspiller jusqu'au &#171; contenu de ses entrailles &#171; . Il l'ouvre &#224; la multiplicit&#233; de ses possibilit&#233;s, o&#249; ce qui vaut est d'exister dans la fr&#233;n&#233;sie de l'instant, dans l'&#233;preuve d'une immod&#233;ration abominable qui incite au d&#233;fi, de sorte que la cruaut&#233; et les dangers de l'acte de chair apparaissent sous leurs formes &#233;clatantes. Ainsi, le corps obsc&#232;ne se trouve-t-il r&#233;volt&#233; et enti&#232;rement disponible &#224; son d&#233;sir, insouciant des restrictions dont il est l'objet. Que l'on pense au corps r&#233;duit &#224; la seule instance productive, preuve de la diligente transformation de la nature en chose, au corps d&#233;poss&#233;d&#233; que la guerre s'approprie, que la soci&#233;t&#233; discipline ou enferme, &#224; celui qu'un surcro&#238;t d'abstraction encha&#238;ne &#224; un travail exclusif de rationalisation. Les explosions orgiaques des r&#233;cits de fiction montrent son in&#233;puisable d&#233;sir de rupture avec l'autorit&#233; de l'id&#233;e et la domination du &#171; besoin de raisonner, c'est-&#224;-dire de tout mettre en comptes &#171; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;pense restitue au corps une effervescence &lt;i&gt;active&lt;/i&gt; et ouvre une voie lui donnant acc&#232;s dans le pr&#233;sent &#224; ses possibilit&#233;s de lib&#233;ration. Dans cette exp&#233;rience, l'homme se d&#233;couvre comme le terme et le moteur d'une existence qu'il n'a plus &#224; servir, mais dont il &lt;i&gt;vit&lt;/i&gt; l'affranchissement. Pr&#233;cipit&#233; dans une joie tragique et acquitt&#233; de toute tentation finaliste, le corps insoumis d&#233;fie et nie dans l'imm&#233;diatet&#233; sa part de vie compromise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces exc&#232;s ne r&#233;pondent jamais &#224; un d&#233;sir de domination. Les textes de fiction r&#233;v&#232;lent que l'&#171; acte de destruction est en r&#233;alit&#233; un acte de lib&#233;ration : le d&#233;lire &#233;chappe &#224; la n&#233;cessit&#233;, il se r&#233;volte, rejette son lourd v&#234;tement de servitude mystique et c'est alors seulement que, nu et lubrique, il dispose de l'univers et de ses lois comme de jouets &#171; . La restitution &#224; l'homme de la puissance de son corps, lieu v&#233;ritable de l'exercice de la souverainet&#233; de l'&#234;tre - &#171; la souverainet&#233; est r&#233;volte, ce n'est pas l'exercice du pouvoir &#171; - est un acte de contestation &#233;tranger &#224; toute volont&#233; de fondation et d'assujettissement. La pratique de la d&#233;bauche situe l'&#234;tre humain hors la loi, au ban des injonctions qui le rivent au monde de l'autorit&#233;. La lib&#233;ration, qui ne recule pas devant la mort, est v&#233;cue dans l'instant absolu de son exp&#233;rience fatale, dans l'indiff&#233;rence &#224; un projet et l'insouciance des cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est du c&#244;t&#233; du mal, de l'oeuvre de chair qui offre la chance d'une actualisation de l'affranchissement, que l'homme active la violence de la mati&#232;re comme souillure. L'obsc&#233;nit&#233; devient ce par quoi il parvient &#224; ouvrir au n&#233;ant son exp&#233;rience de lib&#233;ration d'autant plus pleine qu'elle est &#233;ph&#233;m&#232;re : &#224; la fois sans limite et sans lendemain. Souiller, c'est rendre visible le mal, vivre son corps comme ordure, c&#233;der &#224; l'appel d'une force de s&#233;duction effrayante. La scatologie r&#233;cup&#232;re en son int&#233;gralit&#233; la puissance mat&#233;rielle et r&#233;elle de la nature humaine, &#171; tout ce qu'elle porte en ses replis et de sale et d'impossible, le mal condens&#233; dans sa puanteur &#171; , l'horreur qui lui est consubstantielle et n'est pas r&#233;ductible. Loin de correspondre &#224; une appropriation passive, cette r&#233;cup&#233;ration est d&#233;j&#224; incitation, appel fatal &#224; plonger au plus bas de la vie pour en explorer la part inconnue. Les possibilit&#233;s du corps sont v&#233;cues dans leur surgissement lubrique, &#224; distance de toute tentative de r&#233;cup&#233;ration et de contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;pratique scatologique d'&#233;criture&lt;/i&gt;, moment d'objectivation de la n&#233;gativit&#233;, constitue un approfondissement de l'oeuvre de perte. Elle consent &#224; sa g&#233;n&#233;ralisation, de sorte que la parole m&#234;me appara&#238;t prise dans le mouvement de dilapidation qu'est l'&#233;preuve de la &#171; libert&#233; int&#233;rieure &#171; . Il s'agit de radicaliser sur le plan de la langue et de ses possibilit&#233;s la dissolution mat&#233;rielle r&#233;alis&#233;e par un corps affranchi du poids de l'avenir et de la cha&#238;ne des causalit&#233;s. Prise dans l'exc&#232;s, consid&#233;r&#233;e dans sa complexit&#233; de mouvement de ruine et dans ses effets, cette &#233;criture partage les qualit&#233;s propres &#224; l'excitation qui &#171; &#224; elle seule est d&#233;j&#224; une consumation d'&#233;nergie. C'est l'&#233;bauche de la d&#233;pense, l'influx nerveux qui la d&#233;clenche &#171; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La part maudite&lt;/i&gt;, certaines pages surtout de&lt;i&gt;La limite de l'utile&lt;/i&gt;renforcent la connexion intime entre &#233;rotisme, &#233;criture et corps, ainsi que la dimension r&#233;actionnelle &#224; laquelle elle introduit : &#171; Chaque d&#233;pense imm&#233;diate est cr&#233;atrice d'un &lt;i&gt;signe&lt;/i&gt;ayant pour autrui le &lt;i&gt;sens&lt;/i&gt;de la d&#233;pense effectu&#233;e &#171; , note l'&#233;crivain, alors m&#234;me qu'il essaie d'expliquer la &#171; propagation contagieuse &#171; des mouvements ruineux, qui ne sont pas re&#231;us comme &#171; simple figure sensible mais comme &#233;branlement dynamique &#171; . D'o&#249; cette remarque : &#171; Les nerfs sont &#233;galement sensibles aux d&#233;charges explosives d'&#233;nergie &#171; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la pratique scatologique d'&#233;criture, l'obsc&#233;nit&#233;, dont l'av&#232;nement situe l'homme au plus loin d'une autonomie mythique et lui r&#233;v&#232;le la possibilit&#233; d'une disponibilit&#233; de soi compl&#232;te, restitue &#224; son existence et &#224; sa parole, la chance du refus, f&#251;t-il temporaire. Le corps, l'&#233;criture se d&#233;livrent d'une volont&#233; de contestation sans rien c&#233;der sur le plan de l'exp&#233;rience de la libert&#233; de l'homme. Ils sont la r&#233;volte devenue &#233;preuve subjective et imm&#233;diate, surgissement &#171; aveugle &#171; et &#171; pu&#233;ril &#171; rompant &#224; jamais le joug de la n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'obsc&#232;ne est chez Bataille signe intempestif du politique, d&#233;passement de l'insignifiance d'un r&#233;el r&#233;duit aux grandes machines ontologiques, produits de ses ambitions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'oeuvre, et particuli&#232;rement les r&#233;cits de fiction, affirme l'acquiescement intime &#224; la vitalit&#233; ruineuse de l'univers d&#233;sirant et des possibilit&#233;s de don de soi qu'il offre &#224; l'homme. Reconduite &#224; ce stade extr&#234;me de l'affranchissement atteint par l'exp&#233;rience du trop-plein d'&#233;nergie, la souverainet&#233; rend sensible &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; &lt;i&gt;lib&#233;ration comme exub&#233;rance -&lt;/i&gt;en cela r&#233;side sa puissance incomparable - ; elle montre qu'une vie acquitt&#233;e des fins court &#224; son accomplissement d&#233;sastreux, sans que la consid&#233;ration des cons&#233;quences puisse entraver son av&#232;nement : &#171; Plus loin que le besoin, l'objet du d&#233;sir (...) c'est la vie souveraine, au-del&#224; du n&#233;cessaire que la souffrance d&#233;finit &#171; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience du surplus &#233;nerg&#233;tique de l'existence et la r&#233;flexion sur la d&#233;pense introduisent les questions cruciales de la mort et de la violence, de leurs sens au sein d'un univers social qui ne peut int&#233;grer ni justifier la violation et la perte dans la vari&#233;t&#233; d&#233;routante de leurs formes, sinon par l'utile. Car toute approbation de la vie atteinte par une &#171; d&#233;gradation de la d&#233;pense &#171; constitue un projet d'assujettissement, qui trouve dans la destruction contingente de l'existence le moment de sa r&#233;alisation. Les analyses consacr&#233;es aux formes agressives et modernes de &#171; l'h&#233;t&#233;rog&#232;ne social &#171; , dont la guerre, apportent un &#233;clairage nouveau &#224; ces interrogations, tout en attestant le caract&#232;re fond&#233; d'un tragique qui ne conserve rien de sa jubilation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur ce point que l'&#233;criture fictionnelle de Bataille affirme son originalit&#233;. L'&#233;rotisme, qui avec une grande diversit&#233; d'approches mobilise d'autres pens&#233;es de la modernit&#233;, suscite maints sujets de r&#233;flexion, tous gravitant autour de cet &#233;v&#233;nement fondamental qu'est l'exp&#233;rience de la n&#233;gativit&#233; comme moment d'affirmation du lien intime entre vie et mort, et des enjeux que son identification soul&#232;ve face &#224; une pratique illimit&#233;e de la d&#233;pense. L'&#233;preuve du corps obsc&#232;ne - &#171; zone de n&#233;ant &#171; qui exprime le caract&#232;re radical de son exp&#233;rience - d&#233;voile l'impossibilit&#233; de pers&#233;v&#233;rer dans le traitement des formes de vie et de la perte &#224; partir de l'optique exclusive de la valeur. Elle met &#224; nu le primat de la volont&#233; d'oppression qui l'emporte sur le d&#233;sir de comprendre ce que la d&#233;mesure r&#233;v&#232;le d'un &#234;tre qui a d&#233;cid&#233; de vivre sa vie sans r&#233;serve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez cet homme, le d&#233;sir de lib&#233;ration est &#224; la fois conscience de sa puissance - sur laquelle continue de peser l'obsession calculatrice de la lucidit&#233; - et d&#233;ni de cette conscience. Une fois la destruction de toute valeur accomplie, la tension vers l'autonomie, qui est &lt;i&gt;d&#233;sir r&#233;fractaire,&lt;/i&gt; exige de lui la plus grande indiff&#233;rence &#224; tout d&#233;sir, pour que ses exc&#232;s puissent &#234;tre v&#233;cus comme exp&#233;rience d'une outrance gratuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un affranchissement qui s'&#233;crit dans les termes de &#171; d&#233;sir d'&lt;i&gt;autonomie&lt;/i&gt; &#171; et de &#171; passion de l'homme &#171; est le signe d'une r&#233;volte int&#233;rieure. L'&#233;rotisme rend sensible qu'il est des circonstances dans lesquelles l'&#233;mancipation correspond &#171; moins &#224; cette libert&#233; qu'un individu arrache aux pouvoirs publics qu'&#224; l'autonomie humaine au sein d'une nature hostile et silencieuse &#171; . C'est dans la solitude ouverte par le d&#233;sir - une solitude qui est indiff&#233;rence au soutien et aux certitudes -, que l'homme fait l'exp&#233;rience de la souverainet&#233;. En s'appropriant sa puissance cr&#233;ative et d&#233;sastreuse, il conteste le r&#233;el r&#233;duit &#224; l'unique dimension de la contrainte. L'insoumission est &#233;preuve &#224; vivre dans le tumulte de ses incoh&#233;rences et dans l'insouciance des fins. L'affirmation de cette disponibilit&#233; &#224; la force &#233;rotique qu'est le d&#233;sir, non pas comme manque, mais comme pl&#233;nitude, accomplit dans l'oeuvre de Bataille ce renversement, seul capable aux yeux de l'&#233;crivain de donner la mesure tragique de la libert&#233; humaine. La r&#233;&#233;valuation de la puissance qu'est cette disponibilit&#233; - dont le d&#233;soeuvrement constitue le moment topique - et son d&#233;veloppement dans l'&#233;criture r&#233;v&#232;lent les connexions profondes existant entre savoir et d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pratique scatologique d'&#233;criture met &#224; nu que l'&lt;i&gt;homme est d&#233;sir outr&#233;, et que ce d&#233;sir est un d&#233;fi au monde&lt;/i&gt;. Dans la mat&#233;rialit&#233; de son explosion, la tension int&#233;rieure constitue la part non assujettie de la nature humaine, mais aussi le mouvement de critique de l'autorit&#233; qui alimente la volont&#233; de sa r&#233;duction. Le corps insoumis, o&#249; l'insistance de la vie est atteinte &#224; hauteur de l'irr&#233;parable, d&#233;nonce le leurre des fondements sur lesquels l'homme a b&#226;ti un univers de coercition, et qui non sans souffrance, vit sa lib&#233;ration comme exp&#233;rience d'une d&#233;pense improductive. Car au plus haut point de sa r&#233;alisation, l'affranchissement est prodigalit&#233; d&#233;sastreuse, an&#233;antissement tumultueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conduites d&#233;mesur&#233;es de l'homme mettent &#224; nu l'incapacit&#233; des dispositifs de contr&#244;le qui gouvernent le corps &#224; fonctionner autrement que par la force. Dans le devenir de ruptures qu'elles entra&#238;nent, ces conduites constituent une incitation vers la lib&#233;ration comme exp&#233;rience d&#233;sirable. Les exc&#232;s &#233;puisent le corps, qui de par sa nature est la seule condition mais aussi la seule limite &#224; une existence insubordonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;preuves, dont la charge subversive est r&#233;prim&#233;e, exc&#232;dent l'&#234;tre et l'ouvrent &#224; sa destruction. Le caract&#232;re paradoxal de la d&#233;livrance se d&#233;voile alors de fa&#231;on &#233;clatante. Ce n'est pas parce qu'il se lib&#232;re dans une exp&#233;rience &#233;rotique que le corps sortant de la sph&#232;re priv&#233;e cherche &#224; s'approprier une place dans l'espace public. Territoire ouvert &#224; l'exp&#233;rience de l'intensit&#233; sans frein, le corps obsc&#232;ne vit son &#233;mancipation sous l'impulsion d'une r&#233;volte qui l'affirme comme libert&#233; impuissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le surcro&#238;t d'&#233;nergie du corps - sa part maudite - soul&#232;ve un probl&#232;me politique. La pratique scatologique d'&#233;criture indique les conditions de mat&#233;rialisation d'un affranchissement &#224; atteindre sans m&#233;diation, dans l'espace d'indiff&#233;renciation ouvert par le corps obsc&#232;ne. La mise en discours de l'exp&#233;rience : &#171; Le flot des paroles possibles : merde, sexe, argent, logique &#171; , est loin d'une &#171; pornographie m&#233;canique &#171; , dont la monotonie emp&#234;che de voir la part tragique de l'exp&#233;rience du d&#233;sir et en d&#233;nature la connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transposition que la pratique scatologique d'&#233;criture op&#232;re r&#233;side dans la cr&#233;ation d'un corps qui de lieu d'accomplissement d'une &#233;mancipation par la r&#233;volte devient lui-m&#234;me r&#233;volte, &#233;cart contre nature, &#233;v&#233;nement. De ce corps la nudit&#233; r&#233;v&#232;le l'&#233;tat et le mode d'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;rotisme est une r&#233;ponse &#224; l'usage du corps comme lieu o&#249; s'exprime la puissance de l'homme. Il est (aussi) le scandale. Car il ne s'agit gu&#232;re dans l'exp&#233;rience de l'obsc&#232;ne de parvenir &#224; travers la n&#233;gation &#224; un compromis entre la d&#233;cision de se lib&#233;rer et sa viabilit&#233;. L'obsc&#233;nit&#233; constitue un acquiescement au d&#233;sir et &#224; son potentiel productif. Si toute &#233;nergie soumise est r&#233;duite en syst&#232;me, seul un d&#233;cha&#238;nement de cette &#233;nergie provoque un &#233;branlement de l'usage du corps et de son gouvernement fond&#233; sur une id&#233;e d'assimilation, sur ce qu'il y a de plus &#233;tranger &#224; la d&#233;mesure de son effervescence. Dans l'exc&#232;s, la puissance est v&#233;cue &#224; travers une &#233;rotisation compl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sir restitue l'homme comme subversion en acte, moment de dissolution de l'&#234;tre pour les autres. La n&#233;gativit&#233; du d&#233;sir souverain exprim&#233;e par la pratique scatologique d'&#233;criture consiste &#224; prendre possession de la vie par un double mouvement de r&#233;action (&#224; sa subjugation autoritaire) et de mise en question de ses possibilit&#233;s d'&#233;mancipation. Elle conteste violemment la r&#233;duction de la vie au &#171; plus juste &#171; , au plus utile, jusqu'&#224; l'imposture de sa justification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Analys&#233;e dans la perspective de la normalisation de l'existence, l'exp&#233;rience du d&#233;sir se d&#233;voile comme &#233;preuve de d&#233;livrance et d'exasp&#233;ration. Elle permet &#224; l'homme insoumis de vivre la pl&#233;nitude d'une puissance sans ma&#238;trise. &#171; La souverainet&#233; n'est RIEN &#171; . Elle participe de l'an&#233;antissement de l'autorit&#233;, sans concession aux simulacres. Parce qu'elle est atteinte dans l'absence compl&#232;te de toute finalit&#233;, avec une indiff&#233;rence totale aux cons&#233;quences, son exp&#233;rience est chez Bataille d&#233;cision de la n&#233;gativit&#233;, conscience et &#233;preuve de la perte de l'&#234;tre par une lib&#233;ration &#233;hont&#233;e sans peur de la souffrance. D&#233;fiant les convenances, cette exp&#233;rience s'affronte &#224; la question de la r&#233;volte en affirmant l'origine charnelle de l'homme. Elle r&#233;cup&#232;re sur le plan du corps et de ses dispositifs de destruction le m&#233;canisme sacrificiel, mais dans une perspective scatologique qui ouvre l'&#234;tre &#224; la d&#233;mesure. La reconnaissance de la part orduri&#232;re propre &#224; sa nature participe d'une volont&#233; de radicalisation du potentiel d'affranchissement. Autrement dit, elle marque le moment d'adh&#233;sion &#224; la pratique outranci&#232;re d'un d&#233;sir de lib&#233;ration inassouvissable. Ce d&#233;sir est incitation sans rel&#226;che &#224; l'&#233;preuve de l'exc&#232;s jusqu'&#224; la corruption.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;passement est fondateur d'une situation in&#233;dite, d'un renversement : il exhibe une vie volontairement consum&#233;e jusqu'&#224; sa n&#233;gation, r&#233;alisant &#171; le passage &#224; un &#233;tat parfaitement h&#233;t&#233;rog&#232;ne &#171; , dans lequel appara&#238;t la nature scatologique de la d&#233;bauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;gation peut prendre la forme d'une d&#233;gradation partielle, comme dans le cas de l'automutilation, mais aussi atteindre la destruction totale amen&#233;e par une d&#233;pense inconditionn&#233;e. Elle supprime ce qui est le propre de l'homme selon la loi de l'univers social afin de rendre scandaleuse cette ruine. Dans un temps o&#249; la vie a perdu de son &#233;clat, l'abjection est aux yeux de Bataille seule &#224; m&#234;me de fournir les conditions de sortie de soi par lesquelles l'homme se remet en question. C'est dans le libre d&#233;gagement de l'&#233;nergie visc&#233;rale que l'homme acc&#232;de &#224; une exp&#233;rience autonome. Au comble de la perte, dans le triomphe de l'obsc&#232;ne, il parvient &#224; briser par sa puissance ce qui fait obstacle &#224; sa lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il s'exprime sur &#171; l'animalit&#233; obstin&#233;e de l'homme, que son humanit&#233; voue au monde des choses et de la raison &#171; , l'&#233;crivain n'&#233;voque pas le syst&#232;me de contraintes, qui, p&#233;n&#233;trant cette animalit&#233;, tente de la subordonner. L'absence d'une critique sociale et politique explicite dans l'&#233;criture fictionnelle ne d&#233;ment pas l'oeuvre de d&#233;mant&#232;lement radical qui en &#233;mane. L'&#233;rotisme fonde cette entreprise &#224; laquelle il donne la forme d'une &#233;preuve de perte v&#233;cue par les &#171; animaux obsc&#232;nes &#171; que sont les hommes insoumis. Puisque la vie comme bien &#224; racheter, comme valeur &#224; investir, est ni&#233;e, cette exp&#233;rience de consumation qui est d&#233;j&#224; lib&#233;ration tragique affirme chez Bataille une volont&#233; de r&#233;volte contre une logique totalitaire pour qui il n'y a de souverainet&#233; que conditionn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans le scandale de l'&#233;rotisme un refus de l'assujettissement dans lequel on discerne la part d'inapais&#233; et d'inapaisable du d&#233;sir de vie, qui est d&#233;sir d'acquiescement &#224; la vie. La complexit&#233; de cette approbation tient au fait qu'elle est explosion convulsive et mouvement, approfondissement du d&#233;sir par son ouverture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;rotisme par lequel l'homme atteint ses moments souverains actualise le mouvement du don de soi dans la conscience d'une mort qui ne d&#233;courage pas la pr&#233;cipitation dans l'exc&#232;s. Cette d&#233;pense que rien ne limite, sinon la provocation qui en est l'origine, &lt;i&gt;rend la vie aussi d&#233;sirable que la mort&lt;/i&gt;, l'une &#233;tant l'exp&#233;rience d'une lib&#233;ration relative qui trouve dans l'autre sa dimension absolue. Le caract&#232;re radical du renversement accompli par l'op&#233;ration de contestation qu'est l'oeuvre de Bataille r&#233;side dans la co&#239;ncidence &#233;tablie entre appropriation et lib&#233;ration, dans une exp&#233;rience de destruction sans condition ni fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette co&#239;ncidence que l'indiscernabilit&#233; aggrave constitue le comble de la critique de l'utile et de la logique de conservation. Elle permet le d&#233;passement de l'abject dans le scandale d'une n&#233;gation &#233;rotique qui, par la chair, parvient &#224; cr&#233;er une possibilit&#233; de d&#233;livrance. Rendre le corps &#224; lui-m&#234;me, c'est le rendre &#224; l'insubordination de ses possibilit&#233;s dans l'intensit&#233; de sa souffrance et de sa volupt&#233;. La souverainet&#233; que crime et suicide traversent, comme deux possibilit&#233;s de lib&#233;ration, constitue l'&#233;preuve sur laquelle la raison bute. Elle est &#233;garement dans l'intimit&#233; de l'homme, d&#233;couverte de sa puissance, exp&#233;rience fugace d'une pl&#233;nitude qui jamais ne triomphe comme sentiment de pouvoir. Si elle ne r&#233;sout ni ne fonde rien, la souverainet&#233; est ce qui sur un horizon de ruines parvient &#224; produire la rupture qui est d&#233;j&#224; lib&#233;ration immanente. Car elle offre l'occasion de vivre l'illimit&#233; du d&#233;sir comme r&#233;alisation ultime d'une r&#233;sistance profonde, visc&#233;rale, contre toute tentative de soumission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actualit&#233; d&#233;concertante de Bataille est indissociable de sa mise &#224; nu des liens entre d&#233;sir, &#233;criture et libert&#233;, qui font de la volupt&#233; et de la r&#233;volte les mouvements constitutifs de l'exp&#233;rience humaine s'opposant &#224; toute oeuvre d'assujettissement. Par leur reconnaissance, il ne s'agit pas seulement de d&#233;noncer les limites de l'entendement en face de l'univers humain, mais aussi de refuser une vie qui abdique. En privil&#233;giant la fiction comme terrain d'interrogation de ces questions essentielles, Bataille met en jeu une pratique de la litt&#233;rature qui engage dans un mouvement d'ouverture maximale la langue, l'homme et son corps, et d&#233;truit les illusions qu'ils entra&#238;nent. La fiction, o&#249; s'&#233;crit la crise d'une pens&#233;e ne proc&#233;dant que par r&#233;ductions rigoureuses, s'affirme comme une puissance de d&#233;nonciation de ce qui n'est pas dit de cette langue, de cet homme, de ce corps : leur point de rupture. D'o&#249; le sentiment de l'existence d'une tension anticipatrice - qui guide le geste de d&#233;mystification - propre &#224; une pratique d'&#233;criture n&#233;e du d&#233;sir de vivre les limites comme moment de leur subversion. Le savoir rendu aux mouvements de la mati&#232;re devient aussi obsc&#232;ne que les produits brutalement lib&#233;r&#233;s par l'organisme d&#233;r&#233;gl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une &#233;preuve tenace de transgression g&#233;n&#233;ralis&#233;e, qui s'acharne sur les plus infimes indices de l'autorit&#233;, Bataille rend l'homme &#224; ses agitations multiples pour mieux l'&#233;garer. L'exp&#233;rience int&#233;rieure est adh&#233;sion inconditionn&#233;e &#224; l'&#234;tre au moment de la destitution de ses fonctions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les cons&#233;quences de cette exp&#233;rience de libert&#233; on n'a cess&#233; de s'interroger. De ce questionnement il en va de son espace, de ses formes expressives et de sa destination.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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