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	<title>S E M I N A I R E</title>
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	<description>S&#233;minaires Universit&#233; Nomade, Chantiers en Cours et Laboratoire d'Id&#233;es. Explorez les chantiers en cours des S&#233;minaires Universit&#233; Nomade : articles, micro-vid&#233;os, archives et r&#233;flexions collectives autour de Toni Negri. V&#233;ritable laboratoire d'id&#233;es, S E M I N A I R E rassemblait chercheurs, artistes, intellectuels, associations, militants et collectifs de luttes. Seminaire.Samizdat.Net constituait un lieu de r&#233;flexions partag&#233;es et de d&#233;bats ouverts, nourris par la diversit&#233; des approches.</description>
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		<title>S E M I N A I R E</title>
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		<title>Travail, modulation et puissance d'action</title>
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		<dc:date>2021-12-16T08:51:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Philippe Zarifian</dc:creator>


		<dc:subject>Philippe Zarifian, enqu&#234;tes,regard port&#233; sur le travail,soci&#233;t&#233; disciplinaire, soci&#233;t&#233; de contr&#244;le par modulation, t&#226;ches impos&#233;es, modulation des horaires de travail,engagement subjectif, temps spatialis&#233;,dispositifs techniques, processus d'&#233;valuation,organisation par projet, phase de virtualisation ,concept de service, d&#233;veloppement de la comp&#233;tence, mutation </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'objectif est de contribuer &#224; modifier le regard port&#233; sur le travail&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://seminaire.samizdat.net/local/cache-vignettes/L100xH100/arton98-23b2b.png?1757083188' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Or, &#224; peine g&#233;n&#233;ralis&#233;, voici que le mod&#232;le disciplinaire entre en crise et en d&#233;composition&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cet article est sous-tendu empiriquement par 7 ann&#233;es d'enqu&#234;tes dans des grandes entreprises de service, compl&#233;t&#233;es par des enqu&#234;tes plus courtes dans des entreprises industrielles. Toutefois, ce mat&#233;riau empirique n'est pas directement expos&#233; ici. Il est sollicit&#233; pour concr&#233;tiser tel ou tel d&#233;veloppement. L'objectif est de contribuer &#224; modifier le regard port&#233; sur le travail, ou, plus exactement, de le renouveler. Voir le travail, avec des concepts, une perspective et un regard d&#233;cal&#233;s d'avec les mani&#232;res habituelles de le consid&#233;rer. Bien entendu, renouveler ce regard est li&#233; au fait que le travail change lui aussi, mais c'est moins les mutations en soi du travail qui m'int&#233;ressent ici, que l'occasion qu'elles offrent de d&#233;caler notre mani&#232;re de voir le travail salari&#233;, de le penser, d'en parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me limiterai &#224; cinq th&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1. Le passage de la soci&#233;t&#233; disciplinaire &#224; la soci&#233;t&#233; de contr&#244;le par modulation.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de d&#233;part est donn&#233; par Michel Foucault et son mod&#232;le de l'enfermement disciplinaire, dont il a th&#233;oris&#233; la gen&#232;se dans l'institution de la prison moderne et de l'h&#244;pital psychiatrique au XVIIIe si&#232;cle, et qui peut &#234;tre &#233;tendu au principe de l'&#233;mergence d'une v&#233;ritable soci&#233;t&#233; disciplinaire. Formes institutionnelles, techniques de disciplinarisation des corps et des esprits, ensemble de savoirs sp&#233;cialis&#233;s (le savoir psychiatrique par exemple), dispositifs de contr&#244;le, le mod&#232;le de la prison ou de l'h&#244;pital psychiatrique peut &#234;tre &#233;tendu &#224; l'invention de &lt;i&gt;l'usine&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Usine, sous-tendue tardivement par le savoir taylorien, dot&#233;e de l'unit&#233; th&#233;&#226;trale de temps, de lieu, d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unit&#233; de temps : imposition de la discipline des horaires et du d&#233;bit (productivit&#233; des corps et de leurs mouvements et sp&#233;cialisation de l'attention intellectuelle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unit&#233; de lieu : assignation &#224; des postes de travail et alignement coordonn&#233; des postes : chaque poste est l'&#233;quivalent d'une cellule, avec, au sein des ateliers, des postes d'observation tenus par des agents de ma&#238;trise pour exercer la surveillance. Le poste de travail n'est pas qu'un lieu. Il est un moule qui pr&#233;tend coller &#224; la peau de l'ouvrier et une imposition de normes &#233;conomiques, normes que l'ouvrier doit, au moins partiellement, incorporer, int&#233;grer dans les mouvements m&#234;mes de son corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unit&#233; d'action : co-d&#233;pendance des t&#226;ches impos&#233;es par un collectif coordonn&#233;. Et donc co-pr&#233;sence des ouvriers au sein du corps collectif de l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette unit&#233; th&#233;&#226;trale comporte, comme tout espace-temps disciplinaire, ses modalit&#233;s de r&#233;sistance : le jardin secret de l'ouvrier &#224; son poste de travail, les communications semi-clandestines, la r&#233;appropriation partielle des mouvements du corps &#224; l'occasion des variations qui &#233;chappent &#224; la prescription, les angles morts de la surveillance, etc. Cette r&#233;sistance a fini par &#234;tre coiff&#233;e par un vaste &#233;difice de &#171; relations professionnelles &#171; et de garanties collectives, mais qui masque l'oppression autant qu'il la limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ce mod&#232;le de l'usine et de la qualification par le poste de travail a eu beaucoup de mal &#224; s'imposer dans la pratique. Au XIXe si&#232;cle, une longue r&#233;sistance des ouvriers directement issus des corporations artisanales et des paysans &#224; la nouvelle discipline d'usine, et une domination concr&#232;te des marchands qui ont pr&#233;f&#233;r&#233; utiliser le mod&#232;le de la manufacture dispers&#233;e (par coordination de micro-ateliers domestiques), plut&#244;t que l'institutionnalisation de l'usine, en particulier au sein de l'industrie textile, alors dominante. Ce n'est que tardivement, beaucoup plus tardivement qu'on ne le dit souvent, et alors que son invention conceptuelle et son prototypage &#233;taient d&#233;j&#224; acquis de longue date, que l'usine aura pu s'imposer comme forme dominante de l'activit&#233; industrielle en France, non sans une s&#233;v&#232;re d&#233;faite du syndicalisme de m&#233;tier (dont on trouve l'&#233;quivalent aux &#201;tats-Unis). Il faut attendre le lendemain de la seconde guerre mondiale pour que le mod&#232;le de l'usine se g&#233;n&#233;ralise et entame s&#233;rieusement le mod&#232;le du m&#233;tier ou les formes sociales paternalistes qui combinaient univers salari&#233;, activit&#233; paysanne ou artisanale, et relations domestiques dans les zones rurales. Il faut garder en m&#233;moire ces temps historiques qui font qu'un mod&#232;le d'oppression et ses r&#233;sistances internes parviennent &#224; s'imposer (et &#224; trouver quelques d&#233;fenseurs tardifs, faisant actuellement l'apologie des &#171; trente glorieuses &#171; et d'une soci&#233;t&#233; salariale imagin&#233;e &#224; l'&#233;tat pur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que la naissance de la sociologie du travail, en France, a &#233;t&#233; tr&#232;s marqu&#233;e par l'&#233;tude du monde ouvrier d'usine, voire d'atelier (si l'on tient compte du fait que les services fonctionnels, pourtant typiques du d&#233;veloppement du taylorisme, ont &#233;t&#233; alors tr&#232;s peu investigu&#233;s). Une sociologie du travail en concernant l'enti&#232;ret&#233; des syst&#232;mes de production - et non en usine ou en atelier simplement - a eu, jusqu'&#224; encore aujourd'hui, beaucoup de mal &#224; s'imposer de mani&#232;re marquante dans le milieu de la sociologie du travail, avec une forte carence de l'analyse du travail intellectuel d&#233;velopp&#233; en bureaux d'ing&#233;nierie, typiques du taylorisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, &#224; peine g&#233;n&#233;ralis&#233;, voici que le mod&#232;le disciplinaire entre en crise et en d&#233;composition. On mesure beaucoup mieux aujourd'hui &#224; quel point le mod&#232;le taylorien d'organisation et de qualification ne se confond aucunement avec le rapport social capitaliste. Il n'en repr&#233;sente qu'une phase d&#233;termin&#233;e et limit&#233;e d'existence, comme n'a cess&#233; d'y insister Michel Freyssenet dans ses &#233;crits sur la division du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit, plus g&#233;n&#233;ralement et dans le tournant actuel, pour reprendre les propos de Gilles Deleuze, d'une crise g&#233;n&#233;ralis&#233;e de la soci&#233;t&#233; disciplinaire et de toutes les institutions qui la concr&#233;tisent : famille, &#233;cole, prison, asile... Et maintenant usine (ou son &#233;quivalent : les grandes concentrations de bureaux dans le tertiaire administratif). La crise de la famille traditionnelle a probablement &#233;t&#233; l'&#233;l&#233;ment d&#233;clencheur d'une d&#233;composition profonde et g&#233;n&#233;ralis&#233;e de la soci&#233;t&#233; disciplinaire, entamant d&#233;sormais d'incessants mouvements de r&#233;formes (la r&#233;forme de l'&#233;cole en est devenue l'exemple type...). Il s'agit, sur le fond, de la m&#234;me crise, du m&#234;me mouvement. On bascule, du mod&#232;le de la prison, &#224; celui de la circulation contr&#244;l&#233;e &#224; l'air libre ; de l'ex&#233;cution des t&#226;ches au surf sur les vagues de l'incertain ; de la prescription directe au contr&#244;le d'engagement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les murs tombent, un certain souffle entre dans les lieux de travail comme dans les familles, ces lieux &#233;clatent. On passe de l'usine, ferm&#233;e, tangible, durable, &#224; l'entreprise, abstraite et floue, sans cesse en transformation et reconfiguration, pr&#233;caire. Le concept pour rendre compte de ces transformations n'est pas la flexibilit&#233;, mot pauvre en signification, mais, selon l'intuition de Deleuze, &lt;i&gt;la modulation&lt;/i&gt;. On passe du moule rigide &#224; la combinaison auto-d&#233;formante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;veloppant cette intuition, je voudrais montrer les diff&#233;rentes formes et facettes de d&#233;ploiement de cette modulation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; modulation du temps, la plus connue : modulation des horaires de travail, des moments d'engagement dans le travail salari&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; modulation de l'espace : extensibilit&#233; et vari&#233;t&#233; des lieux d'exercice du travail, d&#233;placements et usages des lieux de transports, d&#233;veloppement important, r&#233;el et potentiel, des outils de travail mobiles et de communication &#224; distance (t&#233;l&#233;phone mobile, ordinateur portable, mails, etc.) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; modulation de l'activit&#233; : variabilit&#233; de l'intensit&#233; de l'engagement dans le travail salari&#233;, diversification des engagements eux-m&#234;mes, interp&#233;n&#233;tration entre activit&#233;s personnelles et activit&#233;s pour l'entreprise...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; modulation, au moins partielle, de la r&#233;mun&#233;ration, sous forme de parts variables li&#233;es aux performances de l'individu, d'int&#233;ressement aux r&#233;sultats de l'entreprise...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette modulation ne peut &#234;tre compl&#232;te : les contraintes du travail socialis&#233;, interd&#233;pendant, n&#233;cessitent toujours des moments de co-pr&#233;sence et de coordination directe des actes de travail. Derri&#232;re ces diff&#233;rentes facettes de la modulation, il importe de prendre en consid&#233;ration l'essentiel : &lt;i&gt;la modulation de l'engagement subjectif,&lt;/i&gt; qui devient mati&#232;re &#224; contr&#244;le, comme mati&#232;re &#224; prise de libert&#233;. Ce basculement vers la soci&#233;t&#233; de contr&#244;le par modulation a &#233;t&#233; op&#233;r&#233;, pour partie, &#224; l'initiative des employeurs, en correspondance avec une nouvelle p&#233;riode du capitalisme. Mais, et je vais y revenir, il correspond aussi &#224; une &#171; demande sociale &#171; forte, &#224; une vague de fond qui touche la soci&#233;t&#233; dans son ensemble, et dont on peut faire clairement remonter l'origine &#224; la fin des ann&#233;es soixante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela suppose une modification profonde dans les modalit&#233;s de contr&#244;le du travail salari&#233; : non plus le contr&#244;le de t&#226;ches emprisonn&#233;es dans des mini-cellules (les postes de travail), mais un contr&#244;le p&#233;riodique, fond&#233; sur la relation : objectifs/r&#233;sultats, qui emprunte explicitement au mod&#232;le du cadre. C'est moins d'ailleurs la modalit&#233; de ce contr&#244;le, qui existait de longue date pour les populations de cadres, que son mode d'exercice et sa g&#233;n&#233;ralisation qui importent. Car le coeur de ce contr&#244;le repose sur une id&#233;e simple et d'autant plus forte : &lt;i&gt;rendre des comptes p&#233;riodiquement&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rendre des comptes, c'est un fonctionnement que je qualifierai{}&#171; &lt;i&gt;&#224; l'&#233;lastique&lt;/i&gt; &#171; &lt;i&gt;.&lt;/i&gt;Si le salari&#233; peut se d&#233;placer &#224; l'air libre, et tirer sur l'&#233;lastique pour &#233;chapper &#224; un contr&#244;le direct, sortir partiellement de l'unit&#233; th&#233;&#226;trale de l'usine dont j'ai parl&#233;, il existe une force de rappel. Force de rappel qui peut &#234;tre brutale, au moment o&#249; il s'agit de rendre des comptes (d'&#233;valuer un r&#233;sultat), avec un risque de rupture de l'&#233;lastique, donc de ch&#244;mage, ou de mise au placard. Par ailleurs, et pendant toute la p&#233;riode o&#249; l'individu tire sur l'&#233;lastique, en jouissant d'un certain d&#233;placement &#224; l'air libre, exp&#233;rimentant sa capacit&#233; &#224; surfer sur l'incertain (la fameuse autonomie dans le travail), il doit exercer une auto-discipline sur son propre engagement. Il n'a pas un chef sur le dos pour lui dire quoi faire et comment. Il doit se forcer soi-m&#234;me &#224; travailler sans hi&#233;rarchie physiquement pr&#233;sente. Ce mod&#232;le du contr&#244;le par modulation n'est pas actuellement g&#233;n&#233;ralis&#233;. Il n'a pas vocation &#224; se substituer enti&#232;rement au mod&#232;le de l'enfermement disciplinaire. Mais il gagne du terrain en tendance, et se combine, de mani&#232;re tr&#232;s variable, &#224; l'ancien mod&#232;le (qui r&#233;siste et s'exacerbe, par ailleurs, comme il en est dans toute situation de crise. Cela se voit, partout o&#249; se maintiennent les dispositifs tayloriens).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait faux, en m&#234;me temps, de r&#233;duire le principe de la modulation &#224; une simple forme de contr&#244;le. Car, en m&#234;me temps, elle repr&#233;sente la concr&#233;tisation d'une aspiration &#224; la libert&#233;, &lt;i&gt;&#224; la brisure des enfermements physiques, affectifs, intellectuels.&lt;/i&gt; Par la modulation, les individualit&#233;s d'aujourd'hui aspirent &#224; acqu&#233;rir du pouvoir sur la conduite de leur propre vie, sur la diversification de leurs exp&#233;riences, de leurs engagements. C'est une &#171; aspiration &#171; qui monte et se r&#233;actualise &#224; chaque nouvelle g&#233;n&#233;ration. Et c'est ce mouvement profond qui engendre une multiplicit&#233; de n&#233;gociations d'un nouveau type entre employeurs et salari&#233;s, entre salari&#233;s eux-m&#234;mes, n&#233;gociations qui &#233;chappent en large partie au jeu traditionnel des relations professionnelles entre employeurs et organisations syndicales. N&#233;gociations d&#233;centralis&#233;es, multiples, elles-m&#234;mes modul&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, les rapports de force varient et donnent des r&#233;sultats diff&#233;renci&#233;s. Plus le salari&#233; est isol&#233;, plus il plie sous un rapport de force d&#233;favorable. Mais on aurait tort de penser, par exemple, que la modulation du temps de travail n'est r&#233;alis&#233;e qu'&#224; l'initiative du patron, et pour servir ses seuls besoins de &#171; flexibilit&#233; &#171; . Il monte, depuis le milieu des ann&#233;es quatre-vingt, une demande de modulation exprim&#233;e par les individualit&#233;s qui entendent recombiner l'entrelacement entre vie professionnelle salari&#233;e et vie personnelle, qui relativisent l'engagement dans le seul travail salari&#233;, demande largement m&#233;connue par les organisations syndicales qui n'ont pas su en organiser la n&#233;gociation collective (sinon pour l'intermittence du spectacle, forme avant-gardiste, dont on mesure mieux actuellement les enjeux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; viennent aussi les modulations qu'on voit se d&#233;velopper dans l'usage de l'acc&#232;s &#224; l'information et aux connaissances. Les informations, par exemple, en entendant par information une donn&#233;e diff&#233;renciatrice qui autorise une nouvelle prise de forme dans les comp&#233;tences du sujet, peuvent &#234;tre recherch&#233;es et utilis&#233;es par le salari&#233; pour plusieurs raisons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; pour r&#233;aliser un travail plac&#233; sous contr&#244;le hi&#233;rarchique &#224; distance, r&#233;pondre &#224; ce contr&#244;le de conformit&#233; sur la base des informations dont il dispose, qu'il doit utiliser et alimenter, avec la force p&#233;riodique du rappel de l'&#233;lastique (du r&#233;sultat), &#233;lastique incarn&#233; par exemple par des applications informatiques que le salari&#233; &#171; alimente &#171; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; pour soutenir une communication au sein de communaut&#233;s d'action, renouvelant les formes de la coop&#233;ration dans le travail ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; pour soi, pour se d&#233;velopper &#224; titre personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contr&#244;le par modulation peut &#234;tre dur, fonction des r&#233;sultats que l'employeur impose d'atteindre. Les enqu&#234;tes sur les conditions de travail montrent clairement une mont&#233;e de l'intensification, particuli&#232;rement forte l&#224; o&#249; se manifeste une combinaison du contr&#244;le disciplinaire classique et du contr&#244;le d'engagement. Mais l'aspiration &#224; la libre disposition de soi et au d&#233;ploiement de sa puissance d'action est &#171; dure &#171; elle aussi, r&#233;sistante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'indiquait magistralement Michel Foucault, &#224; la fin de sa vie, l&#224; o&#249; il y a oppression, c'est qu'il y a circulation de libert&#233;. Selon sa formulation, &#171; s'il y a des relations de pouvoir &#224; travers tout le champ social, c'est parce qu'il y a de la libert&#233; partout &#171; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, c'est la r&#233;sistance qui engendre l'oppression, avant que l'oppression ne fasse retour sur le besoin de r&#233;sistance. C'est l&#224; l'un des fils qui traversent la r&#233;alit&#233; sociale d'aujourd'hui et g&#233;n&#232;re une forme nouvelle de conflictualit&#233; (&#224; d&#233;faut de conflits ouverts et institutionnalis&#233;s). C'est une tendance sociale qui s'individue et se red&#233;ploie sur un axe de recherche de formation de collectifs, &#224; partir de cette individuation, collectifs que je propose de nommer : &lt;i&gt;des communaut&#233;s d'action.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On fait une erreur profonde en pensant que les employeurs dominent sans partage. Ils savent pertinemment qu'une partie de la r&#233;alit&#233; du travail et de la subjectivit&#233; des salari&#233;s leur &#233;chappe. Ils ne cessent de s'en inqui&#233;ter et de multiplier les enqu&#234;tes pour garder une certaine connaissance de ce qui s'engendre comme pens&#233;e et aspirations dans les mailles du filet du contr&#244;le d'engagement. Les salari&#233;s d'aujourd'hui sont beaucoup moins acquis &#224; l'entreprise qui les emploie que les salari&#233;s d'hier ne l'&#233;taient &#224; leur usine. Mais il est vrai que les nouveaux rapports de force sont encore loin d'&#234;tre parvenus &#224; se constituer. Ils ne se manifestent qu'en secret, par des multiplicit&#233;s discr&#232;tes non visibles socialement ou par des mouvements sociaux sporadiques. La sortie des rep&#232;res de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente de la condition salariale est difficile. Elle peut entra&#238;ner, paradoxalement, bien des nostalgies concernant la soci&#233;t&#233; disciplinaire. On peut s'opposer &#224; une prison, y rechercher des compromis, y organiser des r&#233;sistances collectives. Mais comment s'opposer &#224; un &#233;lastique ? Il faut alors revenir au travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2. Le travail comme conduite d'un advenir.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais repartir des d&#233;veloppements op&#233;r&#233;s dans mon pr&#233;c&#233;dent livre, &lt;i&gt;Temps et modernit&#233;&lt;/i&gt;, dans lequel j'avais longuement analys&#233; la double figure du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Le temps spatialis&#233;, celui symbolis&#233; et outill&#233; par l'usage permanent de l'horloge, de la montre, etc., permet d'encadrer et de discipliner le travail salari&#233;, comme il offre la possibilit&#233; d'autodiscipliner sa vie personnelle au sein des interactions sociales, d'organiser des rendez-vous, etc. Mais la caract&#233;ristique centrale de ce temps spatialis&#233;, qui est &#224; la base des calculs dominants de productivit&#233; (tant de produits r&#233;alis&#233;s, ou de ventes effectu&#233;es, dans un temps spatialis&#233; donn&#233;), ne dit strictement rien du contenu du travail, de sa qualit&#233;. La qualit&#233; du travail est enferm&#233;e dans une mesure quantitative, abstraite, qui l'enserre et le presse, qui reste totalement muette sur son contenu transformateur. Le temps abstrait est mat&#233;riellement pr&#233;sent. Il s'agit d'une abstraction agissante, t&#233;moignant de la permanence du rapport social capitaliste, permanence qui a pr&#233;c&#233;d&#233; et d&#233;passe de loin le seul taylorisme. Ce temps abstrait se trouve fortement remobilis&#233; aujourd'hui dans la notion de &#171; d&#233;lai &#171; , donc d'&#233;cart entre deux dates, la datation se substituant de plus en plus &#224; la mesure du mouvement, permettant, en particulier, de mettre sous tension du temps abstrait (du d&#233;lai) les travaux explicitement intellectuels que le taylorisme parvenait mal &#224; contr&#244;ler dans leur mouvement interne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Pour, par-del&#224; le temps spatialis&#233;, que ce soit sous la forme du d&#233;bit ou du d&#233;lai, &#171; voir &#171; le travail dans sa qualit&#233; concr&#232;te et singuli&#232;re, dans son &#233;paisseur professionnelle et &#233;thique, il faut mobiliser un autre concept de temps : le temps-devenir, temps que Bergson appelle &#171; dur&#233;e &#171; . Il est le temps de la mutation, de la transformation &#224; laquelle le travail humain contribue en agencement avec des dispositifs techniques et des combinaisons d'activit&#233;s humaines, le temps de la diff&#233;rence qualitative entre l'avant et l'apr&#232;s. Dans le temps-devenir, le pr&#233;sent de l'acte de travail est toujours en tension entre un pass&#233; d&#233;j&#224; pass&#233;, mais pr&#233;sent dans les puissances causales du r&#233;el, comme dans la m&#233;moire des humains, et un futur encore &#224; venir, qu'on ne peut pr&#233;voir, mais qu'on peut anticiper, sur lequel on peut poser des conjectures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de devenir est profond&#233;ment diff&#233;rent de celui d'avenir : nous devenons toujours au pr&#233;sent, mais au sein de cette tension qui tire dans les deux sens, vers le pass&#233; m&#233;moris&#233;, vers le futur anticip&#233;. Le pr&#233;sent est la phase la plus condens&#233;e de la m&#233;moire, la phase permanente pendant laquelle le devenir se scinde en deux, se d&#233;place en tension d'avec lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re la qualit&#233; du travail (le travail comme action concr&#232;te), nous voyons mobilis&#233;s &#224; la fois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;le pass&#233; m&#233;moris&#233;&lt;/i&gt; : l'histoire professionnelle dans laquelle on s'ins&#232;re, la m&#233;moire personnelle qui s'est form&#233;e intensivement autour des &#233;v&#233;nements pass&#233;s et de la mani&#232;re dont on s'est comport&#233; face &#224; eux, les savoirs incorpor&#233;s de mani&#232;re plus ou moins consciente, dans le corps et la pens&#233;e, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;le futur anticip&#233;&lt;/i&gt; : les conjectures que l'on pose sur les r&#233;sultats et effets de notre travail, le sens qu'on y projette, l'attention au destinataire de ce que l'on vise &#224; produire, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; en tension entre les deux, au pr&#233;sent des actes de travail, des actions, &lt;i&gt;la conduite orient&#233;e et polaris&#233;e de la transformation du r&#233;el,&lt;/i&gt; souvent confront&#233;e &#224; une trame d'&#233;v&#233;nements, obligeant &#224; d'incessantes rectifications ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; enfin, &lt;i&gt;un processus d'&#233;valuation permanent,&lt;/i&gt; au sein duquel on s'interroge sur la validit&#233; des actes que l'on m&#232;ne. Aussi bien sur leur qualit&#233; intrins&#232;que, et sur les effets qu'ils vont produire, en ayant conscience qu'il s'agit de conduire (provoquer et accompagner) des transformations, des mutations qui ont un impact social. Transformations de la mati&#232;re pour un ouvrier, transformation de la condition d'un client pour un salari&#233; d'une entreprise de service...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mobilisation de ce temps-devenir, c'est ce que j'ai propos&#233; d'appeler :&lt;i&gt;&#171; le temps du travail &#171; , par distinction d'avec &#171; le temps de travail &#171; .&lt;/i&gt; Je pourrais mobiliser plusieurs exemples, pris dans des secteurs d'activit&#233; tr&#232;s diff&#233;rents. Par exemple, l'ouvri&#232;re, dans une entreprise fabriquant des bracelets de montres de qualit&#233;, conduisant l'advenir du bracelet pour tel client, sollicitant sa m&#233;moire professionnelle, anticipant ce qu'elle va produire en fonction de l'esth&#233;tique et de la fonctionnalit&#233; du bracelet (ce bracelet et non un autre), r&#233;agissant aux micro-&#233;v&#233;nements engendr&#233;s par la variabilit&#233; d'une mati&#232;re vivante (les peaux de crocodile en particulier), conduisant et orientant ses actes. Il s'agit d'une autre vision du temps. Mais aussi d'une autre vision de la performance. Cette derni&#232;re ne r&#233;side plus, principalement, dans le d&#233;bit, le rendement, le d&#233;lai, mais dans la r&#233;ussite de la mutation ainsi conduite. Dans la r&#233;ussite d'un devenir anticip&#233; quant &#224; son futur, et au sein duquel l'initiative humaine, la vraie libert&#233; de la puissance de pens&#233;e et d'action des sujets peut se d&#233;ployer. &lt;i&gt;Travailler, comme conduire un advenir.&lt;/i&gt;Et avoir pr&#233;sent &#224; l'esprit les destinataires de ce travail, les effets que ce travail va produire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que les deux conceptions du temps, les deux constructions auxquelles elles donnent lieu, sont elles-m&#234;mes en tension : tension permanente entre la discipline du temps spatialis&#233; et la puissance auto-productrice du temps-devenir. Le contr&#244;le par modulation est une tentative, pour les employeurs, de r&#233;inscrire le temps-devenir dans des moments spatialis&#233;s intenses dont ils cherchent &#224; contr&#244;ler l'enveloppe (le d&#233;but et la fin de l'activit&#233; du salari&#233;, le d&#233;lai, cet espace temporel entre deux moments de datation), &#224; l'occasion desquels il s'agit de rendre des comptes, non seulement sur des r&#233;sultats, mais sur l'usage de son temps (temps juridiquement plac&#233; sous domination de l'employeur) : combien avez-vous produit (ou vendu) durant ce d&#233;lai ? Ou encore, selon une autre version, avez-vous respecter les d&#233;lais projet&#233;s ?, calculent les outils de gestion, nomment les parts variables du salaire, interroge l'employeur, toujours pris dans sa vision de la productivit&#233;-d&#233;bit en tant qu'elle mat&#233;rialise une baisse de co&#251;t par unit&#233; de marchandise (baisse du co&#251;t salarial par unit&#233; de produit marchand, donc augmentation de la marge interne de l'entreprise), sans lien avec la valeur de service engendr&#233;e pour les destinataires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche &#224; partir de la dur&#233;e, du temps-devenir, modifie le regard que l'on peut porter sur les modes de division du travail. Ces derniers ont, en effet, &#233;t&#233; vus et con&#231;us sous le regard de l'espace : la division en fonctions sp&#233;cialis&#233;es (fonction commerciale, fonction production, fonction marketing, etc.), en m&#233;tiers et/ou en emplois au sein de chaque fonction, en t&#226;ches au sein de chaque emploi, ressort toujours d'une conception spatiale, la division appelant toujours son compl&#233;ment : la coordination et/ou coop&#233;ration entre travaux divis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La division du travail est cens&#233;e configurer des lieux, &#224; partir desquels et dans lesquels op&#232;rent les sp&#233;cialisations et les apprentissages correspondants. Les remises en cause de la division fonctionnelle et la promotion des organisations transversales ne modifient pas le primat de l'approche par l'espace. Lorsqu'on parle, par exemple, d'organisations transverses, du type des organisations par processus, on utilise toujours la m&#233;taphore spatiale, en inversant simplement l'ordre des priorit&#233;s : on place l'horizontal, et donc les probl&#232;mes de coordination et-ou coop&#233;ration entre fonctions et m&#233;tiers, avant le vertical. Les mots utilis&#233;s, comme celui de &#171; d&#233;cloisonnement &#171; , symbolisent bien ce primat maintenu de l'espace et du temps spatialis&#233; qui lui correspond (un temps du mouvement sans mutations qualitatives, pos&#233; de l'ext&#233;rieur de lui-m&#234;me sur le travail, un pur temps de flux, dont Ford r&#234;vait d&#233;j&#224;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or nous pouvons jeter un tout autre regard, qui part de l'axe de la dur&#233;e, consid&#233;r&#233;e en tant que telle. Nous pouvons consid&#233;rer ce que je propose d'appeler : &lt;i&gt;la temporalisation du travail.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons l'exemple d'une organisation par projet pour la conception d'une nouvelle bo&#238;te de vitesse chez Renault, en coop&#233;ration avec Peugeot. Formellement priment les m&#233;taphores spatiales : l'&#233;quipe-projet est r&#233;unie sur un m&#234;me plateau, et tout le monde se pla&#238;t &#224; souligner les m&#233;rites d'une coop&#233;ration plus &#233;troite entre m&#233;tiers diff&#233;rents, selon le principe d'une ing&#233;nierie simultan&#233;e et concourante. Mais quand on observe l'organisation du travail de l'int&#233;rieur, on constate que l'axe essentiel est la gen&#232;se du projet, donc la dur&#233;e, le devenir du projet dans cette dur&#233;e en tant qu'il se produit, qu'il prend forme et consistance. Le projet global est divis&#233; en sous-projets par type d'organe de la bo&#238;te de vitesse. Ce qui compte, c'est &#224; la fois l'avancement de chaque sous-projet (donc son avanc&#233;e dans la dur&#233;e), mais aussi leur co-implication, leur co-conditionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &lt;i&gt;le co-conditionnement&lt;/i&gt;est tout autre chose qu'une simple coordination de travaux spatialement et professionnellement s&#233;par&#233;s, tout autre chose qu'une simple coordination de flux de travaux. Chaque semaine, le directeur de projet fait une revue, soit pour faire le point sur l'avancement de tel sous-projet, soit pour traiter, dans la vision de l'avanc&#233;e du projet global, les probl&#232;mes de co-conditionnement entre les choix r&#233;alis&#233;s par les diff&#233;rents sous-projets. Ce directeur tient &#224; ce qu'au cours de ces r&#233;unions, soient syst&#233;matiquement pr&#233;sent&#233;es diverses options de solutions aux probl&#232;mes rencontr&#233;s. Il le fait dans l'objectif explicite de solliciter la cr&#233;ativit&#233; des techniciens et ing&#233;nieurs, mais aussi pour stimuler les capacit&#233;s d'anticipation quant aux effets futurs des choix en train d'&#234;tre faits. On sait que, dans cette temporalisation du travail, plus le projet avance dans la dur&#233;e, plus les options possibles se r&#233;tr&#233;cissent - car le projet vieillit, il prend des rides irr&#233;versibles -, et plus les connaissances sur le projet s'accroissent. Mais ces connaissances ne sont pas autre chose que le produit des explorations de probl&#232;mes et d'options, puis de solutions, qui engendrent, &#224; chaque &#233;tape, du &#171; nouveau &#171; (quand bien m&#234;me ce nouveau prendrait appui sur des solutions d&#233;j&#224; &#233;prouv&#233;es, ce qui &#233;tait peu le cas dans mon exemple de bo&#238;te de vitesse, vu son caract&#232;re tr&#232;s innovant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand on r&#233;fl&#233;chit aux arbitrages que le directeur de projet op&#232;re, apr&#232;s concertation, on voit qu'il arbitre entre deux visions du temps (et de la division du travail) en forte tension : il arbitre entre dur&#233;e et d&#233;lai. Le d&#233;lai est le contr&#244;le du temps spatialis&#233;, qui reste toujours pr&#233;sent : tenir le d&#233;lai d'ach&#232;vement du projet impos&#233; par l'entreprise, en fonction d'un certain jalonnement. La dur&#233;e est au contraire la temporalisation d'un travail, divis&#233; certes, mais dans ses objets d'exploration inventive et ses avanc&#233;es purement temporelles. Qu'il y ait conflit entre dur&#233;e et d&#233;lai, c'est l'&#233;vidence m&#234;me. Tout technicien ou ing&#233;nieur l'&#233;prouve. La pression du d&#233;lai, &#224; la fois, stimule, par le conflit m&#234;me, l'inventivit&#233;, mais aussi la bride en permanence, jusqu'&#224; l'&#233;puiser progressivement, d&#232;s lors que la date butoir s'approche de plus en plus. La gestion par projet fonctionne sur cette frustration incessante, &#233;puisante, le d&#233;lai mangeant progressivement la dur&#233;e, bien que l'usage de la dur&#233;e soit la source r&#233;elle de productivit&#233; de ce travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut donc reconsid&#233;rer, ou pour le moins complexifier, notre vision de la division du travail, et penser pleinement la mani&#232;re dont elle se d&#233;ploie sur l'axe du temps-devenir. &lt;i&gt;La division du travail est une division entre plusieurs conduites d'advenir, qui s'interp&#233;n&#232;trent et se co-conditionnent.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela conduit &#224; repenser en profondeur la question de la coop&#233;ration. M&#234;me chose pour l'organisation par processus. Ce mode de division du travail et de coop&#233;ration reste malheureusement dans l'ombre, car non officiellement reconnu, ou tr&#232;s rarement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3. Travailler, rendre service.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quoi sert le travail concret ? &lt;i&gt;&#192; rendre service.&lt;/i&gt;&#192; engendrer une transformation dans les conditions d'activit&#233; et les possibilit&#233;s d'action des destinataires (clients, usagers, publics...). Transformation qui sera soumise &#224; &#233;valuation, &#233;valuation discutable, soumise &#224; controverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En travaillant, nous transformons, non pas directement l'activit&#233; des destinataires, mais les conditions de son exercice. Par exemple, en installant une ligne t&#233;l&#233;phonique, on transforme les conditions de vie d'un particulier et de sa famille. Et on transforme, en m&#234;me temps, ses possibilit&#233;s d'action, les modalit&#233;s possibles de son agir. Il peut d&#233;sormais t&#233;l&#233;phoner, joindre &#224; distance ses correspondants et communiquer avec eux, prolongeant de mani&#232;re in&#233;dite le pouvoir de son corps. La t&#233;l&#233;phonie mobile engendre un service partiellement nouveau de celui de la t&#233;l&#233;phonie fixe : &#234;tre joignable partout, en tout instant, modifie fortement les possibilit&#233;s d'action et d'interaction entre personnes. En vendant un timbre, le guichetier vend une promesse de service (l'acheminement du courrier), que La Poste devra respecter au moment de l'usage du timbre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le service n'agit que sur les conditions et les possibilit&#233;s. Il ne remplace jamais l'activit&#233; r&#233;elle des usagers au sein des modes de vie. C'est pourquoi la comp&#233;tence des clients-usagers et des publics interf&#232;re de plus en plus avec et sur celle des agents. Elle interf&#232;re de mani&#232;re pr&#233;cise &#224; la jonction entre &#171; conditions d'activit&#233; &#171; et &#171; exercice de l'activit&#233; &#171; , &lt;i&gt;entre &#171; possibilit&#233;s d'action &#171; et &#171; possibles effectivement d&#233;velopp&#233;s &#171; , dans l'univers des usages&lt;/i&gt;, interf&#233;rence qui peut prendre un tour conflictuel ou du moins probl&#233;matique lorsque le client affiche son m&#233;contentement ou d&#233;pose une r&#233;clamation. Et lorsque les clients innovent de mani&#232;re non pr&#233;vue par les concepteurs de ces nouveaux services. Ne passer qu'une seule journ&#233;e dans une boutique de France T&#233;l&#233;com : cela saute aux yeux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenir au travail concret, &#224; ses modes de socialisation, &#224; ses mutations, est un aspect essentiel, qui renoue avec Marx. Ce dernier a, tout &#224; la fois, remarquablement analys&#233; le d&#233;veloppement de la condition salariale (le travail salari&#233;), mais, en m&#234;me temps, mis &#224; jour les r&#233;volutions du travail concret et les rapports qui les animent, au sein d'une dualit&#233; contradictoire constitutive m&#234;me du concept de travail. Cette dualit&#233; interne - entre travail abstrait et travail concret - a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;e, par Marx, comme sa d&#233;couverte th&#233;orique majeure, d&#233;couverte encore largement m&#233;connue. La subsomption r&#233;elle du travail sous le capital n'a jamais signifi&#233; la disparition de la dynamique propre aux mutations du travail concret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur cette base, je voudrais montrer qu'on peut conceptualiser et organiser la production du service, et les rapports qu'elle engage, &lt;i&gt;selon un mouvement en 4 phases&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re phase : L'explicitation des effets &#224; engendrer dans les conditions d'existence et les possibilit&#233;s d'action du destinataire (un client qui veut s'&#233;quiper en t&#233;l&#233;phone, une classe d'&#233;tudiants...). Il s'agit d'une anticipation projet&#233;e, en tentant d'imaginer, d'engendrer ou d'&#233;pouser le point de vue des destinataires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seconde phase : L'exercice de la puissance en puissance : l'imagination du service lui-m&#234;me (par exemple : la pr&#233;paration d'un cours par un enseignant, ou la conception d'une installation t&#233;l&#233;phonique), phase de virtualisation. Il s'agit d'une production r&#233;elle, d'un vrai travail, utilisant des symbolisations du r&#233;el, &#233;critures, dialogues, sch&#233;mas, travail &#224; contenu intellectuel, mais qui ne r&#233;alise pas encore le service. Il le conceptualise. Il s'agit d'une expression de la pens&#233;e, explorant diverses options (il existe bien des mani&#232;res de pr&#233;parer un cours, de r&#233;aliser une installation t&#233;l&#233;phonique, de produire un bracelet...), sous tension de l'enjeu repr&#233;sent&#233;, signifi&#233; par les effets utiles &#224; engendrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me phase : La puissance en acte : la r&#233;alisation concr&#232;te du service, l'actualisation du virtuel : l'enseignant qui donne son cours, le groupe d'agents qui r&#233;alisent l'installation t&#233;l&#233;phonique... Actualisation du virtuel, dans une trajectoire d'avanc&#233;e du projet, mais aussi dans l'incertitude de sa r&#233;alisation pratique, sous le coup des &#233;v&#233;nements qui vont s'y ins&#233;rer, et sous le regard, permanent ou futur, du destinataire, lui-m&#234;me expression de jugements sociaux devenus particuli&#232;rement mobiles et flottants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me phase : l'&#233;valuation. &#201;valuation d&#233;j&#224; pr&#233;sente dans le cours des phases pr&#233;c&#233;dentes, mais qui prend corps, se concr&#233;tise d'une mani&#232;re ou d'une autre : les effets utiles recherch&#233;s ont-ils &#233;t&#233; produits, ou, si des effets diff&#233;rents ou d&#233;cal&#233;s, ont &#233;t&#233; engendr&#233;s, que vont en penser, qu'en pensent les destinataires ? L'installation d'un acc&#232;s &#224; Internet &#224; haut d&#233;bit a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e : qu'en pense le client ? Cette &#233;valuation se personnalise, mais elle emprunte fortement &#224; des effets de formation et de circulation des opinions, &#224; des effets de transduction des jugements port&#233;s sur les transformations des modes de vie. Rien n'est positif ou n&#233;gatif en soi. Des effets d'opinion majoritaire peuvent parfaitement porter un affaiblissement g&#233;n&#233;ralis&#233; des corps et des pens&#233;es, des capacit&#233;s du vivre. Le service n'est ni un mal, ni un bien, il ne rel&#232;ve d'aucune morale. Il est &lt;i&gt;une interrogation &#233;thique potentielle&lt;/i&gt; sur ce qui se trouve transform&#233; dans les modes du vivre, sachant qu'aucune forme institutionnelle tangible, aucune habilitation ne permet aujourd'hui de poser socialement cette interrogation &#233;thique, carence majeure de notre civilisation dite moderne (civilisation suppos&#233;e &#171; r&#233;flexive &#171; , mais incapable de s'interroger collectivement sur ses mani&#232;res de vivre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, dans l'&#233;valuation, &lt;i&gt;ex-ante&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;ex-post&lt;/i&gt;, est pos&#233;e la question du prix pour le destinataire et du co&#251;t pour l'entreprise, donc de la valeur &#233;conomique. Elle est pos&#233;e en arbitrage avec les effets utiles produits ou susceptibles d'&#234;tre produits. Mais il va tout autant de soi que ces arbitrages, socialement r&#233;gl&#233;s dans des tarifs, ou n&#233;goci&#233;s au cas par cas, n'ont de sens que si un service est rendu. C'est devenu incontournable pour les entreprises, malgr&#233; les d&#233;ficiences des outils traditionnels de contr&#244;le de gestion : pas de valeur &#233;conomique durable, sans &#233;valuation positive de la valeur de service effectivement engendr&#233;e pour une client&#232;le ou un public. La question de la fid&#233;lisation en est un indicateur manifeste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient de souligner &lt;i&gt;la dimension fondamentalement &#233;thique, et non morale,&lt;/i&gt;de l'appr&#233;ciation sociale du service, qui donne un r&#233;f&#233;rent &#224; la confrontation des jugements et &#233;valuations sur la valeur du service effectivement engendr&#233;. Dimension &#233;thique, qui statue sur le &#171; bon &#171; ou le &#171; mauvais &#171; , par rapport aux conditions du vivre des destinataires (les &#233;tudiants, pour un enseignement ; les particuliers r&#233;sidentiels pour l'installation d'une ligne t&#233;l&#233;phonique ou d'un acc&#232;s &#224; Internet ; les malades pour un traitement en mati&#232;re de sant&#233; ; etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;taphore qui, me semble-t-il, illustre le mieux l'appr&#233;ciation &#233;thique, est celle de la sant&#233; du corps humain : qu'est-ce qui est bon ou mauvais pour le corps ? Qu'est-ce qui l'affecte d'une mani&#232;re qui le renforce, ou d'une mani&#232;re qui l'affaiblit, voire le d&#233;truit. Le poison est mauvais pour le corps, une nourriture et une hygi&#232;ne de vie adapt&#233;es sont au contraire bonnes. C'est &#224; la fois l'exp&#233;rience et la connaissance ad&#233;quate qui permettent de juger de ce qui est bon ou mauvais pour un corps donn&#233;. Bien entendu, cette m&#233;taphore poss&#232;de ses limites : quand on juge de ce qui est bon ou mauvais pour le vivre personnel et communautaire de personnes humaines, le r&#233;f&#233;rent est plus complexe, plus mobile, plus contestable que pour un simple corps humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le principe du jugement &#233;thique - par exemple sur le service rendu par la t&#233;l&#233;phonie mobile, ou l'effet produit par le cours d&#233;livr&#233; par un enseignant - reste identique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se diff&#233;rencie fortement du jugement moral, qui, quant &#224; lui, statue sur le &#171; bien &#171; et le &#171; mal &#171; en fonction de normes et r&#232;gles sociales &#224; caract&#232;re contraignant et dont le principe rel&#232;ve, non pas de la &#171; sant&#233; &#171; , mais des conditions de l'ordre social (avec, presque toujours, m&#234;me dans les morales la&#239;ques, un arri&#232;re-fond religieux, renvoyant &#224; des imp&#233;ratifs de comportements).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position que je d&#233;fends ici est donc que &lt;i&gt;la production de service r&#233;active les jugements &#233;thiques et secondarise les jugements moraux,&lt;/i&gt; et peut, du m&#234;me coup, donner une nouvelle consistance &#224; la vie communautaire, sur un registre compl&#232;tement moderne, non traditionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette position demande pr&#233;cision. Pour utiliser la terminologie de Spinoza, l'enjeu touche &#224; la variation (en diminution ou augmentation) de la puissance de pens&#233;e et d'action des individualit&#233;s. Et, plus les individualit&#233;s parviennent &#224; appr&#233;hender, de mani&#232;re ad&#233;quate, les sources et ampleur de cette puissance (et donc, d'une certaine mani&#232;re, &#224; faire siennes les possibilit&#233;s de transformation de soi et de ses propres possibilit&#233;s d'action que les services rec&#232;lent), plus peut se d&#233;velopper une conduite libre. L'&#233;thique, non seulement comme jugement, mais d'abord &lt;i&gt;comme mode d'existence et conduite de vie, est affaire de libert&#233; et d'&#233;mancipation.&lt;/i&gt; Alors que la morale est affaire de r&#233;gulation des conduites et d'int&#233;gration sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Noter qu'il existe une &#233;mergence forte de la question &#233;thique pose interrogation quant &#224; la morale : sur quoi et comment peut-elle se construire ou reconstruire, et donc &#224; quels conflits, accords, normes juridiques, peut-elle donner lieu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon hypoth&#232;se, mais elle demanderait largement &#224; &#234;tre creus&#233;e, voire invalid&#233;e, est que la moralit&#233; des conduites tend aujourd'hui &#224; se red&#233;finir au sein du rapport social de service, rapport qui fait se confronter producteurs et destinataires du service, rapport &#224; partir duquel les relations entre salari&#233;s et employeurs pourraient elles-m&#234;mes &#234;tre red&#233;finies et n&#233;goci&#233;es. On rejoint ici la question de la modulation : bien des aspects de la modulation de l'activit&#233; de travail, &#224; commencer par la modulation du temps de travail, interf&#232;rent directement sur le rapport social de service, et ne peuvent &#234;tre pens&#233;s et trait&#233;s que de ce point de vue (quels horaires d'ouverture pour les bureaux de poste ou les agences de France Telecom ; quelle organisation de la semaine pour les cours dans le secondaire ; quelles disponibilit&#233;s dans les h&#244;pitaux, etc.). C'est au sein de ce rapport, dans la confrontation active entre producteurs et destinataires, confrontation qui, &#224; sa mani&#232;re, traverse chacun d'entre nous, que les tensions de base se nouent, et donc que des questions de r&#233;gulation et d'ordre social sont objectivement pos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elles le sont avec difficult&#233;, de mani&#232;re tr&#232;s implicite, occulte, tr&#232;s peu d&#233;battue, parce que le rapport entre salari&#233;s et employeurs, autrement dit, le rapport capital-travail, occupe le devant de la sc&#232;ne. La cons&#233;quence en est claire : la codification des choix et compromis moraux, qui se transforment en r&#232;gles de droit, et dont le droit du travail est un exemple frappant, se d&#233;lite, se d&#233;compose, se trouve renvoy&#233;e au pur jeu des rapports de force, faute que l'on ait pu d&#233;placer le r&#233;f&#233;rent. Le rapport capital-travail mange, absorbe et occulte le rapport social de service. L'enjeu de la modulation se r&#233;duit &#224; un simple probl&#232;me de flexibilit&#233;. La question du service est pos&#233;e, mais on fait comme si on pouvait l'ignorer et rester sur des codifications industrialistes en crise, voire moribondes. Probl&#232;me flagrant pour les organisations syndicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mani&#232;re dont des questions &#233;thiques peuvent (pourraient) retentir sur l'&#233;dification de nouvelles r&#232;gles socio-morales fait partie des tensions et d&#233;bats qui traversent de multiples domaines de la sociologie du travail, et rebondit sur les syst&#232;mes (&#224; moiti&#233; moribonds) de relations professionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce mouvement combin&#233; en 4 phases qui, me semble-t-il, permet de renouveler largement l'approche de la productivit&#233; du travail, de modifier les &#233;valuations faites dans les entreprises et au sein des opinions publiques, de voir autrement ce que les salari&#233;s agissant apportent et engendrent. Ce mouvement a une consistance r&#233;elle, bien que domin&#233;e par le sch&#233;ma fonctionnel industrialiste. On peut l'identifier au sein de ce qui s'apparente comme &#171; une organisation de l'ombre &#171; , temporalis&#233;e et transversale, qui double l'organisation officielle, hi&#233;rarchico-fonctionnelle, des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;4. Crise de la bureaucratie d'&#201;tat et concept de service.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche de Hegel et celle de Foucault sur la bureaucratie d'&#201;tat ont un point commun : le service est toujours exercice d'un &#171; pouvoir sur &#171; , orient&#233; du haut sur le bas. Pouvoir l&#233;gitime et moral des hauts fonctionnaires sur les formes institutionnelles et individuelles de la vie sociale chez Hegel, ou bio-pouvoir, pouvoir d'un gouvernement sur la vie des populations chez Foucault, le service n'est pas autre chose que la mat&#233;rialisation concr&#232;te de l'exercice de ce pouvoir (et des savoirs et techniques qui l'appuient) dans un champ donn&#233; de la vie sociale et biologique. C'est en ce sens qu'on peut dire que la bureaucratie produit du service et s'exprime dans des &#171; politiques &#171; (politique de la sant&#233;, politique de l'&#233;ducation, etc.). Il est de fait que ces exercices bureaucratiques &#171; servent &#171; : &#233;duquer la population, d&#233;velopper l'hygi&#232;ne et l'assistance, organiser les grandes &#233;tapes de la vie, &#233;difier moralement les individus et &#233;lever les institutions de la soci&#233;t&#233; civile au sens du bien public sup&#233;rieur, etc., toutes ces interventions &#171; servent &#171; . Mais la crise de ces modalit&#233;s d'intervention, tant dans leur capacit&#233; pratique &#224; gouverner les formes actuelles de vie, que dans leur acceptabilit&#233;, r&#233;interroge le concept de &#171; service &#171; . Le service est aussi associ&#233; &#224; un &#171; pouvoir de &#171; qui vient d'en bas. L'ambivalence intrins&#232;que aux pratiques de modulation le montre bien. Le pouvoir de contr&#244;le &#224; distance &#171; sur &#171; que r&#233;alisent les administrations est r&#233;investi par un pouvoir &#171; de &#171; , une puissance, que les individualit&#233;s manifestent et expriment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; amen&#233; &#224; caract&#233;riser le service comme une transformation r&#233;alis&#233;e dans les conditions d'activit&#233; et les dispositions d'action des destinataires. Il me semble maintenant possible de modifier une telle d&#233;finition lorsqu'on regarde les choses &#224; partir de l'action administrative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, ce qu'apporte n&#233;cessairement l'action bureaucratique d'&#201;tat est qu'elle doit tout &#224; la fois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; porter sur des ensembles larges (des populations d'individus), la personnalisation du service rendu ne pouvant qu'&#234;tre toujours seconde ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; et poss&#233;der un r&#233;f&#233;rent &#171; public &#171; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, lorsqu'on regarde cette action &#171; par en bas &#171; , on voit, non pas des populations homog&#232;nes et disciplin&#233;es, non pas des membres ins&#233;r&#233;s dans des institutions stables, non pas une atomisation d'individus suppos&#233;s libres, mais des forces intersubjectives structur&#233;es en faisceaux, en fonction des d&#233;tournements de sens et de perspectives qu'elles r&#233;alisent. Prenons &lt;i&gt;l'exemple de la jeunesse&lt;/i&gt; : si le comportement de celle-ci soul&#232;ve de fortes interrogations, voire inqui&#233;tudes, pour les directions d'entreprises, c'est qu'elles commencent &#224; exp&#233;rimenter le fait que cette &#171; jeunesse &#171; est beaucoup moins attach&#233;e &#224; l'entreprise, voire &#224; un m&#233;tier, que les g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes, tout en manifestant, &#224; cette occasion, des exigences propres d'autonomie et d'espaces de modulation qui transgressent ce &#224; quoi la majorit&#233; des entreprises sont pr&#233;par&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, on retrouve une situation similaire dans le rapport aux administrations : l'administr&#233; &#171; moyen &#171; , celui qu'on appelait usager et qu'on appelle de plus en plus client, d&#233;veloppe un rapport &#224; la fois nettement plus exigeant et nettement plus distant, moins engag&#233;, vis-&#224;-vis des administrations qui sont suppos&#233;es lui rendre des services (qui sont la concr&#233;tisation de son droit d'usager, en contrepartie des imp&#244;ts, cotisations, obligations que les usagers doivent acquitter). L'id&#233;al implicite de l'administr&#233; moyen est de ne plus rencontrer l'administration. Et, d'une certaine mani&#232;re, c'est bien ce &#224; quoi on assiste. Si nous prenons le cas des agences de l'ANPE ou des caisses d'assurance maladie, le public moyen devient autonome, dans sa mani&#232;re d'utiliser les services, soit en utilisant les moyens techniques mis &#224; sa disposition, soit en prenant progressivement distance d'avec tout contact physique, voire &#233;pistolaire (ce que la carte Vitale concr&#233;tise parfaitement pour l'assurance maladie), alors que les agents de ces administrations sont confront&#233;s physiquement &#224; des publics de plus en plus sp&#233;cifiques et difficiles, situ&#233;s aux deux extr&#234;mes : les pauvres, pr&#233;caires, ch&#244;meurs de longue dur&#233;e d'un c&#244;t&#233;, les entreprises offreuses d'emploi ou professionnels de sant&#233; de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; se situe alors le service ? Dans le soutien &#224; l'auto-d&#233;veloppement des dispositions d'action de ces forces qui assurent leur propre vie, gr&#226;ce aux administrations, mais &#224; distance d'elles, selon la ligne de cr&#234;te &#233;troite d'une double possibilit&#233; (qui convoque un choix politique lourd de cons&#233;quences) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; soit celle du repli sur soi, repli sur l'auto-mobilisation des forces n&#233;cessairement limit&#233;es et fragiles d'une individualit&#233;, qui cherchera &#224; &#171; s'en sortir &#171; par elle-m&#234;me, au risque de s'&#233;puiser et de se perdre, l'administration, non seulement diminuant son soutien, mais invitant cette individualit&#233; affaiblie &#224;... se prendre en charge elle-m&#234;me (ce qu'on appelle pudiquement : devenir &#171; responsable de soi &#171; , &#171; &#233;laborer un projet &#171; , etc.) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; soit celle de l'affirmation collective de la demande d'un soutien solide &#224; cet auto-d&#233;veloppement, dans lequel, pr&#233;cis&#233;ment, et pour reprendre notre proposition initiale de d&#233;finition du service, ce qu'on attend de l'administration est bien qu'elle transforme les &#171; conditions de &#171; , mais aucunement qu'elle ne se substitue aux individualit&#233;s dans l'exercice de leur pouvoir (sur la vie sociale, sur leur vie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons solliciter ici &lt;i&gt;l'exemple de l'universit&#233;&lt;/i&gt; : les d&#233;bats r&#233;currents qui l'animent montrent une ligne de clivage de plus en plus nette, qui traverse les enseignants. Il existe une double possibilit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, que les &#233;tudiants, livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes, et &#224; l'affaiblissement des contraintes, &#224; la fois morales et disciplinaires, rattach&#233;s aux &#233;tudes par un fil de plus en plus l&#226;che, d&#233;rivent, incapables de construire un engagement et des perspectives personnels, alors que tout est fait pour leur en imposer la n&#233;cessit&#233; (au risque d'&#233;checs pr&#233;coces). Les enseignants joueront le jeu d'un acad&#233;misme ajust&#233; : ils feront jouer les m&#233;canismes de s&#233;lection et les jugements s&#233;v&#232;res (&#171; ces &#233;tudiants sont nuls dans l'ensemble &#171; ), quitte &#224; trouver des modalit&#233;s de soutien ou des rattrapages lat&#233;raux pour limiter les &#233;checs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, que les enseignants (ceux qui prennent ce parti) tentent d'assurer les conditions mat&#233;rielles, cognitives et &#233;thiques, pour que ces &#233;tudiants se renforcent et s'affirment &#224; l'&#233;preuve de cette autonomisation, de cette modulation de l'engagement qui s'impose &#224; eux lorsqu'ils entrent &#224; l'Universit&#233;. Agir, non pas &#224; leur place, mais sur les conditions qui leur permettent de d&#233;velopper la prise de connaissance de leurs propres inclinaisons et d&#233;sirs et de leur propre puissance de penser et d'agir, puissance toujours sous-jacente. &#192; mon avis, dans toute discipline enseign&#233;e &#224; l'Universit&#233;, r&#233;side un enjeu de d&#233;veloppement de la fermet&#233; et g&#233;n&#233;rosit&#233; des &#233;tudiants, pour reprendre les deux affects actifs qualifi&#233;s par Spinoza, d&#233;veloppement n&#233;cessaire pour affronter une soci&#233;t&#233;, tout &#224; la fois dure et d&#233;grad&#233;e, mais aussi beaucoup plus ouverte, complexe, porteuse de potentialit&#233;s que dans les &#233;poques ant&#233;rieures. Ce sont des choix p&#233;dagogiques tr&#232;s diff&#233;rents et des syst&#232;mes de contr&#244;le des &#233;tudes universitaires tr&#232;s diff&#233;rents &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait faux de dire qu'il y a co-production du service. Il serait plus juste de dire que s'ouvre l'hypoth&#232;se, soit d'un renforcement du &#171; pouvoir de la bureaucratie sur &#171; , moins par des mesures ostensiblement bureaucratiques, que par des effets de s&#233;lection et de marginalisation renforc&#233;s pour les individus qui, laiss&#233;s largement &#224; eux-m&#234;mes, s'affaiblissent au fur et &#224; mesure de leur trajectoire de vie, venant grossir les rangs de ceux qui auront, effectivement, besoin d'une relation directe, renforc&#233;e et assistancielle aux administrations publiques, qui passeront du &#171; public moyen &#171; au &#171; public en difficult&#233; &#171; , soit d'un couplage entre le soutien que les institutions publiques peuvent et doivent produire, en lien explicite avec les conditions de mont&#233;e en renforcement effectif du &#171; pouvoir de &#171; , des dispositions d'action, au sens qu'Hanna Arendt a su donner au mot &#171; action &#171; (agir, c'est commencer quelque chose de nouveau dans le monde).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces deux cas de figure oppos&#233;s, nous quittons la p&#233;riode de la bureaucratie classique et donc aussi celle de l'&#201;tat providence. Dans les deux cas, l'action de l'administration est importante, mais ne se substituera jamais aux enjeux sociaux qui se nouent dans les espaces de la vie au travail et de la vie priv&#233;e. Agir sur les conditions d'activit&#233;, ce n'est jamais agir sur l'activit&#233; elle-m&#234;me. Agir sur les conditions mat&#233;rielles, cognitives et &#233;thiques de l'acc&#232;s &#224; l'emploi, ce n'est jamais agir sur l'acc&#232;s &#224; l'emploi lui-m&#234;me. Pour les administrations, du type ANPE ou S&#233;curit&#233; Sociale ou Universit&#233;s, ce n'est plus sur &#171; la &#171; population en g&#233;n&#233;ral qu'il s'agit d'agir comme l'indiquait Foucault, pas davantage qu'il ne s'agit d'agiter le drapeau des grandes valeurs de la moralit&#233; universelle comme l'indiquait Hegel. Il s'agit d'agir sur et avec des forces individualis&#233;es, soit par une oppression d'autant plus forte qu'elle s'articule sur des situations d'affaiblissement mat&#233;riel et/ou psychique, soit par un appui donn&#233; &#224; un processus d'&#233;mancipation dans les diff&#233;rents domaines de la vie sociale et biologique dans lesquels il est l&#233;gitime et attendu que les institutions publiques interviennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux cas, on peut parler de &#171; services &#171; publics. Mais seul le second rejoint la proposition de d&#233;finition du &#171; service &#171; (au singulier) que j'ai avanc&#233;e, en dialogue avec Jean Gadrey.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;5. La solitude dans le travail&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous h&#233;ritons, en particulier en sociologie du travail, mais aussi dans les repr&#233;sentations ordinaires, relevant du &#171; sens commun &#171; , d'une image selon laquelle le travail est (devrait &#234;tre, normativement) collectif, socialis&#233;, coop&#233;ratif, etc. Or, j'ai constat&#233;, dans mes enqu&#234;tes de terrain, une mont&#233;e de la solitude dans le travail, au sens de moments importants pendant lesquels l'individu travaille seul, et donc en assume seul la responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement a &#233;t&#233; enclench&#233; depuis des dizaines d'ann&#233;es dans l'industrie, du fait du mouvement d'automatisation, coupl&#233; au processus de rationalisation, de r&#233;duction des effectifs. Quiconque visite aujourd'hui une usine automatis&#233;e ne peut qu'&#234;tre frapp&#233; par le d&#233;sert humain : par ci, par l&#224;, des petits &#238;lots, des micro-&#233;quipes de trois ou quatre personnes, voire des ouvriers ou techniciens totalement seuls face &#224; leurs &#233;crans. La longue ligne de montage faiblement automatis&#233;e devient l'exception. Ce qui est vrai chez Usinor sur la supervision d'un processus l'est tout autant chez Danone sur une ligne de conditionnement ou chez Renault dans un atelier d'emboutissage ou une t&#244;lerie. Des &#238;lots, certes fortement coordonn&#233;s entre eux par les dispositifs techniques et les &#233;changes d'informations, mais &#238;lots malgr&#233; tout. Mais j'ai retrouv&#233;, bien que selon d'autres modalit&#233;s, la m&#234;me r&#233;alit&#233; dans les activit&#233;s de service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ceci pr&#234;t que l'individu est seul, non face &#224; un syst&#232;me technique et communicationnel de production industrielle, mais face &#224; des clients, des usagers, un public et face aux applications informatiques qui interp&#233;n&#232;trent son activit&#233;. Le professeur est seul face &#224; sa classe. Le guichetier de la poste est seul face aux clients qui se pr&#233;sentent au guichet, le conducteur de train est seul d&#233;sormais (depuis que la conduite &#224; deux a &#233;t&#233; supprim&#233;e) face &#224; la conduite du train et aux passagers qu'il transporte, le chercheur qui doit r&#233;diger un rapport est seul face &#224; son ordinateur, le vendeur de France Telecom est souvent seul face &#224; un client...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aurait certes raison de dire qu'il y a, derri&#232;re chacun d'eux, le savoir d'un corps professionnel, des moments d'&#233;changes et de rencontres, des entraides sollicitables, une coop&#233;ration r&#233;elle et potentielle, etc. Mais il faut prendre au s&#233;rieux ces moments de solitude, qui, mat&#233;riellement parlant, occupent une fraction consid&#233;rable du temps de travail (et du temps du travail) et mobilisent la responsabilit&#233;, au double sens du &#171; r&#233;pondre de &#171; (r&#233;pondre &#224; la tension de l'&#233;lastique) et d'&#171; avoir le souci de &#171; (des effets de mutation que l'activit&#233; professionnelle engendre). Je pourrais d&#233;velopper l'exemple des conseillers financiers &#224; La Poste, seuls, face aux clients, dans leur petit espace (ferm&#233; ou ouvert selon les cas), au sein du bureau de poste. Il peut sembler &#233;trange de parler de solitude, lorsqu'on est deux (un conseiller financier et un client), voire bien davantage (un enseignant face &#224; un amphi de 300 &#233;tudiants). Mais n&#233;anmoins, cette solitude est tangible : il n'existe pas de sym&#233;trie, de r&#233;versibilit&#233; des r&#244;les, entre le salari&#233; travaillant et les destinataires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La notion de responsabilit&#233; est pr&#233;cis&#233;ment celle qui cristallise le mieux cette solitude&lt;/i&gt; : l'individu est seul responsable de l'issue de la situation, quand bien m&#234;me il solliciterait un r&#233;seau d'entraide. Responsable, au sens d'avoir des comptes &#224; rendre &#224; la direction de l'entreprise (ou de l'institution). Responsable, au sens d'avoir le souci de la r&#233;ussite de ses actions face aux clients et publics et/ou face au syst&#232;me automatis&#233; qui peut, &#224; tout instant, dysfonctionner... Double responsabilit&#233;, en tension interne souvent forte. M&#234;me au sein d'un r&#233;seau d'intervenants, cette part de double responsabilit&#233; solitaire, dans le pr&#233;sent-futur de la situation, est incontournable. Elle pourra s'exprimer juridiquement, le cas &#233;ch&#233;ant (un conducteur de train, lors d'un accident grave, un m&#233;decin, qui a donn&#233; un mauvais traitement...), mais l'expression juridique &#233;ventuelle ou l'&#233;nonc&#233; d'une faute professionnelle ne sont qu'un produit d&#233;riv&#233; de cette mont&#233;e de la responsabilit&#233; fonctionnelle et &#233;thique (dans la tension forte entre le fonctionnel et l'&#233;thique qu'impose la condition salariale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimerais comparer cette solitude &#224; une monade, selon le remarquable concept avanc&#233; par Leibnitz et repris par Tarde. Une bulle, si vous pr&#233;f&#233;rez, qui contient en elle-m&#234;me l'univers tout entier. &#192; la diff&#233;rence toutefois de Leibnitz, il faut consid&#233;rer cette monade comme ouverte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ouverte en amont : inform&#233;e par les enjeux de l'activit&#233; professionnelle. Le conseiller financier, par exemple, a pour enjeux, &#224; la fois, fonctionnellement, la strat&#233;gie de La Poste dans le domaine des services financiers, la r&#233;ussite de la campagne commerciale du moment et, &#233;thiquement, la capacit&#233; &#224; assurer un bon conseil au client, sur la base du diagnostic financier. Il le sait, son action est gouvern&#233;e par ces deux enjeux et leur tension ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ouverte en lat&#233;ral : les entraides, coordinations et soutiens possibles pour bien r&#233;aliser son travail ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; en aval : les prises de relais par d'autres groupes ou fonctions (le centre de services financiers pour traiter les comptes de clients, apr&#232;s le contrat n&#233;goci&#233; par le conseiller et son acceptation). Monade ouverte donc, mais monade tout de m&#234;me. Car, de plus en plus, on ne va pas d'un savoir professionnel collectif et de r&#232;gles implicites partag&#233;es par un groupe de m&#233;tier vers un savoir individuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de la formation formelle &#224; laquelle on aura pu avoir acc&#232;s, on va du style et de l'exp&#233;rience que chaque individu construit, solitairement, dans les situations qu'il doit, au quotidien, affronter, pour solliciter et aller vers des savoirs et r&#232;gles socialis&#233;es, vers un genre professionnel comme en parle Yves Clot, savoirs eux-m&#234;mes &#233;volutifs, fragiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les conditions d'un bon exercice de la solitude ? Le recueillement, la possibilit&#233; de se concentrer sur ce qu'on envisage de faire. Des espaces et temps de retraite, pour souffler, mais aussi pour engendrer cette concentration. Une qualit&#233; de l'environnement sonore, temporel. La construction d'une exp&#233;rience de l'exp&#233;rience, la capacit&#233; qu'a l'individualit&#233; de faire retour sur sa pens&#233;e et son action, &#224; partir des cas trait&#233;s et m&#233;moris&#233;s. Le conseiller financier, soucieux de se perfectionner, dans le cours d'une sorte d'exp&#233;rimentation permanente de son activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'exp&#233;rience de l'exp&#233;rience : &#233;l&#233;ment clef du d&#233;veloppement de la comp&#233;tence.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cette solitude assum&#233;e (et non pas ni&#233;e en fonction de la normativit&#233; que l'on serait tent&#233;d'imposer au r&#233;el), on peut retrouver de la coop&#233;ration. On peut montrer qu'elle se structure autour de trois temps, de trois modalit&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les nombreux &#233;changes extensifs d'information et la communication faible (en intensit&#233; de compr&#233;hension r&#233;ciproque) &#224; distance : t&#233;l&#233;phone, Internet, fax, applications informatiques... ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; des moments intenses de communication intercompr&#233;hensive, qui n&#233;cessitent une rencontre physique, des r&#233;unions ou dialogues, avec toute la richesse et difficult&#233; des &#233;changes langagiers et des controverses, moments essentiels, souvent d&#233;cisifs pour r&#233;ussir la coop&#233;ration ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; enfin, la communication avec soi, le langage int&#233;rieur, lorsqu'on fait retour critique sur soi, que l'on se consid&#232;re dans ses propres dispositions personnelles et sa capacit&#233; de mutation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la combinaison de ces trois modalit&#233;s de coop&#233;ration, communication que je propose de qualifier de &#171; &lt;i&gt;communaut&#233; d'action&lt;/i&gt; &#171; (expression rempla&#231;ant, au moins partiellement, celle de m&#233;tier), qui s'organise autour d'enjeux partag&#233;s (le partage de ces enjeux &#233;tant lui-m&#234;me un produit incertain de la constitution et action de cette communaut&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant de la proposition avanc&#233;e dans mes analyses sur la comp&#233;tence, visant &#224; consid&#233;rer l'organisation, &#224; la fois comme un assemblage souple de sujets pris dans les filets de leurs initiatives r&#233;ciproques et comme une communaut&#233; d'acteurs pris dans les tensions de leurs champs de responsabilit&#233; respectifs, je voudrais pr&#233;senter les fondements plus directement conceptuels qui sous-tendent cette proposition. Dans l'activit&#233; de travail, dans des organisations &#171; post-tayloriennes &#171; &#224; autonomie (et non pas &#171; autonomes &#171; ), l'activit&#233; professionnelle de l'individu se pr&#233;sente comme une totalit&#233; en soi, sur laquelle le sujet intervient, de lui-m&#234;me, par ses initiatives et sa propre concentration subjective, sa comp&#233;tence. Un conseiller financier &#224; La Poste, pour reprendre notre exemple, assume de lui-m&#234;me l'enti&#232;ret&#233; de la situation de conseil sur un produit financier, en s'y consacrant et s'y concentrant. Cette activit&#233; n'appara&#238;t plus de prime abord comme une fraction de la division sociale du travail, mais comme une totalit&#233; singuli&#232;re qui appelle subjectivation (pour reprendre une expression de Fran&#231;ois Dubet).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi l'ensemble du sujet face &#224; ses actions devient monade, qui condense, &#224; l'int&#233;rieur d'elle-m&#234;me, des enjeux organisationnels forts. Le sujet est face &#224; lui, comme face &#224; une ouverture interne, qui est capt&#233;e dans la singularit&#233; et l'&#233;v&#233;nementialit&#233; de ses prises d'initiative. Le sujet est solitaire, enferm&#233; d'une certaine fa&#231;on, dans cette monade, agissant sur fond de ses propres ressources internes, face &#224; un client et face &#224; un ordinateur. Mais, en m&#234;me temps, de cette int&#233;riorit&#233; m&#234;me, surgit la n&#233;cessit&#233; d'une diversit&#233; d'actions r&#233;ciproques, qui doivent se nouer par une communication avec d'autres acteurs de l'organisation, pour que les initiatives aboutissent, pour que le sujet puisse aller jusqu'au bout de ses actions, et se repositionner, comme acteur, dans son champ de responsabilit&#233; et au sein de la division du travail. Le conseiller financier ne peut aller jusqu'au bout de la relation avec son client, sans animer des actions r&#233;ciproques avec les agents du Centre financier, l'animateur des ventes, le chef d'&#233;tablissement du bureau de poste, les conseillers sp&#233;cialis&#233;s, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les moyens dits d'information (t&#233;l&#233;phone, applications informatiques, fax...) sont investis par cette n&#233;cessit&#233;, avec des risques importants d'&#233;checs des tentatives de communication, si l'organisation n'a pas &#233;t&#233; pens&#233;e en fonction du double croisement entre des n&#233;cessit&#233;s qui surgissent de l'int&#233;riorit&#233; m&#234;me de chaque monade, et poussent &#224; la recherche d'un dialogue avec d'autres sujets connus comme tels (dans une relation intersubjective, au sens rigoureux de ce terme) et des lignes d'interd&#233;pendance qui strient et repositionnent chaque sujet comme acteur d'un travail hautement collectif (et donc socialement et objectivement divis&#233; dans une relation fonctionnelle). La monade est pouss&#233;e, de l'int&#233;rieur, &#224; s'ouvrir sur l'ext&#233;rieur, mais elle glisse sur les rails de la division spatialis&#233;e du travail qui en fixent et en emprisonnent le mouvement. Le basculement de l'ouverture interne &#224; l'ouverture externe de la monade est un moment de risque, ce dont t&#233;moignent les plaintes nombreuses d'incompr&#233;hension, voire les attaques violentes contre les autres individus (connus ou anonymes) de l'organisation, incompr&#233;hension n&#233;e du fait m&#234;me que ces &#171; autres &#171; sont per&#231;us comme bloqu&#233;s dans une logique d'acteur qui r&#233;pond &#224; des r&#244;les fonctionnellement fig&#233;s, d&#233;nu&#233;s de toute propension &#224; l'intercompr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, les critiques fortes qu'un conseiller financier de La Poste pourra lancer contre ses correspondants du Centre financier montre bien la difficult&#233;, voire l'&#233;chec de ce basculement, dans une organisation qui n'a pas &#233;t&#233; con&#231;ue pour l'autoriser, qui n'a pas &#233;t&#233; faite pour favoriser la compr&#233;hension r&#233;ciproque et l'action commune, chacun restant fig&#233; dans son r&#244;le. Le conseiller financier pense r&#233;ussite de l'action commerciale face au client, alors que les agents du Centre pensent risques pour La Poste. Les &#233;checs sont partiellement compens&#233;s par la tentative de chaque sujet de se cr&#233;er son propre r&#233;seau interpersonnel, faisant appel &#224; des gens qu'il &#171; conna&#238;t &#171; au sein du Centre financier, mais tentative pr&#233;caire et tr&#232;s difficilement reproductible dans la dur&#233;e, qui joue la fiction (&#224; la fois positive et inaccomplie) selon laquelle l'organisation ne pourrait vivre que de sujets sans acteurs, et donc sans prescription de r&#244;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;ventuellement, il y aura retour sur une division fonctionnelle qui op&#232;re par s&#233;paration des sph&#232;res l&#233;gitimes d'action (et non plus par d&#233;finition de poste de travail) et par neutralisation des affects, par promotion d'un &#171; travail froid &#171; (le r&#234;ve de bien des encadrants !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se joue en d&#233;finitive, ce sont des tensions sur une red&#233;finition profonde de la division du travail, dans laquelle le sch&#233;ma classique : &#171; division/coordination/contr&#244;le de prescription &#171; au sein d'un travail spatialis&#233; craque au profit d'un sch&#233;ma : &#171; totalit&#233; engag&#233;e/&#233;change communicationnel/contr&#244;le de modulation du comportement &#171; , au sein d'un travail temporalis&#233;, mais sans que le second sch&#233;ma parvienne &#224; s'imposer de mani&#232;re dominante aujourd'hui, ni m&#234;me &#224; &#234;tre vu par la hi&#233;rarchie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il existe un risque incontestable : celui que la solitude se transforme en &lt;i&gt;isolement,&lt;/i&gt; celui que la communaut&#233; d'action n'arrive pas &#224; prendre consistance, celui que l'individu se trouve livr&#233; &#224; lui-m&#234;me, fragilis&#233;, n'arrive pas &#224; &#233;difier des appartenances professionnelles qui pourraient avoir sens et lui donner force face aux clients, comme face &#224; l'employeur, risque de double servitude. Ce risque peut &#234;tre aggrav&#233; par l'imposition unilat&#233;rale par les employeurs du mod&#232;le du contr&#244;le par modulation, la libert&#233; se renversant en fragilit&#233;. Il faut avoir une conscience pr&#233;cise de ce risque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe n&#233;anmoins un autre risque, particuli&#232;rement sensible pour la communaut&#233; des sociologues : celui de ne voir le travail que sous le filtre du fonctionnalisme et des arrangements sociaux, des significations morales socialement &#233;tablies, de l'ordre durkheimien &#224; retrouver ou &#224; maintenir. Et d'oublier les mouvements d'individuation, les gen&#232;ses qui sont sans cesse relanc&#233;es, les inventions parfois solitaires, le sens &#233;thique qui se constitue et qui r&#233;siste face aux significations morales, les actions intempestives, les solidarit&#233;s d'engagement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail peut &#234;tre vu &lt;i&gt;comme invention toujours singuli&#232;re,&lt;/i&gt;avant que d'&#234;tre ramen&#233; au respect d'un ordre global et d'une division organique. Le guichetier invente, le conseiller financier invente, l'ouvri&#232;re qui fabrique un bracelet de montre invente. Ils ne sont pas les purs robots perdus ou apeur&#233;s d'une soci&#233;t&#233; salariale d&#233;r&#233;gl&#233;e. Cette formation et ce d&#233;veloppement des individualit&#233;s actives se r&#233;alisent sur un fond pr&#233;-individuel. C'est tout ce qui s&#233;pare l'individualit&#233;, comme produit provisoire d'un processus, de l'individu comme &#233;tat. Tout ce qui fait que la pleine prise en compte de l'individualit&#233; singuli&#232;re de chacun, comme produit provisoire d'un mouvement d'individuation et toujours dot&#233; de son potentiel de transformation, ne saurait aucunement se confondre avec une mont&#233;e de l'individualisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il faut penser, ce n'est pas la socialisation d'un &#171; individu &#171; , mais l'individuation d'un &#234;tre biologique et social. Lev Vygoski l'avait bien vu, &#224; propos de ses recherches sur l'enfance : la question n'est pas de savoir comment un individu se socialise, mais comment un &#234;tre social s'individue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fond pr&#233;-individuel ne saurait se r&#233;duire &#224; l'appartenance sociale, comme le veut la sociologie traditionnelle. Il est largement constitu&#233; aujourd'hui de lignes de partage, de courants de forces, qui r&#233;partissent et forment clivage au cours de la formation des individualit&#233;s quant au devenir du travail, dans des situations et des conjonctures concr&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur ce fond pr&#233;-individuel et ce champ de forces que les choix et les responsabilit&#233;s &#233;thiques prennent toute leur valeur, et que la question du &#171; service &#171; , par exemple, devient un point de clivage et de prise de parti. &lt;i&gt;Et ces clivages traversent les individualit&#233;s davantage qu'ils ne d&#233;coupent des groupes sociaux clairement s&#233;par&#233;s.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les guichetiers dans un bureau de poste sont cliv&#233;s entre trois options, trois perspectives : les missions du service public, le service rendu &#224; des usagers singuliers en fonction de leurs possibilit&#233;s de vie, la vente commerciale. Ces guichetiers s'individuent en affrontant, au cours de leur trajectoire personnelle et au quotidien de leur travail, une multiplicit&#233; d'&#233;v&#233;nements &#224; partir desquels une prise de parti autour de ce clivage s'op&#232;re et une orientation de leur travail se constitue, prend forme et, si possible, parvient &#224; &#234;tre partag&#233;e. Cette communaut&#233; de positionnement n'est pas simple &#224; constituer : aujourd'hui certains guichetiers maintiennent le principe d'&#233;galit&#233; de traitement des usagers selon des r&#232;gles homog&#232;nes, d'autres entendent mieux comprendre les attentes et probl&#232;mes de chaque client, tandis que d'autres n'h&#233;sitent pas &#224; endosser l'habit du vendeur, postures qui peuvent traverser un m&#234;me &#171; individu &#171; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont trois conceptions diff&#233;rentes de leur m&#233;tier, des pratiques professionnelles diff&#233;rentes, des choix soci&#233;taux diff&#233;rents. Mais nous aurions pu en dire autant pour les vendeurs dans les boutiques de France Telecom et du d&#233;bat, parfois virulent, qui oppose les vendeurs &#171; sans &#233;tat d'&#226;me &#171; , aux conseillers &#171; respectueux des clients &#171; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les groupes sociaux se forment davantage autour de ces prises de parti et perspectives qu'autour des appartenances traditionnelles. &lt;i&gt;C'est l'attitude face au devenir qui sert de base &#224; la constitution des appartenances et aux d&#233;bats contradictoires en p&#233;riode de mutation forte et rapide.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le salariat, globalement, est certainement en position de faiblesse vis-&#224;-vis des employeurs, mais jamais les salari&#233;s n'ont &#233;t&#233; aussi actifs dans leurs &#233;laborations intellectuelles et leurs prises de position, tr&#232;s loin de l'image de salari&#233;s &#171; lamin&#233;s &#171; et passifs. Fragiles certes, souvent en souffrance, voire en r&#233;volte, parfois sur le point de &#171; craquer &#171; psychiquement, mais pas esclaves, et, beaucoup moins que dans d'autres p&#233;riodes, ali&#233;n&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-&#234;tre, &#224; l'issue de 7 ann&#233;es d'enqu&#234;tes et de plusieurs centaines d'entretiens, le r&#233;sultat le plus significatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici donc, tr&#232;s rapidement pr&#233;sent&#233;s, cinq th&#232;mes, issus de ceux d&#233;velopp&#233;s dans mon dernier livre, que je livre &#224; la r&#233;flexion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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